David Madore's WebLog: Séparation mentale des langues : un exemple

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(samedi)

Séparation mentale des langues : un exemple

Je mentionnais récemment la difficulté à apprendre au cerveau à séparer les langues étrangères, et spécifiquement l'exemple, dans mon cas, du néerlandais et du suédois. Complètement par hasard, je suis tombé sur un exemple intéressant sous la forme de ce court-métrage (fiche ici sur IMDB), que j'avais bookmarké et que j'ai regardé pour passer le temps pendant qu'il fait trop chaud pour sortir.

Le court-métrage en lui-même n'est pas franchement intéressant, la seule chose qui fait que je le mentionne[#], c'est qu'il est en néerlandais, en suédois et en anglais (mais bon, comme il doit y avoir 15 répliques en tout, ça fait environ 5 répliques dans chaque langue, ce n'est pas énorme). Le truc, c'est qu'en regardant juste le titre donné par YouTube (vattnet, c'est du suédois, et water, j'ai compris ça — à raison — comme la traduction anglaise du titre, mais je n'ai pas spécialement pensé que c'était aussi du néerlandais), je m'attendais à ce que ce soit en suédois, avec pour raison de plus que le premier personnage qu'on voit (et qui est en fait néerlandais) a un drapeau suédois dans sa chambre. Du coup j'ai cherché à comprendre les premières répliques comme du suédois, et j'étais surpris de ne comprendre absolument rien, même avec les sous-titres. Puis un personnage suédois apparaît, et demande vem är du? (qui es-tu ?) à l'autre, et là j'ai évidemment compris, mais le néerlandais répond I don't understand, et là j'ai saisi que c'était de l'anglais, mais j'étais totalement embrouillé quant à la raison pour laquelle il prétendait ne pas comprendre. Ce n'est que quand j'ai vu un panneau avec l'indication verboden toegang que mon cerveau a enfin tilté. Et ce qui est intéressant, c'est qu'à ce moment-là les répliques suivantes en néerlandais sont devenues parfaitement compréhensibles pour moi (je n'ai pas réécouté le début, mais je n'ai aucune raison de penser que les premières répliques auraient été moins bien articulées que les suivantes).

Bref, mon cerveau écoutant du néerlandais en s'attendant à entendre du suédois ne comprend rien, alors qu'avec la bonne information de la langue à comprendre, y arrive. Ça n'a rien de spécialement surprenant, mais c'était vraiment frappant. Et en quelque sorte, c'est une bonne nouvelle, parce que ça veut dire que j'ai effectivement créé deux catégories mentales bien distinctes, pour le néerlandais et le suédois (après, peut-être que ce court-métrage m'a totalement embrouillé et que c'était une grave erreur que de le regarder…).

J'avais eu un exemple vaguement semblable, mais moins frappant, en tombant par hasard à la télé sur une série historique diffusée sur Arte sur la guerre prusso-danoise de 1864, série qui était à moitié en allemand et à moitié en danois : n'ayant pas regardé le résumé, je n'en avais aucune idée, et ayant d'abord entendu et compris de l'allemand, j'ai été très surpris ensuite d'entendre du danois et de n'y comprendre absolument rien, alors que je pensais que c'était encore de l'allemand, prononcé avec un accent à couper au couteau. Certes, il est assez normal que je ne comprenne pas le danois, mais une fois que j'ai lu le résumé, appris qu'il s'agissait de danois, et mis les sous-titres, j'ai au moins pu comprendre un certain nombre de phrases simples. • Encore un autre exemple est fourni par cette musique (que j'aime d'ailleurs énormément sur le plan musical, mais c'est parce que j'ai notoirement des goûts de chiottes) : je pensais que les paroles étaient dans une langue inventée[#2]. Et après l'avoir écouté je ne sais combien de fois[#3], mon cerveau a capté du kan om du vil, ce qui est du bon suédois (tu peux si tu veux) ; après, en fait, il s'avère que ce n'est pas du suédois, c'est du norvégien (bokmål), mais on voit l'idée. Ceci étant, les paroles des chansons, en général, même quand c'est dans une langue que je comprends parfaitement, je n'y capte rien du tout, et je ne suis pas le seul apparemment. Bref.

[Note pour moi-même : il y a deux choses qui me viennent à l'esprit au sujet de l'apprentissage des langues et qu'il faut que je raconte dans des entrées ultérieures : la difficulté à se créer une catégorie mentale pour un phonème (même si on arrive parfaitement bien à le prononcer et à le reconnaître prononcé, ce qui sont des choses différentes), et la difficulté à se former une mémoire automatique pour appliquer les sortes de fonctions booléennes qui sont utilisées par les règles grammaticales.]

[#] Et que je ne le recommanderais qu'à quelqu'un qui est dans la même situation que moi, i.e., qui comprend juste un petit peu le néerlandais et le suédois, chose qui n'est probablement pas très fréquente parmi les lecteurs de blogs en français, donc je serais, en vérité, un peu surpris d'apprendre que j'ai ne serait-ce qu'un lecteur dans ce cas.

[#2] Ce n'est pas rare !, s'agissant de ce genre de musique. Je l'ai appris après avoir vainement cherché à comprendre le « latin » de Conquest of Paradise de Vangelis.

[#3] Dans une autre version que celle vers laquelle je pointe sur YouTube, bien sûr : si j'avais vu les paroles écrites, bien sûr, je n'aurais pas eu de mal à comprendre.

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