David Madore's WebLog: Visions de l'éducation

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(samedi)

Visions de l'éducation

J'ai déjeuné aujourd'hui[#] avec une amie d'enfance, Barbara (il y avait aussi son petit ami, ainsi que la mère de Barbara, et la mienne), qui enseigne à présent le français (et l'allemand pour les débutants) dans un lycée privé en Angleterre, au nord de Londres. Assez naturellement, la conversation est venue à tourner sur les différences entre l'éducation en Angleterre et en France. Notamment, une des choses qu'elle nous a expliquées est qu'en plus de son enseignement scolaire proprement dit elle a un nombre assez important d'heures de présence obligatoire au lycée pour de la surveillance ou de l'encadrement (par exemple, d'activités sportives le samedi après-midi : les collégiens et lycéens anglais ont normalement le samedi de libre, mais les écoles privées sont très libres d'adopter leur propre rythme de travail et leur propre calendrier de vacances).

Entre autres, elle va devoir assurer un module d'éducation sexuelle au sens très large (j'ai oublié quel était l'intitulé précis, mais cela va des détails pratiques et matériels jusqu'à une réflexion plus générale sur les relations affectives). En quelque sorte, on lui demande de jouer un rôle de parent. En France, cela serait assez inconcevable (il est censé y avoir des cours d'éducation sexuelle dans le cadre du programme de sciences naturelles, je crois, et éventuellement un élargissement sur quelques questions « sociales », mais pas grand-chose de ce genre : au moins, rien qui soit assuré par les profs — en revanche, les lycées peuvent faire intervenir des personnes extérieures et cela se voit parfois[#2]). En Angleterre, il semble surtout y avoir (par ce module d'enseignement) une volonté d'enrayer un nombre de grossesses chez des adolescentes extrêmement important par rapport à d'autres pays européens. Il apparaît une certaine contradiction (qui retombe sur les profs) entre une demande de politiquement correct (surtout ne jamais dire que quelque chose est mal, ne pas critiquer, ne pas fâcher) et des consignes mal assumées d'insister sur l'importance ou le caractère préférable d'une relation stable monogame. …Et hétérosexuelle, puisque la fameuse section 28[#3] de la Local Government Act 1988 interdit (aux gouvernements locaux) de intentionally promote homosexuality or publish material with the intention of promoting homosexuality ou promote the teaching in any maintained school of the acceptability of homosexuality as a pretended family relationship.

Un autre point intéressant concerne la relation entre profs et élèves, et là ce n'est pas tant une différence entre Angleterre et France (même s'il y en a) qu'une évolution dans le temps : le prof non seulement descend de son piédestal, mais aussi apparaît de plus en plus explicitement comme un employé au service des parents (ou par extension, de l'élève lui-même) et ce, en Angleterre du moins, même dans les écoles publiques[#4]. Malheureusement, il semble qu'on ait du mal à trouver une relation réellement saine en passant d'un extrême à l'autre.

[#] À la Coupole, un café-restaurant assez célèbre, boulevard de Montparnasse — mais à ne pas confondre avec le Dome, qui est juste à côté. C'était bon, quoique un peu cher (mais ce n'est pas moi qui ai payé…), et en tout cas le cadre « art déco » est intéressant et mérite d'être vu.

[#2] Par exemple, le MAG, une association de jeunes homos parisienne, a réalisé un certain nombre d'interventions dans des lycées (à la demande de ceux-ci) autour d'une valise pédagogique sur la lutte contre les discriminations (sexisme, racisme, xénophobie, homophobie, handiphobie…), parfois aussi de façon moins ciblée sur les discriminations pour parler du vécu des jeunes homos.

[#3] Pour autant que je sache (Barbara semblait le croire, en tout cas), cette clause assez hallucinante, dont la compatibilité avec la Charte européenne des Droits de l'Homme est d'ailleurs douteuse, est encore en vigueur. Le gouvernement de Tony Blair avait promis de la supprimer, et une motion dans ce sens était présentée en 1999 ; en 2000, cependant, la Chambre des Lords a refusé de voter cette suppression comme les Communes l'avaient fait. Pour en savoir plus (il y a quelques subtilités à prendre en compte : notamment sur le fait qu'il s'agit là de droit interne et non de droit civil ou pénal), je renvoie à un dossier très intéressant sur la section 28 (d'un point de vue tout à fait impartial) sur le site Web du parlement anglais. Je ne crois pas savoir que la situation ait évolué depuis.

[#4] J'emploie public ici dans le sens français du mot, puisque les Anglais ont cette façon complètement cinglée de parler de public schools pour désigner des écoles privées.

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