David Madore's WebLog: Paris concentrique

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(mercredi) · Pleine Lune

Paris concentrique

C'est une bonne idée que j'ai eue d'afficher le plan du métro sur le mur à côté de mon bureau, parce que même si j'avais déjà regardé la carte en question mille et mille fois dans les stations, j'en découvre toujours plus maintenant que je l'ai quasiment en permanence sous les yeux. Une chose notamment à laquelle je n'avais pas prêté grande attention jusqu'à présent sur les plans de Paris est à quel point la capitale française est organisée de façon concentrique. Notamment, de l'extérieur à l'intérieur, il y a trois limites historiques importantes qui continuent d'apparaître de manière frappante sur le plan actuel. Voici ce qu'on peut en dire.

  1. Les limites actuelles de Paris. Administrativement, elles sont un peu au-delà du boulevard périphérique (même si on ignore les deux bois qui prolongent largement Paris au niveau de Boulogne et de Vincennes et l'héliport de Paris / parc des sports / Suzanne Lenglen qui fait également partie de Paris et mange dans Issy-les-Moulineaux au niveau de la porte de Sèvres). Mais en pratique, on pense à Paris jusqu'au boulevard périphérique ; celui-ci a été d'abord rêvé par Pétain, démarré vers 1957, et achevé le 1973-04-25 : depuis, pour le meilleur ou pour le pire, il enclot Paris et le garde de sa banlieue. Juste en-deçà du périph', les boulevards « des maréchaux », correspondant aux limites données à Paris par le décret d'annexion du 1859-06-16. C'était la limite intérieure des fortifications de Paris (enceinte de Thiers) qui ont existé de 1840 à 1919 (la démolition est complète en 1932). Entre cette limite et la limite actuelle, l'ancienne zone non ædificandi des fortifications, dont l'urbanisme a été contrôlé : c'est là notamment qu'est implantée la cité universitaire internationale (fondée par le ministre André Honnorat avec l'appui de l'industriel Émile Deutsch de la Meurthe et le recteur Paul Appell).
  2. À l'intérieur, on trouve l'ancienne enceinte « des fermiers généraux », barrière de paiement de l'octroi (et cause de grand mécontentement, comme le rapporte le fameux vers, Le mur murant Paris rend Paris murmurant), qui a existé de la fin des années 1780 jusqu'à 1859. À part quelques rares traces comme la rotonde du parc Monceau ou les colonnes du Trône place de la Nation, l'enceinte des fermiers généraux ne subsiste que sous forme d'un anneau de boulevards « extérieurs » (Boulevard Blanqui, Boulevard Saint-Jacques, Boulevard Raspail, Boulevard Edgar Quinet, Boulevard de Vaugirard, etc.), dont le parcours est également très fidèlement suivi par la boucle des lignes 2 et 6 du métro actuel, de l'Étoile à la Nation (la seule exception notable est le Boulevard Vincent Auriol, qui passe un peu au-delà de l'enceinte des fermiers généraux). Entre cette enceinte et la limite actuelle de Paris, les communes ou fractions de communes rattachées en 1859 (Belleville, Charonne, une partie de Saint-Mandé, Bercy, etc.), portant le nombre d'arrondissement de Paris de 12 à 20. Les limites extérieures des 8e, 9e, 10e et 11e arrondissements suivent donc également l'enceinte des fermiers généraux (en revanche, ce n'est pas le cas pour les 5e, 6e et 7e, qui ont été légèrement rétrécis au moment de l'annexion) (précision (2004-01-10T15:55+0100) : il est en fait probable que je me trompe en supposant implicitement que les 12 arrondissements d'avant 1860 coïncident à peu près avec les 12 premiers arrondissements actuels : ils correspondraient plutôt aux 12 « municipalités » introduites par la Révolution).
  3. Troisième limite historique importante qui apparaît encore maintenant clairement dans le plan de Paris, celle qui définissait le contour de la ville vers 1680. Il ne s'agit pas d'une barrière ou d'une fortification (même si l'actuel boulevard Beaumarchais suit l'enceinte de Charles V) mais de la séparation entre la ville et les faubourgs, qu'on voit encore aujourd'hui dans les changements de nom des rues (Rue Saint-Jacques → Rue du Faubourg Saint-Jacques, par exemple). Sur la rive droite, la limite était marquée par des cours plantés : les actuels boulevards Beaumarchais, du Temple, Saint-Martin, de Bonne-Nouvelle, Poissonnière, Montmartre, des Italiens, des Capucines, de la Madeleine et la rue Royale) ; sur la rive gauche, et au niveau du boulevard Bourdon, les limites n'ont pas été aussi nettement matérialisées avant 1760 — mais on y trouve les boulevards de Montparnasse et des Invalides. On reconnaît là les limites extérieures des 2e, 3e, 5e et 6e arrondissements actuels (à un détail près que la limite historique au niveau du 5e serait plutôt passée du côté des rues Buffon, Censier et Broca), et aussi la courbe de la ligne 8 du métro. (J'avais toujours cru que ces grands boulevards étaient des percées de Haussmann, mais en réalité c'est Louis XIV qu'il faut remercier. Le Boulevard de Sébastopol, en revanche, ou, bien sûr, le Boulevard Haussmann, ainsi qu'une partie de la rue de Rivoli, sont bien dus au baron. Il en va de même du boulevard de Port-Royal : c'est donc bien là une limite historiquement postérieure.)

Il y a évidemment d'autres limites historiques dans Paris, encore plus près du centre, comme l'enceinte de Philippe Auguste, mais celle-ci n'est pratiquement pas matérialisée actuellement.

Peut-être auriez-vous aimé voir toutes ces explications agrémentées de jolies illustrations. J'aurais aimé pouvoir le faire, mais en tout état de cause je ne peux que vous renvoyer à un plan quelconque de Paris. Parmi les projets fous qui me hantent, il y a celui de réaliser un plan de Paris qui soit entièrement libre de droit et dans un format ouvert et exploitable : cette tâche est probablement trop difficile, mais sans doute y a-t-il moyen de réaliser au moins le commencement, à savoir mesurer (au GPS puis transportées dans un repère adapté) et lister les coordonnées exactes des principales places parisiennes et de divers points remarquables. Un jour j'emprunterai le GPS de mon père et je ferai des relevés précis. Bref.

Sinon, je peux recommander l'Atlas de Paris (Évolution d'un paysage urbain) de Danielle Chadych et Dominique Leborgne, édité chez Parigramme.

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