David Madore's WebLog: Crises d'angoisse

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(lundi)

Crises d'angoisse

Je suis d'un naturel anxieux. Maladivement anxieux, même : la moindre contrariété, la moindre mauvaise nouvelle, me mettent dans un état d'agitation tel que je peux en perdre le sommeil (surtout si la contrariété arrive le soir, ou si j'attends quelque chose d'angoissant pour le lendemain). Ajoutez à cela que je suis notoirement hypocondriaque : j'ai fait par le passé des crises de tachycardie nocturnes qui se sont, après examen, avérées être uniquement dues à l'angoisse, et qui ont quasiment complètement disparu maintenant que j'ai dérangé un cardiologue pour être convaincu que mon cœur était en bonne santé ; je me réveille parfois en sursaut panique (la cause la plus fréquente étant simplement que je m'endors sur un de mes bras et que l'engourdissement finit par percer mon sommeil) ; il suffit qu'un médecin me prenne la tension pour que celle-ci (qui est de base autour de 115\70mmHg) monte à un point qu'on me demande si je fais de l'hypertension. Même mon cardiologue a été impressionné par mon niveau d'anxiété.

Malgré cela (et malgré ma tendance à me plaindre au sujet de mon sommeil), en général, je ne dors pas du tout mal : notamment, quand je n'ai pas de raison de mettre un réveil pour le lendemain, et que je n'ai pas de souci immédiat, je m'endors plutôt sans problème. Et je n'avais jamais fait de réelle crise d'angoisse, le genre qui tourne à la panique, jusqu'à maintenant. Mais depuis dix jours, j'en ai fait plusieurs, plus ou moins aiguës.

Je ne sais pas pourquoi ça me prend maintenant. J'ai fait passer ces dernières deux semaines, comme les trois années précédentes, des oraux (de TIPE) pour le concours des ENS, ce qui est à la fois fatigant et stressant, mais ce n'est pas la première fois, justement, et je ne vois pas ce qu'il y aurait de différent cette année. Il est aussi vrai qu'il y a des soucis dans notre appartement (un volet coincé et, surtout, une fuite d'eau chez les voisins d'au-dessus dont le syndic ne trouve pas bien la source), et dernièrement que mon père a un problème de santé. Tout ceci doit peut-être jouer.

Vendredi (), j'ai eu la première crise, la plus forte. J'étais en train de déjeuner dans un restaurant avec un collègue et j'ai commencé à me sentir mal : j'ai eu un moment d'étourdissement ou de vertige passager, et aussi une sensation d'engourdissement dans la main droite (de l'auriculaire au poignet). Au début je me suis dit que ce n'était rien, mais ça s'est reproduit plusieurs fois, de plus en plus fort : à un moment j'ai eu une sensation de froid glacial dans tout le corps et l'impression d'étouffer, et même quand c'est passé j'avais l'estomac complètement noué et je ne pouvais plus rien avaler, et l'impression d'avoir la main engourdie était de plus en plus forte. Je me suis dit qu'en marchant ça irait peut-être mieux, alors nous avons quitté le restaurant, mais mon oppression a plutôt empiré, et en plus j'avais l'impression d'avoir la bouche complètement sèche. J'ai fini par faire appeler les pompiers (et par me faire remplacer au concours).

Les pompiers ont été laissés perplexes par les symptômes (ils ne sont pas médecins, bien sûr, ils ont une sorte de grand cahier avec plein de conditions « si symptôme + symptôme + symptôme alors faire ceci »). Ils m'ont mis sous O2 et, après consultation avec leur médecin, emmené aux urgences de Cochin. Quand j'étais allongé dans le véhicule des pompiers je me suis mis à aller un peu mieux, sauf un moment où j'ai eu une douleur terrible à l'arrière de la tête, comme si elle allait exploser, mais qui est passée en quelques minutes.

Aux urgences, évidemment, j'ai attendu très longtemps avant de voir quelqu'un, et pendant ce temps ça allait mieux, sauf pour la sensation de bouche sèche et l'engourdissement dans la main droite (et un peu la gauche aussi). Un externe m'a fait un examen neurologique (c'est-à-dire en gros il passe un crayon sur le chemin de différents nerfs à gauche et à droite du corps et demande si on ressent la même chose), complètement normal. Puis j'ai vu (très brièvement) le médecin en charge, qui m'a expliqué qu'ils pensaient en gros que c'était une crise d'angoisse aiguë et que mes symptômes n'étaient pas bien inquiétants, sauf peut-être l'engourdissement à la main et la douleur à la tête quand j'étais avec les pompiers : à cause de ça, ils m'ont fait passer un scanner et un ECG pour être sûrs. Les deux étaient complètement normaux, donc on m'a relâché, en me conseillant quand même de consulter un neurologue mais pas de façon urgente. (Sur le compte-rendu hospitalier ils ont marqué : hypothèses : épilepsie partielle ou crise d'angoisse aiguë.)

La nuit qui a suivi, j'ai très mal dormi. Les suivantes, ça allait, mais je me suis quand même réveillé à chaque fois dans les deux heures suivant mon coucher avec une sensation de fourmillement dans le bras droit et la main (plutôt du côté de l'annulaire cette fois). Le jour, pas de problème. Il faut dire que j'avais trois jours de pause au milieu des oraux (dimanche, lundi, mardi).

La nuit de mardi () à mercredi () a été vraiment horrible : j'ai eu beau me coucher à 22h pour me lever à 7h, j'ai dormi à peine cinq heures, en me réveillant sans arrêt en panique, sans raison précise, juste avec une impression de nervosité extrême. J'avais aussi des spasmes un peu partout, surtout dans le biceps droit. Enfin, j'ai réussi à atteindre un sommeil à peu près convenable vers 6h du matin, mais à cause du réveil il n'a vraiment pas duré longtemps.

Du coup, mercredi, j'étais dans un sale état ; le matin, j'ai encore à peu près tenu le coup, mais j'étais complètement zombie, à la fois mort de fatigue et hyper-tendu (comme si je n'avais pas dormi depuis quatre jours et que j'avais pris douze tasses de café pour me tenir éveillé), et le midi j'ai eu du mal à avaler quoi que ce soit parce que j'avais l'estomac complètement noué. De nouveau, j'ai dû demander à être remplacé, et je suis allé à l'infirmerie de l'ENS (cette fois j'avais quand même compris qu'il ne fallait pas déranger les pompiers). Là, j'ai pu me détendre un peu, et l'infirmière m'a recommandé un médecin (qui, de surcroît, a l'habitude des normaliens).

Le médecin avait l'air de bien comprendre ce genre de symptômes, et de bien connaître les gens angoissés comme moi, il m'a dit que je devais être surmené ; il m'a prescrit de l'Atarax et des placébos (Euphytose, magnésium), une prise de sang pour vérifier que je n'ai pas de problème à la thyroïde, et surtout de me reposer.

Depuis, les oraux sont finis, mais j'ai encore fait deux ou trois petites crises (essentiellement la nuit), moins importantes, mais pendant lesquelles je me sens tout agité et tout tremblant (sans pour autant être capable de trouver raison précise à mon angoisse), parfois avec de petits spasmes et globalement un état qui correspond assez bien à la description de certains sympômes mineurs faite dans cet article ou celui-ci ; donc, même à mon niveau d'hypocondrie, j'arrive à peu près à me convaincre que je ne souffre pas d'un problème réellement médical (neurologique, par exemple), et j'imagine que je vais finir par faire disparaître ces crises comme j'ai fait disparaître celles de tachycardie. En attendant, ça reste assez gênant.

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