David Madore's WebLog: Fragment littéraire gratuit #51 (que sont-ils devenus ?)

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(samedi)

Fragment littéraire gratuit #51 (que sont-ils devenus ?)

Bon, je reconnais que c'est facile, comme effet, et que je ne recule pas devant le cliché, mais voici en quelque sorte le pendant d'un fragment antérieur (alors, fier ?) :

J'ai un moment de vertige : en une seconde s'opère pour moi la transformation de l'adolescent introverti et mal aimé que j'avais laissé au terme du lycée en ce beau mâle maintenant debout devant mes yeux écarquillés qui refusent de croire au tour de passe-passe. Quoi de commun entre le Stéphane de ma jeunesse, préservé dans mon souvenir comme un insecte dans le formol, et l'étranger qui m'a ouvert la porte ? Il est impossible que derrière les épaisses lunettes d'hypermétrope, qui lui imposaient alors un air retardé, se soit caché le regard perçant de ces yeux outremer. Il n'y a rien de commun entre la tête hirsute d'autrefois et ces épais cheveux bruns bouclés portés avec élégance, pas plus qu'entre le corps chêtif et rabougri que j'ai connu et la musculature finement dessinée que je devine à présent. Et est-il concevable que, cessant seulement de se tenir recroquevillé sur lui-même, il se soit agrandi à ce point ? Le son de sa voix — quand il m'invite à entrer —, le sourire sur ses lèvres — et la blancheur de ses dents —, tout dément qu'il ait pu être ce que je me rappelle.

Pourtant, je dois accepter la vérité : les vingt années qui ont passé pour moi, ces vingt années qui nous séparent du milieu de l'époque regrettée et haïe à laquelle Mitterrand a donné son nom, elles ont aussi passé pour Stéphane, et en se réveillant de ce sommeil agité le vilain petit canard s'est transformé en cygne.

Une fois passée la première surprise, je ne m'étonne pas de découvrir un appartement meublé avec le même goût que sa tenue laissait soupçonner : un goût qui ne refuse pas un soupçon de fantaisie, un goût qui ne cherche pas à se faire trop parfait ni trop conventionnel (tiens, ce disque… écoute-t-il encore Renaud ?), mais un goût néanmoins sûr. Bref, il est devenu le gendre idéal, et c'est peut-être précisément pour cela que je ne suis pas surprise de l'entendre m'annoncer, en me montrant un superbe athlète — Adonis qui n'a sans doute pas encore franchi la barre maudite de la trentaine :

Nathalie, je te présente Sébastien, mon copain.

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