David Madore's WebLog: Musculation et futilité

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(lundi)

Musculation et futilité

Pour la quatrième fois consécutive, j'ai déboursé une somme ridiculement élevée (et qui augmente, d'ailleurs, nettement plus vite que l'inflation ; cette année j'ai eu de la chance, je suis arrivé la veille de la révision des tarifs, et je n'ai craché « que » 840€) pour m'inscrire au Club Med Gym afin d'y faire de la muscu.

C'est donc l'occasion de me demander pourquoi au juste je fais ça, et affronter mes contradictions à ce sujet. Enfin, affronter, peut-être pas, mais au moins contempler.

La première année je n'ai quasiment pas profité de cette inscription payée à prix d'or. Mais à partir de fin 2009 (environ), j'ai été raisonnablement sérieux (raisonnablement sérieux, ça veut dire quelque chose comme 3–4 séances chaque semaine, d'à peu près une heure, et en me fatiguant vraiment). Et je ne sais pas, en fait, pourquoi je le fais. Certainement pas pour la santé : je soupçonne que c'est même vaguement néfaste, et que si je voulais m'occuper de ma santé je devrais plutôt faire du cardio-training (j'ai à peu près autant d'endurance qu'un muon : 2.2µs) et pas de la muscu. Pas non plus pour regarder des jolis garçons : même si la faune dans une salle de muscu est à 95% masculine et respire la testostérone, en vérité elle n'est pas très intéressante du point de vue esthétique.

Pour soigner mon apparence, alors ? La différence (par rapport à il y a deux ans) est certaine si je me regarde nu dans un miroir, et c'est sûr que ce n'est pas désagréable. Mais les gens qui me voient nu ne sont pas très nombreux : il y a mon poussinet, qui s'en fout… et c'est tout. Comme je n'ai pas l'habitude de mettre des vêtements hyper moulants (au contraire, je porte plutôt du baggy), à part les quelques jours de l'été où j'aurai un débardeur, personne ne remarquera si j'ai des bras musclés ou encore moins des tablettes de chocolat. (Et même les quelques jours de l'été où je suis peu couvert, on va surtout voir que je suis blanc comme une endive.) De toute façon, j'ai un squelette à la carrure d'apparence chétive ; de toute façon je n'ai sans doute pas un métabolisme à prendre beaucoup de muscle ; et de toute façon je n'ai pas le temps d'y passer ma vie comme les gros bourrins qui ont l'air d'être toujours là quelle que soit l'heure à laquelle je puisse aller à la salle de muscu. Donc même si j'ai une petite satisfaction intérieure à constater que sur l'échelle impitoyable du curseur placé sur le tas de fonte (si certains se demandaient de quoi parlait ce fragment, vous avez la réponse…) je suis en fait plutôt dans les meilleurs, je n'ai aucune chance d'approcher le niveau de ces gros bourrins. Parce qu'il y a vraiment des gens qui prennent ça avec un sérieux impressionnant quand ils discutent de leur programme, quand ils parlent de phase de séchage ou de prise de poids, de la différence entre tel ou tel mouvement, on ne peut qu'admirer tant de science (même si, à vrai dire, je suis un peu sceptique quant aux fondements scientifiques de tous ces préceptes ; je crois que c'est juste le temps qu'ils y passent qui explique tout).

Il y a sans doute le fait de taper dans mes complexes d'ado moche et nul en sport, et qui m'autoconvainquais que je n'aimais pas le sport et que c'était un truc à la con. (Pardon, j'ai eu une discussion interminable avec un ami sur la question de savoir si la musculation peut être considérée comme un sport. Je corrige donc virtuellement sport en activité physique ou sportive dans ce qui précède.) Je voudrais me prouver à moi-même que je peux ne pas être malingre toute ma vie.

Mais finalement, je pense que c'est un exercice de futilité absurde. Soulever un poids et le reposer, recommencer, recommencer, recommencer, et compter les ordinaux, ça fait penser à quelque chose :

Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

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