David Madore's WebLog: Le sentiment d'appartenance

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(jeudi)

Le sentiment d'appartenance

J'avais déjà écrit sur un sujet proche : il est curieux de constater que malgré mon individualisme et mon indépendance revendiqués, j'éprouve un besoin indéniable d'appartenir à des groupes (je parle, là, de groupes plutôt petits — plus des « bandes » que des « communautés »), et je souffre d'une certaine manière de ne pas arriver à en trouver dans lequel je m'intègre complètement.

Disons globalement que c'est peut-être finalement un de mes loisirs préférés que de discuter avec des gens, des groupes de gens, d'à peu près n'importe quoi (ou, à défaut de parler, d'écouter parler). Tout simplement, j'aime la compagnie.

Je suis mathématicien (enfin, ce n'est pas encore acquis, on vous met tellement de bâtons dans les roues pour rentrer dans ce métier ! mais admettons que je le sois). Pourtant, je ressens beaucoup de timidité, et finalement assez peu d'affinité, par rapport aux autres matheux ; quand ils parlent de maths, je ne comprends jamais rien (je me demande toujours si c'est une impression partagée et qu'on n'ose pas le dire, ou si c'est juste moi qui suis vraiment très lent à comprendre) ; et quand ils parlent de « potins mathématiques » (du style, qui a eu un poste à quel endroit, qui a fait des progrès dans tel domaine, qui est influent, voire, qui couche avec qui) ça ne m'intéresse pas du tout (bon, a posteriori je me rends souvent compte que ça peut être dommage pour moi de ne pas plus tendre l'oreille, mais le fait est que je trouve ça plutôt ennuyeux). De toute façon, les mathématiciens ne forment pas vraiment des groupes, ils se côtoient mais ne se fréquentent pas beaucoup — ils sont assez solitaires.

Je suis geek, au moins au sens passionné d'ordinateurs (enfin, je suppose — disons que j'ai plutôt une relation d'haine-amour avec ces sales machines). Mais les geeks non plus ne forment pas vraiment des groupes. Et quand ils le font, d'ailleurs, ça a tendance à devenir limite glauque, et en tout cas tout à fait monothématique pour ce qui est de la conversation, ce que je n'aime pas du tout (une des choses qui m'insupportent le plus, ce sont les gens ou les groupes de gens capables de ne parler que d'un seul sujet).

Je suis pédé, mais je trouve de plus en plus que je n'ai rien en commun avec les autres homos (déjà assez peu avec ceux de la culture mainstream, et généralement encore beaucoup moins avec ceux qui sont fiers de dire qu'ils s'en éloignent). À commencer par le fait que je n'en connaisse aucun autre (qui se revendique ouvertement homo) qui ne soit pas en couple et qui n'ait aucune forme de vie sexuelle (et pas par choix, ni par attachement à un idéal de couple, ou quelque raison de ce genre) : mine de rien, ça fait quand même une singularité marquante (dont je me passerais bien !) qui rend un peu bizarre la fréquentation de groupes unis justement par l'orientation sexuelle ou les préférences affectives. Je crois aussi avoir assez peu de goûts en commun avec le gay le plus visible (par exemple, au niveau vestimentaire — enfin, bon, je n'ai pas de goûts tout court, en fait).

Ces temps-ci je fréquente surtout des normaliens, mais il est indéniable que la différence d'âge se fait sentir (ou alors l'idée que les élèves et les enseignants ne doivent pas se mêler ?), en tout cas il y en a qui ne m'adressent pas la parole (sans doute pour des raisons diverses, mais l'idée générale doit être que je suis un boulet qui piétine leurs plates-bandes). Heureusement j'arrive encore à y avoir un cercle d'amis très chers, mais le fait est que les gens finissent par se disperser : ce n'est pas quelque chose de durable.

Enfin, bien sûr, c'est l'idée générale : j'ai des amis auxquels je tiens beaucoup dans toutes ces catégories, ou dans plusieurs d'entre elles, ou dans d'autres. Mais la morale, c'est que parfois le critère qui constitue le groupe rend le groupe, finalement, moins intéressant. Je ne sais pas si je suis clair. Je pourrais essayer de rencontrer des gens, mettons, en jouant à des jeux de rôle (c'est un exemple arbitraire, ça marche avec n'importe quel autre jeu, ou en faisant je ne sais quel sport, ou en pratiquant d'un instrument de musique, ou n'importe quoi) : mais, finalement, ce n'est pas le jeu qui m'intéresse, ce sont les gens, et le groupe de gens est rendu en un sens moins intéressant parce qu'il est relié par quelque chose qui n'est pas mon intérêt primaire.

Un vrai maître (ou un α-mâle, comme dirait quelqu'un) constituerait ses propres bandes autour de lui par son seul charisme, et sans avoir besoin d'un prétexte fédérateur.

Hum… peut-être que je derais fonder une secte ? Argh, zut, c'est déjà fait.

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