David Madore's WebLog: Fragment littéraire gratuit #42 (the meaning of life)

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(vendredi)

Fragment littéraire gratuit #42 (the meaning of life)

Je fais passer cela pour un fragment littéraire gratuit (parce que je n'ai pas le courage d'assumer ce que je dis ? 😉), profitant de l'occasion pour prendre le numéro quarante-deux de la série.

Le sens de la vie ne se vend pas ? Je crois au contraire qu'il n'y a rien qui se vende mieux. De tout temps il y a eu des gens pour prétendre qu'ils avaient Tout Compris, pour dire que le salut est dans la communication, les micro-circuits imprimés, le renouveau religieux, la forme physique, ou dans n'importe quelle autre sottise. Et pour essayer de vendre leur conception. Je ne dis pas qu'ils ont tort : ils peuvent très bien avoir trouvé le sens de la vie, leur vie ; mais comme il y a des milliards de vies différentes, il y a aussi des milliards de sens différents qu'on peut leur donner. Oh, ce n'est pas un mal d'en prendre un d'occasion — éprouvé par l'usage, si j'ose dire : il faut une certaine trempe, ou une folie certaine, pour se créer le sien — entreprise qui ne va pas sans risques ; et il est toujours plus simple de suivre le gourou-qui-sait-mieux-que-vous, même s'il s'appelle Brian.

Le plus sage serait peut-être de ne pas se poser la question, mais on vous fait avaler la question de force, plus encore que les réponses. Ça fait partie du package publicitaire, si j'ose dire : pour vous vendre le sens de la vie, il faut bien vous faire accepter l'idée qu'elle en a un, qu'elle doit en avoir un, ou en tout cas que vous devez (ou pouvez) lui en trouver un. Ensuite, il y a toutes les variations possibles sur ce thème : il y a ceux qui vous disent au contraire que la vie n'a pas de sens, que l'homme est tel Sisyphe condamné à porter son lourd rocher sans savoir pourquoi, mais qui le présentent comme si cela même était la réponse ultime — je pense que le marketing a du génie, pour arriver à faire passer l'absence de produit pour le produit lui-même ; il y a ceux qui vous disent que la réponse est dans la question, dans le fait de la chercher, ce qui n'est pas mal non plus ; ou au contraire dans le fait de ne pas chercher la réponse. Cela me rappelle cette vieille parabole zen où l'on dit en substance que la meilleure façon de trouver le bonheur n'est ni de chercher le bonheur ni de chercher à l'éviter, mais d'être heureux. À vrai dire, il ne doit pas y avoir une chose qui n'ait pas été proposée et son contraire comme un sens possible de la vie.

Quoi qu'il en soit, on ne peut imaginer commerce plus lucratif, même quand il ne prend pas une tournure aussi grossièrement commerciale (car le fait d'avoir de l'argent, et surtout de le dépenser, est le sens de la vie le plus galvaudé qui existe, sauf peut-être celui, exactement contraire, consistant à se détacher de l'argent et des biens matériels, et lui aussi récupéré de la même façon). La quête ultime, ou celle qu'on veut faire passer pour telle, est le fonds de commerce de toutes les idéologies, de toutes les religions, et même d'un bon nombre de nos loisirs. Pour ma part, mon sarcasme nonobstant, je regarde cela avec une certaine bienveillance. La chose que je ne supporte décidément pas, c'est le fait qu'on prétende savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi.

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