David Madore's WebLog: Climatisation et canicule

[Index of all entries / Index de toutes les entréesLatest entries / Dernières entréesXML (RSS 1.0) • Recent comments / Commentaires récents]

↓Entry #2856 [older| permalink|newer] / ↓Entrée #2856 [précédente| permalien|suivante] ↓

(jeudi)

Climatisation et canicule

Bon, c'est bien ma veine que ce qui est selon certaines métriques la pire canicule jamais enregistrée en France tombe au moment où notre clim principale est en semi-panne (elle doit produire quelque chose comme 1000W–1500W de froid, ce qui n'est pas rien, mais ce qui suffit tout juste à maintenir une seule pièce tempérée pendant la nuit[#]). Du coup, mon poussinet a fui à la montagne, et moi je survis grâce à trois clims d'appoint monobloc qui doivent totaliser quelque chose comme 6000W–6500W de puissance frigorifique (en consommant environ 2000W d'électricité[#2]). Ça tient à peu près, mais ça fait un boucan terrible (je coupe une des trois clims d'appoint, la nuit, dans la pièce où je dors, en laissant notre clim principale anémique faire le boulot de la maintenir à une température supportable).

[#] La nuit dernière, la température minimale à Paris a dépassé 26°C, ce qui est supérieur à la « normale saisonnière » de la maximale. Autrement dit, il fait plus chaud au plus froid du petit matin qu'il ne fait normalement au plus chaud de la journée. Donc si la clim arrive quand même à maintenir une température de 24°C dans la pièce (surtout que l'immeuble a emmagasiné énormément de chaleur), c'est qu'elle fait quand même un peu de froid. Mais vu comme elle est dimensionnée elle devrait pouvoir maintenir notre appartement tout entier à 20°C même par une canicule pareille sans difficulté majeure si on le voulait.

[#2] Heureusement, nous avons une formule Tempo donc ça ne nous coûte que quelques euros par jour. Heureusement aussi, la France est fortement exportatrice en ce moment (malgré l'arrêt de quelques centrales nucléaires pour éviter de trop réchauffer les rivières qui leur servent de source froide) : le jour où j'écris, les exports nets varient entre 5GW et 12GW.

☞ Problèmes de clim, toujours

Pour résumer le problème de notre clim principale (plus de détails ici) : quand on la redémarre, elle tourne normalement pendant une petite heure, puis baisse progressivement en régime jusqu'à une valeur minimale de quelque chose comme 500W (de consommation électrique mesurée). Selon notre analyse (au poussinet et à moi), c'est clairement le symptôme d'une fuite de gaz : pas vraiment que le manque de gaz l'empêche de faire du froid (d'ailleurs, en production de chaud, elle marche très bien), mais plutôt qu'elle ne peut pas le transporter efficacement du compresseur vers les unités intérieures, si bien qu'elle doit se mettre en sécurité en baissant sa puissance. Il y a un code d'erreur qui apparaît sur les LEDs du module de contrôle qui semble le confirmer. Et surtout, mon poussinet a promené un détecteur de gaz fluorés à proximité du compresseur, qui a détecté quelque chose. En plus de ça, l'an dernier nous avons eu exactement les mêmes symptômes, et c'était bien une fuite (qui nous a obligés à changer l'unité extérieure, c'est-à-dire quasiment toute la clim). Bref, normalement, la marche à suivre devrait être facile : faire venir un techicien pour détecter la fuite, la réparer si elle est réparable[#3], puis remettre du gaz. Seulement, il faut réussir à faire venir un technicien, et qu'il ne soit pas trop incompétent.

[#3] L'an dernier, la fuite venait de la « batterie » du compresseur, élément qui n'est pas réparable : d'où la nécessité de changer l'unité. (Et elle n'était plus sous garantie, donc vraiment pas de chance pour nous.) Rien ne dit que l'endroit de la fuite soit le même cette fois-ci, ça pourrait être un raccord, ce qui serait alors un problème mineur et facile à régler (si on arrive à faire venir quelqu'un pour le régler !). Le poussinet semble croire que c'est exactement la même chose que l'an dernier, c'est-à-dire une fuite dans la batterie du compresseur et qu'il faudra de nouveau changer l'unité (heureusement, en principe elle est sous garantie, cette fois) ; moi je ne crois pas à la loi des séries donc je penche plutôt pour une fuite dans un raccord (ce qui est un emplacement beaucoup plus courant que la batterie). En tout état de cause, que ce soit ou non au même endroit, avoir un problème de ce type, normalement rare, deux ans d'affilée, est troublant quant à notre manque de chance (surtout que nous entretenons correctement le matériel), et nous sommes perplexes.

☞ De la difficulté à faire venir quelqu'un

Les techniciens et installateurs de clims de France sont évidemment noyés sous le travail en ce moment, et ça ne va pas s'arranger avant septembre. Mais même hors canicule exceptionnelle, ce n'est pas évident de faire venir quelqu'un.

Le type qui nous l'a posée initialement (et qui a remplacé l'unité extérieure l'an dernier), est basé à Bouffémont, au nord de Paris. Venir de Bouffémont jusque dans le 13e arrondissement de Paris, c'est quelque chose comme 1h à 2h de route. Beaucoup d'artisans refusent d'ailleurs maintenant tout simplement de travailler à Paris parce que la circulation à Paris est impossible. Lui acceptait de venir… mais il ne cessait de nous poser des lapins : il nous disait qu'il viendrait tel jour, nous nous organisions pour l'attendre, nous passions la journée à l'attendre, et le soir il nous appelait pour nous dire qu'il ne viendrait pas ; et il nous a fait le coup jusqu'à trois ou quatre fois d'affilée, ce qui est d'un manque de professionnalisme vraiment affolant[#4]. Comme en plus on se demande quelle est sa part de responsabilité dans nos problèmes[#5], nous avons décidé que nous ne voulions plus le voir.

[#4] Je comprends qu'on prévoie une petite marge d'overcommit des rendez-vous ; mais la moindre des choses, c'est que si on a fait sauter le rendez-vous d'un client, ce client devient ultra-prioritaire au rendez-vous suivant. Faire sauter trois fois d'affilée le rendez-vous du même client, c'est vraiment se moquer du monde.

[#5] Il n'est probablement pour rien dans la fuite (mais le fait que nous ayons exactement le même problème que l'an dernier nous laisse quand même perplexe : se peut-il qu'il stocke son matériel dans des circonstances qui donne naissance à des fuites ? l'unité pouvait-elle déjà avoir fui du gaz quand il nous l'a posée ?). Ce qui est sûr, c'est qu'il nous a au moins fait perdre notre garantie en nous persuadant que notre unité fonctionnait très bien à un moment où, en fait, elle avait déjà des symptômes.

Mais qui faire venir à la place ? Comme je le dis plus haut, pas mal de gens refusent de venir dans Paris, et encore d'autres refusent de travailler sur du matériel Mitsubishi (qui n'est pas le plus répandu en France).

L'an dernier (quand nous avions les mêmes problèmes, donc), nous avions trouvé un apporteur d'affaires qui nous avait envoyé un technicien très bien. Le terme d'apporteur d'affaire mérite peut-être quelque explication. Si je comprends bien, beaucoup de techniciens de clim sont auto-entrepreneurs, mais ils n'ont pas l'envie (et/ou pas la compétence) de démarcher eux-mêmes les clients, ou peut-être pas de faire la paperasse administrative, les factures, etc. : il y a donc des apporteurs d'affaires qui s'en chargent, facturent les interventions aux clients, et sous-traitent tout aux techniciens. C'est peut-être aussi l'apporteur d'affaires qui commande le matériel. Je ne sais pas bien pourquoi, ils ne veulent pas vraiment que les clients soient au courant[#6] de cette organisation, donc ils font semblant que les techniciens sont leurs employés. Tout ça est un peu bizarre et agaçant (mais pas vraiment suspect). Quoi qu'il en soit, nous avions trouvé l'an dernier un apporteur d'affaires qui nous avait à la fois semblé aimable et lui-même compétent (nous avions longuement discuté au téléphone du problème), et qui nous avait envoyé quelqu'un de bien, lequel a diagnostiqué notre fuite et nous a dit qu'elle n'était pas réparable[#7].

[#6] Les deux types que l'apporteur d'affaire nous a envoyés se présentaient comme travaillant pour lui. Mon poussinet demande en fait, vous êtes auto-entrepreneur, n'est-ce pas ? et ils réagissent comme si nous étions au courant d'un truc un peu secret.

[#7] Nous aurions voulu faire appel à eux pour changer l'unité, mais comme ils n'en avaient pas, nous avons fait appel à notre installateur d'origine (celui de Bouffémont), qui avait la pièce en stock. Rétrospectivement, c'était peut-être une erreur, et le poussinet me reproche de l'avoir poussé dans ce sens (parce que je voulais une clim qui marche le plus vite possible).

☞ Un technicien qui nous a pris pour des guignols

Cette année (peu avant la présente canicule) nous avons donc recontacté le même apporteur d'affaires pour diagnostic et recherche de fuite. Mais il nous a envoyé quelqu'un de beaucoup moins satisfaisant.

En gros, le technicien qui est venu avait l'air de nous prendre pour des affabulateurs, il a essayé de nous gaslighter que notre clim marche très bien. Il ne l'a pas dit explicitement, mais c'était très clair qu'il nous prenait pour des guignols.

Primo, il a déclaré d'emblée que ça ne pouvait pas être une fuite, parce que (selon lui, si je résume) s'il y a une fuite, tout le gaz part et la clim ne marche plus du tout. Bon, peut-être que les petites fuites telles que tout le gaz ne sorte pas rapidement, et qui n'empêchent pas totalement la clim de fonctionner sont rares, mais nous savons certainement que c'est possible puisque nous en avons eu une l'an dernier, avec, encore une fois, exactement les mêmes symptômes, et qu'un autre technicien (envoyé par le même apporteur d'affaires) a diagnostiqué ça comme une fuite, qu'il a localisée[#8].

[#8] Le détecteur de gaz bippait à la folie à l'endroit qu'il a trouvé, donc il n'y avait vraiment aucun doute.

Secundo, le type nous a expliqué que le fait que notre détecteur de gaz bippe à proximité de la clim ne voulait rien dire du tout parce que ces trucs peuvent détecter plein d'autres choses, par exemple de la peinture ou un solvant de colle. Alors oui, c'est vrai, il y a des faux positifs ; mais quand le truc bippe justement à proximité d'un bloc de clim qui dysfonctionne et qu'il n'y a eu aucun travaux de peinture ou rien de la sorte, il faudrait quand même prendre ça au sérieux.

Tertio, le type a mesuré la température de l'air qui sortait de nos unités intérieures et l'a trouvée tout à fait normale (quelque chose comme 9°C). Certes, mais il est venu un jour où il devait faire 24°C dehors et où la clim même avec la puissance rachitique à laquelle est réduite arrivait bien à tenir sa consigne : pas étonnant qu'elle arrive à sortir encore de l'air froid. (Au moment où j'écris, ce n'est plus du tout le cas : il est plutôt autour de 15°C en sortie.) Forcément, quand il ne fait pas très chaud dehors, notre clim semble marcher normalement.

Quarto, il a sorti son manomètre pour mesurer la pression de gaz, et a constaté qu'elle était normale. Le truc, c'est que ça ne dit rien du tout : le gaz dont on parle — et je devrais plutôt écrire le fluide tout du long — passe entre l'état liquide et l'état gazeux au cours du cycle thermodynamique ; et tant qu'il en reste assez pour pouvoir produire du liquide, la présence du liquide assure que la pression sera forcément égale à la pression de vapeur saturante à la température considérée. C'est le B-A-BA de la thermodynamique : mesurer la pression au manomètre n'a de sens que si elle est trop faible pour permettre la condensation comme liquide, et en l'occurrence il doit nous en rester encore assez[#9] pour ça.

[#9] Peut-être que ça explique que le type croie qu'une fuite ne peut pas conduire à ce que la clim marche seulement à moitié : s'il ne compte comme fuite qu'une circonstance où son manomètre mesure moins que la pression de vapeur saturante, quand il y a fuite il n'y a plus de liquide, donc la clim ne doit plus fonctionner du tout.

Bref, pour toutes ces raisons (la certitude qu'une fuite cause forcément la perte de tout le gaz, l'idée que notre détecteur de gaz peut bipper à tort, et les constatations que l'air sortait bien froid et que les pressions étaient bonnes), le type avait l'air convaincu que notre clim marchait très bien, et il était clair qu'il nous prenait pour des guignols. Et ça ne s'est pas arrangé.

On peut dire que mon poussinet s'y connaît raisonnablement bien en clims : il a fait un master de physique spécialisé en climatisation (ça c'était avant qu'il fasse un deuxième master — puis une thèse — en informatique). Je lui avais conseillé de mentionner ce fait discrètement et en passant[#10] aux techniciens qui passent pour s'occuper de notre clim, histoire d'envoyer le signal que nous ne sommes pas des incompétents faciles à arnaquer[#11].

[#10] Plutôt en mode ah vous savez, la clim, c'est un sujet qui me passionne, d'ailleurs j'ai fait un master de physique là-dessus avant de me tourner vers l'informatique.

[#11] Des artisans peu scrupuleux aiment parfois profiter de l'ignorance de leurs clients dans le domaine de leur spécialité, même si ça semble surtout concerner les plombiers et les électriciens dont on trouve le numéro sur des affichettes numéros d'urgence à garder chez soi, j'ai des connaissances indirectes qui ont payé fort cher — littéralement — leur manque d'expertise dans tel ou tel domaine.

Mais ça peut aussi avoir l'effet inverse : braquer les gens qui se sentent pris de haut. Je crois que notre type s'est senti pris de haut parce que nous avons réfuté les quatre points que j'ai listés ci-dessus (nous avons essayé de le faire diplomatiquement, mais je ne vois pas trop comment nous pouvions éviter de le faire). Il nous a expliqué que ça faisait quinze ans qu'il travaillait dans la clim, et là c'était mal parti.

☞ …et qui est venu sans bouteille pour la pesée

Bon, on peut dire : OK, il n'est peut-être pas super au courant des aspects théoriques du domaine, il n'a pas fait un master en clim, il ne sait peut-être pas ce qu'est une pression de vapeur saturante, mais il peut quand même connaître son métier. Mais pas vraiment non plus.

D'abord, il est arrivé pour une intervention explicitement étiquetée diagnostic et recherche de fuite sans bouteille de récupération de gaz. Petite explication à ce sujet.

L'étalon-or pour décider si du gaz manque, ce n'est pas le manomètre, c'est la pesée. Peser le gaz est une opération un peu compliquée : il faut une bouteille spéciale, préalablement tirée à vide, on la pèse à vide, on fait venir tout le gaz dans la bouteille (c'est ça qui n'est pas facile), et on pèse de nouveau, et comme ça on sait combien de gaz il y a, et s'il en manque (le gaz tourne en cycle fermé, donc il doit y en avoir autant qu'il y avait au départ). Ce n'est pas quelque chose que le poussinet et moi pouvons faire nous-mêmes. Le poussinet n'arrêtait pas de réclamer une pesée du gaz à notre premier installateur (celui de Bouffémont, qui nous avait gaslighté en gros de la même manière avec le manomètre), et n'avait jamais réussi à l'obtenir. Là le type nous a spontanément proposé de faire la pesée, ce que nous avons approuvé avec enthousiasme. Sauf qu'il n'avait pas la bouteille pour la faire.

Si je comprends bien, c'est possiblement parce qu'il y a des régulations super contraignantes sur ces bouteilles de récupération (parce qu'on ne veut pas laisser le gaz fuir dans l'atmosphère — il a un pouvoir d'effet de serre énorme, environ 700× celui du CO₂), donc ça coûte cher, et du coup les installateurs n'en prennent pas avec eux. Mais quand même, pour une intervention explicitement pour diagnostic et recherche de fuite, ne pas venir avec une bouteille de récupération, c'est vraiment très con. En gros, le type n'a pas pris l'outil principal pour faire ce pour quoi on l'appelait.

En plus de ça, il y a eu une discussion tangente (complètement sans importance[#12], mais révélatrice) sur la quantité de gaz que devrait contenir notre clim. Le type a commencé à nous expliquer que, pour ce genre d'installations, la quantité de gaz à utiliser est calculée en fonction du nombre de mètres de tuyaux. Mon poussinet, qui en plus d'avoir un master en clim est un geek qui lit les manuels attentivement, lui a répondu que non, sur ce modèle (MXZ-3F68VF4) c'est différent, Mitsubishi a préchargé à 2400g et qu'il n'y a pas à en ajouter (précisément parce que sur le modèle précédent il fallait parfois en ajouter et certains installateurs oubliaient et ça causait des problèmes) : mon poussinet ouvre le manuel de Mitsubishi et montre la page sur laquelle il est écrit quantité de gaz 2400g et quantité maximale de gaz 2400g. Et là le type sort son téléphone et commence à demander à ChatGPT ce que dit le manuel de Mitsubishi (et ChatGPT a halluciné[#13] exactement la même chose que lui nous disait : qu'il fallait ajouter tant de grammes par mètre — probablement parce que c'est typique de ce genre de clims). Autant dire que nous n'étions pas très contents.

[#12] On aurait dû éviter cette discussion : de toute façon si le type pense qu'il doit y avoir plus de 2400g dans l'appareil et qu'on constate qu'il y en a moins, ce n'est pas grave, il nous donnera d'autant plus raison sur la présence d'une fuite. (Et de toute façon, ça ne servait à rien de discuter du nombre de grammes de gaz théoriques qu'il n'avait pas la bouteille pour mesurer le nombre réel — mais je crois qu'à ce stade-là nous ne savions pas encore qu'il ne l'avait pas.)

[#13] Le type était au courant que ChatGPT pouvait dire des conneries, mais il pensait que ça ne se produirait pas s'il demandait que dit le manuel ? au lieu de que faut-il faire ?. (Bon ben si vous voulez des exemples de ce qu'il faut enseigner sur l'IA dans les écoles, le fait qu'elles peuvent halluciner pour ce genre de choses aussi me semble important à dire.) Mais là, demander à une IA de lire pour lui un manuel que nous lui tenions sous les yeux, c'est quand même à s'arracher les cheveux.

☞ Quoi faire ?

Vraie question : comment faut-il gérer ce genre de cas ? Comment expliquer aux gens qu'ils ont tort sans trop les froisser ? (Nous avons réussi à éviter l'engueulade, c'est déjà ça, mais il est reparti avec la croyance que nous étions des guignols et nous avons la même à son sujet.) S'il y avait plein de gens faciles à trouver pour intervenir sur notre clim, je n'aurais aucun problème pour dire écoutez, vous nous prenez pour des idiots et vous êtes incompétent, alors partez, mais là, la pesée du gaz n'est pas quelque chose que nous pouvons faire nous-mêmes, et nous n'avons pas trouvé d'autre plan crédible pour faire venir quelqu'un.

En tout cas, il n'a pas été payé : il sera payé s'il fait sa pesée, mais avec la canicule actuelle je crois qu'obtenir un rendez-vous pour cette pesée sera difficile pour un certain temps.

(Et la pesée n'est que la première étape de la recherche de la fuite. Ensuite, le type parlait de faire une mise sous pression à l'azote. Mon poussinet a tiqué que ça ne marcherait probablement pas pour une toute petite fuite. Nous aurions dû insister pour qu'il ouvre la caisse du compresseur et cherche la fuite au détecteur de gaz comme le technicien avait fait l'an dernier.)

Ce que beaucoup de gens font pour leur clim, c'est souscrire à un contrat d'entretien. C'est un peu une arnaque : le contrat d'entretien vous donne droit à une visite de contrôle par an (ou quelque chose du genre) qui ne sert absolument à rien, et tout l'entretien proprement dit est en sus. Mais en fait, nous nous en rendons compte maintenant, le contrat d'entretien donne quand même une chose très importante, c'est de pouvoir faire venir un technicien dans un délai raisonnable. Parce qu'il y a une autre boîte à laquelle nous pourrions éventuellement faire appel (une assez grosse boîte, pour le coup, et qui gère plutôt des clims dans le tertiaire), mais ils nous ont clairement dit qu'ils étaient complètement débordés et que vu que nous n'avions pas de contrat d'entretien ils n'avaient aucune disponibilité avant septembre au mieux.

Bref, voici où nous en sommes actuellement (car ce n'est certainement pas la fin de cette histoire, même si ça risque de ne pas bouger avant de longues semaines voire de longs mois) et voici pourquoi je passe cette canicule historique avec trois clims d'appoint qui tournent presque en continu.

☞ Efficacité des « splits » et des « monoblocs »

Je comptais profiter de ce billet pour évoquer une question de thermodynamique intéressante que les présentes circonstances m'ont amené à analyser (et j'avoue avoir perdu pas mal de temps sur les calculs), mais je suis trop fatigué pour écrire les détails maintenant. Je peux quand même en parler un peu. Il s'agit de la différence de rendement théorique entre les clims « split » et les clims « monobloc ».

Une clim « split » comme celle que nous avons chez nous et qui est en semi-panne fonctionne avec deux flux séparés : l'unité intérieure prend de l'air à la température ambiante intérieure Tint, et le refroidit à une température T beaucoup plus faible en envoyant sa chaleur (et surtout, en fait, son entropie) vers l'unité extérieure, laquelle prend de l'air à température ambiante extérieure Text et le réchauffe (pour évacuer l'entropie) à une température T beaucoup plus élevée. (Par exemple, on peut imaginer Tint=24°C, T=10°C, Text=36°C et T=50°C comme ordre de grandeur raisonnable.) Le flux d'air intérieur et le flux d'air extérieur ne se mélangent pas : l'entropie (qu'on ne peut pas détruire) est juste transportée de l'un vers l'autre par la pompe à chaleur. À partir de ces quatre paramètres Tint, T, Text, T, et en assimilant l'air à un gaz parfait, on peut calculer une efficacité théorique maximale (l'efficacité etant le rapport entre l'enthalpie évacuée de la pièce et le travail de la clim ; dans une version encore plus simplifiée où T est infinitésimalement plus petit que Tint et T infinitésimalement plus grand que Text, le rendement théorique maximal vaut : Tint/(TextTint) ; voir ce fil Bluesky pour une tentative de vulgarisation de questions proches).

La grosse différence avec un monobloc, c'est que dans un monobloc[#14], l'air intérieur sert à la fois de source pour l'air à refroidir et pour l'air à réchauffer : au lieu d'avoir des flux TintT (air intérieur qui est rafraîchi) et TextT (air extérieur qui est réchauffé) séparés, on a de l'air intérieur qui est séparé en deux, un bout qui est rafraîchi et recraché à l'intérieur et un autre qui est réchauffé et recraché à l'extérieur : TintT et TintT. Mais évidemment si la clim éjecte de l'air de la pièce, comme la pression et le volume de l'intérieur restent constants, de l'air doit bien rentrer par ailleurs, et cet air-là est à la température Text : la clim crée une petite dépression dans l'appartement, qui est compensée par de l'air chaud entrant ailleurs[#15].

[#14] Je parle ici des monoblocs à un seul tuyau (tuyau de rejet de l'air très chaud), et qui sont l'essentiel de ceux qu'on trouve en France. S'ils ont deux tuyaux (un pour l'entrée d'air à réchauffer en plus de celui pour la sortie de l'air très chaud), il me semble qu'ils sont équivalents soit aux splits soit aux monoblocs « duaux » dont je parle plus bas.

[#15] Si on est malin, on ouvre la porte de l'appartement, comme ça la dépression fait entrer l'air des parties communes, qui est probablement moins chaud que l'air extérieur. En tout état de cause, c'est le principal problème des monoblocs : on refroidit au niveau de la clim, mais on fait entrer du chaud ailleurs. Soyons bien clairs : l'air chaud qui entre ne compense pas totalement l'air froid produit par la clim (on y gagne quand même !) ; mais ça crée un gradient de température qui peut être très déplaisant. ❧ Il faut aussi que j'insiste sur le fait que cet aspect-là est inévitable : puisque le monobloc souffle de l'air vers l'extérieur, il y en a forcément qui entre de l'extérieur (même si vous calfeutrez bien la fenêtre où est la sortie du monobloc, l'air va rentrer par ailleurs). Ceci est à séparer des problèmes évitables du monobloc, à savoir : ① le risque de voir entrer de l'air non seulement chaud (à Text) mais très chaud (à T), c'est-à-dire l'air qui sort directement de la clim elle-même, parce que la sortie du monobloc est, par définition, juste à côté d'une fenêtre par où elle peut re-rentrer, et ② le risque qu'il y ait plus d'air chaud qui entre que celui compensant la dépression de la clim (et évidemment, une quantité égale d'air frais qui sort, parce que le volume total d'air reste toujours constant), autrement dit le fait d'être obligé d'ouvrir les fenêtres cause des courants d'air. Donc pour éviter ① et ② on veut calfeutrer les fenêtres en sortie du monobloc. Mais l'effet de dépression est inévitable, donc si on calfeutre trop parfaitement, on va juste la déporter ailleurs, ce qui n'est pas forcément mieux (et d'ailleurs, ça peut être pire ; idéalement on veut que la fenêtre laisse entrer « juste autant d'air que ce que la clim crache, mais pas plus, et pas le même air que la clim crache »).

Ce qui est confusant, c'est qu'au niveau des flux, ça revient exactement au même : au final, que ce soit avec une split ou un monobloc, on a un flux TintT et un flux TextT (c'est juste que dans le monobloc ce dernier flux se décompose en un TintT au niveau du monobloc et un TextTint créé par dépression, possiblement ailleurs). À cause de ça, le poussinet m'avait convaincu que ça revenait exactement au même (en gros, son raisonnement était : ça ne change rien que le flux TextTint soit créé par aspiration ou qu'il y ait un tuyau qui apporte l'air à Text à l'entrée du monobloc ; mais en fait c'est du pipo, parce que même si ça ne change pas les flux vus de l'extérieur, ça change combien la clim travaille et combien elle évacue d'enthalpie).

Bref, il faut faire les calculs, et je crois que j'ai réussi à les faire, après m'être embrouillé trente-douze fois[#16] et m'être rendu compte que j'avais beaucoup oublié ma thermo (si tant est que je l'aie jamais bien comprise). Ma principale conclusion, si elle est correcte, c'est que si on fixe Tint, T, Text et qu'on fait varier T, il y a un optimum d'efficacité des monoblocs (si T est au-dessus de l'optimum on a la même perte d'efficacité que pour les splits : presque tout le travail va dans le fait de chauffer l'air et pas de transporter l'entropie du dedans vers le dehors ; si T est en-dessous de l'optimum, comme l'air qui sort n'est pas assez chaud, il faut souffler beaucoup d'air pour évacuer la chaleur, et du coup l'air du dedans qui est absorbé par dépression vient faire baisser l'efficacité). Alors que pour un split, l'optimum de T est infinitésimalement au-dessus de Text (bon, tout ça est théorique, en supposant que le cycle de la pompe à chaleur ne crée aucune entropie, etc.).

[#16] Exemple d'embrouillage : je me suis dit : mais en fait, les splits créent une dépression eux aussi, parce que quand on refroidit un volume V d'air de Tint à T, il prend moins de volume (p·V = n·R·T, tout ça tout ça), donc il y a un volume d'air à Text qui va entrer pour compenser et se refroidir à Tint, genre V · (1 − T/Tint) après équilibre à Tint… ah oui mais quand l'air à T finit par se thermaliser avec le reste de la pièce il produit un volume exactement égal, V · (1 − T/Tint), qui lui va vouloir sortir… faut-il croire qu'on a un flux à Text qui veut entrer et un flux à Tint qui veut sortir en permanence ? non, on ne peut pas avoir deux dépressions dans les deux sens !

☞ Les monoblocs duaux ?

Ce qui est intéressant, aussi, c'est qu'en réfléchissant à ça je me suis rendu compte qu'il y a aussi une version « duale » du monobloc : au lieu de prendre toutes les entrées à Tint, on peut aussi imaginer prendre toutes les entrées à Text. C'est-à-dire : TextT et TextT. Donc au lieu d'avoir un bloc placé à l'intérieur qui souffle de l'air froid (T) et a un tuyau pour recracher l'air très chaud (T) à l'extérieur, un « monobloc dual » est un bloc placé à l'extérieur qui recrache de l'air très chaud (T) et a un tuyau pour souffler de l'air froid (T) à l'intérieur. (Et au lieu de créer une dépression à l'intérieur, qui sera compensée par une entrée d'air chaud (Text), on crée une surpression à l'intérieur, qui sera compensée par une sortie d'air frais (Tint).)

Je n'ai pas fait le calcul de rendement pour ces monoblocs duaux (et je sens que je vais encore m'embrouiller pas mal en le faisant). Mais mon poussinet m'assure que ça existe vraiment, ce n'est pas juste mon désir de symétrie qui me fait imaginer ça : apparemment ce n'est pas utilisé en résidentiel, mais, par exemple, à faire une clim pour rafraîchir une tente ou quelque chose comme ça.

↑Entry #2856 [older| permalink|newer] / ↑Entrée #2856 [précédente| permalien|suivante] ↑

[Index of all entries / Index de toutes les entréesLatest entries / Dernières entréesXML (RSS 1.0) • Recent comments / Commentaires récents]