David Madore's WebLog: 2014-07

This WebLog is bilingual, some entries are in English and others are in French. A few of them have a version in either language. Other than that, the French entries are not translations of the English ones or vice versa. Of course, if you understand only English, the English entries ought to be quite understandable without reading the French ones.

Ce WebLog est bilingue, certaines entrées sont en anglais et d'autres sont en français. Quelques-unes ont une version dans chaque langue. À part ça, les entrées en français ne sont pas des traductions de celles en anglais ou vice versa. Bien sûr, si vous ne comprenez que le français, les entrées en français devraient être assez compréhensibles sans lire celles en anglais.

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Entries published in July 2014 / Entrées publiées en juillet 2014:

(lundi)

Petit séjour à Rotterdam

Mon poussinet et moi avons passé quelques jours aux Pays-Bas. Pas spécialement pour pratiquer mon néerlandais (j'ai fait l'effort de commander une fois en néerlandais au restaurant, mais je pense que ça ressemblait plus à du petit-nègre, ou en l'occurrence du petit-allemand). Nous avons visité Amsterdam, mais surtout Rotterdam et La Haye (c'est-à-dire Den Haag, la capitale de facto des Pays-Bas, appelée aussi The Hague en anglais, à ne pas confondre avec La Hague en France, qui n'a rien à voir ; notons que la haie est à la fois traduction et cognat de de haag). Le Thalys nous a déposé à Amsterdam, mais notre hôtel était à Rotterdam (qui est à entre 40′ et 1h de train d'Amsterdam, selon le type de train qu'on prend) ; quant à La Haye, elle est accessible en métro depuis Rotterdam.

La plupart des gens à qui nous avons raconté vouloir visiter Rotterdam ont eu l'air de penser que c'était une idée saugrenue. Mais en vérité, comme mon poussinet et moi ne sommes pas trop férus de musées ou de vieilles pierres, ou en tout cas, que nous aimons visiter des villes modernes et dynamiques, nous n'avons pas regretté ce choix. Rotterdam donne un peu l'impression d'avoir été entièrement construite dans le cadre d'un concours architectural qui se serait déroulé vers 1995 (je ne sais pas bien pourquoi : même si la ville a été rasée en 1940, je suppose qu'on ne l'a pas laissée sous forme de ruines pendant cinquante ans). Du coup, il faut aimer l'architecture contemporaine, mais si on l'aime, au niveau urbanisme, c'est plutôt réussi, et il y a des bâtiments à la forme vraiment surprenante ou intéressante à regarder (je pense notamment à cet immeuble d'habitations que je n'ai pas pensé à prendre en photo et dont les photos sur Google images ne rendent pas vraiment justice).

À part ça, l'hôtel où nous avons dormi à Rotterdam (le Mainport Hotel) était à l'image de la ville : ultra-moderne, très confortable, et sans doute un peu froid. En fait, c'était la première fois que je séjournais dans une chambre d'hôtel qui avait à la fois une douche et une baignoire à bulles. Et une deuxième télé dans la salle de bain, pour pouvoir regarder pendant qu'on prend un bain-massage. Pour un prix pas du tout exorbitant, en tout cas, par rapport à ce qu'on aurait payé à Amsterdam (peut-être aussi parce qu'il était un petit peu éloigné du centre-ville). Le petit-déjeuner, lui, était assez cher, mais excellent, et ce n'est pas désagréable de prendre le brunch sur une terrasse au-dessus de la Meuse. Je peux aussi recommander, en matière alimentaire à Rotterdam, le restaurant indonésien Sari Koering sur Wijnhaven (commandez un nasi, c'est délicieux et pas cher). Nous avons aussi essayé le haut lieu bio-brancho-éco-bobo Spirit sur Mariniersweg, qui propose des plats végétariens au poids : c'est très bon, mais vraiment exorbitant (25€/kg).

Quant à La Haye, c'est un mélange assez éclectique : il y a des endroits d'immeubles modernes qui ressemblent un peu à Rotterdam (mais en légèrement moins réussi), il y a des petits canaux comme à Amsterdam, certains coins qui m'ont fait énormément penser à Londres, d'autres encore à une ville allemande non identifiée. La petite gare de Den Haag HS a un charme pittoresque complètement différent de l'architecture futuriste de Den Haag Centraal, mais les deux sont intéressantes. (En revanche, nous ne sommes pas allés voir le palais de la Paix, qui était un petit peu loin.)

Amsterdam, évidemment, est plus jolie avec ses célèbres petits canaux, mais le cœur en est tellement envahi de touristes (et c'est un parisien qui parle !) que j'avais un peu envie de fuir : la place juste devant la gare d'Amsterdam, un dimanche après-midi d'été, c'est un cauchemar d'agoraphobe. D'un autre côté, il y avait aussi une incroyable concentration de beaux jeunes gens athlétiques : je ne sais pas si c'est le résultat de toute la population estudiantine d'Europe qui vient chercher son THC aux Pays-Bas (probablement pas, en fait : ça parlait beaucoup néerlandais — mais pourquoi ce ne serait pas pareil à Rotterdam ?) ; mais si c'est le cas, je veux bien qu'on légalise le cannabis en France aussi (faudra juste mettre des règles un peu strictes sur l'aération, parce que là ça puait la beuh dans la rue).

Bref, voici quelques photos que j'ai prises (comme d'habitude, on se rend compte après coup qu'il y a plein de choses qu'on a oublié de photographier alors qu'on pensait l'avoir fait). J'utilise le même petit gadget JavaScript primitif que pour mes photos de Munich l'an dernier. J'ai tenté de veiller à ce que les photos soient correctement géolocalisées.

(mardi)

Pourquoi e et π paraissent-ils plus aléatoires que génériques ?

Je veux discuter ici non d'une question de maths mais d'une question de philosophie des maths (et qui, pour une fois, n'est pas de la logique mais plutôt la théorie des nombres !). Néanmoins, pour l'expliquer, il faut bien que je parle de maths.

Un fait empirique est le suivant : quand on fait des études statistiques sur les décimales, disons, du nombre e ou du nombre π, celles-ci se comportent empiriquement comme une suite aléatoire (comme si elles avaient été tirées au hasard par un grand dé cosmique). Par exemple, les décimales en base 10 semblent équidistribuées (il y a autant de 0 que de 1 que de 2… que de 9) ; mieux, les suites de 2 chiffres semblent équidistribuées (il y a autant de 00 que de 01… que de 99), et pareil pour les suites de 3 chiffres et plus, tant qu'on a assez de données pour faire des statistiques significatives (or, s'agissant des décimales de π, on en a beaucoup). Autrement dit, on conjecture que π est un nombre « normal », ce qui regroupe ces différentes affirmations sur la fréquence des décimales. Et ce n'est pas vrai qu'en base 10, qui n'a aucune raison d'être spéciale : on conjecture que π est normal en toute base (entre autres, écrit en base 2, on conjecture qu'il devrait contenir quelque part le contenu de ce blog jusqu'à sa fin, codé en binaire ; ceci n'a, évidemment, rien de remarquable : il faudrait aller si loin dans les décimales pour le trouver qu'indiquer l'endroit où on le trouve est essentiellement aussi long que donner le contenu lui-même).

Pour motiver cette conjecture on donne typiquement l'explication suivante : « presque tous » les nombres réels sont normaux en toute base. C'est-à-dire que si on tire un nombre réel aléatoirement (uniformément entre 0 et 1), la probabilité qu'il ait les propriétés que j'esquisse ci-dessus vaut exactement 1. Ceci est un énoncé mathématique clair et pas très difficile (pas du tout conjectural) : l'ensemble des nombres réels qui n'ont pas la propriété d'être normaux en toute base est un ensemble dit négligeable (=de mesure de Lebesgue nulle, ce qui signifie techniquement qu'on peut le recouvrir par une suite d'intervalles dont la somme des longueurs converge et a une somme arbitrairement petite, cf. ci-dessous), correspondant à un événement de probabilité 0. On reformule aussi ce fait en disant que presque tous les nombres réels sont normaux en toute base (presque tous veut dire précisément que l'ensemble de ceux qui ne le sont pas est négligeable). Dès lors (dit-on), il n'est pas surprenant, si presque tous les nombres réels ont la propriété d'être normaux en toute base, de conjecturer que π en particulier l'est. Je ne prétends pas que cette justification soit insensée, mais elle glisse de la poussière sous le tapis, à savoir la raison pour laquelle presque tous est une bonne notion.

(lundi)

Une bizarrerie géographique parisienne enfin corrigée

Je m'étais plaint ici (et surtout pour plus de détails) de cette bizarrerie géographique parisienne : depuis le pont National (le plus en amont sur la Seine après celui du périphérique), il n'y avait aucun moyen d'aller à l'avenue des Terroirs de France (ou, disons, à Bercy-Village) sauf à contourner une énorme emprise SNCF. L'absurdité est surtout qu'il n'est pas possible, côté rive droite, de passer à pied sous le pont National (ou du moins, en principe interdit ; c'est possible si on veut bien se faufiler dans une glissière de sécurité avec une sorte d'autoroute à côté).

Cette bizarrie était devenue encore plus absurde avec l'arrivée du tramway à ce niveau : on a un arrêt de tramway (Baron le Roy, sur le boulevard Poniatowski, juste un peu après le pont National) et une station de métro (Cour Saint-Émilion, ligne 14, qui dessert Bercy-Village) distantes à vol d'oiseau de 550m, mais le plus court chemin à pied pour les relier faisait quelque chose comme 1.8km (passer rive gauche par le pont National, descendre la Seine jusqu'au pont de Tolbiac, et revenir jusqu'à Cour Saint-Émilion ; ou bien, en restant rive droite, continuer jusqu'à la rue de Charenton, passer sous les voies au niveau de la rue Proudhon, et revenir depuis la place Lachambeaudie jusqu'à Cour Saint-Émilion, ce qui est encore plus long).

[Liaison piétonne Bercy-Charenton, côté Bercy]La situation a enfin été corrigée : un passage piéton a été aménagé à travers l'emprise SNCF (traversant la Petite Ceinture désaffectée puis des espèces d'entrepots dont je ne sais pas s'ils servent encore mais dont certains sont visiblement squattés). Ce passage est d'ailleurs évidemment visible sur OpenStreetMap. J'imagine qu'il a fallu se battre contre beaucoup de moulins à vent pour avoir le droit de l'ouvrir.

Dans le même genre, mon poussinet et moi avons vérifié qu'il est possible (je ne sais pas si c'est nouveau) d'aller au centre commercial Bercy 2 à pied. Ce n'est pas complètement évident, et pas du tout agréable, mais c'est possible, sans franchir une glissière de sécurité. Il y a même (au moins) deux moyens pour ça : l'un, depuis le même arrêt Baron le Roy du tramway, consiste à passer par l'échangeur de Bercy et devant ce qui est je crois une préfourrière, il y a vaguement des indications. L'autre consiste à partir de la porte de Charenton, à rejoindre le quartier Valmy de Charenton-le-Pont, et à passer par la passerelle de Valmy, qui franchit une autre grosse emprise SNCF, ici sur OpenStreetMap, pour arriver au quartier Bercy de Charenton, où se trouve le centre commercial.

(dimanche)

Une remarque sur la TVA et les arrondis

La TVA normale en France est de 20%. Est-ce que la loi ou les règles de comptabilité imposent que le commerçant définisse un prix hors taxes (exact en centimes), ajoute la TVA avec une règle bien définie d'arrondi (j'imagine : l'arrondi au plus proche), et calcule ainsi le prix toutes taxes comprises qui sera affiché ?

Parce que si c'est le cas, indépendamment de la valeur de la TVA et de la règle de calcul de l'arrondi, il y a des prix TTC qui ne devraient pas être possibles. Pour s'en convaincre, il suffit de considérer les N prix hors taxes différents 0.01¤, 0.02¤, 0.03¤, etc., jusqu'à (N/100)¤ pour une valeur de N assez grande : en ajoutant la valeur de la taxe, on obtient N prix TTC (probablement différents, peut-être même pas si le mode d'arrondi est très bizarre, mais peu importe) jusqu'à (N′/100)¤ pour un N′>N (puisque la taxe augmente les prix, au moins s'ils ne sont pas très petits !). Or il y a N′ valeurs exactes au centime entre 0.01¤ et (N′/100)¤, donc les N valeurs considérées ne les prennent pas toutes. Il y a donc des prix TTC qu'on ne devrait jamais voir apparaître.

Et pour une valeur de TVA de 20% et l'arrondi au plus proche, il est vraiment facile de faire le cacul : ajouter la TVA revient à multiplier par 1.20 = 6/5, donc les pris hors taxes 0.01€, 0.02€, 0.03€, 0.04€ et 0.05€ deviennent les pris TTC 0.01€, 0.02€, 0.04€, 0.05€ et 0.06€ (ce dernier étant exact et sans arrondi), et ensuite tout est périodique de période six centimes sur le prix TTC (pour cinq centimes sur le prix HT). Autrement dit, si c'est l'arrondi au plus proche qui est pratiqué, on ne devrait jamais voir un prix TTC dont la valeur exprimée en centimes soit congrue à 3 modulo 6 (ou, ce qui revient au même d'après le théorème chinois : soit impaire et dont la somme des chiffres soit multiple de 3). Par exemple, un prix TTC de 2.25€ devrait être impossible : si le prix hors taxes est 1.87€, on arrondit à 2.24€, et s'il est de 1.88€, on arrondit à 2.26€, mais jamais à 2.25€. Si l'arrondi est fait à l'inférieur ou au supérieur, les valeurs impossibles seront différentes (pas de montants en centimes congrus à 5 modulo 6 dans le cas de l'arrondi à l'inférieur, et pas de montants en centimes congrus à 1 modulo 6 dans le cas de l'arrondi au supérieur), mais dans tous les cas, comme je l'ai montré ci-dessus, il devrait y avoir des valeurs impossibles.

Il se peut que je me trompe en pensant qu'on est tenu de définir un prix HT exact en centimes et appliquer la TVA seulement ensuite. Néanmoins, même si ce n'est pas une obligation, il est bien possible que certains commerçants procèdent ainsi : je devrais m'amuser à faire des statistiques sur les valeurs modulo 6 des prix en centimes des choses que j'achète au taux normal de TVA, pour voir si on trouve effectivement certaines valeurs moins souvent que d'autres.

J'ai commencé à regarder ma liste de courses d'aujourd'hui, mais je me suis rappelé que c'était de l'alimentaire, taxé à 5.5% ; or pour ça, vu que 1.055 = 211/200, il faut regarder les valeurs des prix modulo 211 : et, si je sais calculer modulo 6 de tête, je ne suis pas calculateur prodige, je ne calcule pas un reste de division euclidienne par 211 de tête pour voir s'il serait par hasard égal à 10, 29, 48, 67, 86, 105, 125, 144, 163, 182 ou 201 (valeurs impossibles si arrondi au plus proche). Néanmoins, on a inventé un truc appelé les ordinateurs, qui m'ont permis de trouver parmi mes achats taxés à 5.5% un prix de 2.01€ (un lot de yaourts) incompatible avec un arrondi au plus proche (1.90€ HT donne alors 2.00€ TTC tandis que 1.91€ HT donne 2.02€ TTC), un autre de 3.06€ (un lot de tiramisù) incompatible avec un arrondi à l'inférieur (dans ce cas, 2.90€ donne 3.05€ et 2.91€ donne 3.07€), et encore un de 2.50€ (un lot de carottes) incompatible avec un arrondi au supérieur (pour lequel 2.36€ donne 2.49€ et 2.37€ donne 2.51€). Maintenant, il est fort possible que la règle (définir un prix HT en centimes, appliquer la TVA et arrondir) ne soit pas juste, ou comporte des cas spéciaux par exemple pour les lots de plusieurs produits (de toute façon, il faudra bien décider, si on vend plusieurs articles identiques : comme le client s'attend à ce que les prix TTC s'ajoutent exactement, j'imagine que la TVA se calcule et s'arrondit ligne à ligne).

Bref, tout ceci mériterait d'être tiré au clair ! Si je peux faire un procès à Carrefour pour m'avoir arnaqué d'un centime sur le calcul de l'arrondi de la TVA dans 11 cas sur 211, je pourrais faire quelque chose comme 0.02% d'économies.

(dimanche)

Petite balade sur la Grande Terrasse

[La Grande Terrasse de Saint-Germain]Mon poussinet et moi avons profité hier du temps pas trop chaud pour aller visiter la Grande Terrasse de Saint-Germain-en-Laye, créée par André Le Nôtre pour permettre à Louis XIV d'observer une vue dégagée sur les gratte-ciel et tours de bureaux de La Défense, ce pour quoi il a parfaitement choisi son endroit. (Il a aussi eu la bonne idée de la mettre juste à côté d'un arrêt du RER A, comme quoi, Monsieur Le Nôtre calculait bien les choses.) Il faut dire qu'elle est assez impressionnante par sa simple longueur : environ 2km (selon d'où à où on compte) et apparemment c'est une longueur qui plaît aux joggueurs : il faut croire que Louis XIV devait aimer faire un petit footing le matin quand il résidait à Saint-Germain ; et pour les motiver, Le Nôtre a rendu la terrasse pas complètement plate (elle forme un léger V), provoquant un effet d'optique qui donne l'impression depuis l'extrémité sud qu'elle est moins longue qu'elle ne l'est vraiment (et surtout, quand on en est environ au quart, qu'on arrive à la moitié ; j'en déduis là aussi que Louis XIV devait avoir besoin de motivation dans ses séances de course à pied). La vue est beaucoup plus impressionnante que n'en donnent l'impression les photos suivantes qui montrent surtout que mon téléphone n'est pas terrible pour en prendre.

[Panorama depuis la Grande Terrasse de Saint-Germain]

(mercredi)

Je résous le bug le plus bizarre que j'aie jamais vu

Commençons par raconter un peu ma vie. Vendredi j'ai enfin, et avec immense soulagement, soumis pour publication un article sur lequel mon co-auteur et moi travaillions depuis maintenant environ un an et demi et qui fait finalement 80 pages (si j'ai le courage, j'essaierai de vulgariser un peu le contenu dans ce blog, mais en fait je crois que j'ai surtout envie de penser à autre chose jusqu'à ce que le relecteur nous envoie des zillions de corrections). Ce week-end je suis allé chez mes parents pour me détendre un peu avant d'attaquer la montagne de choses que j'ai mises de côté entre autres pour avoir le temps de finir cet article. Bref.

Les choses ne se sont pas tout à fait passées de façon aussi détendante(?) que je l'avais espéré. D'abord il a plu toute la journée comme les larmes d'une veuve, ce qui n'aide jamais. Ensuite, il y a eu l'affaire mystérieuse d'un dongle wifi qui a disparu corps et âme et au sujet duquel Hercule Poirot enquête sans doute encore (j'avoue que j'avais déjà eu plein de problèmes avec le wifi, mais le coup de l'antenne qui disparaît physiquement, je n'avais pas encore vu). Mais surtout, il y a eu un bug de Firefox, qui semblait déjà étrange au début et qui est finalement devenu le bug le plus bizarre que j'aie jamais rencontré.

Il faut savoir que j'ai un PC chez mes parents (que j'utilise principalement pour faire des backups) dont la config est presque exactement identique à celle de mon PC chez moi — justement pour tenter d'éviter les surprises de choses qui fonctionneraient différemment d'un côté et de l'autre. La principale différence est que celui chez mes parents a un système (GNU/Linux) 32-bits alors que celui chez moi est 64-bits (et encore le noyau est-il 64-bits des deux côtés). Mais à part ça, j'essaie d'installer presque toujours les mêmes packages, de faire les mises à jour en même temps, etc., et mon $HOME est synchronisé entre les deux machines (justement pour servir de sauvegarde). Je compile aussi des Firefox de la même manière sur les deux machines (juste l'un en 32-bits et l'autre en 64-bits), à partir des mêmes sources, et je m'attends donc à ce qu'ils fonctionnent de la même manière.

Et là voilà, j'arrive chez mes parents, je lance mon Firefox, je veux faire une recherche Google (à cause d'un petit problème sur mon mobile, une merdouille qui ne vaut même pas la peine d'être racontée), et je tombe sur un bug bizarre : la barre d'adresse ne marche pas. Plus exactement, je peux taper des choses dedans, il propose des complétions, mais la touche entrée ne fait rien, pas plus que la petite flèche censée aller à l'adresse indiquée, ou même le fait de cliquer sur une complétion — bref, la barre est essentiellement inactive. À part ça, tout semble marcher normalement : la touche entrée marche parfaitement ailleurs dans le navigateur, je peux cliquer sur des liens dans des pages Web, bref, il n'y a en gros que la barre d'adresse qui dysfonctionne.

Évidemment, c'est le genre de symptôme qui peut avoir un million de causes, rien de ce que je peux trouver en ligne n'est susceptible de me concerner. Autant dire que le docteur House voit son patient commencer à faire de la fièvre, il est loin de se douter jusqu'où le lapin blanc va le mener.

(mardi)

Quelques questions de langue et de cohérence

Je dis souvent que s'agissant de conventions linguistiques et typographiques, le plus important est d'essayer d'être un peu cohérent et systématique. Et pour ça, il est important de se fixer des règles dont on trouve la logique satisfaisante, de manière à ne pas toujours changer d'avis. Mais ce n'est pas facile quand on se met à couper les cheveux en quatre.

Voici un exemple du genre de questions dont je veux parler : si je dois faire référence (alors que je parle français ou anglais) au premier président de la Chine communiste, dois-je l'appeler Mao Zedong ou Zedong Mao ? (Ou Máo Zédōng en écrivant les tons, mais pour une fois ce n'est pas ça qui me préoccupe.) Le fait est que le nom de famille est Mao (), et la question est de savoir comment l'ordonner par rapport au prénom (enfin, au nom personnel, qu'il vaut mieux ne pas appeler prénom quand on discute justement de l'ordre de placement). Les sinophiles me disent généralement que la question ne fait pas l'ombre d'un doute, en chinois le nom de famille précède le nom personnel : c'est incontestablement le cas quand on utilise un nom chinois en chinois, mais ici je parle d'utiliser un nom chinois en français, et il s'agit donc de se demander qui l'emporte, la convention chinoise ou la convention française — ou plus exactement, de savoir si l'ordre des parties d'un nom propre est relié au nom lui-même ou à la langue dans laquelle on s'exprime, et ce n'est pas évident du tout.

Il est sûr que la question ne peut pas admettre de réponse pleinement satisfaisante. Il y a trop de cas dictés par l'habitude pour qu'on puisse espérer être complètement cohérent : s'agissant de Mao Zedong, l'usage français s'est figé dans cet ordre, mais inversement, il y a un nombre non négligeable, par exemple, de Hongrois, pour lesquels on a pris l'habitude de retranscrire leur nom dans l'ordre prénom+nom (par exemple Erdős Pál → Paul Erdős), et de toute façon les célébrités ont souvent des bizarreries de nommage (pourquoi parle-t-on de Jules César mais de César Auguste ? — noter qu'aucune des deux parties, ici, n'est un prénom, le prénom de naissance serait Gaius pour les deux, mais Auguste a changé son prénom en Imperator en ~38 ; pourquoi Dante Alighieri, Michelangelo Buonarroti et Rembrandt Harmenszoon van Rijn sont-ils connus par leur prénom ? à la fin, il faut cesser de chercher une logique et reconnaître que l'usage fait loi). On peut néanmoins chercher à systématiser l'usage pour les personnes qui ne sont pas spécialement célèbres. Une solution est de choisir un ordre quelconque et de mettre le nom de famille en petites capitales ou de le souligner d'une manière ou d'une autre (quand il y en a un identifiable, ce qui n'est pas toujours le cas, notamment pour certains noms indiens ou les noms islandais), et d'écrire Máo Zédōng ; je ne suis pas fan de cette solution, que je trouve assez laide (quand on a un texte plein de noms propres, ça donne une impression vraiment trop didactique-pontifiante), mais il faut admettre que c'est ce qu'il y a de plus clair.

Voici un problème apparenté : supposons que je veuille parler de la personne élue à la tête d'une municipalité belge, disons, Namur : dois-je parler du maire de Namur ou du bourgmestre de Namur ? Là aussi, on me sort généralement une réponse un peu toute faite : en Belgique, on parle de bourgmestres — certes, c'est-à-dire que les Belges utilisent le terme bourgmestre pour désigner l'édile de leurs villes, mais moi je ne suis pas Belge, et je parle, si j'ose dire, dans une variante du fr-FR et non du fr-BE. Ce que je veux dire, c'est qu'il n'est pas du tout clair si le choix d'un titre comme maire ou bourgmestre doit être déterminé par la variante régionale du français qu'on parle ou par le pays qui attribue la fonction officielle. (Dans le genre, si je veux désigner l'adresse rue Rogier 70 à Namur, il semble raisonnable de penser que je doive mettre le numéro après le nom de la rue parce que c'est ainsi qu'on fait en Belgique, mais nettement moins raisonnable de penser que je doive obligatoirement prononcer septante parce que les Belges disent ça et que c'est une adresse en Belgique.)

En l'occurrence, je suis plutôt tenté de considérer l'usage du mot bourgmestre comme un régionalisme belge (qui, du coup, apparaît dans les textes légaux définissant la fonction) que comme une fonction spécifique dont le nom doit être préservé. Après tout, pour les villes néerlandaises, allemandes et autrichiennes, on a bien tendance à préférer en français (de France) le terme de maire même si ces gens devraient logiquement être tout autant bourgmestres que leurs homologues belges. Et je n'ai presque jamais entendu utiliser en français le mot alcade pour une ville espagnole ou syndic pour une ville italienne alors que ces mots existent. Mais surtout, je vois mal quelle différence fonctionnelle on peut trouver à l'usage d'un mot ou de l'autre : les anglais disent presque toujours mayor pour la personne à la tête d'une ville, ou qu'elle soit, même si la transcription burgomaster ou burghermaster existe en principe, et ça ne semble pas causer de problème. De toute manière, j'ai déjà souligné (sur l'exemple du président du Conseil et ses variantes) à quel point les titres officiels sont la province du Club Contexte. Bref, il me semble plus simple et finalement plus cohérent de parler de maire partout, y compris pour les villes belges, ou alors de parler de bourgmestre partout si on préfère ce mot, mais en tout cas de ne pas faire la distinction selon le pays ou le titre officiel.

Encore une question du même acabit : il est fréquent d'utiliser en français des guillemets « comme ceci », en anglais “comme ça” (ou ‘ça’) et en allemand „ainsi“ (ou »ainsi«), à tel point que certains considèrent que c'est une obligation de conformer le choix des guillemets au choix de la langue (à mon avis, c'est parfaitement stupide, cf. ci-dessous). Maintenant, en admettant qu'on fasse ces choix pour un texte entièrement écrit dans une langue, la question se pose encore de savoir ce qu'on doit faire quand on en mélange plusieurs : le choix des guillemets (et autres conventions typographiques apparentées) doit-il être dicté par la langue majoritaire du texte (pour avoir une même convention sur tout le texte), par la langue immédiatement autour, ou, dans le cas des guillemets, par la langue intérieure aux guillemets ? — et de nouveau, ce n'est pas du tout évident. Je fais personnellement le choix de régler les conventions selon la langue immédiatement autour (et donc, dans le cas des guillemets, extérieure aux guillemets), mais pour revenir à ce que je disais tout au début, le plus important me semble d'essayer d'être cohérent (et par exemple, quoi qu'en disent les maniaques du Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie Nationale — ouvrage d'ailleurs fort mal écrit et fort peu cohérent[#] — je trouve parfaitement raisonnable qu'on décide d'utiliser les mêmes conventions typographiques dans tout ce qu'on écrit, indépendamment de la langue, pour plus d'uniformité).

[#] Le plus ironique étant que ce Lexique préconise très clairement d'utiliser des accents sur les capitales alors que l'Imprimerie Nationale édite elle-même le Journal Officiel de la République française sans mettre ces accents ! Et je remarque aussi que selon les règles qu'ils donnent sur l'emploi des majuscules (ou du moins l'espèce de cafouillis qui tient lieu de règles dans ce Lexique) il serait plus logique d'écrire Imprimerie nationale et Journal officiel que Imprimerie Nationale et Journal Officiel. Bref, une chose est sûre, c'est qu'ils ne savent pas ce qu'ils veulent. Je ne comprends pas que ce livre ait malgré tout du succès auprès des maniaques ! Mais au sujet des majuscules à Imprimerie Nationale, voici une autre question du même genre : faut-il suivre l'usage défini par l'organisme qui porte le sigle ou bien uniformiser dans le texte ? (autrement dit, si moi je trouve plus cohérent d'écrire Imprimerie nationale parce que l'adjectif suit le nom, dois-je quand même mettre une majuscule à celui-ci parce que ce choix fait partie du nom ou dois-je considérer que ma convention l'emporte ?).

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