David Madore's WebLog: Quelques prétéritions

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(lundi)

Quelques prétéritions

Je m'asseois devant mon ordinateur (façon de parler : comme d'habitude, j'ai déjà passé l'essentiel de la journée devant). Il est 23h30. J'écoute le Requiem allemand de Brahms. Je m'apprête à écrire une entrée dans mon 'blog. De quoi vais-je bien pouvoir parler ?

Déjà, le patron [note : ce mot épouvantable est censé traduire l'anglais template ; n'y a-t-il vraiment pas un autre terme ?]. Ça c'est facile. <entry date="2003-12-15" day_of_week="lundi" number="0396" xml:lang="fr"> … </entry> Tiens, j'approche de ma 400e entrée (et hop, un petit coup d'œil rétrospectif sur la 100e, la 200e et la 300e). Situation dans le temps. Nous sommes le 15 décembre 2003, lundi de la semaine 51, le 21 décil : est-ce encore le dernier quartier ? non, c'est seulement demain (me dit Emacs), donc pas de phase de la Lune à rajouter dans l'immédiat. 9995e jour de ma vie.

Maintenant, le sujet. Ce n'est pas toujours facile de trouver quelque chose à raconter quand je ne fais rien de mes journées. Mes lecteurs n'ont pas forcément envie d'apprendre pour la n-ième fois que je me suis levé à 15h et que je n'ai strictement rien fait, que j'ai trop dormi (ou trop peu — je ne sais même plus). Le lecteur, ça c'est un animal bizarre. On ne sait pas ce qui l'intéresse, en fait, on ne comprend pas toujours ses motivations. C'est bizarre, un 'blog.

Ce n'est pas que je manque de choses à raconter, en fait. Il y a plein de choses que j'ai envie de dire, mais, bizarrement, je n'ai pas envie de les dire maintenant. Pourquoi ? Parce que le monde n'est pas dans la bonne phase métaphysique, sûrement.

Je me suis coupé ce matin en me rasant (mais sans penser à l'élection présidentielle). Ça ne fait pas un bon sujet, ça. D'ailleurs, ce n'était même pas le matin, c'était plutôt vers 16h. Autre chose. J'ai un aphte à la joue gauche qui me gêne terriblement quand je mange, et que j'ai mordu et remordu, si bien que maintenant ça fait une grosse bosse tout ensanglantée dans ma bouche. Bon, euh, je vais peut-être ne pas raconter ça, quand même. Ou alors pourquoi ne pas dire que j'ai mangé ce soir des tartines de rillettes avec des piments doux qui si j'en crois l'étiquette étaient cachers (les piments, évidemment, sûrement pas les rillettes !).

Soyons sérieux. Qu'ai-je dans les jours qui viennent ? Mes deux derniers TD avant les vacances, demain (il faut donc que je ne me couche pas trop tard ce soir) et après-demain, portant sur les développements limités (je devrais confier les calculs à l'ordinateur pour les exercices que je traiterai, ça m'évitera de risquer de me tromper au tableau). Soutenance de thèse de Yann. Trouver le temps d'aller voir Le Retour du roi au cinéma (vendredi ?). Rien de bien folichon. Je me sens un peu comme dans la vieille blague : Today is Monday, the day after tomorrow is Wednesday, half the week is over and nothing done!

C'est quand même épatant, à chaque fois que quelqu'un me demande quoi de neuf ?, je réponds (même si je ne l'ai pas vu depuis une éternité) rien de nouveau sous le Soleil ; et j'ai quand même le culot d'oser trouver à écrire un blurb chaque jour ici.

J'aurais envie de parler de ma situation de louze affective, mais qu'ai-je d'intéressant à en dire ? Ça fait des années que ça dure (vingt-sept, même, si on veut), et aucun changement ne semble poindre à l'horizon (si changement il y avait, il ne pourrait venir que de moi, sauf si je me mets à croire au beau garçon qui m'enverrait un mail disant David, je veux coucher avec toi, et, curieusement, je n'y crois pas trop).

(Denn alles Fleisch, es ist wie Gras, entends-je : certainement y a-t-il un message caché là-dessous.)

Noël ou le Nouvel An ne m'inspirent rien de particulier non plus. À Noël je cherche encore un moyen d'échapper au repas en famille. Pour le Nouvel An, je le passerai à l'ENS en compagnie d'amis (à boire le champagne sur les ruines du pavillon, sans doute). J'aime assez cette ambiance particulière des jours autour du solstice d'hiver (du moins si la météo se montre un peu coopérative), il y a quelque chose de magique dans l'air ; et en même temps j'ai le désagréable sentiment de ne pas savoir en profiter. Je chantonne des Christmas Carols que probablement personne n'identifie comme tels, mais peu importe. Je prendrai sans doute la bonne résolution de me coucher tôt, de me lever tôt, de faire du sport, ou d'utiliser un préservatif avant sa date de péremption, et je n'arriverai à rien de cela. Pfiou.

Et si je parlais de l'actualité ? Mais elle ne m'inspire pas spécialement. Qu'aurais-je d'intéressant à dire sur le fait que Saddam Hussein a été arrêté ? Ou sur le port du voile islamique ? Je n'ai pas d'opinion moi-même sur la question et — oserais-je le dire ? — elle ne m'intéresse pas vraiment. Heureusement, nous avons dans ce pays des gens dont le métier est d'avoir un avis sur tout, on les appelle les hommes politiques.

Parlant de religion, j'avais vaguement pensé écrire un petit texte sur pourquoi je suis athée, mais à quoi bon, en fait ? Tant qu'à écrire, je ferais mieux d'écrire des textes de fiction, c'est en fin de compte plus vrai.

Mais en ce moment je n'écris rien. Je ne lis pas grand-chose non plus. Je suis retombé l'autre jour sur Mrs. Dalloway, que j'avais acheté il y a quatre mois, et je l'ai commencé, mais j'avance à la vitesse d'un escargot paralytique. Certains passagent arrivent à m'intéresser, mais dans l'ensemble je trouve ça finalement assez fastidieux, et après 120 pages je n'ai toujours pas une bonne idée de ce à quoi Clarissa Dalloway ressemble (comme personnalité, je veux dire), à part qu'elle aime organiser des réceptions. Il est vrai que le style est remarquable, qui enfile les assocations d'idées avec énormément de naturel, mais c'est aussi ce qui le rend difficile, surtout que je suis du genre à lire en diagonale, et c'est là le plus sûr moyen de se rendre compte soudainement qu'on ne sait plus de quoi il était question sur les trois dernières pages. Mark Twain n'avait pas entièrement tort de dire qu'un classique est un livre que tout le monde veut avoir lu mais que personne ne veut lire. (En fait, j'ai plusieurs autres livres qui attendent que je les commence, mais je ne veux pas en avoir plusieurs de front, sans quoi il y en aura forcément un que j'abandonnerai.)

Rapide coup d'œil à mon TODO. Répondre à des mails — il y en a un qui m'attend depuis plus d'une semaine, notamment. Coucher par écrit un tas de petites idées mathématiques de plus ou moins grand intérêt. Envisager sérieusement de passer mes PC sous Debian maintenant que c'est fait pour le Quatramaran. M'acheter des fringues parce que je n'ai plus rien à me mettre (zut, c'est vraiment la mauvaise période, tout est bondé ; y a-t-il des gens amateurs de shopping pour me tenir compagnie ?).

Bon, décidément, une heure plus tard, je ne trouve rien à dire. Je vais me coucher.

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