David Madore's WebLog: J'apprends un peu plus d'allemand

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(mercredi)

J'apprends un peu plus d'allemand

Comme je l'avais déjà mentionné, j'essaie de perfectionner un peu mon allemand (ou devrais-je dire, de combler les années où je l'ai à peu près complètement laissé tomber, entre la fin de ma prépa et le moment où je suis allé à Berlin), avec l'idée que mon poussinet et moi comptons aller à Munich début septembre. Disons que mon but est de parler allemand mieux que l'Allemand typique ne parle anglais, histoire que ce ne soit pas complètement inutile d'utiliser cette langue — et ce n'est pas forcément acquis. Je combine différentes méthodes : l'Assimil avancé (qui a l'avantage de me fournir un nombre assez limité de phrases avec un nombre assez limité de mots nouveaux que je peux donc réécouter ad lib. jusqu'à ce que ça rentre parfaitement dans ma mémoire essentiellement auditive), le Tagesschau du Norddeutscher Rundfunk, et la lecture du Spiegel. (Ce serait bien si je trouvais un forum intéressant de geeks germanophones, aussi, histoire d'être exposé à un allemand plus informel.)

Une des difficultés de l'allemand est que les noms ont un genre (un parmi trois : masculin, neutre ou féminin). C'est amusant comme le cerveau est fait : si une langue avait trois genres mais que le genre d'un nom fût infailliblement (ou avec très très peu d'exceptions) indiqué par une voyelle à la fin du mot, ce ne serait pas d'une grande difficulté de les apprendre, puisqu'on apprend le mot comme un tout ; mais sous prétexte que le genre, au lieu d'être indiqué par la fin du mot est indiqué par un article qui vient avant (et surtout, qui n'est pas absolument toujours présent), le cerveau le considère comme une information auxiliaire et on a beaucoup plus de mal à l'apprendre ! (Du coup, je me demande comment le cerveau s'en tire pour les langues scandinaves qui indiquent le genre des noms utilisés avec l'article défini, en postposant celui-ci sous forme d'un suffixe, mais pas celui des noms utilisés avec l'article indéfini.) C'est à tel point, d'ailleurs, que l'apprentissage des pluriels est (à mon avis) beaucoup plus facile que celui des genres, et que j'en viens parfois à retrouver le genre d'après le pluriel (si le mot sonne bien avec un pluriel de féminin, il a des chances d'être féminin).

Bref, je me constitue une longue liste de mos courants, ou plutôt de racines courantes (parce que le genre d'un mot allemand est normalement déterminé par son dernier élément, même s'il y a quelques exceptions, soit parce qu'un mot peut avoir deux genres — der Vorteil mais das Gegenteil — soit probablement parce que l'analyse est trompeuse — der Bericht mais die Nachricht : je retiens justement ce dernier parce que je sais bien que les pluriels sont die Berichte mais die Nachrichten). Majoritairement masculins et neutres parce que les féminins sont souvent très reconnaissables (sans compter qu'il est quasiment impossible d'utiliser un féminin sans que ça s'entende, alors qu'on peut facilement faire une phrase où on ne saura pas si un mot est masculin ou neutre). Et tous les jours je les fais afficher par mon ordinateur dans un ordre aléatoire et je contrôle que je les connais tous parfaitement, et quand je fais une faute sur l'un d'entre eux, je me répète quelques phrases l'utilisant et qui mettent bien en évidence le genre. De surcroît, à chaque fois que je pense à un mot allemand, je m'assure d'être certain de son genre (et j'ai une petite application dictionnaire sur mon téléphone qui me permet de faire ça à tout moment). Voilà ce que j'aurais dû faire il y a bien longtemps, parce que maintenant je dois surtout réapprendre une quantité faramineuse de vocabulaire allemand que j'ai mal apprise puisque j'ai fait l'impasse sur les genres. Mais le plus énervant, il faut le dire, ce sont encore les mots importés par l'allemand d'autres langues et qu'on a affublés de genres assez aléatoires : das Internet, der Automat, der Computer, das Hotel, der Bus, die Jeans, etc.

Il n'y a pas, bien sûr, que le genre des mots que je dois apprendre : je ne veux pas donner l'impression que je parlerais parfaitement la langue si ce n'était cette petite difficulté. À vrai dire, mon vocabulaire est cruellement limité (parce que j'ai toujours été passionné par la grammaire alors que je trouvais pénible d'apprendre des séries de mots) et je me fais donc aussi des listes de termes ou d'expressions que je trouve potentiellement utiles. Il y a du vrai dans le fait qu'on apprend plus vite du vocabulaire en allemand que, disons, en anglais, à cause de la possibilité de former des mots composés qui fait qu'il est, au minimum, plus facile de comprendre ou de retenir un mot quand on en connaît les parties (Zufalls+fund : découverte due au hasard) que si c'est, au hasard, un mot importé d'une obscure légende persane (je pense à l'équivalent anglais du précédent : serendipity). J'aime bien dire qu'il n'y a rien de plus mauvais que les « moyens mnémotechniques » qui ne touchent pas à un vrai phénomène, et que pour retenir, par exemple, le un mot dans une langue, si on a du mal, il faut chercher à en garder en mémoire l'étymologie, ou un cognat, ou une expression l'employant, ou quelque chose comme ça qui fasse appel à un vrai fait linguistique : l'allemand est plutôt plus agréable pour ça que d'autres langues. (Je le sais parce que je me fais aussi des listes de mots que j'apprends en français et en anglais.)

Parlant de mots composés, il y a une chose qui m'amuse beaucoup, c'est quand on trouve des étymologies complètement parallèles dans différentes langues. Je me rappelle notamment avoir eu une sorte d'épiphanie en remarquant sur un emballage alimentaire dont les ingrédients étaient indiqués en français, en néerlandais et en grec, que le mot com+position se disait en grec σύν+θεση (synthèse, quoi) et en néerlandais samen+stelling — autrement dit, dans les trois langues, posé ensemble. (En allemand, Zusammen+stellung semble plutôt désigner une com+pilation, tandis qu'une com+position chimique se désignera par Zusammen+setzung, autrement dit, on asseoit les com+posants ensemble plutôt qu'on ne les pose debout : tout est dans la nuance.) Mais je digresse.

Il faut reconnaître que les mots composés allemands ne sont pas toujours très transparents. Je pense par exemple au préverbe ver- que certains analysent comme indiquant la perte de quelque chose, mais qui semble plutôt avoir pour signification de « transformer le sens du verbe de manière complètement imprévisible » (ce n'est pas le seul qui fasse ça, mais ça doit être le plus courant) :

bringenapporter verbringenpasser le temps
führenconduire, guider verführenséduire, tenter
kaufenacheter verkaufenvendre
laufenmarcher, courir sich verlaufense perdre (en marchant)
lagernstocker verlagerndéplacer
lassenlaisser verlassenabandonner
meidenéviter vermeidenéviter, empêcher
passenconvenir, s'appliquer verpassenrater
pflegensoigner, garder, maintenir verpflegennourir, alimenter
ratendeviner, conseiller verratentrahir
schiebenpousser verschiebenrepousser, retarder
sprechenparler versprechenpromettre
sich versprechenfaire un lapsus (en parlant)
stehenêtre debout verstehencomprendre
suchenchercher versuchententer, essayer
tragenporter vertragensupporter
wendentourner verwendenutiliser, employer
zeihenaccuser verzeihenpardonner

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