David Madore's WebLog: 2001-09-11, dix ans plus tard

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(dimanche)

2001-09-11, dix ans plus tard

Puisque tout le monde a l'air de jouer à ce petit jeu, voici ma contribution à qu'est-ce que j'ai pensé le 11 septembre 2001. J'ai écrit le texte suivant  :

Comme je disais ailleurs, on est touché par de petites choses idiotes. Des milliers de victimes, j'ai beau l'entendre, j'ai beau condamner de toute la force de mon esprit, ça ne fait pas venir des larmes. Penser que les Twin Towers n'existent plus, ça me fait un choc énorme. Pourtant, ce n'était pas une oeuvre d'art précieuse (quoique mon père en dise :-). Et de plus je ne les ai jamais vues en vrai.

De même, les milliers de victimes, elles sont abstraites. Mais quand on voit certaines images de gens prisonniers dans la tour juste avant qu'elle s'effondre, ça devient nettement plus concret, et là, ça émeut vraiment.

Dire, c'est le plus gigantesque acte de terrorisme de tous les temps, c'est vague, ça ne me frappe pas tant. Entendre égrener la liste de tous les chefs d'État qui condamnent l'attentat et qui offrent leurs condoléances au peuple américain, curieusement, ça me rend la chose nettement plus palpable.

L'émotion est quelque chose d'étrange. Je pense que Douglas Adams, dans le premier tome du HHGG […] décrit quelque chose de très intéressant dans ce que ressent Arthur Dent après la destruction de la Terre.

Tu dis que c'est la première fois que tu as les larmes aux yeux pour un événement qui te touche aussi peu directement. Ce n'est pas mon cas (pour ce qui est de « la première fois »). Oscar Wilde, en réponse à la question de quel était l'événement le plus tragique de sa vie, avait répondu, la mort d'Emma Bovary. Il y a quelque chose de profond là-dessous. Je suis très ému par ce qui s'est passé, certainement, et pourtant, il m'est arrivé d'être plus ému par des choses entièrement fictives (tel livre ou tel film), ou infiniment moins graves. Finalement, ce qui m'émeut, ce n'est pas la catastrophe en elle-même, c'est la façon dont elle m'est présentée.

C'est comme ça que la douleur du déchirement survient. On est touché par une perte, une rupture, une disparition. Les Twin Towers étaient un Monument de la civilisation humaine. Un symbole. Il a disparu. Qu'est-ce que ces milliers de victimes ? Elles n'ont pas de visage pour moi. Je ne les ai jamais connues (sauf si j'apprends après coup que je connaissais telle ou telle personne qui a péri dans le désastre). Je ne perds rien en elles. Depuis l'attentat, plus de personnes sont mortes dans le monde pour d'autres raisons qu'il n'en est mort dans cet attentat. Gouttes d'eau dans la mer. Mais parmi ces personnes mortes, soudain, une image me montre un visage. Un point insignifiant, mais auquel on s'attache immédiatement parce qu'on *ne voudrait pas être à sa place*. Et la mort de ce visage donne soudainement une ampleur humaine à la tragédie. Malgré cela, l'ensemble n'attriste pas plus que la mort d'un personnage de fiction que l'auteur a pris le soin méticuleux et cruel de vous rendre attachant.

L'avion qui s'est écrasé sur le pentagone ne m'a fait, lui, aucun effet. S'il avait détruit le capitole ou le monument à Lincoln, même sans faire la moindre victime, ça m'aurait énormément choqué.

Oui, décidément, l'émotion est quelque chose d'étrange.

Voir aussi ce que j'écrivais deux ans après, dans la même veine.

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