David Madore's WebLog: Was this the face that launch'd a thousand ships, / And burnt the topless towers of Ilium?

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(mardi)

Was this the face that launch'd a thousand ships, / And burnt the topless towers of Ilium?

Μῆνιν ἄειδε θεὰ Πηληϊάδεω Ἀχιλῆος…

Je suis allé voir (avec mon petit frère 😉) le grand péplum planétaire du moment, Troie. Eh bien je ne l'ai pas trouvé mauvais du tout.

Le plus gros reproche que je lui ferai est qu'Agamemnon et Ménélas sont montrés de façon vraiment simpliste comme des personnages entièrement méchants et négatifs : le parti pris (puisque apparemment Hollywood n'arrive pas à raconter une histoire, et surtout une guerre, sans prendre de partie) est plutôt celui des Troyens ; Priam est présenté comme indiscutablement bon (quoique faible), Hector est parfaitement honorable et globalement un chic type, et Pâris est un brave garçon. Côté grec, Achille a une personnalité assez complexe, il est bien joué et ne tombe pas trop dans la caricature (certes, tout cela n'a peut-être aucun rapport avec le personnage présenté sous ce nom dans l'Iliade, mais who cares?). Et Ulysse (Odysseus) n'est pas mal du tout (et son côté rusé et habile ressort bien).

De grosses libertés ont évidemment été prises avec l'histoire canonique, mais je pense que c'est normal ; la guerre de Troie reste le mythe fondateur de notre civilisation, il est normal qu'on le raconte à une époque donnée selon ce que l'imaginaire de cette époque en conçoit (et le cinéma américain peut bien prétendre au rôle de forgeron de l'imaginaire). En tout cas je ne crie pas au scandale : si on me demande d'imaginer, naïvement et comme un enfant qui veut être émerveillé, l'histoire en question, je ressortirai quelque chose de pas trop loin de ce que ce film présente. Bien sûr, la vision vieillira mal. Mais ceux qui veulent voir la présentation telle qu'on la faisait peut-être au IXe siècle avant l'ère commune peuvent lire le poème qu'on sait.

Les dieux sont ici les grands absents. Je pense que c'est une bonne décision, car il aurait été délicat de décider comment les montrer (et l'homme est la mesure de toute chose, non ?). Certes, représenter Achille comme impie et Hector comme agnostique (fatigué de voir son père suivre toujours aveuglément les augures), c'est osé, mais je trouve qu'ils s'en sortent bien. Ils auraient pu tirer quelque profit en montrant le sacrifice d'Iphigénie, mais ils ne l'ont pas fait (Clytemnestre est entièrement absente, et Agamemnon est tué par Briséis, ce qui n'était pas forcément utile). J'ai apprécié le clin d'œil consistant à montrer, lors de la fuite des Troyens, Pâris donnant son épée à un jeune homme qui aide son vieux père à fuir, et il lui demande comment il s'appelle — Énée (vous pensez qu'ils vont faire une suite, Les Troyens contre-attaquent : la fondation de Rome ?).

Accessoirement, j'en suis à me demander : au fait, Hélène elle-même, elle est censée devenir quoi, à la fin, dans l'histoire ? (À part avoir une amourette avec Faust pas mal de siècles plus tard, je veux dire.)

Sinon, l'incendie et le sac de Troie m'ont paru bien rendus, et on pense bien à la magnifique force des vers de l'Andromaque de Racine,

Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants
Entrant à la lueur de nos palais brûlants,
Sur tous mes frères morts se faisant un passage,
Et de sang tout couvert échauffant le carnage.
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,
Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.

J'ai aussi aimé la scène où Priam va supplier Achille de lui rendre le corps de son fils. C'est sans doute le moment le plus fort de l'Iliade (24:477s), et ils s'en tirent ici avec les honneurs (mais Peter O'Toole, qui joue le roi troyen, n'est pas exactement un mauvais acteur…).

Bon, et puis si on n'est pas féru de culture hellénique, on peut toujours y aller pour voir la beauté ténébreuse d'Orlando Bloom (Pâris) ou les magnifiques biceps huilés de Brad Pitt (ah… la scène où Achille se déshabille… rhâââ…). Si vous vous demandez, rien n'est montré, et très peu est suggéré, entre Achille et Patrocle ; ce n'est pas forcément plus mal, en fait. Pour ceux qui préfèrent les femmes, la beauté la plus fameuse de toute l'Histoire est jouée par Diane Kruger, mais je ne sais pas si son visage aurait suffi à faire partir mille nefs.

Voilà voilà. En un mot : allez le voir si vous avez trois heures à perdre, ou si vous aimez ce genre de spectacles grandioses, ou si vous voulez mater de beaux garçons. N'allez pas le voir si vous êtes un ayant-droit de ce M. Homère.

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