David Madore's WebLog: Comment apprendre des langues en dilettante

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(vendredi)

Comment apprendre des langues en dilettante

J'ai déjà dû à plusieurs reprises sur ce blog dire du bien de la méthode Assimil : pas spécialement que je pense qu'elle soit meilleure qu'une autre dans l'absolu mais je trouve que, avec ses enregistrements de textes parlés et avec le principe d'apprendre instinctivement en s'efforçant de comprendre ce qu'on entend/lit, elle convient très bien à quelqu'un qui, comme moi, a une mémoire essentiellement auditive, un goût pour retenir des fragments de phrases, une satisfaction à comprendre « naturellement » ce que j'entends, et aucune envie de parcourir des listes de vocabulaire hors contexte ; par contre, il faut souvent que j'y ajoute une grammaire pour satisfaire ma curiosité de geek pour les règles complètes avec des myriades de cas et de sous-cas.

L'ennui, c'est que je suis aussi immensément paresseux. La méthode Assimil est probablement la moins mauvaise pour les gens paresseux, aussi, parce qu'elle demande assez peu d'efforts actifs, juste du temps à trouver, mais même comme ça la patience d'arriver au bout de quoi que ce soit que je commence me manque systématiquement. Surtout que l'apprentissage d'une langue n'a pas de fin. Au contraire, c'est une tâche dans laquelle les retours sur investissement tombent rapidement. Ce n'est pas surprenant, d'ailleurs : quelle que soit la langue, la fréquence des mots suit quelque chose comme une loi de Zipf, donc avec cent cinquante mots de vocabulaires on déchiffre peut-être la moitié d'un corpus, mais il en faudra peut-être deux mille pour comprendre les trois quarts du corpus et huit mille pour les neuf dixièmes — bref, plus on progresse, moins on progresse vite. Enfin, ça n'explique pas que je n'arrive pas au bout des méthodes Assimil qui, elles, contiennent un nombre fini (et connu à l'avance) de leçons et, même si la difficulté en va croissant, c'est normalement surmontable ; et quand on finit, si jamais on finit, on doit arriver pour la plupart des langues à baragouiner quelque chose d'assez potable tout de même.

Le dilettante comme moi fait contre mauvaise fortune bon cœur : apprendre une langue est difficile ? Qu'à cela ne tienne : dès que ça deviendra trop difficile, on changera de langue. Je présente ça comme un choix de paresseux, mais ce n'est pas forcément idiot. Ou du moins, il faut savoir dans quel but on apprend une langue. Quand je vois les difficultés que j'ai à lire le moindre texte allemand, je renonce à peu près, pour ma part, à l'idée de maîtriser complètement autre chose que le français et l'anglais ; et même mon anglais je me décourage de la façon dont il fout le camp quand il s'agit de le parler ou de l'écrire (mais au moins je le lis aussi bien que le français). Bref, si j'entreprends d'apprendre une autre langue, ce n'est pas pour la parler, ni même vraiment pour la lire, c'est pour m'en faire une idée, c'est pour regarder un petit peu sa beauté propre, ou peut-être simplement pour assouplir mes neurones sur sa grammaire et exercer mon oreille et ma langue à ses sons. Ou, si c'est pour comprendre des textes dans cette langue, ce seraient des textes accompagnés de leur traduction : il n'y a rien d'absurde à lire une œuvre en traduction mais, quand on rencontre une phrase mémorable, une phrase particulièrement forte ou qui nous touche spécialement, d'aller faire l'effort d'en retrouver la version originale pour la décortiquer, mot par mot, et savoir ce que l'auteur a vraiment écrit dans ses propres termes — or, pour cela, une connaissance assez faible de la langue suffit, puisqu'on a déjà la traduction, il s'agit juste de reconstituer les structures grammaticales. (À titre d'exemple, j'avais apprécié que la RATP, à une époque, mettait dans les couloirs du métro des poèmes dans toutes sortes de langues, avec leur traduction française ; ça m'avait permis d'apprécier un poème en russe, chose que normalement je ne pourrais pas faire.)

Depuis que j'ai commencé ce blog, j'ai essayé avec la méthode Assimil d'apprendre un peu de japonais, puis d'arabe. Dans les deux cas j'ai arrêté, mais je garde l'espoir ou l'intention de reprendre (surtout l'arabe, dont la grammaire m'intéresse plus, et qui ne pose pas le problème des kanji que je ne pourrai jamais retenir puisque je n'ai essentiellement aucune mémoire visuelle) : ce n'est d'ailleurs pas forcément une mauvaise chose d'apprendre quelque chose, de se donner le temps de l'oublier, et de le réapprendre ensuite — je sais que quand il s'agit de maths, ça me permet de bien mieux comprendre la deuxième fois (ou souvent, la trente-douzième fois).


Là, je viens de commencer l'étude du suédois. En fait, c'est plus une blague qu'autre chose, je n'ai pas vraiment l'intention de m'y mettre sérieusement. Le truc, c'est qu'il m'est arrivé plusieurs fois que des gens (dans la rue, dans le métro, ou pendant que je faisais les courses) s'étonnassent de la blondeur de mes cheveux et de la couleur de mes yeux, refusassent de croire que je pusse être français (pourtant, les blonds aux yeux bleus, en France, ce n'est quand même pas si rare ! je veux bien que mes cheveux soient très clairs, mais de là à m'apostropher à ce sujet…) et insistassent pour que je dusse avoir des origines scandinaves. (Si j'en crois cette carte-ci ainsi que celle-là, ils n'ont statistiquement pas complètement tort, même si ce serait plutôt la Finlande qu'il faudrait soupçonner.) Alors si les gens veulent absolument croire que je suis Suédois je devrais peut-être entretenir leurs illusions. Peut-être devrais-je me faire faire un tee-shirt sur lequel serait écrit (en jaune sur bleu évidemment) :

Innan en idiot frågar:
Ja, jag är egentligen blond och blåögd.
Men nej, jag är inte från Sverige.

(Avant qu'un idiot ne demande : Oui, je suis vraiment blond aux yeux bleus. Mais non, je ne viens pas de Suède. Ou faudrait-il ajouter une interjection ?)

Pourquoi le suédois plutôt que le danois ou le norvégien, voire l'islandais ? Simplement parce qu'il fallait bien faire un choix, et que le suédois est le plus parlé (et peut-être le plus plausible pour un blond aux yeux bleus ?), et peut-être que sa prononciation est plus intéressante que celle du danois. Mais bon, mon but serait plutôt juste d'arriver à comprendre la phonologie du suédois, qui a l'air assez intéressante, et surtout d'arriver à l'articuler avec autre chose qu'un accent allemand à couper au couteau (ce que j'ai spontanément tendance à faire). Si ma paresse ne me dépasse pas, après quelques semaines, je reprendrai l'arabe en alternance (en gageant que le suédois et l'arabe sont assez différents pour ne pas risquer de les mélanger).


Sinon, j'ai découvert qu'Assimil avait lancé la méthode de grec ancien. Je savais déjà qu'ils avaient fait le latin, avec des textes aussi mémorables que nous partons en vacances en voiture (non, je n'ai pas le manuel sous la main pour vous vérifier comment ils ont traduit voiture) : mais c'est vrai qu'il y a, en latin, une tradition assez respectable de créer des mots pour tous les concepts modernes (ne serait-ce que parce que le pape doit bien avoir un moyen d'écrire une encyclique condamnant la dépravation sur Internet, n'est-ce pas ? 😉), et même Harry Potter est traduit en latin. Mais le grec classique, c'est encore bien mieux. Hélas, ils n'ont pas poussé la blague au même niveau, et on ne parle pas, dans l'Assimil grec ancien, de partir en vacances en voiture. Mais il y a quand même une geek-valeur ajoutée certaine, c'est que la prononciation utilisée dans les enregistrements est la prononciation restituée où même les accents (mélodiques) sont respectés : le φ est prononcé [pʰ] et pas [f], le ζ est prononcé [zd] et pas [dz], etc.

Parlant de prononciation des langues anciennes, en errant sur YouTube, je suis tombé sur cette lecture des 19 premiers vers de Beowulf en anglo-saxon (Hwæt, wē Gār-Dena in geārdagum, / þēodcyninga þrym gefrūnon, / hū ðā æþelingas ellen fremedon, etc.) : c'est assez amusant à écouter. Et typique de ce que je veux dire quand j'explique que ça peut être intéressant d'apprendre une langue juste assez pour pouvoir la comprendre quand on met le texte en regard de sa traduction.

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