David Madore's WebLog: Quelques petits conseils pour bien rêver

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(mardi)

Quelques petits conseils pour bien rêver

Je rencontre régulièrement des gens qui prétendent ne pas rêver, c'est-à-dire en fait, ne pas se souvenir de leurs rêves. Je prends pitié de ces malheureux, parce que j'aurais l'impression de perdre une partie importante de ma vie si je ne pouvais plus faire ces voyages fantastiques, ces conquêtes héroïques et ces découvertes fracassantes que je fais presque chaque nuit. Or on trouve plein de gens pour vous donner des conseils pour bien dormir, mais très peu de conseils pour bien rêver (même s'il est évident que ça se recoupe au moins un peu). Sauf peut-être de la part de crackpots New Age qui vont vous raconter que les rêves peuvent révéler l'identité de votre double astral, vous mettre en contact avec vos vies antérieures, rééquilibrer votre Qi ou je ne sais quelle autre ânerie.

Je vais donc tenter de donner quelques conseils pour bien rêver, conseils passablement évidents et pas du tout scientifiques, mais pas forcément inutiles pour autant. Tout en vous promettant que vos rêves ne vous apprendront rien de profond sur votre double astral, vos vies antérieures ou les pensées secrètes de votre subconscient : selon moi, il faut juste les considérer comme une chance de s'amuser, de faire toutes sortes de choses qu'on ne peut pas faire dans la réalité, qu'il s'agisse de voler, d'être magicien, de conduire une révolution, d'affronter des démons ou de découvrir des terres inconnues. Comme ces choses sont quelque part entre difficiles et impossibles à faire dans la réalité, et que les autres solutions pour y arriver consistent à prendre des drogues (ce que je ne recommande pas spécialement), ou encore à devenir écrivain ou fou (ce que je ne recommande pas forcément non plus), les rêves me paraissent encore être le moyen le plus économique pour y arriver. (Quant à la réalité, il faudra que je détaille un de ces jours quelques divagations métaphysiques qui me trottent dans la tête, mais on va se contenter du rêve pour le moment.)

Je n'ai bien sûr pas vraiment idée d'à quel point ces conseils sont généralisables à d'autres gens que moi. Peut-être qu'il n'y a que pour quelques personnes qu'il sont adaptés. Je vais faire le pari, ou au moins faire semblant, que ce n'est pas le cas.

Il va de soi que la première chose pour bien rêver, c'est d'arriver à dormir : je vais donc supposer ce problème déjà résolu, au moins partiellement. (De toute façon, la plupart des gens arrivent au moins vaguement à dormir, vu que ne pas y arriver a tendance à être fatal. Et il n'est pas forcément indispensable d'avoir une très bonne qualité de sommeil pour se souvenir de ses rêves : j'ai d'ailleurs moi-même le sommeil facilement perturbé.) Mais il y a au moins un conseil qui me semble à la fois important pour bien dormir et fortement lié à l'activité onirique, c'est d'arriver à mettre tous ses tracas de côté quand on se couche. Le lit doit être un refuge où on cesse de penser à toutes les choses qui nous embêtent, qui nous font peur, ou qui s'invitent désagréablement dans nos pensées : il faut leur opposer fermement cette idée : ça attendra bien demain (variante : l'Univers a attendu treize milliards d'années que je sois là, il peut bien se passer de mon assistance et se débrouiller comme un grand pendant encore huit petites heures). Même si on n'est plus un enfant, ça peut aider de s'imaginer qu'il y a une bulle autour du lit qui nous protège de tous les monstres qui sont dehors. Voire que c'est un bateau ou un vaisseau spatial qui va nous emmener visiter de nouveaux mondes.

Mais il n'y a pas que l'anxiété qu'il faut réussir à chasser de l'esprit : l'attente impatiente, par exemple, doit aussi être écartée. Je crois en effet que les espoirs font un sommeil et des rêves presque aussi mauvais que les peurs. En fait, tout ce qui nous rattache à notre vie quotidienne, et surtout aux jours à venir doit être mis de côté. Il ne faut pas non plus, bien sûr, mobiliser son intellect : si je commence à réfléchir à un problème de maths, je ne pourrai pas dormir (même s'il m'arrive qu'il soit question de maths dans mes rêves) ; il ne faut pas non plus penser, par exemple, à la politique, ni, si on tient un blog, à ce qu'on pourrait écrire dedans.

À quoi faut-il penser, alors ? À tout ce qui fait travailler l'imagination. À un monde qu'on aimerait visiter : par exemple, figurez-vous une scène comme ça, et imaginez-vous en train de visiter cette ville ; ou un jardin comme ça, un palais, bref, ce qui vous inspire le plus. Nul besoin de penser des choses cohérentes (les rêves ne sont pas renommés pour leur cohérence) : si on se représente un palais, par exemple, il ne faut certainement pas commencer à en faire un plan. Plutôt s'imaginer une chambre dans laquelle on aimerait y dormir, un balcon sur lequel s'y promener, etc. On peut aussi prendre son personnage de fiction préféré et avoir une conversation avec lui : ça marchera sans doute mieux pour les gens qui ont plus une mémoire auditive que visuelle ; mais de nouveau, il ne faut pas une conversation qui mobilise l'intelligence, plutôt des émotions simples. Si on vient de voir un film, on peut se rejouer la scène qu'on a préférée en se mettant dans la peau d'un personnage et en changeant le déroulement — pas pour rendre le film plus cohérent mais plus conforme à ce qu'on aurait voulu.

Si on fait de l'insomnie, ce qu'il faut faire dépend de la nature de l'insomnie : si on se rend compte qu'on a une pensée obsédante, je recommande de se lever et d'aller regarder des courts-métrages sur YouTube pour se changer les idées (ça peut aussi aider de chercher à avoir un petit peu froid, de sorte qu'on se sente mieux en se blottissant au lit). En revanche, si on a déjà les idées qui vagabondent, ce n'est sans doute pas utile.

Mais je pense que le plus important pour bien rêver n'est pas à quoi on pense avant de s'endormir, c'est à quoi on pense aussitôt qu'on se réveille : comme je l'écrivais il y a quelques années, le sommeil n'est pas homogène, et c'est à la fin de la nuit qu'on fait les rêves les plus construits, les plus mémorables, et les plus intéressants et agréables. Même si on ne va plus se rendormir, on peut encore profiter de cet état mental, et chercher soit à se rappeler ce qu'on a pu rêver, et le cas échéant y repenser, rejouer des scènes de ces rêves, s'y replonger pour les compléter ou les modifier, ou, si on ne se rappelle rien du tout, faire les mêmes exercices d'imagination que je suggère ci-dessus mais dans une phase qui a des chances d'y être plus propice. Donc : quand on se réveille, si on veut s'entraîner à rêver, il ne faut surtout pas se lever tout de suite, ni commencer à penser à ce qu'on va faire dans la journée, il faut faire durer autant que possible l'état de semi-rêve dans lequel on est probablement encore. (Rien de pire à cet égard, évidemment, qu'un réveil. Et paradoxalement, peut-être qu'un rythme de sommeil irrégulier aide à faire de bons rêves.)

Le rêve est aussi une question d'entraînement : si on prend l'habitude de repenser aux rêves qu'on a fait, et peut-être de noter ceux qu'on a préférés (ce qui peut donner matière à exercer son imagination pour les nuits suivantes), on s'exerce ainsi à faire des rêves plus riches, ou à mieux s'en souvenir.

Un des buts souvent proposés dans l'art de rêver (notamment, mais pas uniquement, par les crackpots New Age) est le « rêve lucide », c'est-à-dire celui où on a conscience d'être en train de rêver. J'avoue ne pas être très sûr de ce que ça veut dire : il m'arrive assez souvent, en rêve, d'affirmer que je sais que je suis en train de rêver, voire de rêver que je me réveille (mais ça ne fonctionne pas comme dans Inception : je ne rêve jamais que je m'endors — les rêves ne forment pas un système bien-parenthésé), je ne sais pas si je peux vraiment dire que j'en suis conscient (ou que je suis conscient dans mon rêve : en fait, je ne suis pas convaincu que conscient veuille dire quoi que ce soit — mais de nouveau, je laisse la métaphysique pour un autre jour). Ce qui m'arrive, en revanche, et qui est sans doute une forme de rêve lucide, ou sinon proche de ce concept, c'est d'affronter un adversaire dans un rêve, et de me dire tout d'un coup : eh, mais c'est mon rêve, c'est moi qui décide ce qui va arriver — et ceci me rend essentiellement omnipotent, un peu à la manière de Néo dans The Matrix. De nouveau, je pense que pour atteindre ce phénomène, le mieux est de s'exercer à le faire consciemment pendant la période qui suit tout juste le réveil.

Sinon, une façon de stimuler la production de rêves, mais je ne sais pas dans quelle mesure il faut vraiment la recommander, c'est de prendre de la mélatonine (qui en doses <2mg se vend librement en France en pharmacie, non pas comme médicament mais comme complément alimentaire — je me demande si ce n'est pas un contournement juridique et j'ai un peu peur qu'un jour quelqu'un décide que finalement ce sera interdit). L'effet varie apparemment beaucoup d'une personne à l'autre, mais chez moi l'effet sur l'endormissement est assez net, et l'effet sur les rêves est assez impressionnant (évidemment, un effet placébo n'est pas à exclure). Je n'en prends pas régulièrement, mais quand j'en prends 2mg−ε au moment de me coucher, j'ai l'impression — difficile à quantifier, bien sûr — de faire, ou en tout cas de me rappeler, deux à trois fois plus de rêves qu'en temps normal. (Note : la dose de 2mg paraît relativement sensée : elle conduit à un niveau de mélatonine dans le plasma environ 10× plus élevé que celui observé naturellement, mais comme la demi-vie de la mélatonine est très courte, l'effet durera environ une nuit — en tout cas, il n'est sans doute pas souhaitable d'en prendre plus que quelques mg.) À défaut de prendre de la mélatonine au moment de se coucher, on veillera au moins à tamiser les lumières (et éviter surtout la lumière bleue) quelques heures avant d'aller au lit.

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