David Madore's WebLog: Donald Trump me terrifie toujours autant

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(mardi)

Donald Trump me terrifie toujours autant

Je n'ai pas l'intention d'écrire une suite infinie d'entrées sur Donald Trump ni de commenter sa présidence pendant les années qui viennent (John Oliver s'en chargera certainement mieux que moi, et je recommande d'avance). Mais il reste encore, au moment où j'écris, une poignée d'heures avant qu'il prête serment, alors il faut en profiter — comme on profite de ne pas encore avoir touché le sol lorsqu'on tombe d'un avion sans parachute (jusqu'ici tout va bien). L'espoir fou qu'on découvre qu'il se comporte différemment une fois élu que pendant la campagne a été bien vite douché. Mais je peux encore avoir l'espoir à peine moins fou qu'un voyageur du futur se matérialise à Washington et annule la cérémonie au nom de l'Empereur galactique ; ou qu'on nous annonce que tout ceci était une gigantesque blague et que c'est bien sûr Hillary Clinton qui a été élue.

Bon, je me rends surtout compte que dans les précédentes entrées où je parle de lui (ici et ) je n'ai pas été très clair sur le distinguo suivant. Il y a trois Donald Trump qui me font peur pour des raisons différentes :

  1. le Donald Trump qui a fait alliance avec tout ce qu'il y a de plus répugnant dans le parti Républicain, c'est-à-dire l'extrême-droite qu'il est actuellement à la mode d'appeler alt-right (représentée, disons, par son conseiller Steve Bannon), les conservateurs les plus extrêmes (représentés, disons, par son vice-président Mike Pence), et les magnats de la big oil et autres intérêts adjacents (représentés, disons, par son secrétaire d'état Rex Tillerson),
  2. le Donald Trump incohérent, impulsif, imprévisible et incontrôlable comme un enfant caractériel, qui n'écoute personne et est capable aussi bien de changer d'avis du tout au tout d'un jour sur l'autre comme de rester buté sur un avis stupide, et surtout capable de nier la réalité avec une obstination impressionnante,
  3. et le tout chapeauté par le Donald Trump égocentrique complexé et mégalomane qui ne voit le monde que sous le prisme de sa propre réussite et de sa propre supériorité, et qui n'a qu'un seul but dans la vie, c'est de combler le puits sans fond qu'est sa soif de grandeur et de richesses.

Les frontières entre les trois ne sont pas parfaitement marquées (par exemple, sa misogynie brutale relève du conservatisme du premier, de l'impulsivité du second et du complexe de supériorité du troisième) ; mais il est intéressant de s'exercer à les séparer et se demander quel Donald Trump agit ou parle (ou tweete) à chaque instant.

Ce que je reproche à beaucoup de gens qui ont critiqué Trump avant et après l'élection ou au contraire qui ont cherché à le défendre (par exemple en expliquant qu'il est isolationniste et que c'est plutôt une bonne chose, ou qu'il disparaîtrait une fois l'élection faite), c'est de s'être concentré sur le premier de ma liste ci-dessus. Ce Donald Trump nº1, à la limite, m'intéresse beaucoup moins : c'est un danger, certes, mais c'est un danger relativement cerné. Il ne fait probablement pas partie du Donald Trump profond : ses alliances actuelles sont juste un deal qu'il a fait pour arriver au pouvoir (il suffit de comparer avec ses positions en 2000 pour se rendre compte de la différence), et qu'il va probablement tenir vue la composition du Congrès, mais ce n'est pas plus fondamental que ça. Par ailleurs, ce premier Donald Trump est relativement compréhensible, on sait quoi attendre de lui, ce n'est pas réjouissant, mais au moins, il n'y aura pas d'énorme surprise de sa part. Et comme je ne suis pas Américain (ou surtout, pas une Américaine qui risquerait d'avoir besoin d'un avortement) et qu'il est relativement improbable qu'on m'enlève pour m'emmener me faire torturer à Guantánamo, égoïstement, je ne suis pas trop inquiet. Enfin, sauf pour le changement climatique. Et pour la personne qu'il nommera à la Cour Suprême.

Mais si on laisse de côté les accusations de racisme et autres qui concernent le premier Donald Trump, il reste le deuxième et le troisième, c'est-à-dire le tempérament du personnage et non ses alliances du moment. (À ce sujet, j'ai trouvé cette interview de ses biographes assez intéressantes.)

Le troisième Trump ne me fait pas spécialement peur. J'irais presque jusqu'à dire qu'il me rassure : si Donald Trump ne fait « que » s'en mettre plein les poches, pratiquer le népotisme et dorer son blason pendant son mandat, ce ne sera pas la fin du monde. Même : comme Donald Trump nº3 a des intérêts financiers dans le monde dans son état actuel, on peut compter sur lui pour éviter les pires désastres, par exemple une guerre atomique — la valeur immobilière de la Trump Tower serait grandement diminuée si New York était la cible d'une bombe atomique, donc il essaiera d'éviter ça, et il est possible qu'il comprenne qu'il vaut mieux ne pas en envoyer une si on ne veut pas en recevoir. Si on est carrément optimiste, on pourrait même imaginer que Donald Trump nº3 se préoccupe de sa popularité comme une mesure de réussite (bon, pour l'instant, ça n'a pas l'air parti pour, mais ce n'est pas complètement exclu pour autant) et même, soyons fous, penser qu'il pourrait faire quelque chose de bien parce que cette chose serait populaire et qu'il verrait ça comme une façon d'être le plus grand président de tous les temps (ce que Donald Trump nº3 se donnera certainement comme mission d'être). Au minimum, pour tout ce qui n'a pas directement lien avec sa personne, Donald Trump nº3 sera simplement peu intéressé par toute la question du gouvernement, et laissera faire, ou sera manipulé par, ses ministres et conseillers, qui sont des gens peu recommandables, certes (cf. ce que je disais sur le nº1), mais au moins, ils ne sont pas complètement fous.

Mais il reste le deuxième Donald Trump de ma liste. Et celui-là, vraiment, il continue de me terrifier, parce qu'il est capable de faire n'importe quoi, y compris les choses les plus absurdes, et je ne vois rien de même modérément rassurant à ce chapitre (sauf si on compte au moins, la fin du monde pourra être rigolote). La personne avec laquelle j'imagine le plus comparer Trump est Berlusconi, et même chez Berlusconi, le nº2 était très loin d'avoir l'ampleur qu'il a chez Trump (ce sont plutôt les nº 1 et 3 qui font marcher la comparaison).

Alors le seul silver lining que j'arrive à trouver concernant le Donald Trump nº2 est le suivant : il n'est pas complètement exclu qu'à un moment où un autre, Donald Trump nº2 décide de bouder parce que les gens ne sont pas gentils avec lui, et qu'il démissionne de la présidence (le nº3 expliquera qu'il aura été le plus grand président de tous les temps et qu'il n'a plus rien à prouver, qu'il aurait pu faire mieux mais qu'on l'empêche d'agir, sad!). On se retrouvera avec Mike Pence, qui est une facette du Trump nº1 : un personnage répugnant, certes, mais pas totalement imprévisible.

Ou alors on peut se réconforter avec l'idée suivante, que l'humanité entière est en quelque sorte unie par cette menace qui pèse sur nous (quelle folie Donald Trump nº2 pourra-t-il bien faire ?) comme une sorte de communion face à une fin du monde possible. Je pense que les dirigeants chinois sont particulièrement inquiets (qui n'aiment pas le chaos ou les choses imprévisibles, bref, tout ce que Donald Trump nº2 incarne) ; mais je soupçonne que Vladimir Poutine n'est en fait pas si heureux que tout le monde le dit, parce que même s'il a quelque bénéfice à ce que le président des États-Unis soit mentalement un gamin, il vaut quand même mieux, globalement, qu'il ne soit pas complètement cinglé.

Ajout : ce sketch du Daily Show reflète parfaitement mon état d'esprit.

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