David Madore's WebLog: L'argent, la dette, tout ça

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(mercredi)

L'argent, la dette, tout ça

Hier soir je suis tombé par hasard sur deux reportages sur Arte consacrés pour l'un à l'endettement aux États-Unis et pour l'autre à l'économie de la dette publique. L'occasion de comprendre certains phénomènes d'économie qui n'ont jamais été parfaitement clairs pour moi (je cherche d'ailleurs un livre d'introduction à ces sujets qui soit didactique sans être pipo). Quelques idées que je retiens, en complétant avec des informations trouvées en ligne (et où j'ai malheureusement sans doute ajouté beaucoup d'erreurs ou d'imprécisions) :

  • D'abord, comment la comptabilité fonctionne. En France, par exemple, la trésorerie de l'État (dont j'aimerais bien mieux comprendre les détails, par exemple comment s'organisent les comptes et correspondants du Trésor, quel est le rôle exact des trésoriers payeurs et receveurs et tout et tout, mais c'est un autre sujet) passe par un compte unique, le compte du Trésor public à la Banque de France. Ce compte est géré par l'Agence France Trésor. Il ne doit jamais devenir déficitaire : si j'ai bien compris, lorsque le compte d'un État devient déficitaire, cela veut dire qu'il a emprunté de l'argent à sa banque centrale, i.e., fait fonctionner la « planche à billets »[#], et comme c'est un facteur d'inflation, ce n'est pas bien (et dans le cas de l'Eurosystème, c'est interdit, même à court terme, par le traité de Maastricht — enfin, je n'ai pas trouvé où exactement, mais c'est ce qu'on m'a dit). Concrètement, l'Agence France Trésor se donne pour objectif que le solde du compte unique de l'État soit d'environ 100M€ (M€ = millions d'euros) à la fin de la journée, alors que les mouvements quotidiens sont de l'ordre de 20G€ (G€ = milliards d'euros). Pour éviter que le solde soit négatif (je ne sais pas très bien comment l'argent est placé en cas d'excédent), l'État recourt à des emprunts privés, qui prennent la forme d'obligations ; il doit y en avoir à plus ou moins long terme. Ces bons du trésor sont vus par les marchés financiers comme un placement très sûr (l'État honore ses dettes) : ils sont achetés surtout par des compagnies d'assurance, des fonds de pension, etc., qui sont donc les créditeurs directs de l'État. (Dans le cas de la France, la dette est à 40% intérieure, dans le cas des États-Unis les créditeurs sont beaucoup plus majoritairement extérieurs, notamment en Chine.)
  • Ce qui s'accumule comme dette, donc, c'est la différence entre les dépenses et les recettes inscrites au budget, c'est ce qu'on appelle le déficit public. (Mais bon, je trouve que c'est un peu un artifice comptable : je ne vois pas pourquoi on n'inscrirait pas emprunts sous forme d'obligations comme une source de recette pour avoir un budget comptablement équilibré revenant exactement au même… et concrètement, du coup, je ne sais pas ce qu'on compte exactement dans les recettes et les dépenses entre les emprunts contractés, le remboursement de ceux-ci et l'intérêt de ce remboursement : est-ce qu'un budget équilibré signifie qu'on conserve une dette constante en roulement c'est-à-dire en remplaçant les anciens emprunts par des nouveaux de même valeur, ou bien qu'on la liquide sur sa durée de vie, ou encore qu'on l'accroît à cause des intérêts ? Ce n'est pas clair.) La charge de la dette, ce sont les intérêts sur celle-ci : par exemple, la France a une dette d'environ 900G€ dont la charge annuelle est donc, avec un taux d'environ 4.4%, autour de 40G€ (comme je viens de dire, je ne sais pas si c'est comptablement inscrit comme une dépense sur le budget, ni pour le roulement de la dette qui doit être, lui, d'environ 120G€/an).
  • La dette est souvent présentée comme une façon pour une génération d'emprunter à la suivante : cela peut se justifier si c'est pour construire l'avenir (ou le reconstruire, comme au sortir de la guerre). Mais il faut aussi voir qu'une dette intérieure sera reversée à une partie de cette génération suivante : donc, concrètement, une partie de la génération paiera des impôts envers l'autre — ce qui est contraire à ce qu'on conçoit normalement comme rôle social de l'État. C'est peut-être pour cette raison que la conception politique traditionnelle de la dette s'est en quelque sorte inversée : on a vu qu'aux États-Unis les républicains (par les allégements d'impôts) étaient plus enclins à laisser filer les déficits que les démocrates, et idem en Europe (par exemple quand on compare Prodi et Berlusconi, ou quand on regarde l'exemple de la Suède qui est certainement un des pays les plus sociaux-démocrates en Europe).

[#] Encore quelque chose qui est souvent très mal expliqué et que j'aimerais mieux comprendre : comment fonctionne la création de la monnaie. Comme beaucoup de gens, j'avais en tête jusque récemment l'idée que c'est le monopole des banques centrales — c'est faux, en vérité toutes les banques créent de la monnaie dès qu'elles accordent un prêt (puisque toutes les banques, actuellement, prêtent plus que leurs dépôts à la banque centrale). La banque centrale n'a que le monopole de l'émission de la monnaie fiduciaire (les billets), ce qui n'est pas très important, et encore pas toujours, d'ailleurs de nos jours la Banque d'Angleterre n'a pas le monopole de l'émission des billets en livres sterling, la Bank of Scotland et la Royal Bank of Scotland (que le Club Contexte félicite au passage pour leurs noms) ainsi que la Clydesdale bank en impriment aussi même s'il s'agit de sommes ridiculement faibles.


Sinon, ça n'a absolument aucun rapport, mais la note ci-dessus me fait penser qu'il faudra un jour que le Club Contexte vous raconte la différence de statut entre (a) l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord, qui sont les pays constituant l'État souverain du Royaume-Uni, (b) les quatorze territoires britanniques d'outre-mer (comme les Bermudes), qui sont des dépendances du Royaume-Uni sans faire partie du Royaume-Uni (ni d'ailleurs de l'Union européenne — sauf pour Gibraltar), (c) les bailliages de Jersey et Guernesey et l'Île de Man, qui sont des dépendances de la Couronne britannique sans être des dépendances du Royaume-Uni mais pas non plus des États souverains, et enfin (d) les seize royaumes du Commonwealth (comme le Canada et l'Australie) qui sont des États souverains ayant le même monarque que le Royaume-Uni (tout en soulignant que les royaumes du Commonwealth n'ont a priori rien à voir avec (e) les États membres du Commonwealth, il se trouve simplement que les seize royaumes du Commonwealth sont effectivement membres du Commonwealth, mais il y en a d'autres comme l'Inde ou l'Afrique du Sud). Le Club Contexte tient à féliciter la Couronne britannique pour toutes ces subtilités byzantines et incompréhensibles. (Remarquez cependant que les distinctions de statuts dans les DOM-TOM français ne sont pas loin derrière en matière de complexité.)

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