David Madore's WebLog: Je réussis le plateau moto (et je médite sur la manière dont le cerveau apprend)

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(jeudi)

Je réussis le plateau moto (et je médite sur la manière dont le cerveau apprend)

Cette entrée fait suite à celle-ci et à celle-ci (et sans doute à quelques autres entre temps), mais je résume : je suis inscrit pour passer le permis moto (A2), et ce dernier comporte deux épreuves (sans compter l'épreuve théorique générale = « code », que je n'ai pas besoin de repasser) : l'épreuve hors circulation ou « plateau », et l'épreuve en circulation ou « conduite », qui doivent être validées successivement.

Je viens de passer avec succès l'épreuve de plateau cet après-midi à Gennevilliers. (Pour qu'il n'y ait pas de confusion : ça ne me donne, en soi, le droit à absolument rien, à part à [prendre des cours pour] passer la seconde épreuve.) Il m'aura fallu 87 heures de formation (en 28 séances de généralement trois heures) étalées sur cinq mois : ce n'est sans doute pas un record historique, mais c'est vraiment vraiment mauvais ; ceci étant, comme pour le permis voiture (obtenu au bout de 73 heures), je peux au moins dire que je l'ai eu du premier coup, et avec un score très correct (à savoir, A à toutes les épreuves sauf un B au parcours lent). Je raconte ça plus en détails ci-dessous, mais c'est aussi pour me poser des questions sur la manière dont on apprend, et le temps qu'il faut pour.

Je redis rapidement ce que j'ai déjà expliqué : l'épreuve de plateau du permis moto comporte cinq exercices (qui se déroulent sur un terrain de 130m×6m, le fameux plateau) :

  1. poussette+vérifications ;
  2. parcours lent ;
  3. parcours rapide : freinage d'urgence ;
  4. parcours rapide : slalom+évitement ;
  5. fiches (interrogation orale sur la sécurité).

Chacun de ces exercices est noté A, B ou C (sauf le premier qui ne peut être noté que A ou B) ; pour les 2e, 3e et 4e exercices, le candidat a droit à deux essais sauf en cas de chute de la moto qui est immédiatement éliminatoire. (Et je ne sais toujours pas avec certitude si on retient le meilleur des deux essais ou le deuxième, mais la question ne se pose pas vraiment[#].) La condition pour valider l'épreuve est d'obtenir au moins deux A et aucun C sur l'ensemble des cinq exercices. (Remarquons qu'en pratique, il est très rare d'obtenir un B à l'un ou l'autre exercice du parcours rapide — quasiment toutes les fautes[#2] valent la note C —, ce qui, du coup, rend un peu stupide tout le système de notation : la condition de validation devient simplement de ne pas avoir de C et du coup le premier exercice n'a plus aucune importance ; mais bon, ce n'est pas moi qui ai fait les règles !)

[#] Parce que si on a un C à un exercice on doit de toute façon faire un deuxième essai (et les deux interprétations sont équivalentes), et si on a un B l'intérêt d'en faire un est extrêmement douteux.

[#2] Quasiment la seule possibilité qui vaudrait un B à une épreuve du parcours rapide consiste à poser deux fois un pied à terre lors du demi-tour en bout de piste. Certes, ça peut arriver, mais ce n'est vraiment pas fréquent.

Je décris un petit peu plus les exercices, mais de façon quand même un peu moins verbeuse que la dernière fois, et en ajoutant des commentaires, que je peux maintenant me permettre de faire, sur leur difficulté :

  1. L'exercice de poussette+vérifications consiste d'abord à faire une toute petite manœuvre en poussant la moto, moteur arrêté, à la force des bras (enfin, des jambes), le long d'une courbe, d'abord vers l'avant puis vers l'arrière ; puis à faire (ou indiquer comment on ferait) des vérifications techniques sur l'état de la moto (du genre : vérifier l'état du pneu avant, ou le fonctionnement des clignotants). • La poussette demande un petit peu de force physique, mais en tout état de cause c'est très facile vers l'avant, et un peu moins vers l'arrière (on peut rater la courbe et on n'a le droit de corriger la manœuvre qu'une seule fois). Les vérifications sont faciles puisque c'est du par cœur, mais il est un peu agaçant qu'il y ait un certain flou artistique sur ce qu'on doit dire exactement pour certaines d'entre elles (du style faut-il vérifier que les appels de phare fonctionnent bien quand on demande de vérifier l'éclairage avant ?). En tout état de cause, comme je le dis plus haut, cet exercice est essentiellement sans importance.
  2. Le parcours lent consiste à faire un parcours un peu tarabiscoté entre des cônes et des piquets disposés sur le plateau : une partie est chronométrée (il faut prendre au moins 20s pour parcourir environ 27m, sans poser le pied à terre), il y a un point où on doit s'arrêter au milieu d'un demi-tour, et enfin il y a une partie où on embarque un passager. • L'avis quasi-universel (et qui est aussi le mien) est que c'est l'exercice le plus difficile de l'épreuve (surtout la partie chronométrée) : arriver à suivre un parcours sinueux, en restant en équilibre et en allant aussi lentement que possible demande un véritable entraînement (je vais y revenir), surtout quand il faut y arriver « à froid » ; le demi-tour n'est pas sans difficulté non plus, et le retour avec passager, même s'il est plutôt facile, pose le problème qu'on ne peut pas s'y entraîner si souvent que ça.
  3. Le freinage d'urgence consiste à faire un simple aller-retour en 3e, à atteindre ≥50km/h à un certain point dans le retour et, à partir de ce point (et pas avant !), à freiner de manière à s'arrêter avant une ligne située environ 15.75m plus loin (ou 19.65m plus loin si la piste est humide le jour de l'épreuve). • Cet exercice présentait une difficulté réelle tant que les motos n'étaient pas équipées d'ABS (si on freine trop fort, la roue avant bloque, et on est par terre) ; maintenant, il est beaucoup plus facile : les moniteurs insistent néanmoins sur l'importance d'arriver à le réaliser sans déclencher l'ABS (au moins à la roue avant), et même en ignorant le problème de l'ABS, il reste quelques difficultés (atteindre la vitesse exigée sans pour autant aller trop vite ce qui rendrait l'exercice impossible, ne pas anticiper le freinage, et bien sûr, freiner suffisamment).
  4. Le slalom+évitement consiste aussi à faire un aller-retour en 3e, cette fois-ci en slalomant entre des cônes à l'aller (et en atteignant ≥40km/h à un certain point) et, au retour, à atteindre ≥50km/h puis à effectuer une « manœuvre d'évitement » (en gros, une chicane pour éviter de taper un obstacle devant soi) puis un arrêt de précision dans un rectangle bien défini. • Les avis sur la difficulté de cet exercice varient, personnellement j'ai trouvé que c'était le plus facile (très intuitif et, honnêtement, vraiment rigolo à accomplir grâce à la magie du contre-braquage) : pour les deux exercices du parcours rapide j'avais parfois du mal à stabiliser ma vitesse à la bonne valeur, mais autant pour le freinage d'urgence je ne pouvais pas me permettre d'aller trop vite sous peine de ne pas freiner en l'intervalle alloué, autant pour celui-ci j'arrive sans trop de mal à le faire avec 5km/h voire 10km/h en plus du minimum imposé (aller comme retour).
  5. L'interrogation orale consiste à tirer au hasard une fiche parmi 12 qui évoquent des questions de sécurité à moto, et à en parler (la fiche comporte un titre et un plan sommaire proposé). • Il n'y a pas là de difficulté particulière même s'il y a quand même un certain nombre d'informations à mémoriser.

Il faut préciser une chose importante : l'examen se fait à froid, au sens où même si on prend une leçon de moto le matin même (comme l'auto-école le recommande) pour s'échauffer et/ou si on conduit une moto jusqu'au centre d'examen (en suivant le moniteur qui amène des autres élèves en voiture), le temps de faire les formalités administratives, le temps que l'inspecteur fasse passer en premier les candidats qui font l'épreuve de circulation — et pendant ce temps on ne peut pas toucher à la moto — on est « froid » quand il s'agit de passer. C'est vraiment une part importante de la difficulté de l'épreuve, et en tout cas de celle du parcours lent : je pense que l'exercice serait considérablement plus facile si on avait le droit ne serait-ce qu'à cinq minutes d'échauffement avant de passer. (Après, je ne dis pas que ce serait forcément souhaitable qu'il soit plus facile ! Et je comprends qu'il puisse y avoir des difficultés pratiques insurmontables.)

J'avoue que je commençais à en avoir marre d'enfiler les heures à répéter encore et toujours les mêmes exercices (sur le plateau d'entraînement, on ne s'entraîne que peu à la poussette+vérifs et pas du tout aux fiches, donc c'était essentiellement : parcours lent, freinage d'urgence, slalom+évitement, répété ad lib. pendant toute la séance). Mais c'est relativement intéressant pour ce que ça trahit sur la manière dont le cerveau apprend : il y a, dans cette combinaison d'exercices, des choses qui s'acquièrent de manière consciente et d'autres qui fabriquent des automatismes, et il y a des choses qui viennent progressivement et d'autres qui font « clic » ; et même au sein d'un seul exercice, plusieurs de ces éléments peuvent se mélanger.

Voici notamment quelle a été ma progression sur le parcours lent (sur 87 heures de formation[#3], donc), en me concentrant sur la partie chronométrée :

[#3] En gardant néanmoins à l'esprit que sur 3h de formation, il y a facilement 45min de temps d'aller-retour jusqu'au plateau (temps qui est donc passé à faire de la moto — sauf les toutes premières séances où on est passager —, mais qui prépare plus à l'épreuve de circulation qu'à l'épreuve de plateau), et encore 15min de battement un peu inévitable le temps que tout le monde arrive, qu'on aille prendre les motos, etc. Donc les temps réellement passés à préparer l'épreuve de plateau sont environ 2/3 de ce qui est indiqué (et je pense que je passais, à la louche, la moitié du temps sur le plateau à travailler le parcours lent).

  • Les 26 premières heures, je n'y arrivais pas du tout. (Comme je partais du point où je n'étais monté sur un deux-roues motorisé que comme passager, et encore, seulement une poignée de fois, ce n'est évidemment pas surprenant.)
  • Ensuite, un moniteur qui insistait plus sur l'aspect technique des choses m'a (1) expliqué qu'il ne fallait pas viser une allure constante, mais apprendre à débrayer juste un tout petit peu, quand on sent qu'on perd de l'équilibre, pour regagner cet équilibre, (2) fait travailler en cercle et en huit à allure lente, et (3) donné des instructions précises sur l'endroit où placer mon regard à chaque point du parcours. À partir de là j'ai commencé à arriver de temps en temps à faire chacun des bouts du parcours lent (et notamment la partie chronométrée), puis le parcours tout entier.
  • Entre la 30e et la 50e heures de formation, j'arrivais de temps en temps mais irrégulièrement à faire le parcours lent entier sans faute. Mais mon principal problème était que, si j'y arrivais de mieux en mieux à chaud, à chaque nouvelle séance, les premiers essais (à froid, donc, comme se fait l'examen) étaient presque toujours ratés. Je commençais à avoir l'impression de stagner. (J'avais raconté ce problème ici en insistant sur l'importance de la différence entre y arriver à froid ou à chaud.)
  • Entre la 51e et la 72e heures j'ai commencé à y arriver de plus en plus souvent même à froid. (Il y a cependant eu 7 heures qui ont été plus ou moins perdues parce que le plateau était gelé et qu'on ne pouvait pas s'entraîner dans de bonnes conditions.) C'est aussi vers ce moment-là que j'ai enfin pris l'habitude de serrer correctement la moto entre mes jambes (je veux dire, que c'est devenu naturel au lieu que que je doive y penser consciemment à chaque fois, et du coup que j'oublie bien trop souvent).
  • À partir de la 73e heure je peux dire que j'y arrivais de façon vraiment très régulière et reproductible, même à froid (en mettant, au pire, un pied à terre de temps en temps quand je déroulais mal ma trajectoire — c'est ce qui m'est arrivé à l'examen). Dès lors, mon principal souci a été d'arriver à le faire de plus en plus lentement et d'apprendre à garder l'équilibre dans des circonstances de plus en plus précaires (par exemple en calant exprès le moteur et en vérifiant que j'arrivais à le démarrer avant de perdre l'équilibre).
  • Les moniteurs m'ont proposé une date d'examen au bout de 66 heures, et l'ont confirmée au bout de 75h. Les dernières séances servaient surtout à ne pas perdre l'habitude (et les 9h que j'ai faites cette semaine-ci étaient sans doute excessives).

À la fin, je me demandais un peu mais où est donc la difficulté, en fait ? et je m'amusais à faire des marches aléatoires sur le plateau à 3km/h au compteur juste parce que j'y arrivais (mais bon, en finissant toujours par mettre un pied à terre et moins faire le malin).

Bref, c'est surprenant comme je suis passé, par des déclics et des progrès graduels, de je n'y arrive pas du tout à j'y arrive mais seulement à chaud (et je ne progresse plus) à finalement j'y arrive et je trouve ça facile. J'ai été très lent sur cette progression, mais j'imagine que beaucoup de ceux qui ont fait la même formation ont eu des étapes semblables.

J'imagine vaguement le type de mécanismes neurologiques qui pourraient faire qu'en apprenant quelque chose on ait un déclic qui fait que tout d'un coup « ça marche » (j'avais ressenti quelque chose de ce genre en apprenant à faire du snowboard), je suppose qu'il y a une structure neurologique commandant à un automatisme qui se met en place. Mais ce qui est plus inattendu c'est cette histoire de choses qui marchent à chaud et pas à froid, comme si la structure neurologique était en place mais qu'il fallait que la mémoire à court terme intervienne pour l'activer.

Pour les épreuves du parcours rapide, j'ai eu l'impression qu'il ne s'agissait pas tant d'acquérir des automatismes que de trouver, par une recherche plutôt consciente, la technique avec laquelle on y arrive le plus facilement (et notamment pour atteindre et stabiliser la vitesse). La difficulté était donc de nature assez différente.

Sur le déroulement de l'épreuve elle-même :

Je l'ai passée au centre de Gennevilliers, qui, avec celui de Vélizy-Villacoublay, est un des deux qui reçoivent les auto-écoles parisiennes (c'est vraiment idiot, il y a un centre d'examen juste de l'autre côté de la route de notre plateau d'entraînement, mais il sert uniquement pour les candidats du Val-de-Marne, et nous avons dû faire une heure de route pour aller complètement de l'autre côté de Paris). Nous étions six de notre auto-école à passer cet après-midi : quatre pour la circulation et deux pour le plateau. Trois élèves ont conduit une moto jusqu'au centre d'examen en suivant le moniteur qui amenait en voiture les trois autres (et donnait des consignes par radio à ceux qui conduisaient une moto).

Je peux considérer que j'ai eu de la chance dans la date. La météo était plutôt agréable (il s'est mis à pleuvoir plus tard dans la soirée, mais en début d'après-midi, le temps était couvert sans être ni trop chaud ni trop froid) et je n'avais pas de cours cette semaine-là puisque ce sont les vacances scolaires, ce qui m'a permis d'être disponible sans problème.

Le centre d'examen (visible ici sur Google Street View) a un plateau de bonne qualité : le revêtement est dans un état irréprochable, parfaitement lisse, bien horizontal, le marquage est impeccable, il y a trois pistes moto qui peuvent servir simultanément (il y a aussi des pistes pour le permis poids lourd juste à côté, mais aujourd'hui elles ne servaient pas). Il y a un bâtiment avec des bureaux pour les inspecteurs, des salles où faire des vérifications administratives et où passer l'interrogation orale, et une salle d'attente avec une machine à café. (Et des toilettes hors service. Il y a un préfabriqué dehors avec des toilettes qui ne sont pas hors service, mais où, parce qu'il ne faut pas trop en demander, il n'y a ni lumière ni PQ ni savon ni eau chaude.)

Nous sommes arrivés à 13h30 au centre (après un rendez-vous fixé à l'auto-école à 12h00). L'inspectrice qui s'occupait de notre groupe cet après-midi a vérifié nos identités (et nos permis de conduire, pour ceux d'entre nous qui l'invoquions pour être dispensés de repasser le code) et a contrôlé notre équipement de protection. Il est apparu qu'il y avait un problème avec un élève qui, à cause d'un handicap (il est malentendant) devait passer une épreuve de conduite spécialement aménagée, mais à cause d'une mauvaise communication entre le médecin qui lui avait fait passer la visite de contrôle, la préfecture, le délégué départemental des inspecteurs et l'auto-école, l'information n'était pas parvenue jusqu'à l'inspectrice : notre moniteur accompagnateur a passé une bonne partie de son après-midi à téléphoner pour essayer de résoudre ce problème, mais malheureusement sans succès, cet élève n'a pas pu passer l'épreuve et a perdu sa journée, ce qui est vraiment moche pour lui.

Bref, à 13h45 le premier candidat à l'épreuve de la conduite est parti en circulation. Les deux d'entre nous qui passions le plateau serions examinés en dernier, du coup en attendant nous avons regardé (de derrière une barrière) les candidats qui passaient avec d'autres inspecteurs faire leur épreuve de plateau.

Chaque inspecteur a, apparemment, la charge d'un groupe de candidats, et fait passer à tout le monde l'exercice de poussette+vérifs, puis à tout le monde le parcours lent, puis à tous ceux qui ne sont pas éliminés les deux exercices du parcours rapide (dans la foulée l'un de l'autre), et enfin fait rentrer tous ceux qui restent pour leur faire passer l'interrogation orale.

J'ai reconnu l'inspecteur qui m'a fait passer le permis B il y a à peine plus d'un an, et dont j'avais raconté que j'avais beaucoup apprécié l'attitude : il avait l'air tout aussi bienveillant et détendu pour faire passer l'épreuve du plateau du permis A2. J'aurais voulu le saluer, mais il était occupé et, au moment où il ne l'était plus, l'inspectrice qui s'occupait de notre groupe revenait et ç'allait être à nous de passer.

On voit des choses assez surprenantes quand on regarde les autres passer le plateau. Notamment des erreurs de parcours (c'est-à-dire des gens qui passent par le mauvais endroit et ne font pas ce qui est demandé) : pourtant, l'inspecteur rappelle clairement le parcours et, vraisemblablement, si on passe le plateau, on a d'abord dû travailler les parcours un certain nombre de fois à l'auto-école (certes, tout le monde ne fait pas 87 heures de formation comme David Madore, mais quand même, au bout de quelques répétitions du même exercice on doit commencer à le connaître). Alors c'est vrai qu'au parcours lent il y a un cône isolé dont la seule fonction semble être d'inciter les candidats à se tromper quant au côté duquel il faut le contourner : mais on a vu un candidat faire un mélange entre slalom et freinage d'urgence et perdre ainsi stupidement un essai (et comme il a freiné trop tard au deuxième essai, il a perdu sa journée).

Bref, à 15h notre inspectrice est revenue des épreuves de circulation et s'est occupée de nos épreuves de plateau. Il n'y avait alors plus que nous sur le plateau, je veux dire, l'inspectrice et nous deux qui passions cette épreuve, et comme notre moniteur accompagnateur était occupé à essayer de régler le problème administratif de l'élève qui n'avait pas pu passer la circulation, nous nous sommes tenu lieu de passager l'un pour l'autre pour la partie avec passager du parcours lent.

J'ai eu un A à l'exercice de poussette+vérifs. Puis un B au parcours lent parce que j'ai posé un pied au sol entre la troisième porte et le premier jeu de piquets (et je n'ai évidemment pas voulu refaire un essai). L'autre élève de mon auto-école qui passait le plateau a eu deux fois C au lent et était donc éliminé, ce qui fait que j'étais le seul candidat restant sur le plateau. J'ai fait un freinage d'urgence très moche (je suis arrivé trop vite[#4], j'ai déclenché l'ABS au moins à l'arrière et peut-être à l'avant aussi, j'avais les bras mal tendus et regard au sol) mais qui valait quand même un A parce qu'on n'est pas noté sur le style. Puis un joli évitement (d'après mon moniteur) qui me valait aussi un A. Enfin, pour l'interrogation, je suis tombé sur la fiche 7, les éléments mécaniques liés à la sécurité, l'inspectrice m'a dit que je connaissais visiblement bien mon sujet et m'a mis un A. Fin de l'histoire à 15h30, sauf qu'il y a eu une ultime tentative de négocier une solution au problème administratif de l'élève qui n'avait pas pu passer, puis nous sommes rentrés sur Paris (arrivés à 17h00).

[#4] Le plateau d'examen, beaucoup plus lisse que notre plateau d'entraînement, était logiquement plus rapide, et je pense que j'ai dû tourner la manette d'accélérateur à la manière dont j'ai dû prendre l'habitude de le faire, bref, je crois que j'étais à 56km/h (au compteur) au moment de déclencher le freinage. Accessoirement, il n'y a pas que la texture du sol qui a pu me dérouter un peu : à force de répéter N fois les exercices sur le même plateau d'entraînement j'ai dû mémoriser (pour définir mes trajectoires) plein de petits repères visuels idiots sur le marquage et l'environnement qui étaient évidemment différents au centre d'examen. Avec un peu de mauvaise foi je peux dire que c'est ce qui explique mon B au parcours lent.

Mon moniteur semblait trouver que l'inspectrice n'avait pas fait tout son possible (i.e., contacter ses supérieurs) pour résoudre le problème administratif qui s'était posé. Mais de mon point de vue en tout cas, son attitude était irréprochable en courtoisie et en professionnalisme : je ne sais pas pourquoi les inspecteurs du permis de conduire ont une sale réputation, mais pour l'instant, 100% de ceux à qui j'ai eu affaire ont eu un comportement tout à fait plein de tact face à un candidat éminemment stressé.

Parce que oui, je suis du genre stressé. C'est peut-être idiot de stresser pour une épreuve qu'on choisit soi-même de passer et qui n'a pas vraiment d'enjeu pour moi (je disais dès le début que je ne sais même pas vraiment pourquoi je passe le permis moto, et c'est peut-être une sorte de défi idiot), mais c'est un fait que je le suis. Peut-être parce que je vis mal l'échec en général. Peut-être parce que je commençais à en avoir marre d'accumuler les heures et de répéter les séances de préparation au plateau. Ce n'est pas seulement qu'un échec à l'épreuve représente une perte d'argent : c'est aussi une perte de temps, et un retard (d'un bon mois dans le meilleur des cas) sur le moment où on réussit l'épreuve, donc, in fine, le permis. L'autre élève de l'auto-école qui passait aussi le plateau — et qui l'a raté — semblait, pour sa part, assez amer et déçu, et je le comprends tout à fait[#4b].

[#4b] Surtout qu'il a raté sont lent en rejouant deux fois presque exactement le même scénario (pied posé à terre, ce qui lui fait perdre sa concentration et amène une deuxième faute peu après) : le premier essai raté a dû augmenter son stress et précipiter la réitération des mêmes erreurs au deuxième.

Ajout () : Je pourrais ajouter, ce qui est sans doute assez révélateur de stress, que j'ai préféré ne rien dire de la date où je passais le plateau (à part à mon poussinet et à ma maman), histoire que si je le rate je n'aie pas à répondre à plein de questions du type alors, comment ça s'est passé ? (déjà quand on rentre à l'auto-école, il y a plein de gens qui la posent, ce qui doit être un peu pénible pour ceux qui ont raté).

Il me reste maintenant à commencer à préparer l'épreuve de circulation, et j'espère que ça ne prendra pas aussi longtemps[#5] pour l'obtenir (mais j'ai peur qu'à la fois les heures de cours et les places d'examen soient peu nombreuses et donc espacées dans le temps). Est-ce que je dois prendre le nombre élevé d'heures qu'il m'a fallu pour passer le permis B comme signe que ce sera de nouveau long ? Ou le fait que j'aie obtenu le permis B récemment et avec un très bon score comme un augure favorable ? Est-ce que tous les allers-retours que j'ai fait vers et depuis le plateau m'auront servi à quelque chose ? La réponse au prochain épisode.

[#5] Au moins, je peux croire que ce sera plus varié que la préparation au plateau ! Peut-être même que je ferai des découvertes géographiques.

J'aimerais bien avoir des statistiques sur le nombre d'heure de formation des candidats pour chaque épreuve, mais elles ne doivent pas exister. En revanche, il existe des statistiques sur le taux de réussite, qui sont déjà intéressantes : (en 2017, au niveau national) 64% pour l'épreuve de plateau du permis A2, et 91% pour l'épreuve de circulation du même permis — en comparaison, pour le permis B, le taux de réussite est de 57%. Ceci suggère que les candidats au permis A2 ont probablement déjà une bonne expérience de la conduite et réussissent facilement l'épreuve de circulation (et/ou qu'elle est intrinsèquement plus facile), mais il serait intéressant de creuser.

Suite et fin : Comme raconté dans des entrées ultérieures, j'ai raté une fois l'épreuve de circulation, puis fini par l'obtenir.

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