David Madore's WebLog: Fragment littéraire gratuit #140 (à l'heure des choix)

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(vendredi)

Fragment littéraire gratuit #140 (à l'heure des choix)

Un vendeur de fleurs est entré dans le restaurant au moment où nous nous sommes assises. Opale a pris deux roses, une blanche et une rouge et me les a tendues, une dans chaque main, en me disant :

— Alors, qu'est-ce que ce sera, York ou Lancastre ?

— C'est un test ? ai-je demandé. Je suis obligée de choisir mon camp ?

— Bien sûr que c'est un test, a répondu Opale en riant. Rien de plus important que de décider de quel côté on veut être. Athènes ou Sparte ? Hannibal ou Scipion ? Marc-Antoine ou Octave ? Attila ou Aetius ? Grégoire VII ou Henri IV ? Saladin ou Lusignan ?…

— Et il faut forcément opter pour le vainqueur ? ai-je interrompu.

— C'est précisément la question. Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni : la cause victorieuse a plu aux dieux, mais la vaincue à Caton.

Opale est restée un moment pensive, puis a ajouté :

— Cela me rappelle aussi une histoire à propos de Talleyrand. (Anecdote d'authenticité douteuse, et que ma mémoire déforme sans doute, mais peu importe.) Ça se passe l'après-midi du 28 juillet 1830, le vieil homme écoute de chez lui le brouhaha de la révolution, et voilà qu'une sonnerie se fait entendre. “Ah,” dit Talleyrand, “on bat le tocsin. C'est que nous triomphons.” Un ami lui demande : “Nous triomphons ? Mais qui est au juste ce ‘nous’ ?” “Ça,” répond Talleyrand, “nous le saurons demain.”

J'ai pris les deux fleurs à la fois, et je les ai rassemblées.

— Alors je choisis la rose Tudor, la rose de l'union.

— Bravo, m'a répondu Opale en souriant, je pense que tu as passé le test.

Puis elle est redevenue plus sérieuse :

— Trêve de préliminaires. La proposition que je veux te faire va te sembler étrange, et sans doute inquiétante, une fois que tu auras été convaincue qu'elle est vraie. Il s'agit de rejoindre une société secrète dont je ne peux te révéler que très peu sur sa nature à moins que tu acceptes, justement, d'en faire partie. Je l'appellerai simplement le “Conseil”. Il ne s'agit ni d'un culte ni d'une organisation politique. On pourrait dire qu'il s'agit d'un complot, même si c'est bien plus que cela, et toutes les théories dans ce sens se méprennent à la fois sur notre puissance et sur nos intentions : mais je ne peux pas en expliquer plus pour le moment. Je peux seulement t'assurer que nous nous cachons derrière les plus graves catastrophes de l'histoire de l'humanité : ce sont en effet les signes de chacun de nos échecs.

— Je suis censée te croire ? Ou je dois attendre la chute de la blague ?

Opale rit de nouveau.

— Peut-être que c'est un nouveau test…

[Ajout () : les trois derniers paragraphes.]

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