David Madore's WebLog: 2022-01

Vous êtes sur le blog de David Madore, qui, comme le reste de ce site web, parle de tout et de n'importe quoi (surtout de n'importe quoi, en fait), des maths à la moto et ma vie quotidienne, en passant par les langues, la politique, la philo de comptoir, la géographie, et beaucoup de râleries sur le fait que les ordinateurs ne marchent pas, ainsi que d'occasionnels rappels du fait que je préfère les garçons, et des petites fictions volontairement fragmentaires que je publie sous le nom collectif de fragments littéraires gratuits. • Ce blog eut été bilingue à ses débuts (certaines entrées étaient en anglais, d'autres en français, et quelques unes traduites dans les deux langues) ; il est maintenant presque exclusivement en français, mais je ne m'interdis pas d'écrire en anglais à l'occasion. • Pour naviguer, sachez que les entrées sont listées par ordre chronologique inverse (i.e., la plus récente est en haut). Cette page-ci rassemble les entrées publiées en janvier 2022 : il y a aussi un tableau par mois à la fin de cette page, et un index de toutes les entrées. Certaines de mes entrées sont rangées dans une ou plusieurs « catégories » (indiqués à la fin de l'entrée elle-même), mais ce système de rangement n'est pas très cohérent. Le permalien de chaque entrée est dans la date, et il est aussi rappelé avant et après le texte de l'entrée elle-même.

You are on David Madore's blog which, like the rest of this web site, is about everything and anything (mostly anything, really), from math to motorcycling and my daily life, but also languages, politics, amateur(ish) philosophy, geography, lots of ranting about the fact that computers don't work, occasional reminders of the fact that I prefer men, and some voluntarily fragmentary fictions that I publish under the collective name of gratuitous literary fragments. • This blog used to be bilingual at its beginning (some entries were in English, others in French, and a few translated in both languages); it is now almost exclusively in French, but I'm not ruling out writing English blog entries in the future. • To navigate, note that the entries are listed in reverse chronological order (i.e., the most recent is on top). This page lists the entries published in January 2022: there is also a table of months at the end of this page, and an index of all entries. Some entries are classified into one or more “categories” (indicated at the end of the entry itself), but this organization isn't very coherent. The permalink of each entry is in its date, and it is also reproduced before and after the text of the entry itself.

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(mardi)

Quelle est la fin de partie de la covid ?

Je suppose que plein de gens se demandent comme moi mais quand et comment cette pandémie va-t-elle enfin prendre fin ? voire sommes-nous condamnés à voir variant après variant, épuisant l'alphabet grec puis cyrillique puis hébreu et ensuite les caractères chinois, jusqu'à la fin des temps ?, donc je vais essayer d'écrire un peu mes pensées sur cette question. (Je ne prétends pas avoir particulièrement de lumières que d'autres n'auraient pas : je décris juste la manière dont j'envisage les choses.)

Indéniablement, la pandémie va prendre fin au moins au sens où l'exception qu'elle constitue ne pourra pas durer indéfiniment : on va revenir vers la normalité, par définition du mot normalité, que cette normalité soit semblable à celle que nous avions avant ou que l'état d'exception actuel devienne la nouvelle normalité. Cette évidence logique étant dite, il s'agit surtout de savoir dans quel mesure on va revenir au status quo ante ou devoir s'habituer à une nouvelle forme de normalité.

Soyons clairs : il ne faut pas compter sur le fait que le covid disparaisse : il y a des réservoirs animaux bien établis, il n'y a aucun espoir d'éradiquer SARS-CoV-2 de la Terre comme on a éradiqué la variole. Cet état dans lequel le virus persistera indéfiniment (ou au moins : très longtemps — des siècles), mais qui va néanmoins se stabiliser vers une forme de normalité, s'appelle l'état endémique. Mais ce qui constitue la transition de la phase pandémique à l'état endémique n'est pas entièrement clair, ni à quoi ressemblera l'état endémique. Notamment, il peut continuer à exister des pics saisonniers dans cet état endémique (c'est le cas pour la grippe, même si la grippe n'est pas forcément une bonne comparaison), et même si on peut s'attendre à ce qu'ils soient moins importants que pendant la phase pandémique, il ne faut pas forcément s'attendre à un état stationnaire en pur bruit de fond. Il n'est pas non plus nécessaire qu'une maladie endémique devienne bénigne (la variole, justement, était endémique, et elle n'était certainement pas bénigne), mais je vais essayer d'expliquer pourquoi dans le cas de covid je pense qu'on peut être raisonnablement optimiste.

Il est à peu près acquis que nous allons essentiellement tous attraper le covid à un moment ou un autre, et même, de façon répétée. (Tous s'entendant avec les restrictions évidentes : les gens qui mourront d'un accident de la route demain et qui n'ont jamais eu le covid ne vont pas l'attraper magiquement. Mais je veux dire qu'essentiellement toute personne qui vit assez longtemps finira par l'avoir de temps à autres.) Peut-être qu'un rappel vaccinal très régulier permettra de l'éviter, mais même ça n'est pas acquis, et surtout, ce n'est pas acquis que ça en vaille la peine, sauf peut-être pour des populations particulièrement fragiles (comme on vaccine régulièrement contre la grippe les personnes âgées).

Car s'il est à peu près acquis que nous attrapions tous le covid régulièrement, ce ne sera vraisemblablement pas très grave, sauf la première fois, et même la première fois ne sera pas trop grave pour la grande majorité des personnes vaccinées. Essentiellement parce que nous attraperons le covid au moment où notre immunité (induite par les infections et vaccinations précédentes) deviendra un peu trop faible, mais bien qu'un peu trop faible pour éviter l'infection (plus « stérilisante ») elle sera néanmoins, dans la grande majorité des cas, suffisante pour éviter que cette infection soit très grave (« protectrice »). (L'analogie avec la variole est donc invalide, parce que seule une petite proportion de la population attrapait la variole, la majorité n'avait aucune immunité.)

La fin de la phase « pandémique » viendra pour laisser place à l'état « endémique », donc, mais comme cette transition ne sera pas clairement marquée et sera largement arbitraire (ou au moins, identifiable seulement rétrospectivement par le fait que la mortalité sera tombée sur des phases saisonnières qui ne changent plus d'année en année), il est vraisemblable que nous le ne voyions pas vraiment. J'ai beaucoup apprécié, à ce sujet, ce court article publié dans le BMJ intitulée The end of the pandemic will not be televised (annoncé ici sur Twitter) et qui fait un petit rappel sur la manière dont ont pris « fin » les pandémies de grippe de 1918, 1957 et 1968 (je regrette qu'ils ne soient pas remontés à 1889, parce que cette dernière a beaucoup à nous apprendre, cf. ci-dessous) : la fin de la pandémie ne sera pas claire, et peut-être que justement le fait d'avoir les yeux rivés sur des indicateurs numériques rendra encore plus difficile à voir le retour à une forme de normalité. (Peut-être que le bon critère à adopter est que la pandémie prendra fin le jour où je cesserai de parler de covid sur mon blog ? ☺️)

Si la pandémie prendra fin, il est beaucoup moins clair que prenne fin la marque qu'elle aura laissé sur nos vies courantes. J'aime rappeler (voir notamment ici dans la section intitulée effet cliquet) que les mesures Vigipirate n'ont jamais pris fin bien que le terrorisme cause un nombre de morts négligeable (et on n'ose pas les lever parce qu'on peut toujours craindre oui mais ce sont justement ces mesures qui font que le terrorisme est négligeable, et l'autorité qui prendrait le risque de les lever devrait — injustement — subir de graves critiques s'il y avait un gros attentat après). Nous allons certainement devoir porter des masques un peu partout bien au-delà du moment où ils auront cessé d'être pertinents, et comme je l'ai dit ailleurs, le recul de l'état de droit représenté par les pass technologisants, les lois d'exception et le spectre des confinements n'est pas près d'être compensé.

En fait, la mort de ces interdictions et obligations viendra sans doute simplement du fait que les gens, les sentant devenues inutiles, les respecteront de moins en moins (i.e., je pense qu'elles ne seront officiellement abolies que bien longtemps après qu'elles seront devenues largement ignorées dans les faits). Il me semble que l'attitude publique, au moins en France, a beaucoup changé au cours des derniers 1½ années, de quelque chose comme protégez-nous ! (ou cachons-nous le temps que l'orage passe !) à quelque chose comme bon, il faudra bien vivre avec…, et malgré l'attention disproportionnée que reçoivent une poignée d'antivax et une poignée d'irréductibles qui croient encore au zéro covid ou au moins aux restrictions jusqu'à la fin des temps, la grande majorité des gens ont fini par converger vers une attitude sensée, et prend des précautions certes pas idéales (le gel hydro-alcoolique…) mais néanmoins raisonnables, tout en étant déterminée à ne pas conditionner toutes leurs vies à une unique maladie.

Mais revenons au virus, parce que c'est quand même important, et sans doute plus simple, de savoir où on va à ce sujet avant de spéculer sur les conséquences sociales que ça aura. Que va devenir le virus SARS-CoV-2 (le virus qui cause la covid) dans l'état endémique ?

Même en se limitant uniquement à la sphère de la santé, il y a deux questions assez distinctes : la question épidémiologique d'une part, c'est-à-dire à quel niveau le virus circulera dans ce mode endémique : en moyenne, d'une part, et avec quelles fluctuations saisonnières, et la question médicale d'autre part, c'est-à-dire, quel sera son niveau de gravité, soit individuelle (quels seront les symptômes chez les personnes infectées), soit collective (quel sera l'impact sur le système de santé publique). S'agissant de la question épidémiologique, j'ai tenté dans ce fil Twitter (43 tweets ; ici sur ThreadReaderApp) de faire une modélisation très basique de l'état stationnaire (celui-ci par James Ward est aussi très intéressant, et beaucoup plus poussé, mais je n'ai pas eu le temps de regarder en détail). Le niveau de circulation à prévoir dépend de paramètres sur lesquels nous n'avons que peu de connaissances, mais il est quasi certain, comme je le disais plus haut, que nous attraperons essentiellement tous le covid plusieurs fois, à un intervalle qui se comptera probablement en années. Si cette affirmation peut sembler effrayante car cette maladie a encore l'image de quelque chose de terrible, il y a de bonnes raisons de croire que sa gravité va diminuer, peut-être pour devenir une sorte de rhume, ou si nous avons moins de chance une sorte de grippe saisonnière. À ce stade il est impossible de prévoir ce qui va se passer.

Heureusement, nous avons au moins des exemples de ce qui peut se passer, parce qu'il y a quatre coronavirus humains endémiques connus. Il faut donc que j'en parle un peu, ne serait-ce que parce que je trouve un peu scandaleux, avec toute l'attention qu'a reçu SARS-CoV-2, qu'on n'ait pas un peu plus parlé des autres coronavirus humains.

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