David Madore's WebLog: Gro-Tsen prépare le permis de conduire : (1) l'épreuve théorique

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(vendredi)

Gro-Tsen prépare le permis de conduire : (1) l'épreuve théorique

Pour toutes sortes de raisons, je me suis enfin inscrit pour passer le permis, à la veille de mon 40e anniversaire. (Raisons telles que : déménagement prévu dans quelques années de mon école à Saclay où les transports en commun sont merdiques ; pression insidieuse de mon poussinet et de ma maman et deals bizarres passés avec eux ; et une vague inquiétude que ça risque d'être long et compliqué et que si je ne fais pas maintenant je ne le ferai jamais.) Le fait d'avoir une auto-école à 150m de chez moi aide sans doute un peu à surmonter ma flemme, d'ailleurs. Comme je l'ai raconté récemment, j'ai eu un petit contretemps initial, qui n'en était en fait pas un (finalement je n'ai jamais eu de dossier, donc j'ai juste perdu deux semaines pour rien à confirmer ce fait), mais j'ai réussi à passer l'épreuve 0, celle de l'inscription. (On ne rigole pas, à l'agreg de maths, c'est l'épreuve où le plus de normaliens échouent.) En fait non, suite ici.

L'examen du permis de conduire proprement dit, en France, se compose de deux parties : (1) l'épreuve théorique générale (que tout le monde appelle le code, mais une partie de la théorie consiste justement à connaître le jargon de l'Administration que personne n'utilise à part elle), et (2) l'épreuve pratique de conduite. Pour préparer l'épreuve théorique, on s'entraîne comme on peut (livres, sites Internet, cours à l'auto-école, examens blancs), je vais y revenir.

Pour s'entraîner à l'épreuve pratique, il faut suivre un certain nombre d'heures de formation, au minimum 20, dont le nombre prévisionnel est déterminé par une évaluation psychomotrice préalable qui, dans mon cas, a pris la forme d'une succession de petits jeux sur ordinateur (dont certains ressemblaient un peu aux idées surgies de mon cerveau diabolique) pour mesurer des choses comme la mémoire à court terme, le temps de réaction, le champ de vision, la capacité d'évaluation des temps, distances et vitesses, la concentration, la capacité à multitâcher, etc. Dans mon cas, l'Ordinateur a décidé, dans son immense sagesse, que j'avais besoin de 25–30 heures de formation. Ou peut-être que ça c'est après que j'ai insisté sur le fait qu'à 40 ans on n'acquiert peut-être pas des habitudes aussi vite qu'à 20, je ne sais pas. On verra, de toute façon, pour l'instant, il s'agit pour moi de passer le « code ».

L'épreuve théorique générale, donc, prend la forme (je raconte ça pour mes lecteurs qui n'ont pas passé le permis en France, ou l'ont passé il y a très longtemps) d'un questionnaire à choix multiple de 40 questions où il faut répondre juste à au moins 35 d'entre elles. Chacune de ces questions se présente comme une photo ou plus rarement une courte vidéo, typiquement prise depuis l'habitacle d'une voiture, et sur laquelle on demande des choses comme la signalisation m'autorise à dépasser : oui réponse A, non réponse B ; je dépasse : oui réponse C, non réponse D et on doit choisir un sous-ensemble de {A,B,C,D} (qui, méta-information très utile, ne peut jamais être ni l'ensemble vide ni l'ensemble plein, ce qui laisse 14 possibilités au maximum) ; parfois, seul un sous-ensemble des lettres est utilisé (ces questions-là sont donc combinatoirement plus faciles). Matériellement, on entre la réponse sur un boîtier spécialisé.

Les questions peuvent porter sur le Code de la route, bien sûr (i.e., la réglementation sur la signalisation, règles de priorité, etc.), mais aussi sur la sécurité, quelques aspects de mécanique et de règlementation générale (assurances, infractions), le bon sens, et même maintenant la protection de l'environnement (comme l'« écoconduite »). Enfin, ça c'est le principe. Parce qu'en réalité, les questions portent surtout sur la logique tordue et le langage merdique utilisés par les auteurs de la question.

Je pourrais donner quantité d'exemples de la formulation absolument épouvantable utilisée dans ces questions, mais ça deviendrait vite lassant [ajout : voir cependant cette entrée ultérieure]. Il y a des choses qui se défendent : après tout, conduire une voiture est un exercice d'attention, donc le fait de poser parfois les questions de façon affirmative (la signalisation me permet de dépasser (oui/non)) et parfois de façon négative (la signalisation m'interdit de dépasser (oui/non)), cela peut se justifier. Le fait d'utiliser un vocabulaire administratif se justifie peut-être aussi (dans le français de la vie réelle, tout le monde dit doubler, mais il est sans doute normal d'obliger à connaître le terme administratif effectuer un dépassement).

Mais parfois les questions jouent au logicien (par exemple : je peux circuler à : 50km/h réponse A, 90km/h réponse B, 110km/h réponse C, 130km/h réponse D — il faut choisir la vitesse maximale et aussi les vitesses en-dessous parce qu'on a le droit de rouler plus lentement que la vitesse maximale, même si ce n'est évidemment pas comme ça que le non-logicien comprendrait la question à quelle vitesse ai-je le droit de rouler ?) ; et parfois les questions ne jouent pas au logicien (par exemple : titulaire d'un permis probatoire, je suis en infraction à partir de 0.5g d'alcool par litre de sang réponse A, 0.2g d'alcool par litre de sang réponse B — là il ne faut pas répondre à la fois A et B, même si le fait d'être en infraction à partir de 0.2g/L implique logiquement de l'être aussi à partir de 0.5g/L). De même, à une question demandant si on cède la priorité aux véhicules venant par la droite, il faut apparemment répondre non s'il ne peut pas y avoir de véhicule venant par la droite. Comment savoir quelles questions jouent au logicien et quelles questions ne le font pas ? Eh bien il faut l'apprendre à travers des tonnes d'exemples, ce qui, on l'admettra, est d'une utilité fort douteuse pour la conduite d'un véhicule à moteur.

À part les questions de logiciens, il y a aussi un usage fort douteux des modalités. Sur le principe, je suis content qu'ils distinguent je dois et je peux (il y a des questions où la réponse correcte est bien de dire non à je dois et oui à je peux, ce qui est très bien), mais c'est souvent incohérent. Les notions d'obligation légale (réglementaire) et d'impératif de sécurité sont parfois distinguées, parfois non. Quand la question est je dépasse (oui/non), il faut appremment comprendre je peux dépasser (selon le règlement et la sécurité). Une distinction byzantine est faite entre un panneau indiquant un X et un panneau indiquant un risque de X (par exemple, ce panneau, apparemment, signale un bouchon et pas un risque de bouchon : non mais franchement, à quoi rime cette différence ? ; et cet autre panneau signale une zone de danger lié au vent, et on a faux si on répond qu'il signale un vent fort — là ils ont décidé de jouer aux logiciens ou en tout cas, aux jésuites).

Parfois, aussi, ce ne sont pas les gens qui rédigent les questions qui sont des jésuites, ce sont les règles de circulation elles-mêmes qui sont franchement bizarres. Il existe, par exemple, une obligation de circuler sur la voie de droite même sur une autoroute ou route à chaussées séparées où, en tout cas, plusieurs voies sont affectées au même sens de circulation. Autrement dit, les voies situées plus à gauche doivent servir uniquement au dépassement (la question de savoir à quelle fréquence il faut se rabattre sur la voie de droite pour pouvoir prétendre qu'on fait bien des dépassements et pas une circulation sur la voie de gauche étant laissée en exercice au lecteur), ou en cas de circulation dense. Ceci vient apparemment d'une lecture complètement bouledecristalesque (vitrorbuculaire ? hyalosphérique ?) d'un alinéa de l'article R412-9 du Code de la route : Sous réserve des dispositions des quatrième et cinquième alinéas du présent article [qui concernent les cycles], le fait, pour tout conducteur, de ne pas maintenir, en marche normale, son véhicule près du bord droit de la chaussée est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la deuxième classe [soit 35€]. Franchement, cette phrase ne veut absolument rien dire (et semble contredire l'exsitence de bandes d'arrêt d'urgence, de voies pour véhicules lents, etc.). Il est aussi clair que cette règle est encore bien moins respectée que l'obligation de s'arrêter aux feux orange à Paris, et j'aimerais savoir combien d'amendes ont été infligées à ce titre sur les denières 10 années dans toute la France, c'est dommage que le ministère de l'Intérieur ne fournisse pas ce genre de statistiques en OpenData. Toujours est-il que pour passer le code, il faut non seulement connaître cette règle, mais même penser à l'appliquer dans des cas vicieux où ils essaient de distraire votre attention en ajoutant des raisons objectivement raisonnables pour rester sur une voie de gauche. Admettons que c'est pour le moins vicieux !

Bref, la seule possibilité est de ne pas chercher à comprendre la logique ou la cohérence, de considérer l'épreuve comme un exercice complètement déconnecté de toute réalité et d'apprendre bêtement et par cœur toutes les situations possibles. C'est dommage, parce que ce n'était certainement pas le but recherché. C'est d'autant plus dommage que les questions qui pourraient être intelligentes sont généralement d'une simplicité déconcertante. (Et souvent résolubles en prenant simplement la réponse qui maximise la prudence : par exemple, une question qui demande si on regarde à gauche (oui/non) et à droite (oui/non) peut être résolue sans même regarder l'image — ce qui est passablement ironique — en répondant oui et oui, parce qu'ils ne vont quand même pas poser une question pour vérifier que vous avez compris que vous n'avez pas besoin de regarder dans un certain sens ; de toute façon, même sur un sens unique, il peut y avoir des vélos à contresens ou des gens qui reculent.)

Comme j'ai une certaine capacité à mémoriser les conneries inutiles (déjà quand j'étais tout petit, une collègue de mon père m'avait qualifié de source inépuisable de renseignements complètement inutiles), je pense que je vais finir par atteindre une probabilité de répondre juste qui dépasse les 90% par question permettant — si je calcule bien ma loi de Bernoulli — de passer le test avec probabilité de près de 80%. Je me demande quand même si je suis vraiment obligé de mémoriser, par exemple, le fait que les pneus à crampon sont autorisés uniquement entre le samedi précédant le 11 novembre et le dernier dimanche de mars (ce n'est pas une blague !). Déjà que la quantité de choses relatives à l'alcool, alors que je ne bois pas, me gonfle prodigieusement. (Ceci dit, c'est amusant, le dernier livre que j'ai lu aux toilettes avant d'y mettre mon précis de code de la route était un livre de biochimie humaine, et j'en avais justement retenu que le catabolisme de l'alcool par le foie a une cinétique d'ordre 0 — c'est-à-dire un rythme d'élimination constant, d'environ 0.15g/L/h — parce que ce qui limite est la quantité de NAD⁺ disponible pour oxyder l'éthanol.)

J'avais bien sûr déjà appris une certaine quantité de conneries inutiles lors de ma tentative avortée pour passer le code il y a 15–20 ans. Mais ils en ont ajouté plein dans l'intervalle. Il y a bien dû en avoir qui ont disparu, aussi, mais je n'ai trouvé qu'un seul exemple. Autrefois, il y avait un panneau (A21) avertissant d'un débouché possible de cyclistes et une variante de ce panneau (A21b, symétrique gauche-droit du précédent) avertissant d'un débouché possible de cyclistes venant spécifiquement de la gauche — donc, parmi les conneries inutiles à retenir, il y avait le fait que si on voyait le premier panneau il fallait répondre que les cyclistes pouvaient venir de droite ou de gauche alors que si on voyait le second les cyclistes pouvaient venir uniquement de gauche. Apparemment, ce panneau complètement saugrenu (et qui n'existait que pour les cyclistes, pas pour les piétons, cavaliers, animaux et autres trucs bizarres dont les panneaux peuvent vous avertir du risque de présence) n'existe plus, maintenant le cycliste est toujours représenté venant de la droite. (Je serais curieux de savoir l'histoire de cette micro-réforme et qui au ministère des transports a pris une décision aussi importante. Dans le même genre, si j'en crois ce site routes.wikia.com qui a l'air délicieusement geek, on a supprimé en 1992 la version temporaire — de fond orange : AK1(a–d) et AK3(a–b) — des panneaux de danger A1(ad) et A3(ab) annonçant des virages ou un rétrecissement de la chaussée spécifiquement par la gauche ou par la droite.) Bref, ça fait toujours ça de moins à retenir : quel dommage que je l'aie déjà retenu !

Sinon, j'aimerais bien savoir plus précisément comment est défini l'ensemble des questions possibles à l'examen. Est-ce qu'il y a une liste complète de toutes les questions possibles ? Publiquement connue ? Connue des auto-écoles ? Les questions utilisées pour la préparation du test font-elles partie de cette liste complète ou sont-elles simplement inspirées d'elle ? C'est un peu confus.

J'arrive peut-être au mauvais moment : il y a quelques mois, plein de nouvelles questions ont été ajoutées à l'épreuve de code. Ça a été un désastre, et le taux de réussite est passé du jour au lendemain (le 3 mai) de 70% à 17% (on doit pouvoir en déduire quelque chose sur le nombre total de question, d'ailleurs, si le fait d'en ajouter 1000 nouvelles suffit à provoquer cette baisse : quelque chose comme 12000 questions au total ?). Une semaine plus tard, les plus difficiles parmi ces nouvelles questions ont été retirées « provisoirement », et le taux de réussite est remonté. Mais la situation est, du coup, assez confuse, et je ne sais pas ce que provisoirement veut dire, ni si les questions difficiles retirées font parties des questions présentées par le site en ligne sur lequel je m'entraîne.

En effet, mon inscription à l'auto-école me donne accès à un site Web (Prép@code, je ne donne pas le lien parce que de toute façon il n'y a rien d'intéressant sans codes d'accès) pour pouvoir faire des tests depuis chez moi, ce qui est quand même nettement mieux qu'il y a 15–20 ans où je devais prendre mes petits petons pour aller à l'auto-école (et elle n'était pas à 150m). En fait, il y a deux sites différents, quasiment indépendants, sous le même nom (c'est très confus : la page d'accueil les appelle séries sur la réglementation et séries de préparation à l'EXAMEN), l'un en Flash et visiblement assez vieux, et l'autre en HTML5 et globalement mieux foutu ; le site « nouveau » (préparation à l'EXAMEN) est divisé en rubriques thématiques (dispositions légales en matière de circulation routière, le conducteur, la route, les autres usagers, réglementation générale, secours, précautions, mécanique, sécurité, et environnement) qui semblent justement avoir été introduites dans le cadre de cette réforme en mai dernier. Du coup, je ne sais pas bien.

Tiens, je découvre qu'on peut acheter en ligne des panneaux de signalisation. Ils ont même le panneau B9e (accès interdit aux charrettes à bras — je veux voir la question de code portant dessus) qui est tellement rare que ni routes.wikia.com ni code-route.org n'a réussi à en trouver un dans la vie réelle à photographier.

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