David Madore's WebLog: Cauchemar, ou : l'ouverture des portes de la peur

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(vendredi)

Cauchemar, ou : l'ouverture des portes de la peur

(Wow, j'ai trouvé un super titre si un jour je dois réaliser un film d'horreur, moi.)

J'ai fait un rêve assez mémorable, cette nuit. Mémorable d'abord par la foison des détails, des scènes et des situations qui le peuplaient (une fois dans l'onde bleue j'ai entrepris de gribouiller tout ça sur papier avant d'oublier, puis de retrouver les connexions qui se faisaient entre les mèmes dans mon cerveau, c'était assez amusant). Je ne sais pas si c'est les pages que j'ai lues d'un bouquin sur le lambda-calcul (genre, un terme du lambda-calcul est fortement normalisable si, et seulement si, il est typable dans le système D) juste avant de m'endormir qui m'ont causé une telle activité intellectuelle, mais c'était assez intense. Petit spécimen du brain dump (ce que je mets entre crochets est un commentaire fait après coup) :

canalisations d'eau qui pètent à l'ENS (mais c'est pénible à changer [sans doute une association avec ma dernière entrée ici] donc on ne va bien changer) — petit bonjour à la femme de ménage — soutenance de thèse dans un avion (le dernier jour possible ! sinon il n'aura pas son visa) par un japonais sur les obstructions [en théorie des nombres] apportées par le foncteur des droites — exposé (de thèse) très clair, on y apprend que le plan est un quasi-groupe de Lie [sans doute faut-il comprendre groupoïde de Lie, ce qui ne veut rien dire, mais il était question d'automorphismes de droites] — on voit passer dans le ciel la navette spatiale [Columbia] au décollage, et on leur fait coucou avec les mains — esprit japonais dans l'aménagement intérieur, la pièce zen sans téléphone portable — mes parents me conduisant chez des amis [les Tourniaire ?], ma mère cherche à obtenir quelque chose (rapport à son groupe de chant) — un chien et plusieurs chats [là, je pense probablement à l'écrivain France Nespo, qui s'est récemment installée dans la même rue que mes parents] — je discute avec Sally : on se tutoie ?, j'ai de très vieilles lunettes — lecture du livre [sans doute une vague association avec le Livre de Sable de Borges] dans la bibliothèque [celle qu'avait ma grand-mère, en fait] — (dans le livre :) le Christ a traversé le plan [je pense sans doute à Trois Versions de Judas de Borges et aussi à la fin étrange de The Planiverse de Dewdney] — (toujours dans le livre :) comment compter les choses (des nuits d'insomnie, les œuvres d'un auteur) ? — [là, le rêve devient cauchemar] on frappe à l'intérieur de la bibliothèque — la clé de la bibliothèque se met à tourner, mais il n'y a rien, la clé se déforme — je dis je suis entré dans le cauchemar — l'horreur se déchaîne

Je peux expliquer (au moins de façon conjecturale) la plupart des éléments qui interviennent (pas tous, cependant : je ne comprends pas comment est apparue la navette Columbia, par exemple, même si je sais pourquoi je lui fais ensuite coucou avec les mains), mais évidemment il n'est pas question que je tente cela ici (ce serait trop long, chaque élément exigeant une explicitation assez détaillée de mes mécanismes d'associations d'idées, et surtout pas très intéressant ; j'ai déjà fourni un échantillon de telles explications par le passé).

À la fin, le rêve se transforme en cauchemar. Souvent, pour moi, le passage vers le cauchemar (ou le cauchemar tout court, d'ailleurs) est caractérisé par l'apparition d'un élément surnaturel de nature que je ne peux pas maîtriser (pas n'importe quel élément surnaturel : comme beaucoup de gens, je rêve parfois que je vole, et ça n'est pas du tout un cauchemar) ; en l'occurrence : j'entends frapper à l'intérieur de la bibliothèque (qui a des portes qu'on peut fermer à clé), j'ouvre, et je ne vois rien, je referme, et les coups recommencent, puis la clé se met à tourner toute seule. (Je suppose en fait que les coups que j'entendais dans mon rêve étaient de vrais coups de marteaux donnés chez un voisin quelconque.) Cette petite scène se répète deux ou trois fois, puis je dis à haute voix (enfin, dans mon rêve — je ne sais pas si j'ai parlé dans mon sommeil) : Je suis entré dans le cauchemar. (Imaginez cette phrase prononcée comme si c'était : Vous êtes entré dans la quatrième dimension.) À ce moment-là, et c'est presque une volonté consciente de ma part (allonz-y carrément), l'horreur se déchaîne de façon caricaturale, on a une succession très rapide de scènes un peu gore, comme dans une bande-annonce de film d'horreur (de petit budget). Je pense quelque chose comme bon, ça suffit maintenant, il faudrait se réveiller — et je le fais.

Il doit y avoir un groupe de neurones, quelque part, au moins chez moi, qui est responsable des peurs les plus primales, les plus ancestrales, la peur de ce qu'on ne sait pas expliquer, la peur du noir, la peur qui n'a rien de sophistiqué mais qui n'est pas non plus la simple peur d'une menace physique (qui décharge l'adrénaline), la peur qui provoque un frisson et qui hérisse le poil. L'activité cérébrale un peu aléatoire (enfin, j'imagine) du rêve doit tomber sur cet endroit-là et l'activer. Au réveil, il est encore facilement excitable. Ainsi, même conscient et bien pénétré de l'idée que ce n'était qu'un rêve, j'arrivais facilement à trouver des idées (pas forcément présentes dans le rêve, je pense, mais d'autres idées mémétiquement proches) qui provoquaient ce genre de peur, qui me causaient ce frisson si particulier (entre autres choses, j'ai repensé à cette surprise qui m'avait vraiment eu, et visualiser mentalement l'image associée était très fort). J'avais en quelque sorte trouvé les portes de la peur, celles dont sortent les légions des terreurs nocturnes. J'ai pensé un moment les affronter, je me suis dit que ça me ferait du bien de m'en moquer, mais elles ne sont pas si faciles à exorciser, je n'ai pas réussi à chasser les spectres ou à vaincre les frissons, j'ai même dû allumer la lumière (qui mieux que toute autre chose dissipe cette sorte d'angoisse) et me résoudre à ne plus y penser, refermer les portes de la peur, faute de pouvoir les vaincre de front. Tout ce qui accompagne le rêve et l'onde bleue est facilement oublié, et j'ai de nouveau (heureusement ?) perdu le chemin de ces portes de la peur, les notes prises sur papier ne me permettent pas de les retrouver, mais je trouve fascinante l'idée qu'il y a quelque part dans mon cerveau une commande aussi précise. (Si j'avais pu faire une cartographie cérébrale à ce moment, on aurait peut-être eu la chance de la localiser de manière exacte. Ça aurait sans doute un intérêt, d'ailleurs : on détruit cette zone du cerveau, et, hop, plus jamais de cauchemars de ce genre ?)

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