David Madore's WebLog: Blade Runner 2049

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(lundi)

Blade Runner 2049

(Aucun spoiler dans ce qui suit, sauf si vous êtes ultra-maniaques à ne rien vouloir savoir du tout avant de voir un film.)

La suite, 35 ans plus tard, de Blade Runner, a été attendue avec l'impatience avec laquelle on guette la suite d'un film-culte (avec pas mal de célébrités au générique), ce qui rend toujours le jugement compliqué ; globalement, les critiques et les spectateurs ont bien aimé Blade Runner 2049, et l'ont qualifié de digne de son prédécesseur. Pour ma part, je n'ai pas été terriblement emballé, mais je n'ai pas vraiment compris pourquoi on était censé trouver l'original complètement génial : je suis donc d'accord avec l'avis selon lequel cette suite se compare assez bien au précédent.

Disons tout de suite ce qui est sans doute le plus réussi : l'ambiance. L'atmosphère à la fois futuriste et glauque (« néo-noir »), qui saisissait dans le premier film, est recréée à la perfection : on a la poésie spleenétique du genre post-apocalyptique (que, généralement, je déteste avec passion) sans que ses clichés soient enfoncés. Les images sont magnifiques : même si la tendance des directeurs photo à faire des plans trop monochromes m'agace normalement, ici je reconnais qu'elle est utilisée à bon escient. Et au sein même de la palette « cyberpunk » (pour simplifier), le film fait usage de teintes assez variées, entre le décor inquiétant d'une décharge industrielle et les intérieurs minimalistes mais luxueux de la Wallace Corporation, entre la ville bourdonnante d'activité interlope et le charme énigmatique d'un hôtel vide dans une Las Vegas abandonnée.

Les acteurs sont plutôt bons : Ryan Gosling se tire très bien d'un rôle dont on ne sait pas si c'est du lard ou du cochon, Harrison Ford est plus là pour le star factor que pour la performance, mais il n'est pas mauvais non plus ; Robin Wright donne une vraie personnalité au rôle un peu secondaire qu'elle s'est vu confier ; mais ce sont surtout Jared Leto et, plus encore, Sylvia Hoeks, qui font vivre le film.

Convenons aussi que, prise à un niveau suffisamment superficiel, l'histoire fonctionne, on s'y laisse prendre si on ne réfléchit pas, si on se contente de se laisser bercer par la musique et la beauté des images. Il y a quelques rebondissements qui n'en sont pas vraiment, et si on n'y regarde pas de trop près, ils donnent l'illusion d'une intrigue structurée. J'ai l'impression que c'est là la touche de Denis Villeneuve : des scénarios en trompe-l'œil qui laissent croire qu'ils sont d'une grande complexité, alors que dès qu'on s'en approche, on s'aperçoit qu'il n'en est rien — ce n'est pas forcément un reproche.

Mais ce qui me pose problème — ce qui me posait déjà problème dans le premier film, mais ce problème est plus prégnant cette fois-ci — c'est que personne n'a l'air d'avoir sérieusement réfléchi à la mesure dans laquelle les réplicants sont humains et la mesure dans laquelle ils ne le sont pas, ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire, ce qu'on sait et qu'on ne sait pas sur eux. Ce ne sont pas des questions périphériques ou accessoires : toute l'histoire repose dessus, elles sont aiguisées par les changements technologiques censés s'être déroulés entre les deux films, et cela pourrait être l'occasion d'une réflexion intéressante sur l'intelligence artificielle ou ce qui définit l'Humanité ; or malheureusement, on a l'impression que les réponses nous sont apportées aléatoirement, au fur et à mesure des besoins du scénario, sans même se préoccuper qu'elles ne se contredisent pas les unes les autres. Au final, les réplicants, leurs capacités, leur raison d'être, leur manière de fonctionner, bref, les règles du jeu, tout ça reste tout aussi nébuleux que l'ambiance post-apocalyptique dans laquelle baigne le film, et la réflexion à peine amorcée tombe à plat. Cela pourrait être réussi si c'était pleinement voulu et assumé (c'est-à-dire si le film se voulait complètement poétique, un peu à la façon de Taxandria), mais ce n'est pas le cas.

En plus de ça, il y a autre chose qui à mon avis ne fonctionne pas bien, c'est pour ce qui est de motiver le spectateur à s'intéresser au(x) héro(s) ou à ce qu'il(s) cherche(nt) à faire. Qu'on nous présente un monde glauque est une chose, mais si on veut intéresser le spectateur, il est généralement utile de lui présenter une perspective de rendre ce monde moins merdique, quitte à jouer à la tuer dans l'œuf (pensez à Brazil), ou au moins quelqu'un qui lutte pour rendre ce monde moins merdique, bref, quelqu'un qu'on puisse encourager mentalement. Ici, il y a peut-être trois groupes qui s'affrontent (la police de Los Angeles, un fou mégalomane, et un groupe de réplicants ; et disons qu'il y a dans l'histoire une sorte de MacGuffin qu'un camp veut supprimer et que deux autres camps veulent utiliser), mais aucun de ces groupes mutuellement adverses ne nous paraît modérément sympathiques, on ne sait même pas vraiment ce que veu(len)t le(s) héro(s), aux côtés de qui il(s) se range(nt), ou qui le(s) manipule. Bref, à part la curiosité de savoir comment tout cela va finir, on n'arrive pas à s'intéresser à ce qui se passe. Le fait que quasiment tout le monde dans le scénario soit plus ou moins non-humain et qu'on ne sache même pas dans quelle mesure ils sont non-humains (cf. le paragraphe précédent) n'aide certainement pas.

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