David Madore's WebLog: Fragment littéraire gratuit #12 (méta ?)

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(samedi)

Fragment littéraire gratuit #12 (méta ?)

Deux heures plus tard, David n'a pas ajouté une phrase à son roman. À trois reprises, il en a commencé une mais l'a aussitôt effacée en grimaçant. Il joue avec les fonctions de son éditeur, s'amuse à remplacer “a” par “axa” et “e” par “ike” dans le texte et à lire le résultat à haute voix ; il insère en exergue une citation du Mahābhārata en sanskrit pour vérifier que les caractères indiens seront correctement gérés : l'ordinateur, docile, les affiche sans broncher. Puis l'auteur revient sur son travail déjà accompli, survole les premiers chapitres, hésitant entre l'admiration d'avoir été inspiré pour les produire et la frustration affligée devant la maladresse naïve de son écriture. Melpomène est une peu conciliante maîtresse. Comment les critiques — et les chiffres des ventes — ont-ils bien pu tellement encenser ses Fragments de livres imaginaires ? Comment a-t-on pu lui imposer cette si prestigieuse récompense qui fait désormais de lui la proie des éditeurs ? Sont-ils tous aveugles et incapables de repérer ses si grossiers artifices ?

Exaspéré, il s'éloigne de la console informatique et se rapproche de la baie vitrée qui domine la ville. C'est New York qui s'offre à sa vue, mais à travers elle d'autres villes se pressent à sa mémoire : Paris sans aucun doute, et aussi Londres, Rome, Toronto et San Francisco ; puis Tekir, la cité magique des histoires de son enfance, lieu imaginaire qui semble jouer à se cacher dans le paysage réel. David songe alors avec tristesse qu'il est de son devoir de faire mourir son héros, auquel il est pourtant désormais si attaché. Peut-être, pense-t-il, est-ce l'hésitation devant cette déplaisante mais inévitable besogne qui rend son progrès si fastidieux.

En tout cas, ce n'est pas cette nuit qu'il avancera. Avec un soupir, il se détache de la fenêtre et rejoint la chambre à coucher où son bien-aimé dort déjà depuis longtemps d'un sommeil lourd. David passe tendrement la main dans ces cheveux bouclés — c'est sa façon d'embrasser. Cette présence saura le réconforter.

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