David Madore's WebLog: Sur le rejet de la société de consommation

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(dimanche)

Sur le rejet de la société de consommation

Vendredi soir, un certain nombre de stations du métro ont vu toutes leurs affiches tagguées en noir par des inscriptions autour du thème « marre de la pub ». J'ai vu les guignols qui faisaient ça à l'œuvre, mais je n'y repense que maintenant, parce que les affiches n'ont pas été remplacées depuis (ça me surprend, mais peut-être que les afficheurs ne travaillent pas du tout le week-end).

Comme beaucoup de gens sans doute, je suis irrité par l'omniprésence de la publicité : les paroles des « prophètes » sont écrits sur les murs du métro, elles sont encore dans nos boîtes aux lettres, dans nos télévisions, sur le Web, dans nos boîtes à mails, etc. Marre de la pub, donc ? Oui, sans doute. Mais si je traite de « guignols » les activistes qui agissent ainsi, c'est que leur contre-publicité est aussi pénible que ce qu'elle prétend dénoncer (d'ailleurs, visuellement, je préfère largement les affiches bien réfléchies des designers que leurs immondes tags, mais ce n'est pas le point). Faire de la pub contre la pub, c'est encore faire de la pub, et ce n'est pas parce qu'elle est sauvage est « spontanée » qu'elle a ma sympathie. J'aime que, lorsqu'on essaie de me dire quoi penser, on me fournisse quelques arguments pour me convaincre ; et les gribouillis de ces guignols ne me convainquent même pas de ce dont je suis déjà convaincu. J'apprécie aussi assez peu, je dois dire, que toutes les affiches soient également graffitées : celles qui appellent au respect des personnes handicapées ou à l'action contre la faim dans le monde autant que celles qui vantent telle ou telle chaîne de grands magasins ou tel ou tel grand spectacle ; il aurait été très fort de respecter certaines causes, cela aurait montré que le mouvement était réfléchi et n'était pas un gribouillage aveugle de tout ce qui passait sous la main. Mais apparemment c'est trop en demander.

De façon générale, je m'agace des gens qui crachent dans la soupe en décriant la « société de consommation ». La « société de consommation » est devenue le label sous lequel on focalise n'importe quelle opposition à n'importe quoi ; mais la pensée sous ces oppositions est souvent très pauvre. Or la « société de consommation » c'est un fort commode holisme : ceux qui consomment, ce sont bien les individus qui la composent, pas la société elle-même. Et consommer, ce n'est pas un mal en soi, faut-il le rappeler. Ce qu'on décrie en vérité, c'est un manque de solidarité (par exemple) ; mais ce n'est pas la société qui a un tel défaut, ce sont ceux qui la composent, et ce n'est pas la société qui est la cause de leurs faiblesses (ou de leurs qualités), elle est leur conséquence. Il ne faut pas mettre sur le dos de la société ce qui est un défaut de la nature humaine (et qu'on peut seulement contourner, pas corriger) : s'il y a de la pub, c'est aussi parce que les gens sont sensibles à la pub. Alors je ne prétends évidemment pas que notre société soit parfaite, mais je trouve assez mal venu de la critiquer de la part de gens qui (i) profitent bien largement du confort que cette société leur apporte et (ii) sont infoutus de faire des propositions concrètes et réalistes (genre, au lieu de perdre leur temps dans le métro à tagguer les affiches, s'ils mobilisaient leur énergie pour faire quelque chose d'utile ?). Si voir quelques affiches de pub dans les transports en commun est le prix à payer pour avoir un supermarché à 100m de chez moi et une connexion Internet bon marché, je suis prêt à payer ce prix.

Quelque part, je crois que le vrai problème, c'est que les gens sont infoutus de se trouver eux-mêmes un sens à leur vie, ils attendent que le contexte (et notamment la société) dans lequel ils vivent leur en fournissent un. Si tout ce qu'ils lisent, c'est « consommez », je suis bien navré pour eux. Mais, justement, le sens de la vie, il ne se vend pas dans les supermarchés.

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