David Madore's WebLog: Séance ciné

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(samedi)

Séance ciné

Ça faisait longtemps que je n'étais pas allé au cinéma. Depuis le retour du roi, en fait. Ce soir j'ai vu L'Esquive, l'histoire d'un groupe de lycéens de banlieue qui répètent la pièce Jeux de l'amour et du hasard de Marivaux. À l'image de leur façon de jouer, ce film est amusant, et très touchant, mais aussi un peu lassant. (Et pour ceux qui s'imaginent que je suis surtout aller mater de la racaille : non, pas trop — ils sont attendrissants, mais pas spécialement kiffants ; d'ailleurs, le héros est plutôt moche et ça se voit sur l'affiche.)

Je pense que la vision des cités qu'on y trouve est très « vraie » et on peut prendre ça quasi comme un documentaire. En tout cas les jeunes parlent exactement comme je les entends parler dans le RER. Notamment, les filles me saoulent complètement parce qu'elles forcent tout le temps leur voix (ce qui a rendu le film un peu pénible à regarder). Une autre chose qui m'épate, que j'avais déjà constaté mais qui m'a été ici vraiment manifeste, c'est que le contenu informationnel de tout discours prononcé en « tchatche de banlieue » est complètement noyé sous des qualificatifs ou des expressions totalement vides de sens (du style, grave, trop, j'te dis, sur la tête de ma mère j'te jure et ainsi de suite, et ne parlons pas de inch'allah) qui servent uniquement à ponctuer la parole. Inversement, dès qu'on veut dire quelque chose, il est nécessaire de le répéter trois ou quatre fois. Si on croit aux thèses de Sapir-Whorf, on va prendre les gens qui parlent comme ça pour des débiles mentaux, bien sûr : ce qui n'est sans doute pas une bonne idée, parce que, quand j'y pense, j'ai tendance à trouver un peu la même chose du grec ancien, par exemple (or en effet car mais cependant par Zeus oui tu dis vrai !).

Sur le plan des rapports humains, le phénomène frappant (dans le film, mais je crois là aussi que cela reflète très bien la réalité) c'est à quel point toute relation est conflictuelle : on semble incapable de prier quelqu'un de faire quelque chose, on ne peut que lui ordonner, et, en réponse à un ordre, entrer soit dans une position d'obéissance (temporaire) soit dans une situation de conflit ; même pour quelque chose d'aussi trivial que peux-tu descendre, j'ai quelque chose à te dire on en arrive à vas-y, descends, j'veux t'parler, c'est-à-dire de la demande à l'injonction. C'est finalement une ambiance fortement liberticide pour les choix individuels, puisque chaque décision se fait avec une forte interaction de l'environnement (ce qu'une des protagonistes du film exprime clairement : vous m'foutez trop la pression).

Sinon, parlant de discours absolument conditionné, il y a une chose que je commence à très mal supporter, ce sont les annonces américaines de films. Vous avez déjà fait attention à la voix off du type qui dit coming soon by Academy Award winning director John Doe-Smith et autres commentaires censés éveiller l'intérêt du spectateur pour les qualités du film ? La voix, le ton de la voix, la formulation des phrases, tout cela est toujours rigoureusement identique. Et ça me tape violemment sur les nerfs.

Bon, enfin, le pire c'est encore la réclame pour la barre chocolatée, toujours la même, et le petit spot UGC (on partage plus que du cinéma) que j'en ai vraiment marre de voir.

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