David Madore's WebLog: Apologie de la beauté

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(jeudi)

Apologie de la beauté

Bradshaw écrit dans son 'blog :

c'est vrai que y'en a qui ne doute de rien. moi je suis plutôt très difficile sur le physique des garçons, je ne sors qu'avec des mecs que je juge mignon, bon un soir, bourré, dans le noir je peux me laisser surprendre, mais ça ne dépassera pas la soirée et on ne couchera jamais ensemble. même très moches ils ne doutent de rien, les dents jaunes (mais il pense vraiment que je vais mettre ma langue là dedans ?! serieux, il le crois ?!), la calvitie naissante, une peau blanche et grasse qui permet de compter chaque pore, le corps flasque et bedonnant, j'ai tout connu et parfois tout en même temps.

parfois je me dis que je ne devrais pas m'arrêter au physique de la personne, idéalement c'est ce que je voudrais, pouvoir dépasser ça… mais une fois au lit, c'est très concret et il faut pouvoir s'emballer un peu sur la personne (surtout moi qui a déjà du mal à m'emballer avec des bombes, alors avec des thons).

Mais je ne sortirais jamais (sur la durée) avec un mec qui est juste beau, il faut qu'il me touche (c'est malheureusement rare) par son intelligence et sa sensibilité (ça aussi j'ai bcp connu, les mecs mignons mais très cons).

— ce qui me donne envie de réagir, mais je ne suis pas sûr de savoir comment. 😕 (Mais je précise bien que ce n'est pas pour marquer un total désaccord.)

Je sais que je suis très influencé par la beauté physique. Je n'ai jamais réussi à déterminer si, au juste, j'étais « exigeant » ou pas, ni dans quelle mesure mes goûts étaient banals, mais ce qui est certain est que l'apparance physique conditionne assez largement mon comportement à l'égard d'une personne, et que j'en suis complètement conscient. On a beau dire, même l'amitié n'est pas entièrement détachée de ces considérations : il y a, tout simplement, des têtes qui ne me « reviennent pas », et j'ai énormément de mal à dépasser ce jugement (et je ne pense pas être seul dans ce cas). Quant au fait de coucher, euh, j'ai un peu oublié ce que ça signifie (ça fait trop longtemps que je n'ai pas pu réviser), mais je crois à peu près clair que mes critères sont uniquement d'ordre physique ; enfin, malheureusement pour moi, je n'ai jamais couché avec un garçon que je trouvasse joli, donc, en fait, je ne peux pas vraiment parler de critères.

Ce qui m'amuse, c'est de voir que certains (en tout cas Bradshaw, ci-dessus : parfois je me dis que je ne devrais pas) s'en excuseraient presque. Il traîne dans certains cerveaux le mème que je pourrais résumer ainsi : l'apparence physique n'est pas ce qui compte chez une personne, ce qui importe est quelque chose de bien plus profond, et il est injuste de refuser d'aimer quelqu'un parce que son apparence n'est pas la plus belle, sans voir sa beauté intérieure ; je peux illustrer cette idée par l'histoire de La Belle et la Bête, par exemple, ou de Notre-Dame de Paris, ou par une certaine phrase tirée du Petit Prince de Saint-Exupéry (concernant le cœur et les yeux) que je ne reproduirai pas ici parce qu'on l'a trop entendue. Or je souhaite souligner la profonde absurdité de ce mème. Certes, ce n'est pas la faute de Pierre s'il est laid, mais ce n'est pas non plus sa faute s'il est stupide, s'il est colérique, s'il est dépressif, comme ce n'est pas sa faute s'il est pauvre ou malade. Il n'y a pas plus de justice ou de logique à aimer les hommes intelligents et bons qu'à aimer les beaux ou les riches. Mais une certaine conception du dualisme cartésien, donnant à la res cogitans (la pensée, l'apanage de l'humain) la supériorité sur la res extensa (la matérialité, le corps), nous pousse à avilir la beauté, perçue comme quelque chose de « superficiel » (or la beauté, comme l'intelligence, ne sont que des manifestations d'un certainement ordonnancement de nos cellules à tel ou tel endroit, sur lequel nous pouvons plus ou moins agir).

La notion de justice n'a rien à faire dans le cadre des relations affectives : il n'est pas notre devoir de réparer les inégalités du monde ! cela peut parfois être à notre honneur, mais dans ce domaine-là c'est plutôt douteux. Vais-je me plaindre, moi, qu'Untel m'a été injuste parce qu'il n'a pas répondu à mon amour (et il y en a des quantités) ? Ce serait crétin. En introduisant cette idée nous introduisons aussi un sentiment de culpabilité qui ne sert personne et blesse inutilement ceux qui voient un écart entre leurs sentiments et ce qu'ils voudraient qu'ils fussent.

En bref : déculpabilisons ceux qui croient que la beauté est quelque chose de futile à aimer. Je ne dis pas qu'il faut la vénérer, ou se moquer de ceux qui prétendent aimer Cyrano pour son esprit, je dis juste que ces derniers n'ont pas à se croire plus nobles que ceux qui préfèrent Christian pour sa beauté. Ce n'est pas par de pieuses résolutions ou des considérations morales douteuses que nous renverserons nos critères d'affinité, qui sont profondément personnels et n'ont pas à être jugés ou examinés par la raison.

Évidemment, je compatis avec ceux qui, défigurés (par exemple), se sentent exclus de l'amour de tous pour une raison dont ils ne sont nullement responsables. Au moins peuvent-ils se dire que la beauté des autres, qui les rend jaloux, ne durera pas, elle est chose beaucoup plus éphémère que la bonté d'âme qui rend jaloux ceux qui se sentent exclus parce qu'ils sont méchants, lesquels sont finalement plus malheureux, sans doute. Je pourrais aussi parler de ceux qui se sentent exclus sans être défigurés ni méchants et qui se demandent encore pourquoi. Écrivez un 'blog, ça ne résoudra pas vos problèmes mais ça vous permettra de perdre autrement le temps que vous ne passez pas entre les bras d'un joli garçon / d'une jolie fille.

Bradshaw écrit encore :

quand je me retrouve avec un mec dont l'apparence empêche la naissance de toute éventualité d'une relation, il faut jouer serré : si le mec est sympa, et pas trop con, je prends un air enjoué et je parle. bcp. surtout éviter de relever la moindre de ses allusions vaguement sexuelles, changer de sujet, ne pas y faire attention, se tenir à distance toujours raisonnable pour parer à toute attaque frontale, désexualiser la conversation, éviter tous propos qui pourraient être mal interprêtés, ne pas minauder (essayer), si le mec fait un compliment dire merci et passer à autre chose, ne pas faire trop durer les choses (le temps consacré peut apparaîte comme un signe d'intérêt)…

— et là je suis mort de rire de reconnaître exactement la manière dont certains agissent avec moi.

Je rajoute enfin que j'apprécie beaucoup plus la flatterie quand on me dit que je suis beau (ce qui arrive fort rarement, d'ailleurs ☹) que quand on me dit que je suis intelligent (ce qui a le don de m'agacer prodigieusement, même) ; et si on veut me flatter en ne me disant ni l'un ni l'autre, le mieux est de dire que je suis gentil (ou drôle, ou que sais-je encore). Certes, la flatterie ne vous mènera à rien avec moi (et je ne vous croirai pas une seule seconde, quoi que vous disiez), mais, surtout, que ça ne vous empêche pas d'essayer ! 😉

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