Comme je l'ai déjà raconté (dans un bout de ce billet), il y a environ trois mois, je me suis acheté une petite voiture électrique, une Reunault Twingo 3 d'occasion (de 2022, avec 40 000 km au compteur, pour 10k€ en concession Renault). Pour l'instant, je suis très content de cet achat. Évidemment, il se peut que je change d'avis par exemple si j'ai un accident ou une panne sérieuse, mais je pense que je peux en parler maintenant un peu plus. (Aussi, ce billet traîne depuis plusieurs semaines maintenant, il est temps de l'évacuer.)
Pour résumer un certain nombre d'épisodes précédents de ce blog, j'ai passé le permis voiture en 2018 (parce que mon boulot allait déménager à Trifouilly-lès-Saclay et que les transports en commun pour y aller sont franchement pourris). Cet apprentissage de la conduite s'est mal passé, mon moniteur n'arrêtait pas de m'engueuler et ça a été une expérience longue, douloureuse, et assez traumatisante (même si, au final, j'ai eu le permis du premier coup). Le poussinet s'est ensuite acheté une voiture (une Volkswagen Golf IV Diesel de 2001, avec environ 200 000 km au compteur) en disant que ce serait bien que je garde l'habitude de passer les vitesses sur une boîte manuelle. Sauf que ce n'était pas vraiment un bon plan : il s'est attaché à cette voiture, il tenait à la garder dans un état impeccable, et moi j'avais peur de l'abîmer (d'ailleurs, c'est arrivé), ce qui s'ajoute au stress que je ressentais à conduire une voiture depuis ce permis passé dans de mauvaises conditions. Et pour compliquer encore les choses, la rampe de descente du parking de notre immeuble, où nous la garons, est compliquée (elle est assez étroite, elle a un petit muret bas merdique qui réduit la largeur disponible[#] de manière difficile à voir aux rétroviseurs, il n'y a même pas un miroir, et évidemment la rampe n'a pas la forme bien régulière que suggère la modélisation au lien précédent, mais un polygone avec des angles complètement pourris), donc c'est un gros stress pour entrer ou sortir la voiture sans y faire une éraflure.
[#] Je suppose que la raison d'être de ce petit muret, micro-trottoir ou marche à la base du mur (je ne sais pas comment l'appeler) est d'être un tampon pour protéger les carrosseries : on va le taper en premier (plutôt que le mur), donc abîmer les jantes plutôt que le corps de la caisse, ce qui est sans doute moins grave. Mais d'une part on n'est pas forcément heureux de détruire ses jantes (le muret est en béton, pas en mousse), d'autre part ça ne marche même pas si j'en crois le nombre de traces de peinture sur les murs de la rampe. J'avais fait voter par l'assemblée générale de la copropriété une résolution pour faire biseauter ce muret pour avoir une sorte de compromis entre les deux, mais le syndic n'a jamais donné suite. Les choses en sont donc au même point
Moralité : je ne me suis jamais senti à l'aise pour conduire une voiture, ou en tout cas cette voiture-là.
Pour essayer de dissiper mon malaise, et apprendre à mieux conduire, je me suis dit que j'allais passer le permis moto. Ça a aussi été long et compliqué (mais très formateur), j'ai fini par l'avoir au bout d'un an (et d'un échec à l'épreuve de circulation — que tout le monde considère pourtant comme une simple formalité). Contrairement au permis voiture, ça n'a pas été traumatisant, et je me suis rendu compte que j'aimais énormément conduire une moto. Et j'ai certainement beaucoup appris à lire la route (et la conduite des autres, et à détecter les dangers) en passant le permis moto et en roulant à moto[#2]. (Et ça m'a aussi sans doute permis de tenir le coup pendant la pandémie.) Mais l'effet escompté, que je me sente plus à l'aise à rouler en voiture, ne s'est pas manifesté.
[#2] Je pense sincèrement que je conduis beaucoup mieux depuis que j'ai passé le permis moto, et surtout depuis que j'ai roulé quelques dizaines de milliers de km à moto, parce que, quand même, mon moniteur avait raison de se lamenter de mon manque d'observation (que j'avais moi-même noté).
Donc, pendant six-sept ans, la situation a été la suivante : j'ai
beau savoir intellectuellement que la moto est beaucoup plus
dangereuse que la voiture (de l'ordre de grandeur de 25 fois plus
d'accidents mortels au
kilomètre[#3]), je me sens
beaucoup moins inquiet quand je conduis une moto qu'une voiture. Au
volant d'une voiture, j'ai l'impression de conduire un tank, qui
déborde de tous les côtés, qui tient à peine dans sa voie, qui n'a
aucune accélération, difficile à manœuvrer, et qui demande une part
énorme de mon attention juste pour m'assurer que je suis bien centré.
Alors que la moto me donne l'impression d'être extrêmement facile et
instinctive à conduire : non seulement elle va exactement où je veux,
mais j'ai l'impression de faire complètement corps avec elle, la
sensation que j'ai est que ce n'est même pas la moto
qui va où
je veux, c'est moi qui suis l'ensemble motard+moto et je dirige cet
ensemble avec ma pensée. Et en tout état de cause, conduire une moto
est un plaisir, conduire une voiture est une corvée.
[#3] Digression : Sans vouloir nier
que la moto est beaucoup plus dangereuse, ce chiffre est un peu
trompeur quand même, parce qu'elle mélange au moins trois effets :
① la moto est intrinsèquement plus dangereuse que la voiture
(ne serait-ce que parce que les accidents à moto sont évidemment
beaucoup plus graves qu'en voiture), même pour le même conducteur
conduisant de la même manière, ② on a tendance à ne pas conduire de la
même manière une moto qu'une voiture, et ③ il est probable que les
gens qui conduisent une moto conduisent plus dangereusement de
façon générale (i.e., même quand ils conduisent une voiture, je
suis prêt à parier que les motards ont plus d'accidents que les
non-motards). Du point de vue de l'analyse du risque, on peut donc
dire que ③ (et peut-être aussi ②) est un facteur confondant :
sur cet aspect-là, ce n'est pas la moto qui est dangereuse, c'est que
la moto attire des gens qui conduisent de façon dangereuse. Je ne dis
pas que je suis immunisé contre ③, mais la raison qui m'a poussé à
passer le permis moto n'est pas j'ai envie de rouler très vite
,
et je n'ai plus 20 ans et la certitude d'être immortel, c'est déjà
quelque chose ; et je suis encore moins immunisé contre ②, mais quand
même, je vois que quand il y a une autre moto dans le même sens sur la
route, c'est quasi toujours moi qui me fais doubler, donc j'en conclus
au moins que je roule moins vite que la majorité des autres motards
(et à plus forte raison, quand je vois d'autres motards rouler comme
des cinglés sur l'autoroute en slalomant à 150km/h en interfile entre
les voitures, je me dis qu'ils comptent dans les stats de dangerosité
de la moto et que juste en ne faisant pas pareil je rends ces stats un
peu moins inquiétantes pour moi). Bref, je ne dis pas que je ne
prends pas des risques en roulant à moto, c'est indéniable que j'en
prends, et je ne cherche pas à les cacher, mais ils ne sont pas aussi
élevés que ce facteur ~25 peut suggérer. (Aussi, j'ai dépassé les 3
premières années après le permis qui sont apparemment les plus
dangereuses.)
Comme d'un autre côté le poussinet, lui, aime beaucoup conduire une
voiture, la Golf qu'il avait achetée principalement pour que je la
conduise, ben c'est essentiellement toujours lui qui la conduit. J'ai
juste fait le minimum pour ne pas complètement perdre la
main[#4], mais vraiment le
minimum, et certainement pas assez pour prendre confiance. Le
poussinet a eu beau me répéter il faut que tu conduises plus
,
en fait je n'en avais pas envie et lui non plus.
[#4] Ce n'est pas clair dans quelle mesure ça s'oublie (je parle du fait de conduire en général, ou du fait de passer les vitesses sur une boîte manuelle). Comme j'avais constaté en 2009, skier ne s'oublie pas (mais bon, il s'est écoulé à peu près autant de temps depuis cette constatation qu'entre elle et la fois précédente où j'avais fait du ski, donc peut-être que ce n'est plus vraiment le cas maintenant). En revanche, à une autre occasion, je me suis rendu compte que je ne savais plus nager (ou plus exactement, je savais toujours nager, mais pas retenir ma respiration pour nager sans avoir l'impression d'être tout le temps en train de me noyer). Donc apparemment skier ne s'oublie pas, nager si. Et conduire, alors ? Je n'en sais rien.
J'ai bien essayé de conduire une voiture électrique : soit celle de ma maman, soit des voitures de location en autopartage (mais les systèmes d'autopartage à Paris n'arrêtent pas de changer, et par ailleurs ça reste assez cher), et même l'hybride que nous avons louée l'été dernier à Toronto parce que le poussinet avait stupidement laissé son permis à la maison. Lui-même a acheté une Tesla[#5], mais il est hors de question que j'y touche. Bref, pas assez d'expérience pour pouvoir vraiment conclure.
[#5] Je précise que c'était avant qu'on ne sache que Musk était un extrémiste cinglé.
Mais bon, à force, la situation devenait assez idiote du point de vue pratique. La moto, c'est vraiment hyper agréable à conduire, ça procure des sensations incroyables, mais du point de vue pratique, même si on ignore le problème du danger, c'est complètement merdique : on ne peut quasiment rien transporter, on ne peut pas vraiment prendre de passager (à moins d'avoir prévu un casque et des gants de rechange), il faut un équipement très encombrant[#6], c'est merdique quand il pleut (c'est encore plus dangereux s'il pleut et qu'il vente), c'est hyper flippant quand il fait nuit, c'est désagréable quand il fait froid, et c'est désagréable quand il fait chaud (là, par exemple, l'idée de porter une combinaison en cuir pour sortir par 36°C ne me tente pas des masses). Le seul avantage pratique par rapport à la voiture, c'est qu'on a le droit de circuler en interfile dans les bouchons, mais de toute façon je n'aime pas trop alors je me débrouille presque toujours pour rouler à des heures où je n'ai pas à le faire.
[#6] Quand je fais de la moto, je porte absolument tout le temps l'équipement complet (pas juste le casque et les gants qui sont le minimum obligatoire, mais aussi le blouson, la dorsale, le pantalon et les bottes ; parfois un gilet haute visibilité aussi ; il n'y a que l'airbag que je n'ai pas), et presque toujours la version en cuir, qui est la plus protectrice, pour le blouson et le pantalon. Sur la moto elle-même, ce n'est pas un problème (c'est très confortable, en fait, et j'avoue pour moi ça fait même partie du plaisir et de l'identité motard). Mais si le but est d'aller quelque part pour faire quelque chose, on se retrouve avec la question de quoi faire de l'équipement, qui est quand même emmerdant pour n'importe quoi d'autre que conduire une moto. Encore, si je vais au bureau, je peux laisser mon équipement dans mon bureau, et me changer pour une tenue moins « robocop ». Mais le problème de l'équipement fait que c'est, en gros, impossible de prendre la moto pour aller quelque part faire une balade à pied (le casque tient certes dans le top-case, mais le pantalon et le blouson, il faudrait les garder sur soi, et on n'a pas envie de faire de la randonnée en équipement de moto).
Et le choix du mode de transport pour aller au bureau est un vrai problème. Si j'y vais en transports en commun, c'est tellement long, fatigant et pénible[#7] que je suis trop crevé pour faire des maths correctement quand j'arrive (et je suis carrément à ramasser à la petite cuiller quand je rentre). Si j'y vais à moto, comme je n'ai vraiment pas envie de rentrer dans les bouchons (stressants et dangereux), ni d'attendre longtemps pour qu'ils soient finis et de risquer de rouler fatigué, je rentre très tôt : donc en gros je fais juste les allers-retours pour donner mes cours et c'est tout. Or bosser chez moi a des limites pour plein de raisons[#8].
[#7] Déjà, il n'y a pas de clim dans le RER (il est censé y avoir une ventilation réfrigérée dans certaines rames, mais 9 fois sur 10 elle ne marche pas du tout). Je ne sais pas comment le message peut avoir encore du mal à passer, mais si on veut persuader les gens de prendre les transports en commun, il faut qu'ils aient cet élément minimal de confort que maintenant absolument toutes les voitures ont.
[#8] Par exemple, parce que quand je pense à des maths, j'aime bien me lever, marcher un peu, me poser ailleurs, etc. Chez moi, c'est un peu difficile.
Et aussi, quand le poussinet n'est pas là, je me retrouvais un peu coincé si je voulais sortir faire une balade (à pied) quelque part : les transports en commun ne desservent rien d'intéressant, je n'ose pas sortir la Golf du parking, si je prends la moto je me retrouve avec un équipement dont je ne sais pas quoi faire (que je n'ai certainement pas envie de garder pour une balade à pied), et la solution de louer une voiture en autopartage (donc payer environ 40€) juste pour aller me promener est quand même un peu absurde.
Le poussinet a fini par me convaincre que m'acheter ma propre voiture était la chose raisonnable à faire, en cherchant quelque chose de petit, pas cher (donc d'occasion), et évidemment électrique. Quitte à accepter, en contrepartie, une autonomie limitée — acceptable vu que je veux en gros juste faire des allers-retours au bureau avec, ou des petits déplacements en Île-de-France. La Twingo que j'ai achetée remplit assez bien le cahier des charges.
Conduire cette voiture a, en fait, quelques points communs avec conduire une moto. Malgré une puissance riquiqui (deux tiers de ma moto pour cinq fois la masse[#9]), elle a une accélération tout à fait décente à petite vitesse grâce au moteur électrique. Aussi, chose amusante, comme les motos mais contrairement à la plupart des voitures, c'est une propulsion : je ne trouve pas que ça se ressente directement, mais ça a permis de donner à la voiture un rayon de braquage très serré qui la rend très manœuvrable, et combiné au fait qu'elle est petite, je me sens beaucoup moins inquiet pour entrer ou sortir[#10] de notre parking. Son étroitesse fait que je ne me sens pas obligé de penser tout le temps au centrage du véhicule et je n'ai pas l'impression de conduire un tank. Et enfin, il y quelque chose que j'aime aussi bien avec les motos qu'avec les voitures électriques (enfin, ça dépend comment elles sont réglées, mais celle-ci en particulier), c'est le frein moteur important.
[#9] Elle atteint très péniblement les 130km/h.
[#10] Enfin, pour ça, il y a surtout que comme c'est une électrique je n'ai pas d'inquiétude de caler ou de cramer l'embrayage, donc je peux aller aussi lentement que je veux.
Sur un véhicule thermique, évidemment, le frein moteur
,
c'est juste de la dissipation dans le moteur (l'endroit exact où a
lieu cette
dissipation est
confus), alors que sur un véhicule électrique, c'est du freinage
régénératif choisi (qui réalimente la batterie en faisant tourner le
moteur comme générateur), donc ça n'a rien à voir. Mais disons que je
trouve plus confortable de conduire quand lâcher totalement
l'accélérateur provoque un ralentissement important du véhicule avant
même qu'on aille chercher la pédale de frein.
La Twingo a, en plus du mode ‘D’ (Drive
)
normal, trois modes de freinage régénératif plus ou moins fort
étiquetés ‘B1’ à ‘B3’ (‘B’ pour Brake
, je
suppose). Bon, l'étiquetage n'est pas super naturel (B1 est le
freinage régénératif le plus faible, B3 le plus fort, donc c'est le
contraire de ce qu'on attendrait de la numérotation des vitesses sur
un véhicule à changement de vitesse
manuel[#11][#12]),
et la différence entre ‘B2’ et ‘D’ n'est pas super claire, le mode
‘B1’ ne sert pas à grand-chose, mais le mode ‘B3’ est vraiment
agréable dans les bouchons (hyper fréquents en Île-de-France) et en
ville. Il y a juste ceci d'agaçant que quand la batterie est trop
chargée la voiture refuse de passer en mode ‘B3’ : c'est con quand on
s'en sert pour le freinage et pas pour la régénération proprement dite
(je trouve qu'ils pourraient dévier le courant dans une résistance, si
de toute façon l'alternative est de freiner avec les plaquettes de
frein qui vont elles aussi dissiper ça en chaleur).
[#11] Mais comme ils ont mis le ‘B3’ en haut et le ‘B1’ en bas, finalement c'est cohérent avec une boîte de vitesse manuelle. Enfin, une boîte de vitesse de voiture (parce que pour le sélecteur de vitesses d'une moto c'est le contraire — sauf pour les motos de course —, mais bon, en pratique tout ça ne me cause pas de confusion).
[#12] Digression : Je me suis
souvent demandé pourquoi on ne fait pas de véhicules électriques à
« fausse boîte manuelle » : ils auraient par exemple une pédale
d'embrayage permettant de passer dans un mode continûment
intermédiaire entre les modes ‘N’ (Neutral
) et
‘D’, et peut-être six pseudo-vitesses réglant à la fois le freinage
régénératif, la vitesse du « ralenti » et aussi la sensibilité de la
pédale d'accélérateur, bref en gros tout comme une boîte manuelle sauf
le risque de caler ou de passer en sur-régime. Il me semble qu'il y
aurait de la demande pour une conduite qui combine le contrôle d'une
boîte manuelle et la flexibilité d'un véhicule électrique.
Au niveau confort, je n'ai rien à redire : la voiture a beau être petite, on ne se sent pas du tout serré dedans. (Enfin, à l'avant. Les sièges à l'arrière ont quand meme l'air étroits et spartiates ; mais je ne vais avoir que très rarement l'occasion de prendre des passagers à l'arrière.) Et il y a une clim qui marche bien : je regrette juste que (si j'ai bien compris) le chauffage ne fonctionne pas en inversant cette pompe à chaleur mais qu'il soit bêtement résistif, du coup, en hiver elle va consommer nettement plus.
Il faut évidemment que je parle un peu de la consommation, et surtout de l'autonomie, parce que l'autonomie est vraiment le seul gros point noir (ou point noir perçu) des véhicules électriques.
Au niveau consommation, comme je la conduis et sur les trajets que je fais, ma Twingo consomme environ 100W·h/km (soit 10kW·h/(100km)[#13]). Je crois que c'est peu[#14]. Peut-être 10% ou 15% en plus sur autoroute. Mais, honnêtement, la consommation, on s'en fout pas mal : une différence essentielle entre les véhicules thermiques et électriques, c'est que l'essence coûte un prix qui ne varie pas tant que ça, alors que l'électricité coûte entre Essentiellement Zéro et Inexplicablement Cher selon l'endroit où on charge. En l'occurrence, je charge soit dans mon parking (où nous avons une prise domestique et un accord de refacturation avec la copropriété, donc généralement 0.1325€/(kW·h)[#15]), soit au parking de mon employeur où là c'est carrément gratuit.
[#13] Pour faire plaisir à Randall Munroe, je peux dire qu'elle consomme 360 newtons.
[#14] Si l'énergie était fournie par la combustion d'essence E85 parfaitement efficace, ça représenterait 1.4L/(100km). Cette comparaison ne veut pas dire grand-chose (notamment parce que, justement, l'électricité n'est pas produite comme ça), mais ça permet vaguement de comparer.
[#15] Ce qui revient finalement (en €/km) autour de 6 ou 7 fois moins cher que ma moto qui déjà ne consomme pas des masses. Mais bon, vu le peu de distance que je fais, même avec un véhicule thermique et même au prix de l'essence boosté par les conneries de Monsieur Trump dans le golfe persique, ce sont des dépenses assez négligeables. Donc ce n'est pas le prix au kilomètre qui m'intéresse dans l'histoire.
Sur les bornes publiques, je n'ai essayé que de façon assez limitée, mais c'est tout de suite beaucoup plus emmerdant. Deux problèmes : d'abord, c'est beaucoup plus compliqué[#16] à cause de la cacophonie complète entre les réseaux de recharge, les puissances/types de recharge, les tarifs à la tête du client, et le fait que plein de bornes ne marchent pas[#17][#18] ; et deuxièmement, c'est long.
[#16] C'est vraiment absurde : pour prendre de l'essence en station service, on insère sa carte de crédit et on compose son code (ou on va au guichet pour payer en espèces), et on prend de l'essence — fin de l'histoire. Pour recharger un véhicule électrique à une borne publique, ça pourrait être aussi simple, mais pour je ne sais quelle raison stupide ils ont décidé de rendre les choses incroyablement compliquées : il faut installer une app sur son téléphone ou scanner un QR-code, entrer son numéro de carte de crédit (et du coup, si on ne veut pas faire ça, générer un numéro de carte de crédit à usage unique sur le site de la banque, ce qui implique de saisir son mot de passe bancaire, recevoir un SMS avec un code de confirmation, puis de recopier le numéro pour payer la recharge, puis probablement passer par encore une étape de confirmation), et, pire encore, certaines bornes insistent pour que vous commenciez par « créer un compte » sur leur réseau, bref, il faut passer par toutes les emmerdes d'un paiement en ligne, ou alors s'abonner à un des 299792458 réseaux de bornes électriques, parce que ces gros débiles ne sont pas capables de mettre un lecteur de carte comme il y a à chaque pompe à carburant. (Et le fait que ce soient des débiles, c'est l'interprétation charitable, pour éviter de me couper sur le rasoir de Hanlon ; l'interprétation moins charitable, c'est qu'ils veulent nous fliquer.)
[#17] Oui, parce que non seulement c'est compliqué (note précédente), mais en plus, souvent ça ne marche simplement pas : la borne est HS, ou, plus souvent, elle n'arrive pas à communiquer avec le site Web qui gère le paiement. Quand une pompe à essence est HS, ça se voit tout de suite, il y a un bandeau qui l'affiche ; mais une borne de recharge électrique HS, souvent, on ne le découvre qu'après avoir essayé trois fois de charger en branchant différemment, en essayant de payer autrement, bref, en ayant perdu 10 minutes en vain.
[#18] Expérience samedi où le poussinet et moi sommes allés déjeuner puis nous balader dans le Vexin avec ma Twingo, et nous voulions recharger un peu pour rentrer confortablement. Tentative nº1 à la borne de recharge du parking du restaurant (ici) car l'idéal aurait été de charger pendant que nous déjeunions : la borne dit d'aller sur un site à moitié pété, il faut s'inscrire, saisir un numéro de carte bancaire, juste pour connaître les tarifs, et ceux-ci s'avèrent assez prohibitifs (1€/(kW·h), c'est quand même du vol), et en plus, nous ne savons même pas si la borne marche et on nous demande de précharger 5€ pour pouvoir commencer à charger, sans aucune garantie de remboursement si la borne ne marche pas,donc là nous avons laissé tomber. Tentative nº2 à une borne signalée par Google Maps au point de départ de notre balade (ici) car ç'aurait été bien de charger la voiture pendant que nous marchions : la borne s'est avérée ne pas exister du tout (j'ai signalé à Google Maps, on verra si elle est retirée). Tentative nº3 à une borne à la Roche-Guyon (ici) parce que nous nous sommes dit que nous pourrions charger en prenant une glace : cette fois-ci le système de paiement fonctionnait très bien et était fort commode, mais… c'est la borne de charge elle-même qui avait un problème (la lumière clignotait en rouge côté voiture, et après plusieurs essais nous avons dû abandonner). Je ne sais pas à qui signaler le problème, d'ailleurs. Tentative nº4 à une autre borne à la Roche-Guyon (là) : celle-ci a fini par fonctionner (malgré un écran d'affichage cassé), mais pour réussir à la faire marcher il a fallu installer encore une app à la con qui avait changé de nom par rapport à celle signalée sur la borne elle-même, donc beaucoup de temps perdu pour trouver la bonne app. Tout ça n'est vraiment pas sérieux : visiblement les gens qui installent ces bornes n'ont aucun intérêt, ni même aucune idée, de si qui que ce soit s'en sert.
(Plein de gens m'ont dit qu'il fallait s'abonner à « ChargeMap » pour régler, ou au moins atténuer, le problème de la cacophonie des bornes de recharge, et je vais peut-être céder, mais même en supposant que ça règle parfaitement le problème — ce dont je doute assez vu le chaos que c'est — c'est quand même scandaleux qu'on doive s'inscrire à un service propriétaire, et sans doute installer yet another fscking app pour quelque chose qui, sur un véhicule thermique, ne pose aucun problème.)
Un mot sur la vitesse de charge (enfin, la lenteur), maintenant. Il existe divers modes de recharge des véhicules électriques, allant du extrêmement lent (du genre prise électrique domestique — donc AC monophasée — 230V × 10A, ce qui donne autour de 2kW) aux modes raisonnablement rapides des véhicules modernes (typiquement, courant continu avec quelque chose comme 1000V × 350A, ce qui peut monter jusqu'à 350kW, et là ça permet de charger un véhicule en un temps qui ne tue pas la possibilité de faire un long trajet). La mienne peut charger jusqu'à 22kW, ce qui est moyen. Mais comme sa batterie est petite (autour de 20kW·h), à cette puissance elle charge complètement en 1h, ce qui n'est pas complètement inacceptable[#19]. Reste que comme l'essentiel de mes charges se fait soit chez moi pendant la nuit (et peu importe que ça prenne des heures) soit au bureau, la charge sur une borne publique ne sera a priori qu'un petit appoint occasionnel, et je peux bien attendre quelques dizaines de minutes pour ça.
[#19] Plutôt que compter en kW la vitesse (puissance) de charge, il vaut peut-être mieux diviser par les ~100W·h/km qu'elle consomme pour avoir une idée du nombre de kilomètres d'autonomie qu'on ajoute par heure de charge, et donc, la vitesse à laquelle le véhicule est effectivement limité sur des longs trajets : par exemple, 6.6kW se traduit en 66km/h (on ajoute 66km d'autonomie par heure de charge), donc ça veut dire que sur un long trajet qu'on ferait normalement à, disons, 90km/h de moyenne, on va faire effectivement 1/(1/(90km/h) + 1/(66km/h)) ≈ 40km/h si on tient compte d'un temps de charge réparti uniformément. Autrement dit, on n'ira pas loin comme ça, ou du moins, on n'ira pas vite. Pour qu'un véhicule électrique soit acceptable pour un long trajet, sa vitesse de charge divisée par sa consommation doit être à peu près négligeable par rapport à la vitesse moyenne du trajet. Donc en gros, 22kW, ce qui revient à ajouter 220km d'autonomie par heure, est le point à partir duquel le temps de charge cesse d'être totalement inacceptable sur des trajets autoroutiers (limités à 130km/h, et de toute façon la voiture ne va pas plus vite).
Dans la pratique, la voiture m'affiche une autonomie autour de 200km quand je la charge complètement (je n'ai pas vérifié dans quelle mesure c'est exact, mais disons que c'est au moins assez cohérent). Je l'avais achetée en tablant sur autour de 160km à 180km, donc c'est plutôt une bonne surprise. D'un autre côté, ce n'est pas non plus une considération majeure pour une voiture qui me sert surtout à faire des allers-retours entre chez moi et mon bureau.
Que dire d'autre ? Au niveau équipement, il y a quelques trucs que je regrette, comme le fait de ne pas avoir de caméra de recul[#20] (mais il paraît qu'elles se font voler, donc ce n'est pas forcément si mal), ou de ne pas avoir de régulateur[#21] de vitesse. Je suis aussi très agacé qu'on ne puisse pas programmer la charge de la batterie pour s'arrêter à un certain pourcentage[#22] (on peut juste l'arrêter à une certaine heure).
[#20] Je ne suis pas très bon pour les manœuvres (même si, justement, ceci me permet de m'améliorer).
[#21] Sur ma moto (la Tracer 9 GT) j'ai un régulateur, et c'est quand même bien agréable pour les trajets un peu longs sur autoroute quand il n'y a pas de bouchons. La Twingo a un limiteur de vitesse. Il est vrai qu'à cause de son autonomie limitée elle ne va pas beaucoup me servir pour faire des trajets longs, ni même aller assez loin de Paris pour qu'il y ait de grandes sections d'autoroute sans bouchons. D'un autre côté, l'utilité d'un limiteur de vitesse ne m'a semblé claire si on ne peut pas en profiter pour reposer son pied.
[#22] Les batteries vieillissent plus vite quand on les maintient, ou qu'on les utilise, proches de 100% (même si évidemment le 100% affiché est en-dessous du 100% réel par une certaine marge). Je peux vouloir essayer de garder la batterie autant que possible entre 35% et 65%, disons. (Mais vouloir arrêter la charge avant 100% peut aussi me servir à bénéficier du mode ‘B3’ de freinage régénératif — le plus fort — dont j'ai dit plus haut que je le trouve agréable, et qu'il refuse de s'activer quand la batterie est chargée à 100%.) Je peux évidemment arriver à limiter la charge en calculant le temps de charge et donc combien de temps il faut charger pour arriver au pourcentage souhaité, mais si je dois faire une division et saisir une heure de fin de charge différente à chaque fois que je la mets à charger, c'est un peu pénible.
A contrario, je suis très satisfait d'avoir Android Auto. Normalement je n'aime pas les gadgets « intelligents » ou « connectés », mais comme je vais de toute façon utiliser Google Maps[#23] sur mon téléphone Android pour naviguer (et être prévenu des bouchons), Android Auto est un mécanisme pour, en gros[#24], déporter l'écran du téléphone sur la voiture, et c'est quand même bien plus commode à suivre qu'un gadget pour accrocher le téléphone devant soi.
[#23] Digression : Je ne comprends pas bien pourquoi tout le monde semble ne jurer que par Waze. Si j'ai bien suivi, c'est aussi Google, et c'est les mêmes données que Google Maps. C'est juste l'interface qui diffère, et celle de Waze me semble bien pire que celle de la navigation incluse dans Google Maps.
[#24] Il fait un peu plus que ça, mais je ne sais pas exactement quoi. Ce qui est sûr, c'est que la voiture indique à Android quand elle allume les phares, parce que ça fait basculer l'écran en mode nuit. Je pense qu'elle lui indique aussi la vitesse (et/ou la distance parcourue), ce qui permet à la navigation de continuer au moins un peu dans les tunnels où le GPS ne capte pas ; mais je n'ai pas fait assez attention pour être vraiment sûr.
Encore un petit point à évoquer : le bruit, ou plutôt l'absence de
bruit. Une voiture électrique, évidemment, ça fait très peu de bruit.
Trop peu, même. Elle émet (c'est obligatoire) un petit bruit discret
quand elle va lentement, pour avertir les autres usagers de la route
de sa présence. Mais, honnêtement, ça ne semble pas suffisant, parce
que je suis vraiment inquiet de combien les piétons autour de moi
semblent complètement ignorer ma présence. Plusieurs fois dans le peu
de temps que j'ai cette voiture j'ai des pétions qui se sont mis à
traverser la route juste devant moi (je veux dire, hors de
tout passage piéton) sans même regarder dans ma direction, sans faire
le moindre signe ; ou qui marchent sur la chaussée et ne se poussent
pas (ni ne se retournent, ni me font le moindre signe) quand je
m'approche ; aussi une fois, une personne qui traverse à un passage
piéton, donc je m'arrête pour la laisser passer, et elle s'arrête au
milieu du passage piéton sans sembler avoir la moindre conscience
qu'une voiture attendait qu'elle finisse de traverser. J'ai
l'impression d'être totalement invisible et indétectable, et c'est un
peu flippant. (Je veux bien qu'on dise que c'est à l'automobiliste de
faire attention, mais quand un piéton marche à reculons sur
la chaussée parce qu'il s'éloigne en parlant à quelqu'un, et qu'il
manque de trébucher sur ma voiture, qu'il me regarde avec surprise
comme si j'étais apparu par magie, et qu'il dit ah, c'est une
électrique !
, ça me fait effectivement penser qu'il s'attendait à
ce qu'une voiture fasse plus de bruit.) Je ne comprends pas bien,
parce que les voitures électriques ne sont quand même pas si
rares à Paris en 2026. Mais en tout cas, la différence avec quand je
conduis une moto
thermique[#25] est
frappante.
[#25] J'en profite pour préciser que le pot d'échappement de ma moto est celui d'origine, pas un pot spécialisé ou trafiqué pour faire un maximum de bruit.
Dernière chose, j'en reviens à la question de la liberté. J'avais
déjà évoqué ça dans ce billet sur
l'espace : lors de mes premières leçons de conduite, mon moniteur m'a
dit : tu verras, la voiture, c'est la liberté
; en Parisien qui
n'avait jamais eu de voiture (et pas vraiment, à ce stade, de
motivation d'en acquérir une), et qui passais le permis par besoin
parce que mon boulot déménage, en considérant ça comme une emmerde
profonde, j'avais hoché la tête en me disant qu'il faisait sa pub pour
la bagnole. Plus tard, c'est plutôt la moto qui m'a fait découvrir la
liberté de me déplacer, mais comme je le dis plus haut, si la moto me
permet de visiter le territoire à moto, elle présente
l'inconvénient majeur que je dois me trimbaler un équipement fort
encombrant, donc ne me permettait pas vraiment d'accéder à un point
pour visiter à pied autour de ce point.
Mais aussi, je pense que cette voiture va faire, en rendant le trajet entre chez moi et Trifouilly-lès-Saclay un peu moins pénible qu'en transports en commun et moins dangereux qu'à moto, que je vais aller plus souvent au bureau, ce qui est sans doute une bonne chose (je ne sais plus si je l'ai dit, mais le bâtiment de Télécom Paris, si on ignore le fait qu'il est situé au milieu de nulle part et stupidement dépourvu de clim, est plutôt agréable).
Bref, pour l'instant je suis très content de mon achat. Espérons que je ne déchante pas avec le temps.