David Madore's WebLog: Jouons avec le groupe de Weyl de E₈ et cherchons la logique

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(mercredi)

Jouons avec le groupe de Weyl de E₈ et cherchons la logique

J'ai raconté plein de fois dans ce blog (généralement je fais référence à cette entrée-là, mais c'est un thème récurrent, et de toute façon je radote) à quel point je suis fasciné par la symétrie et les structures combinatoires et toujours à la recherche de nouvelles façons de faire apparaître ou de représenter des objets mathématiques que je trouve remarquables. (Tiens, je n'ai pas encore parlé de mon jeu de cartes faussement divinatoires basé sur la combinatoire des 27 droites sur une surface cubique ? Faites-moi penser à vous montrer ça, un jour.) Je voudrais essayer ici de parler de façon extrêmement élémentaire un de mes objets préférés (il s'agit du groupe de Weyl de E₈, mais chut ! je veux éviter les mots barbares) pour arriver à une sorte de petite devinette, dont je n'ai pas la réponse, sur le mode « quelle est la logique dans les nombres suivants ? ».

Avertissement : La présentation qui suit risque d'être un peu irritante pour les mathématiciens — ou d'ailleurs pour des non-mathématiciens — parce que je vais faire tout un tas d'affirmations sans aucune sorte de justification, ce qui est normal pour de la vulgarisation, mais, pire, de façon peut-être gratuitement mystifiante ou à l'encontre de l'ordre et de la présentation logiques des choses. Désolé pour ceux que ça agacera, mais cette approche a un certain mérite pour là où je veux en venir. • Pour ceux qui veulent jouer, vous pouvez sauter toutes les explications, aller voir directement la liste de nombres donnée ci-dessus, et chercher une logique élémentaire : je pense qu'il y en a une, mais je ne la trouve pas.

Ajout : Voir aussi l'entrée suivante (qui est en bonne partie un copier-coller de celle-ci) pour le cas de F₄, qui est plus simple et donc peut-être pédagogiquement préférable.

Partons de huit nombres (= un élément de ℝ⁸) ; pour que ce que je raconte ne suppose aucune connaissance mathématique particulière, je précise que j'appellerai ça un vecteur et j'appellerai composantes du vecteur les huit nombres en question. Par exemple (1, 1, 0, 0, 0, 0, 0, 0), ou bien (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) sont des vecteurs avec lesquels on va pouvoir jouer (ces exemples vont être intéressants pour la suite ; et oui, c'est bien un 23 que j'ai écrit à la fin, bear with me, ce n'est pas une blague dans le style quel est le huitième nombre qui complète la suite : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6… ?c'est évidemment 23). Maintenant, à partir de ce vecteur, imaginons qu'on ait le droit de faire, autant de fois qu'on veut, et dans n'importe quel ordre, les opérations très simples suivantes :

Voilà qui n'est pas bien compliqué. Pour fixer la terminologie les opérations des deux premiers types que je viens de dire seront appelées opérations de W(D₈) tandis que les opérations des trois types seront dites opérations de W(E₈) (je n'essaye pas du tout de définir ce que c'est que W(D₈) ou W(E₈), en tout cas pas pour le moment, ce sont juste des termes à considérer comme un bloc).

Les opérations de W(D₈) sont assez faciles à comprendre, en réfléchissant un peu on arrive assez facilement à voir ce qu'on peut faire avec (une description plus précise sera donnée plus bas, notamment, de quand on peut passer d'un vecteur à un autre par ces opérations). Celles de W(E₈), c'est-à-dire si on permet la troisième opération que j'ai dite, sont déjà plus mystérieuses mystérieuses : je vais donner quelques exemples ci-dessous ce qu'on peut faire avec.

La question générale est, que peut-on atteindre en appliquant les règles qui viennent d'être dites ? Autrement dit, partant d'un certain vecteur initial, quels vecteurs va-t-on pouvoir fabriquer avec les opérations qui viennent d'être dites (et combien y en a-t-il) ?

Pour prendre un exemple vraiment idiot, si le vecteur d'origine était (0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0), on ne va pas très loin, il reste identique à lui-même sous l'effet de n'importe laquelle des opérations que j'ai décrites, et donc c'est la seule chose qu'on pourra atteindre.

Si le vecteur de départ est (1, 1, 0, 0, 0, 0, 0, 0), les opérations de W(D₈) (i.e., celles les deux premiers types) permettent de le transformer en n'importe quel vecteur ayant deux composantes égales à +1 ou −1 et les six autres nulles, ou en abrégé un vecteur du type (±1, ±1, 0, 0, 0, 0, 0, 0) (cela fait 8×7×2=112 vecteurs si on compte bien) ; la troisième opération transforme (1, 1, 0, 0, 0, 0, 0, 0) en (½, ½, −½, −½, −½, −½, −½, −½), et de là avec les opérations de W(D₈) on peut fabriquer les différents vecteurs (±½, ±½, ±½, ±½, ±½, ±½, ±½, ±½) dont toutes les composantes valent ±½ avec un nombre pair de signes moins (ou, ce qui revient au même, de signes plus ; cela fait 2⁷=128 vecteurs de cette forme), soit 112+128=240 vecteurs : il se trouve (il faut le vérifier mais ce n'est pas très difficile) que c'est tout ce qu'on obtient de la sorte : 240 vecteurs et pas plus. Ces 240 vecteurs forment d'ailleurs ce qui s'appelle le système de racines de E₈ (là aussi, je ne vais pas chercher à définir ce que ça veut dire, en tout cas pas aujourd'hui).

Je peux donner d'autres exemples. Si on part de (2, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0) (ou de (1, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0), cela revient évidemment au même quitte à tout diviser par deux, mais j'ai des raisons de préférer (2, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0)), on va pouvoir atteindre 2160 vecteurs différents par les opérations de W(E₈) ; c'est un peu plus fastidieux à compter : pour ceux qui veulent les détails, il y a les 16 vecteurs du type (±2, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0), les 1024 du type (∓3⁄2, ±½, ±½, ±½, ±½, ±½, ±½, ±½) avec un nombre pair de signes d'en bas, et les 1120 du type (±1, ±1, ±1, ±1, 0, 0, 0, 0) avec des signes quelconques. Si on part de (2, 1, 1, 0, 0, 0, 0, 0), on peut atteindre 6720 vecteurs différents (c'est encore plus pénible à compter). Si on part de (5⁄2, ½, ½, ½, ½, ½, ½, ½), on peut atteindre 17 280 vecteurs différents. Si on part de (3, 1, 0, 0, 0, 0, 0, 0) on peut atteindre 30 240 vecteurs différents.

Mais dans le « cas général » (disons, celui qui se produit avec probabilité 1 si notre vecteur initial a été tiré au hasard, ou bien si on est parti de (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23)), on va atteindre exactement 696 729 600 vecteurs. (En fait, la condition pour que ça soit le cas n'est pas très compliqué : il est nécessaire et suffisant, pour que cela se produise, que les huit composantes du vecteur initial soient deux à deux distinctes, qu'il n'y en ait pas deux qui soient opposées, et qu'il n'y ait pas non plus un nombre pair d'entre elles dont la somme soit égale à la somme des autres.) Et dans absolument tous les cas, le nombre de vecteurs qu'on peut atteindre sera fini, et sera même un diviseur de ce nombre maximal qu'est 696 729 600.

(Il y a d'ailleurs exactement 256 cas possibles entre le cas le plus spécial qu'est (0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0) et qui donne un seul vecteur atteignable et le cas le plus général qui en donne 696 729 600. Mais je préfère rester vague sur ce que j'entends par un cas possible, parce que je ne crois pas que chacun de ces cas donne forcément un nombre de vecteurs atteints différents. En tout cas, les plus petits nombres possibles de vecteurs qu'on peut atteindre à partir d'un vecteur donné sont essentiellement ceux que j'ai listés ci-dessus : 1, 240, 2160, 6720, 13 440 et 17 280.)

☞ Il faut que je souligne que le fait qu'on obtienne un nombre fini de vecteurs est tout à fait remarquable. Si je faisais juste une toute petite modification à mes règles ci-dessus en autorisant, dans la deuxième opération, de changer le signe d'un nombre quelconque de composantes (au lieu d'exiger un nombre pair), alors n'importe quel vecteur non nul permettrait d'atteindre un nombre infini d'autres vecteurs avec les règles ainsi modifiées. La situation que je décris est véritablement exceptionnelle au sens où les « choses de ce genre » (en fait, les groupes finis de réflexions dans un espace euclidien) se rangent en un certain nombre de familles infinies plus une poignée d'exceptions, et W(E₈) fait partie de ces exceptions. Mais revenons à la situation bien particulière que j'ai considérée.

Pour y voir plus clair, je vais appeler orbite sous W(E₈) l'ensemble de tous les vecteurs qu'on peut atteindre à partir d'un vecteur donné par les opérations de W(E₈) (toutes celles que j'ai décrites), et orbite sous W(D₈) la chose analogue avec les opérations de W(D₈) (c'est-à-dire celles qui n'autorisent qu'à permuter les composantes et à changer le signe d'un nombre pair quelconques d'entre elles). Par exemple, (½, ½, ½, ½, ½, ½, ½, ½) est dans l'orbite sous W(E₈) de (1, 1, 0, 0, 0, 0, 0, 0), mais pas dans son orbite sous W(D₈).

Il sera utile de faire l'observation suivante : toutes les opérations que j'ai décrites peuvent se faire à l'envers. S'agissant des opérations de W(D₈) c'est évident (une permutation des composantes a pour inverse une autre permutation des composantes, et changer les signes deux fois revient au vecteur de départ) ; s'agissant de W(E₈), il suffit de remarquer que la troisième opération que j'ai décrite retourne sur le vecteur dont on est parti quand on l'applique deux fois (c'est un petit exercice que je laisse au lecteur). Par conséquent, si un vecteur v est dans l'orbite d'un vecteur w (que ce soit sous W(D₈) ou sous W(E₈)), alors réciproquement, w est dans l'orbite de v, et, en fait, ils ont exactement la même orbite : a contrario, deux orbites distinctes sont forcément disjointes (c'est-à-dire, sans élément commun).

Il est facile de reconnaître à quelle condition deux vecteurs définissent la même orbite sous W(D₈) : c'est-à-dire qu'on peut passer de l'un à l'autre en permutant les composantes et en changeant le signe d'un nombre pair d'entre elles. Pour ce faire, le mieux est de rendre toutes les composantes positives sauf éventuellement la plus petite en valeur absolue (lorsqu'il y avait initialement un nombre impair de composantes négatives), puis de les trier par ordre croissant : on obtient ainsi un représentant de l'orbite du vecteur sous W(D₈) que je vais appeler le représentant dominant ou vecteur dominant pour W(D₈) (il faut que je souligne, cependant, que c'est un choix que j'ai fait : j'aurais pu trier par ordre décroissant, ou mettre autant de signes moins que possible ou ce genre de choses). Par exemple, le représentant dominant de (−6, 3, −2, 1, 5, 5, −3, 1) est (−1, 1, 2, 3, 3, 5, 5, 6) (on passe bien d'un vecteur à l'autre par les opérations de W(D₈), et les composantes du second sont bien triées, et toutes positives sauf éventuellement la plus petite en valeur absolue). Il est très facile de calculer le représentant dominant d'un vecteur, et deux vecteurs ont la même orbite sous W(D₈) exactement lorsqu'ils ont le même représentant dominant (il y a un représentant dominant par orbite).

Il est par ailleurs aussi facile, avec un peu de dénombrement, de calculer le nombre de vecteurs dans une orbite sous W(D₈) : dans tous les cas, c'est un diviseur de 8!×2⁷ (où 8! := 1×2×⋯×8 = 40 320), soit 5 160 960, ce nombre correspondant au cas « général » qui est, par exemple, le cas pour (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) : je détaille ça dans le paragraphe suivant en petits caractères parce que ce n'est pas important pour ce que je veux raconter.

Pour dénombrer l'orbite d'un vecteur sous W(D₈), ce qui importe est, premièrement, le nombre r de composantes qui valent 0, et, deuxièmement, les nombres s1,…,sk de composantes qui sont égales en valeur absolue. Le premier détermine le nombre de changements de signes sur un nombre pair de composantes qui ne change rien au vecteur : il vaut 2r−1 si r≥1 (ou bien 1 si r=0, soit 2max(r,1)−1) ; les si, eux, déterminent le nombre de permutations des valeurs absolues des composantes qui ne changent rien : il vaut s1!⋯sk! ; donc finalement, la taille de l'orbite sous W(D₈) vaut 5 160 960/(2max(r,1)−1·s1!⋯sk!). Par exemple, (−1, 1, 2, 3, 3, 5, 5, 6) a une orbite sous W(D₈) de taille 5 160 960/(2!·2!·2!) (comptez un 2! pour chacune des valeurs absolues 1, 3 et 5 qui sont répétées deux fois), soit 645 120, tandis que (0, 0, 0, 0, 0, 0, 1, 1) en a une de taille 5 160 960/(2⁵·6!·2!) = 112, un nombre déjà signalé ci-dessus.

On peut chercher à dire des choses analogues avec les orbites sous W(E₈). À la limite ce n'est pas tellement ça qui m'intéresse ici, mais il faut quand même que j'en dise un mot, par souci de cohérence. Je vais appeler représentant dominant d'une orbite sous W(E₈), ou vecteur dominant pour W(E₈), un vecteur qui vérifie déjà toutes les conditions pour être dominant pour W(D₈) (c'est-à-dire trié par ordre croissant, avec au plus une composante de signe négatif, qui est alors la première et qui est inférieure ou égale à la suivante en valeur absolue), et qui vérifie, en outre, la condition suivante : la somme de la première et de la dernière composante est supérieure ou égale à la somme des six autres (si on veut : v₀ − v₁ − v₂ − v₃ − v₄ − v₅ − v₆ + v₇ ≥ 0, où les composantes du vecteur ont été notées v₀ à v₇). (Là aussi, c'est un choix que je fais, on pourrait en faire d'autres ; ce choix précis a une certaine logique, et comme pour le choix que j'ai fait pour W(D₈) il est vaguement « standard », mais il n'est pas forcément le plus opportun eu égard à la description que j'ai donnée des opérations de W(E₈) : peu importe.) Par exemple, (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) est dominant pour W(E₈) parce que, outre qu'il l'est déjà pour W(D₈), on a 0+23≥1+2+3+4+5+6 ; il en va de même de (0, 0, 0, 0, 0, 0, 1, 1) (ou, d'ailleurs, de (0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0)) ; en revanche, (½, ½, ½, ½, ½, ½, ½, ½) n'est pas dominant pour W(E₈) (il l'est pour W(D₈)) parce que ½+½ est strictement plus petit que ½+½+½+½+½+½. Chaque orbite sous W(E₈) possède un unique représentant dominant ; et un algorithme pour le calculer consiste à alterner les deux étapes suivantes (qui effectuent bien des opérations de W(E₈)) :

Il s'agit de répéter jusqu'à ce que le vecteur ne change plus, mais, en fait, il me semble que trois itérations suffiront toujours. À titre d'exemple, si je pars de (0, 10, 11, 12, 13, −9, 1, 2), son représentant dominant pour W(D₈) est (0, 1, 2, 9, 10, 11, 12, 13), l'étape suivante soustrait ¼(0−1−2−9−10−11−12+13)=−8 (c'est-à-dire, ajoute 8) à la première et dernière composante tandis qu'elle l'ajoute (c'est-à-dire, retire 8) aux autres, ce qui donne (8, −7, −6, 1, 2, 3, 4, 21), dont le représentant dominant pour W(D₈) est (1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 21), l'étape suivante (en notant que ¼(1−2−3−4−6−7−8+21)=−8) donne (3, 0, 1, 2, 4, 5, 6, 23), dont le représentant dominant pour W(D₈) est (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23), et l'algorithme s'arrête là. On est donc passé de (0, 10, 11, 12, 13, −9, 1, 2) à son représentant dominant (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) par des opérations de W(E₈), et bien sûr, si on inverse les opérations, on peut passer dans l'autre sens : ces deux vecteurs sont dans une même orbite sous W(E₈).

Ajout/digression : Pour dénombrer l'orbite d'un vecteur sous W(E₈), il y a une méthode, mais elle est plus compliquée que celle que j'ai donnée plus haut pour W(D₈). (Le présent paragraphe n'est inséré ici que pour être un peu complet, et il est recommandé de ne pas le lire.) On commence par remplacer le vecteur par le représentant dominant de son orbite pour W(E₈), qu'on peut calculer comme on l'a expliqué ci-dessus. Maintenant, on trace le diagramme de Dynkin de E₈, qui est représenté sur cette page. Pour chacun des sept nœuds qui sont alignés sur ce diagramme, dans l'ordre (sachant que le troisième des sept porte trois voisins), on va l'effacer si l'une des sept quantités suivantes est non nulle : ½·(v₀ − v₁ − v₂ − v₃ − v₄ − v₅ − v₆ + v₇), v₁ − v₀, v₂ − v₁, v₃ − v₂, v₄ − v₃, v₅ − v₄, v₆ − v₅ ; et pour le dernier nœud (celui qui est attaché au troisième des sept alignés) : v₀ + v₁. (Remarquer que, par la définition d'un représentant dominant pour W(E₈), toutes les quantités qu'on vient de tester sont positives ou nulles : on efface le nœud quand la quantité est strictement positive.) À la fin du processus, il reste entre 0 et 8 nœuds (à savoir 8 si le vecteur était identiquement nul, et 0 si c'était par exemple (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23)) ; on efface aussi toutes les arêtes du diagramme reliant des nœuds dont au moins l'un a été effacé. Il reste une réunion disjointe de diagrammes de Dynkin (de nouveau, consulter la page Wikipédia que j'ai indiquée) : on considère l'ordre du groupe de Weyl de chacun, sachant que le groupe de Weyl de E₇ vaut 2 903 040, celui de E₆ vaut 51 840, celui de An vaut (n+1)!, et celui de Dn vaut 2n−1·n! (ce sont les seuls qui peuvent apparaître) ; on fait le produit de tous ces ordres, et on divise 696 729 600 par le produit en question : le quotient est un entier, qui est la taille de l'orbite. Par exemple, si le vecteur était (0, 0, 0, 0, 0, 0, 1, 1), qui est bien un représentant dominant sous W(E₈), la seule quantité non nulle parmi celles testées est v₆−v₅ (qui vaut 1), donc on efface le septième nœud de la chaîne de sept, ce qui reste est le diagramme de Dynkin de E₇, et on effectue donc le rapport 696 729 600 / 2 903 040 = 240. L'orbite est donc de cardinal 240.

Maintenant, quand on a une orbite sous W(E₈), pour mieux la comprendre, on peut essayer de la décomposer en orbites sous W(D₈). C'est ce que j'ai fait plus haut : l'orbite de (0, 0, 0, 0, 0, 0, 1, 1) sous W(E₈) est la réunion de deux orbites sous W(D₈), à savoir celle de (0, 0, 0, 0, 0, 0, 1, 1) lui-même, qui a 112 éléments, et celle de (½, ½, ½, ½, ½, ½, ½, ½), qui en a 128. De même, l'orbite de (0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 2) sous W(E₈) est réunion de trois orbites sous W(D₈), à savoir celle de (0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 2) (qui a 16 éléments), celle de (−½, ½, ½, ½, ½, ½, ½, 3⁄2) (qui en a 1024), et celle de (0, 0, 0, 0, 1, 1, 1, 1) (qui en a 1120). Ce que j'ai écrit, ici, colle avec ce que j'ai déjà écrit plus haut, si ce n'est que j'ai systématiquement utilisé les représentants dominants, à la fois pour les orbites sous W(E₈) et sous W(D₈).

Mais le cas qui m'intéresse le plus est le cas général, celui des orbites sous W(E₈) de taille 696 729 600 (le maximum) : elles se décomposent en exactement 135 orbites sous W(D₈), toutes également de taille maximale 5 160 960. La liste complète des 135 représentants des orbites pour W(D₈) constituant l'orbite pour W(E₈) de (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) est la suivante :

(0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23)
(-1/2, 3/2, 5/2, 7/2, 9/2, 11/2, 13/2, 45/2)
(0, 1, 3, 4, 5, 6, 7, 22)
(1/2, 3/2, 5/2, 9/2, 11/2, 13/2, 15/2, 43/2)
(0, 1, 2, 5, 6, 7, 8, 21)
(1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 21)
(1/2, 3/2, 5/2, 9/2, 13/2, 15/2, 17/2, 41/2)
(3/2, 5/2, 7/2, 9/2, 11/2, 15/2, 17/2, 41/2)
(0, 1, 3, 4, 7, 8, 9, 20)
(1, 2, 3, 5, 6, 8, 9, 20)
(2, 3, 4, 5, 6, 7, 9, 20)
(-1/2, 3/2, 5/2, 7/2, 15/2, 17/2, 19/2, 39/2)
(1/2, 3/2, 7/2, 9/2, 13/2, 17/2, 19/2, 39/2)
(3/2, 5/2, 7/2, 11/2, 13/2, 15/2, 19/2, 39/2)
(5/2, 7/2, 9/2, 11/2, 13/2, 15/2, 17/2, 39/2)
(0, 1, 2, 3, 8, 9, 10, 19)
(0, 2, 3, 4, 7, 9, 10, 19)
(0, 1, 4, 5, 6, 9, 10, 19)
(1, 2, 4, 5, 7, 8, 10, 19)
(2, 3, 4, 6, 7, 8, 9, 19)
(1/2, 3/2, 5/2, 7/2, 15/2, 19/2, 21/2, 37/2)
(-1/2, 3/2, 7/2, 9/2, 13/2, 19/2, 21/2, 37/2)
(1/2, 5/2, 7/2, 9/2, 15/2, 17/2, 21/2, 37/2)
(1/2, 3/2, 9/2, 11/2, 13/2, 17/2, 21/2, 37/2)
(3/2, 5/2, 9/2, 11/2, 15/2, 17/2, 19/2, 37/2)
(0, 1, 3, 4, 7, 10, 11, 18)
(-1, 2, 3, 5, 6, 10, 11, 18)
(1, 2, 3, 4, 8, 9, 11, 18)
(0, 2, 4, 5, 7, 9, 11, 18)
(0, 1, 5, 6, 7, 8, 11, 18)
(1, 3, 4, 5, 8, 9, 10, 18)
(1, 2, 5, 6, 7, 9, 10, 18)
(-1/2, 3/2, 5/2, 9/2, 13/2, 21/2, 23/2, 35/2)
(-3/2, 5/2, 7/2, 9/2, 11/2, 21/2, 23/2, 35/2)
(1/2, 3/2, 7/2, 9/2, 15/2, 19/2, 23/2, 35/2)
(-1/2, 5/2, 7/2, 11/2, 13/2, 19/2, 23/2, 35/2)
(-1/2, 3/2, 9/2, 11/2, 15/2, 17/2, 23/2, 35/2)
(3/2, 5/2, 7/2, 9/2, 17/2, 19/2, 21/2, 35/2)
(1/2, 5/2, 9/2, 11/2, 15/2, 19/2, 21/2, 35/2)
(1/2, 3/2, 11/2, 13/2, 15/2, 17/2, 21/2, 35/2)
(0, 1, 2, 5, 6, 11, 12, 17)
(-1, 2, 3, 4, 6, 11, 12, 17)
(0, 2, 3, 5, 7, 10, 12, 17)
(-1, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 17)
(0, 1, 4, 5, 8, 9, 12, 17)
(-1, 2, 4, 6, 7, 9, 12, 17)
(1, 2, 4, 5, 8, 10, 11, 17)
(0, 3, 4, 6, 7, 10, 11, 17)
(0, 2, 5, 6, 8, 9, 11, 17)
(0, 1, 6, 7, 8, 9, 10, 17)
(-1/2, 3/2, 5/2, 9/2, 11/2, 23/2, 25/2, 33/2)
(1/2, 3/2, 5/2, 11/2, 13/2, 21/2, 25/2, 33/2)
(-1/2, 5/2, 7/2, 9/2, 13/2, 21/2, 25/2, 33/2)
(-1/2, 3/2, 7/2, 11/2, 15/2, 19/2, 25/2, 33/2)
(-3/2, 5/2, 9/2, 11/2, 13/2, 19/2, 25/2, 33/2)
(-3/2, 5/2, 7/2, 13/2, 15/2, 17/2, 25/2, 33/2)
(1/2, 5/2, 7/2, 11/2, 15/2, 21/2, 23/2, 33/2)
(-1/2, 7/2, 9/2, 11/2, 13/2, 21/2, 23/2, 33/2)
(1/2, 3/2, 9/2, 11/2, 17/2, 19/2, 23/2, 33/2)
(-1/2, 5/2, 9/2, 13/2, 15/2, 19/2, 23/2, 33/2)
(-1/2, 3/2, 11/2, 13/2, 17/2, 19/2, 21/2, 33/2)
(0, 1, 3, 4, 5, 12, 13, 16)
(0, 2, 3, 5, 6, 11, 13, 16)
(0, 1, 3, 6, 7, 10, 13, 16)
(-1, 2, 4, 5, 7, 10, 13, 16)
(-1, 2, 3, 6, 8, 9, 13, 16)
(-2, 3, 4, 6, 7, 9, 13, 16)
(1, 2, 3, 6, 7, 11, 12, 16)
(0, 3, 4, 5, 7, 11, 12, 16)
(0, 2, 4, 6, 8, 10, 12, 16)
(-1, 3, 5, 6, 7, 10, 12, 16)
(-1, 3, 4, 7, 8, 9, 12, 16)
(0, 1, 5, 6, 9, 10, 11, 16)
(-1, 2, 5, 7, 8, 10, 11, 16)
(1/2, 3/2, 5/2, 7/2, 9/2, 25/2, 27/2, 31/2)
(1/2, 3/2, 7/2, 9/2, 11/2, 23/2, 27/2, 31/2)
(-1/2, 3/2, 7/2, 11/2, 13/2, 21/2, 27/2, 31/2)
(-1/2, 3/2, 5/2, 13/2, 15/2, 19/2, 27/2, 31/2)
(-3/2, 5/2, 7/2, 11/2, 15/2, 19/2, 27/2, 31/2)
(-5/2, 7/2, 9/2, 11/2, 15/2, 17/2, 27/2, 31/2)
(1/2, 5/2, 7/2, 11/2, 13/2, 23/2, 25/2, 31/2)
(1/2, 3/2, 7/2, 13/2, 15/2, 21/2, 25/2, 31/2)
(-1/2, 5/2, 9/2, 11/2, 15/2, 21/2, 25/2, 31/2)
(-1/2, 5/2, 7/2, 13/2, 17/2, 19/2, 25/2, 31/2)
(-3/2, 7/2, 9/2, 13/2, 15/2, 19/2, 25/2, 31/2)
(-1/2, 3/2, 9/2, 13/2, 17/2, 21/2, 23/2, 31/2)
(-3/2, 5/2, 11/2, 13/2, 15/2, 21/2, 23/2, 31/2)
(-3/2, 5/2, 9/2, 15/2, 17/2, 19/2, 23/2, 31/2)
(0, 1, 2, 3, 4, 13, 14, 15)
(1, 2, 3, 4, 5, 12, 14, 15)
(0, 1, 4, 5, 6, 11, 14, 15)
(-1, 2, 3, 6, 7, 10, 14, 15)
(0, 1, 2, 7, 8, 9, 14, 15)
(-2, 3, 4, 5, 8, 9, 14, 15)
(-3, 4, 5, 6, 7, 8, 14, 15)
(1, 2, 4, 5, 6, 12, 13, 15)
(0, 2, 4, 6, 7, 11, 13, 15)
(0, 2, 3, 7, 8, 10, 13, 15)
(-1, 3, 4, 6, 8, 10, 13, 15)
(-2, 4, 5, 6, 8, 9, 13, 15)
(0, 1, 4, 7, 8, 11, 12, 15)
(-1, 2, 5, 6, 8, 11, 12, 15)
(-1, 2, 4, 7, 9, 10, 12, 15)
(-2, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 15)
(-2, 3, 4, 8, 9, 10, 11, 15)
(3/2, 5/2, 7/2, 9/2, 11/2, 25/2, 27/2, 29/2)
(1/2, 3/2, 9/2, 11/2, 13/2, 23/2, 27/2, 29/2)
(-1/2, 5/2, 7/2, 13/2, 15/2, 21/2, 27/2, 29/2)
(1/2, 3/2, 5/2, 15/2, 17/2, 19/2, 27/2, 29/2)
(-3/2, 7/2, 9/2, 11/2, 17/2, 19/2, 27/2, 29/2)
(-5/2, 9/2, 11/2, 13/2, 15/2, 17/2, 27/2, 29/2)
(-1/2, 3/2, 9/2, 13/2, 15/2, 23/2, 25/2, 29/2)
(-1/2, 3/2, 7/2, 15/2, 17/2, 21/2, 25/2, 29/2)
(-3/2, 5/2, 9/2, 13/2, 17/2, 21/2, 25/2, 29/2)
(-5/2, 7/2, 11/2, 13/2, 17/2, 19/2, 25/2, 29/2)
(-3/2, 5/2, 7/2, 15/2, 19/2, 21/2, 23/2, 29/2)
(-5/2, 7/2, 9/2, 15/2, 17/2, 21/2, 23/2, 29/2)
(0, 1, 5, 6, 7, 12, 13, 14)
(-1, 2, 4, 7, 8, 11, 13, 14)
(0, 1, 3, 8, 9, 10, 13, 14)
(-2, 3, 5, 6, 9, 10, 13, 14)
(-3, 4, 6, 7, 8, 9, 13, 14)
(-1, 2, 3, 8, 9, 11, 12, 14)
(-2, 3, 4, 7, 9, 11, 12, 14)
(-3, 4, 5, 7, 9, 10, 12, 14)
(-3/2, 5/2, 7/2, 15/2, 17/2, 23/2, 25/2, 27/2)
(-1/2, 3/2, 5/2, 17/2, 19/2, 21/2, 25/2, 27/2)
(-5/2, 7/2, 9/2, 13/2, 19/2, 21/2, 25/2, 27/2)
(-7/2, 9/2, 11/2, 15/2, 17/2, 19/2, 25/2, 27/2)
(-7/2, 9/2, 11/2, 13/2, 19/2, 21/2, 23/2, 27/2)
(0, 1, 2, 9, 10, 11, 12, 13)
(-3, 4, 5, 6, 10, 11, 12, 13)
(-4, 5, 6, 7, 9, 10, 12, 13)
(-9/2, 11/2, 13/2, 15/2, 17/2, 21/2, 23/2, 25/2)
(-5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12)

(Ils sont ici triés par ordre lexicographique inverse donnant le poids le plus fort aux dernières composantes. Mais ce n'est peut-être pas l'ordre le plus logique ici.)

Autrement dit, les vecteurs qu'on peut atteindre à partir de (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) par application des opérations de W(E₈) sont exactement les vecteurs qu'on peut atteindre à partir de l'un des 135 vecteurs ci-dessus par application des opérations de W(D₈) (5 160 960 vecteurs atteignables par permutation des coordonnées et changement d'un nombre pair de signes sur chacun des 135 listés, soit 696 729 600 au total). C'est d'ailleurs un exercice de programmation assez simple mais possiblement rigolo de générer ou vérifier la liste en question (si possible sans utiliser de tableau de taille 696 729 600).

Voici maintenant la question à 135 zorkmids : y a-t-il une description élémentaire de la liste ci-dessus ? Autrement dit, en supposant que je donne juste cette liste (en précisant éventuellement que l'ordre des entrées n'a pas d'importance, que l'ordre des composantes de chaque ligne n'en a pas non plus, et que pour ce qui est des signes seule leur parité importe) et que je demande trouvez la logique, y a-t-il quelque chose qui évite de parler de E₈ ?

Je subodore que la réponse est oui, mais j'avoue que je n'ai pas vraiment de raison de le croire à part une sorte de foi inébranlable en l'harmonie des mathématiques.

Il faut que j'explique cependant en quoi cela peut avoir un intérêt d'en chercher une. Dans mes explications (peut-être irritantes) ci-dessus, j'ai soigneusement omis d'expliquer ce qu'est, au juste, W(E₈), j'ai juste défini les opérations de W(E₈) et les orbites sous W(E₈). Ceux qui en savent un peu plus que le niveau élémentaire où je me suis placé auront bien sûr deviné que W(E₈) est censé être un groupe, que 696 729 600 est son ordre, et que les 696 729 600 vecteurs atteignables à partir de (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) sont une orbite régulière (= un espace principal homogène) pour ce groupe, qui, du coup, peut servir à représenter le groupe si on choisit une origine. Pour éviter de supposer qu'on sait ce qu'est un groupe, je peux dire les choses ainsi : si je prend deux vecteurs v et w quelconques de l'orbite de (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) sous W(E₈), et si j'appelle u le vecteur (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) lui-même (le représentant qu'on a choisi d'appeler « dominant »), quelle que soit la succession d'opérations de W(E₈) amenant u en v, on peut appliquer la même suite d'opérations sur w, et on obtient un nouveau vecteur de l'orbite, que je vais noter vw : il se trouve qu'il ne dépend pas des opérations choisies pour amener u en v (ce n'est pas du tout évident, et c'est là qu'intervient le fait que l'orbite a 696 729 600 éléments et pas moins). Ceci constitue une « loi de composition » sur mes 696 729 600 éléments ; cette loi est, de plus, associative (on a x•(yz) = (xy)•z quels que soient x,y,z) et elle a u pour élément neutre (c'est-à-dire que uv=vu=v quel que soit v, ce qui est évident sur la définition), et chaque élément v a un inverse v′ (c'est-à-dire que vv′=v′•v=u). C'est ça qu'on appelle un groupe, et c'est ce groupe-là qui s'appelle W(E₈) (même si ce n'est pas vraiment la façon la plus naturelle de le définir : on a plutôt envie de le voir comme les transformations elles-mêmes plutôt que leur effet sur le vecteur particulier (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23)). Si on faisait pareil pour W(D₈) sur l'orbite de (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7), la loi de composition ainsi fabriquée serait la composition des permutations signées-avec-un-nombre-pair-de-signes-moins ; dans le cadre de W(Ar), que je n'ai pas défini, on obtient la composition des permutations sur r+1 objets. Représenter les éléments de W(E₈) par des octuplets de nombres est possiblement plus sympathique que de le représenter comme on le fait habituellement (par des matrices 8×8, pour ceux qui savent ce que c'est, correspondant à la transformation linéaire effectuée) ; la description que j'ai faite est en principe algorithmique puisque j'ai donné ci-dessus un algorithme pour envoyer u = (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) sur un vecteur v quelconque de l'orbite (ce qui permet, du coup, de refaire les mêmes opérations sur w), mais en pratique ce n'est pas très commode. J'aimerais croire qu'il y a une description plus élémentaire et plus sympathique comme il y a pour la composition des permutations ou des permutations signées. Ou en tout cas qui permette de calculer différentes choses sur un élément de W(E₈), par exemple son ordre ou son inverse.

Ajout/éclaircissement : Le paragraphe précédent est assez confus, mais l'idée générale est que W(E₈) est, de beaucoup de point de vues, très semblable à un groupe de permutations ou de permutations signées ; or il est facile et courant de représenter les éléments d'un groupe de permutations (éventuellement signées) par des listes d'entiers : il est possible d'en faire autant pour W(E₈), et c'est essentiellement ce que j'ai expliqué jusqu'ici, mais ce qui n'est pas très clair c'est ce que sont, au juste, les listes d'entiers en question (ou, à plus forte raison, comment fonctionne au juste l'opération de composition — ce que j'ai présenté est algorithmique, mais l'algorithme n'est vraiment pas très parlant).

J'ai posé la question sur MathOverflow, mais pour l'instant sans grand succès.

Ajout/exemple : Avec la description que j'ai choisie, L'élément (−1, 3, 4, 5, 6, 7, 0, 22) est un élément d'ordre 30 du groupe W(E₈), c'est-à-dire que c'est ce nombre de fois qu'il faut le composer avec lui-même pour retomber sur l'élément unité (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23). (C'est, en fait, un élément dit de Coxeter, ils jouent un rôle assez important.) Ses puissances successives sont les suivantes :

0	(0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23)
1	(-1, 3, 4, 5, 6, 7, 0, 22)
2	(0, 5, 6, 7, 8, 1, -2, 21)
3	(-3/2, 15/2, 17/2, 19/2, 5/2, -1/2, -7/2, 39/2)
4	(-3/2, 23/2, 25/2, 11/2, 5/2, -1/2, -9/2, 33/2)
5	(-2, 16, 9, 6, 3, -1, -8, 13)
6	(-7/2, 29/2, 23/2, 17/2, 9/2, -5/2, -21/2, 15/2)
7	(0, 15, 12, 8, 1, -7, -11, 4)
8	(-4, 16, 12, 5, -3, -7, -11, 0)
9	(-2, 18, 11, 3, -1, -5, -10, -6)
10	(-2, 15, 7, 3, -1, -6, -14, -10)
11	(-5/2, 23/2, 15/2, 7/2, -3/2, -19/2, -21/2, -29/2)
12	(0, 10, 6, 1, -7, -8, -9, -17)
13	(-5/2, 17/2, 7/2, -9/2, -11/2, -13/2, -15/2, -39/2)
14	(-1/2, 13/2, -3/2, -5/2, -7/2, -9/2, -11/2, -45/2)
15	(0, -1, -2, -3, -4, -5, -6, -23)
16	(1, -3, -4, -5, -6, -7, 0, -22)
17	(0, -5, -6, -7, -8, -1, 2, -21)
18	(3/2, -15/2, -17/2, -19/2, -5/2, 1/2, 7/2, -39/2)
19	(3/2, -23/2, -25/2, -11/2, -5/2, 1/2, 9/2, -33/2)
20	(2, -16, -9, -6, -3, 1, 8, -13)
21	(7/2, -29/2, -23/2, -17/2, -9/2, 5/2, 21/2, -15/2)
22	(0, -15, -12, -8, -1, 7, 11, -4)
23	(4, -16, -12, -5, 3, 7, 11, 0)
24	(2, -18, -11, -3, 1, 5, 10, 6)
25	(2, -15, -7, -3, 1, 6, 14, 10)
26	(5/2, -23/2, -15/2, -7/2, 3/2, 19/2, 21/2, 29/2)
27	(0, -10, -6, -1, 7, 8, 9, 17)
28	(5/2, -17/2, -7/2, 9/2, 11/2, 13/2, 15/2, 39/2)
29	(1/2, -13/2, 3/2, 5/2, 7/2, 9/2, 11/2, 45/2)
30	(0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23)

J'avoue que tout ça a l'air assez aléatoire (à part la puissance quinzième, mais ce n'est pas difficile à comprendre), et c'est sans doute de mauvais augure pour trouver une logique dans ce foutoir.

Il faut que je précise encore une chose : pourquoi précisément (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) ? On pourrait chercher à représenter le groupe W(E₈) à partir de n'importe quel vecteur ayant une orbite de taille 696 729 600, mais (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) est ce qu'on appelle un vecteur de Weyl, et je soupçonne que c'est ce qui a le plus de chances de donner une réponse simple à ma question s'il peut y en avoir une (dans le cas de W(D₈), le vecteur de Weyl dominant est (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7), ce qui est quand même bien sympathique pour représenter les permutations signées). Définir exactement ce qu'est un vecteur de Weyl n'est pas tout à fait évident : je peux par exemple proposer la façon suivante, mais ce n'est pas forcément clair que ce soit intéressant : considérons un vecteur dominant u général pour W(E₈), et maintenant considérons parmi les 240 vecteurs que j'ai appelés système de racines de E₈ ci-dessus, ceux dont le produit scalaire avec u (c'est-à-dire la somme des produits des coordonnées correspondantes) est positif (sachant qu'il ne peut pas être nul) ; il se trouve que ce sont les 120 vecteurs (sur les 240 du système de racines) dont la dernière coordonnée non nulle est strictement positive ; maintenant, faisons la demi-somme de tous ces vecteurs : cela donne (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) ; et en fait, si j'étais parti d'un vecteur u général quelconque (général voulant dire que son orbite a 696 729 600 éléments, ou, ce qui revient au même, que les huit composantes du vecteur u soient deux à deux distinctes, qu'il n'y en ait pas deux qui soient opposées, et qu'il n'y ait pas non plus un nombre pair d'entre elles dont la somme soit égale à la somme des autres), alors la même procédure (faire la demi-somme des 120 vecteurs du système de racine ayant un produit scalaire positif avec u) donnerait un des 696 729 600 vecteurs de l'orbite de (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) sous W(E₈), que je cherche justement à identifier. Mais bon, cette description n'est pas franchement éclairante. Il faut plutôt se dire, moralement, que (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 23) est, en un certain sens, le vecteur « le plus petit et le plus simple » (mais je ne veux pas chercher à définir exactement ce que cela signifie) qui ait une orbite sous W(E₈) de taille 696 729 600.

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