David Madore's WebLog: Fragment littéraire gratuit #48 (une confession)

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(mardi)

Fragment littéraire gratuit #48 (une confession)

Mon anecdote préférée — et sûrement apocryphe — au sujet de Voltaire rapporte que ce dernier était sur son lit de mort quand un prêtre lui a intimé d'abjurer le diable : Voltaire aurait répondu que ce n'était pas l'heure de se faire de nouveaux ennemis. Je n'ai pas moi-même une très grande sympathie pour ce Monsieur le Diable, et je regarderais à deux fois avant de commercer avec avec lui, mais je pense pouvoir dire qu'il est généralement plus compréhensif que son Éternel Ennemi, et nous sommes parvenus, lui et moi, à un gentleman's agreement : il me laisse à mes affaires et je ne regarde pas de trop près les siennes. À l'occasion, nous échangeons quelques bons services, sans aller plus loin.

On a écrit les pires horreurs sur mon compte, on m'a jeté les accusations les plus invraisemblables. Je les prends comme des compliments car si j'avais fait la moitié des choses qu'on a pu m'attribuer, j'aurais eu en cela un génie inventif à faire pâlir le cruel prince de Mongo. Mais je n'ai pas un tel talent, sauf peut-être pour susciter les passions les plus ineptes ; et je préfère sans doute inspirer la haine que l'indifférence. Pour le reste, je n'ai la prétention de n'être ni ange ni démon, et j'ai la faiblesse de croire que mes actes de lâcheté ou de cupidité sont en partie compensés par quelques bonnes actions dont je ne tiens pas à me vanter (elles nuiraient à mon image). Suivant le conseil d'Elbert Hubbard, je ne me justifie jamais : mes amis n'en ont pas besoin et mes ennemis ne me croiraient pas de toute manière.

L'Histoire me réhabilitera peut-être — ou elle m'oubliera — et je m'en soucie peu. Pour ma part, ce dont je tire la plus grande fierté, c'est d'avoir côtoyé ceux que j'ai côtoyés, des personnes dont les qualités — à la différence des miennes — ne sont pas feintes, et d'avoir eu le privilège de pouvoir en appeler certains mes amis. Voilà tout ce que j'ai à dire.

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