David Madore's WebLog: Comment je corrige des copies

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(mardi)

Comment je corrige des copies

S'il y a un aspect du métier d'enseignant que je n'aime vraiment pas, c'est corriger des copies : à l'agacement de voir passer 25 fois la même erreur s'ajoute la frustration de ne pas pouvoir interagir avec celui qui l'a faite. (Au contraire, quand je fais passer un oral, les erreurs du candidats sont plutôt une source d'intérêt pour moi, parce que c'est l'occasion de comprendre la profondeur de l'erreur, de laisser des occasions de la découvrir et de la corriger, bref, d'interroger de façon personnelle.)

Le tout, donc, est de maximiser l'efficacité. Quand je corrige des copies que les étudiants ne demanderont pas à voir (ce qui, à Télécom ParisPloum, est presque toujours le cas), je ne mets aucune annotation dessus, sauf de très rares mentions pour moi-même s'il y a une faute qui risque d'être difficile à retrouver en cas de relecture. Ça fait gagner un temps important : j'ouvre un tableur avec la liste des élèves en colonne, la liste des questions en ligne, et je prends les copies une par une en entrant des nombres dans le tableau. On gagne encore plus de temps à ce que toutes les questions soient sur le même nombre de points (ça évite de regarder le barème à chaque fois) : par exemple, mettre un nombre entre 0 (=tout faux) et 1 (=tout juste) à chaque question, quitte à insérer une pondération plus tard (et tant pis si ça conduit à des notes bizarrement fractionnaires). Il est aussi bon, pour l'efficacité, qu'il y ait essentiellement une chose à dire par question (si ce n'est pas le cas, il vaut mieux subdiviser — sinon, on risque de se retrouver à mettre la totalité des points à une copie qui n'a répondu qu'à la moitié de la question).

Les premières copies prennent beaucoup plus de temps à corriger que les suivantes. Peut-être cinq fois plus pour la première copie, parce qu'on ne connaît pas encore le sujet, donc pas encore les choses à repérer dans chaque question — les réponses vraiment attendues, les fautes courantes. Parce que rapidement, la correction de chaque question se termine à vérifier un ou deux points-clés comme le nom du théorème à invoquer ou la présence de tel calcul intermédiaire ou quelque chose de ce genre ; inversement, tel ou tel signe rapidement familier, comme un théorème qui ne peut tout simplement pas s'appliquer, voudra dire que la question est fausse et on ne cherche pas plus loin. Il y a bien parfois quelques copies exceptionnelles qui arrivent à dire des choses justes ou fausses, peu importe, mais différemment des autres, et elles peuvent demander plus de temps que trois copies « normales », mais ça reste une infime minorité.

Pendant des années, j'avais l'habitude de corriger « transversalement », c'est-à-dire de corriger un bout du sujet (par exemple, un exercice) sur l'ensemble du paquet, puis un autre bout du sujet, etc. L'avantage est qu'on se familiarise d'autant plus vite avec les fautes courantes, et la notation est sans doute d'autant plus juste : on se rappellera parfaitement comment on a pénalisé telle ou telle faute vénielle sur la question ; on peut commencer la correction de chaque partie par une copie différente, ce qui diminue d'autant l'impact de l'effet « première copie » (cf. ci-dessous) ; et ça évite aussi de se laisser influencer dans la question 2 par le fait que la question 1 était bien traitée (ceci dit, ça peut être un avantage ou un inconvénient). Le problème avec cette façon de faire est surtout que les étudiants ne marquent jamais assez clairement où commence chaque question, et sont capables de semer des bouts de réponse un peu partout — donc on perd énormément de temps à les retrouver, et j'ai fini par arrêter de faire comme ça.

Vu que je ne corrige plus transversalement, il est possible que la première copie que je corrige soit favorisée, ou défavorisée, je ne sais pas : du coup, je la tire toujours au hasard (et je cycle ensuite dans l'ordre alphabétique — il reste sans doute un biais systématique parce qu'un élève qui arrive alphabétiquement juste après un élève très mauvais sera peut-être favorisé, ou défavorisé, je ne sais pas, mais je pense que c'est vraiment très mineur comme effet). J'essaie aussi de ne pas lire le nom de l'étudiant dont je corrige la copie (je vérifie que j'ai rempli la bonne ligne du tableau seulement après l'avoir fait), ne serait-ce que pour ne pas risquer de favoriser, ou défavoriser, les filles, ou les noms ayant telle ou telle consonance, ou bien sûr, dans les groupes d'étudiants que je connais, telle ou telle tête familière.

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