David Madore's WebLog: Nés en 68

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(dimanche)

Nés en 68

Il faut que je précise que j'ai un faible particulier pour les films qui reconstituent le Zeitgeist d'une époque récente ou retracent l'histoire d'une période telle que vue à travers les yeux de personnages auxquels on s'attache. En fait, ce sont les films qui m'arrachent le plus facilement des larmes[#] alors que les drames sentimentaux n'y parviennent généralement pas. J'ai tenté de faire quelque chose de semblable dans un ou deux de mes fragments littéraires gratuits, mais sans grand succès je le crains.

Par exemple, La meglio gioventù (Nos meilleures années) fait partie de mes films préférés, bien que je n'aie pas spécialement connaissance de la façon dont l'Italie a vécu les années en question ; et dans un genre un peu différent, je pourrais citer C.R.A.Z.Y. (qui se concentre tout de même plus sur la vie de la famille que sur l'atmosphère de l'époque). S'il pouvait être aussi réussi que Nos meilleures années, un film qui retracerait, disons, les trente ou quarante dernières années en France (notamment les années Mitterrand, pour lesquelles j'ai un souvenir attendri) ferait certainement un film que j'adorerais (surtout s'il y avait en bonus un personnage auquel je m'identifierais particulièrement, comme un garçon homo[#2] d'à peu près mon âge).

Tout ça pour dire que je partais particulièrement bon public pour Nés en 68, qui colle à la description que je viens de faire dans la seconde partie de la phrase précédente. Vu que j'ai bien aimé mais que je n'en ressors pas non plus complètement emballé, il faut croire que ce n'est pas aussi réussi que Nos meilleures années. Les principaux reproches que je pourrais lui faire sont d'abord qu'il y a des longueurs ou des scènes vraiment trop appuyées, ensuite que certains événements sont plaqués sur l'histoire des personnages de façon tellement artificielle que ça ne passe pas (ou alors c'est plutôt censé être un clin d'œil, comme les images du World Trade Center en flammes qui apparaissent sur un écran de télé que personne ne regarde). Et Lætitia Casta, même si elle ne s'en sort pas trop mal dans le rôle le plus important du film (et arrive presque à faire croire qu'elle a cinquante ans), est tout de même un peu casse-nerfs à mon goût.

Nés en 68[#3], donc, trace le parcours d'un petit groupe de personnages, dont essentiellement trois qui sont au départ des sorbonnards gauchistes, et leurs enfants, sur une période de quarante ans (mais en se concentrant tout de même sur l'intervalle de 1968 à 1999). À travers eux, les événements qui ont marqué la France pendant cette période, tels que vus et commentés par des ex-hippies (je pense qu'on ne doit guère avoir de chance d'aimer ce film si on n'est pas au moins un peu gauchiste dans l'âme) : la loi Veil, l'élection de Mitterrand, les années Sida, le passage de Le Pen au second tour, et ça se finit avec les déclarations de l'actuel président de la République au sujet de l'héritage de mai '68. Avec comme thèmes importants : la vision hippie de l'amour libre et de la communauté, le militantisme politique et la désillusion, et l'activisme gay (un des personnages milite à Act Up). Si on est branché par ça, alors je recommande.

(Hum, je viens de remarquer qu'Olivier Ducastel et Jacques Martineau — les metteurs en scène — sont aussi ceux qui ont fait Drôle de Félix, Ma vraie vie à Rouen et Crustacés et Coquillages — j'ai d'ailleurs beaucoup aimé ce dernier, moins les deux d'avant. Donc le fait qu'il y ait au moins un personnage homo était assez prévisible.)

Ah, et j'ai bien aimé la BO, aussi.

Si ça vous intéresse mais que vous n'avez pas la patience de passer au cinéma les 173 minutes que dure le film, il semble qu'il sortira sur Arte en octobre (en deux moitiés, au total un peu plus long que celui qui est actuellement en salles). Je peux aussi faire un lien vers la bande-annonce.

[#] Je ne parle même pas spécialement des passages tristes : ce sont plutôt des larmes de nostalgie, des larmes issues de la pensée moi aussi, j'ai vécu ça, que des larmes de tristesse. Par exemple, si Good bye, Lenin! m'a ému au point de me faire pleurer, c'est que la chute du mur de Berlin est quelque chose qui m'a énormément marqué quand j'étais petit, le sentiment de vivre en direct un moment historique (la demi-génération d'avant retiendrait sans doute le pied d'Armstrong posé sur la Lune, la demi-génération d'après les attentats du 11 septembre 2001).

[#2] Si le garçon en question est joué par un acteur extrêmement mignon (en l'occurrence Théo Frilet, c'est lui qu'on voit sur l'affiche du film, et j'avoue que ça a pu m'inciter à le voir), ce n'est pas plus mal non plus. ☺

[#3] Le titre est mensonger, d'ailleurs : les personnages de la seconde génération sont, si j'ai bien suivi, nés en quelque chose comme '69 (Ludmilla et Christophe), '71 (Boris, celui qui est joué par Théo Frilet), et '80 (Joseph).

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