David Madore's WebLog: Le foot et le hasard (et les homos de l'équipe d'Allemagne)

Index of all entries / Index de toutes les entréesXML (RSS 1.0) • Recent comments / Commentaires récents

Entry #1774 [older|newer] / Entrée #1774 [précédente|suivante]:

(jeudi)

Le foot et le hasard (et les homos de l'équipe d'Allemagne)

J'ai du mal à comprendre comment on peut trouver le foot intéressant. Ce n'est pas que je n'aime pas regarder des sports en général (enfin, surtout pas le sport professionnel[#]), mais c'est qu'en plus ce sport est franchement chiant, il ne s'y passe rien, et le résultat est vraiment dû au hasard.

Je ne dis pas ça parce que je suis déçu que l'équipe de France se soit ridiculisée : je suis parfaitement ravi que l'équipe de France se soit ridiculisée, ça a été rigolo d'écouter les détails sordides se déverser dans le caniveau et ça a fait qu'on nous a beaucoup moins saoulé avec le foot après ça (les supporters des équipes étrangères ne sont peut-être pas plus civils, mais en tout cas ils sont moins nombreux, c'est déjà ça de gagné). Je dis ça parce que c'est le cas. Le fait que les deux pays finalistes de la dernière coupe du monde aient été éliminés au premier tour n'est qu'un symptôme comme un autre, mais il est assez emblématique.

Quand en 1h30′ de match le nombre moyen de buts marqués est (si j'en crois Wikipédia, au niveau des compétitions professionnelles de plus haut niveau) autour de 2.5, décider quelle équipe est la plus forte sur la base d'un tel score a un sérieux du même niveau que si un sondeur politique prétendait déterminer le gagnant de la prochaine présidentielle en France en interrogeant trois personnes tirées au hasard. Au moins certains sports décident la victoire d'un match sur une douzaine, voire une centaines d'événements. Au moins certains sports ont compris qu'il était bon, pour départager des joueurs ou équipes de niveau proche, d'exiger pour arrêter le match qu'il y ait un écart minimum entre les scores de ces joueurs : évidemment, ça peut donner des matchs fort longs, alors le foot ne veut pas faire comme ça — on arrête quand le temps est fini, point ; et s'il n'y a pas de vainqueur, lorsqu'il en faut un, on utilise un procédé encore plus aléatoire où, de nouveau, on ne demande même pas un écart minimum entre les scores, et où on rend la procédure encore plus aléatoire après dix tirs parce qu'on s'impatiente vraiment trop (autrefois on tirait carrément à pile ou face, ce qui, finalement, était plus honnête). OK, je veux bien croire que quand le Brésil joue contre la Corée du Nord, le Brésil ne va pas gagner que par hasard, mais en général, entre deux équipes de bon niveau, c'est exactement ça qui se passe.

Et si ce n'était pas assez aléatoire comme ça, la structure de tournoi empire encore les choses. Admettons très généreusement que l'équipe la plus forte, dans un match donné, ait deux chances sur trois[#2] de l'emporter sur l'équipe la moins forte ; et admettons aussi que l'équipe la plus forte du tournoi se qualifie forcément (c'est relativement raisonnable, puisque les poules sont un peu moins aléatoires que le tournoi en pyramide) : il reste que la probabilité que l'équipe la plus forte gagne effectivement le tournoi est la probabilité qu'elle gagne quatre matchs d'affilée, soit, à deux chances sur trois à chaque fois, un peu moins de 20%. C'est dire si c'est significatif !

Mais ce que je trouve amusant (et horripilant pour ce qui me restait d'espoir dans l'esprit scientifique de mes contemporains), en période de mondial, c'est à quel point un peu tout le monde se transforme en expert de foot, formule ses pronostics, évalue tel ou tel joueur, critique les décisions des entraîneurs et des joueurs… Dites, vous savez que les joueurs de foot sont des professionnels ? Vous iriez voir un professionnel du bâtiment, par exemple, pour lui dire qu'il a mal fait son béton, qu'il devrait s'y prendre autrement ? Autant faire prédire les résultats des matchs par un poulpe extralucide, ça aura tout de suite plus de sérieux.

'Fin voilà pourquoi que je pensais que le foot avait autant d'intérêt que la coupe du monde de pile-ou-face[#3], à quoi la maman de mon poussinet m'a rétorqué : mais tu es bien bête de ne pas regarder, ils sont vachement beaux, les joueurs de foot ! J'ai juste grommelé sans trop faire attention que, pour ce qui est de l'équipe de France, certainement pas, et que de toute façon les terrains étaient systématiquement filmés de très loin donc qu'on ne les voyait pas du tout.

Bon, puis je suis tombé sur de la presse de caniveau (non, non, vraiment, c'était un hasard, je ne lis normalement pas ce genre de trucs… par ici, plutôt, disons), sur la rumeur sur laquelle il y aurait plein d'homos dans l'équipe d'Allemagne. Pas très intéressant tout ça. Mais, eh, mais c'est vrai qu'il y en a qui ont l'air pas mal du tout, sur cette photo : voyons de plus près… BofMouaisBonD'accordMouiTiens, ouiAh oui, quand même ! Argh ! Re-argh ! Oh par Saint-Sébastien !

Mince, j'aurais dû regarder la télé plus attentivement, le mois dernier…

[#] Les tournois de foot entre pays me semblent un poil moins ridicules, en fait, qu'entre villes, où les joueurs n'ont aucun rapport avec la ville du club pour lequel ils jouent, et ce n'est que par un acte de foi complètement artificiel qu'on décide que tel groupe de gus « représente » telle ville. Déjà que j'ai du mal à comprendre ce qui fait qu'un supporter sportif se prend de passion pour les résultats sportifs de gens qui n'ont de commun avec lui que la nationalité, la région ou la ville, mais c'est encore plus mystérieux quand ce lien est un pur fiat.

[#2] Deux chances sur trois est complètement tiré de mon chapeau, bien sûr, mais compte tenu de ce que j'ai dit ça me semble bien généreux envers le foot. Si vous voulez des chiffres un peu moins pipotés : dans les tournois de ligue, je vois des statistiques qui montrent que l'équipe qui joue à domicile gagne environ dans 50% des cas, fait match nul dans environ 25% des cas, et perd dans environ 25% des cas. S'il fallait prouver que le foot est du hasard, ces chiffres sont frappants : l'équipe qui joue à domicile ne devrait logiquement pas avoir d'avantage ; mais admettons que ce soit effectivement la plus forte, et que cette différence de force soit représentative des différences entre équipes au niveau du mondial. En écartant les 25% de nuls, ça donne effectivement une victoire de l'équipe la plus forte dans 2/3 des cas : voilà d'où je sors mon chiffre (qui, je le répète, doit largement sous-estimer la part de hasard dans le foot si les équipes ne sont pas violemment différentes).

[#3] Soyons gentils : pierre-papier-ciseaux. Voire singe-ninja-pirate-robot-zombie. Il y a un grand élément de psy-cho-lo-gie dans le foot.

↑Entry #1774 [older|newer] / ↑Entrée #1774 [précédente|suivante]

Recent entries / Entrées récentesIndex of all entries / Index de toutes les entrées