Comments on Pourquoi je préfère mes apostrophes droites

Ilia Smilga (2026-10-14T12:37:49Z)

@Subbak : ah, bonne remarque ! Je donne justement un cours d'informatique en ce moment, et le problème risque potentiellement de survenir… (Heureusement, Python donne le choix entre les guillemets doubles et les guillemets simples et spontanément j'utilise les doubles.)

As-tu trouvé un workaround ?

Subbak (2026-10-14T00:06:29Z)

J'ajouterais un petit agacement quand au rendu LaTeX des apostrophes (même dans un listing de code) : comme le codepoint Unicode dans le document .tex ne correzpond pas à celui du pdf, copier-coller le résultat dans un fichier source ne marche pas.
Évidemment, beaucoup d'étudiants se font avoir (i.e.copient un bout de listing depuis le pdf plutôt que d'utiliser le fichier source que je fournis) et se retrouvent avec des guillemets simples fermants là où il faudrait des apostrophes.

Ruxor (2026-09-10T19:36:11Z)

@Thomas Savary: Je suis d'accord que LuaLaTeX est préférable à LaTeX (et pour certains documents, comme mes courriers, c'est ce que j'utilise), mais il a trois problèmes quand on veut typographier des maths : ① il est incroyablement lent dès que le document est un peu gros, ② il a des problèmes de compatibilité avec plein de packages LaTeX (certains peut-être réglés maintenant, mais j'ai eu des problèmes par le passé avec ça), et ③ il n'est pas supporté par l'arXiv (le serveur majeur de prépublications en maths), ce qui le rend inutilisable pour écrire un article de maths qu'on veut diffuser publiquement.

C'est quand même en LuaLaTeX que nous avons écrit l'article <URL: https://arxiv.org/abs/1304.5376 > (que j'espère pas trop mal typographié !), parce que mon coauteur en est fan. On a trouvé une petite astuce pour le déposer sur l'arXiv quand même, mais à cause de ça il n'y a que le PDF et pas le source.

@Roberta S.: Effectivement, merci !

@Lison: Si, c'est dans mon commentaire daté 2026-09-07T11:26:43+0200 (chercher « privilège spécial »).

Lison (2026-09-10T16:17:12Z)

Tiens, l'allusion à Serre a disparu?

Roberta S. (2026-09-10T11:06:05Z)

> Les polices de l'environnement graphique X Windows

C'est X Window, non? (sans 's').

Jany (2026-09-09T08:11:47Z)

L’entrée II. pour "apostrophe" du Dictionnaire de l’Académie française est remarquable. Utilisons-la ! En forme de virgule, un peu au-dessus de la ligne. Ça réconcilie vos points de vue.

Thomas Savary (2026-09-08T21:07:08Z)

@Ruxor Oh ! c’est super de proposer ainsi une configuration de l’affichage. Pour le coup, chapeau, et je retire ce que j’ai dit ! Toutes mes excuses. Quant au bug avec Brave, il semble bien imputable à Brave plutôt qu’à votre blogue (je viens de repérer un dysfonctionnement similaire sur un autre site).

Si je peux me permettre encore un reproche, toutefois, ce serait l’emplacement du bouton : en haut, il serait plus visible — et à droite, selon l’usage dominant (qui m’a longtemps énervé, avant que je m’y fasse).

Je ne suis de fait pas (encore ?) un habitué. C’est un ami matheux et amateur de typographie qui m’a communiqué le lien de ce billet. Matheux, je ne le suis pas pour un sou. Tout LuaLaTexien que je suis, en dehors de la mise en page d’un livre de Yan Pradeau, je n’ai pas dû utiliser le mode maths de LaTeX plus d’une dizaine de fois. Mais j’aime l’informatique, et je vais jeter un œil à vos autres publications.

D’ailleurs, si ce n’est pas indiscret, je vous repose ma question. Apparemment, vous utilisez toujours TeX, plutôt que LuaTeX ou LMTX. Est-ce par obligation ou bien par goût ? On peut faire tellement plus de choses avec LuaTeX, notamment en matière de programmation et de typographie…

Ruxor (2026-09-08T18:25:24Z)

@Thomas Savary: Sur le commentaire principal je pense que je n'ai rien à dire que je n'aie dit dans le corps du billet, donc à ce stade on ne peut que agree to disagree. Mais sur le PS, je renvoie à <URL: http://www.madore.org/~david/weblog/d.2025-12-31.2842.web-user-style.html#d.2025-12-31.2842 > pour ma justification de laisser par défaut une longueur de lignes illimitée; et pour ce qui est de la raccourcir, il fallait remarquer le bouton portant le symbole ‘⚙’ et l'indication « Click for site settings » (je conviens qu'il est très peu évident, mais le fait est que la plupart des lecteurs de mon blogs sont des habitués).

Thomas Savary (2026-09-08T17:45:15Z)

Merci pour ce billet.

Thomas Savary, infotypographe. Je suis un prescriptiviste. Premièrement, parce que c’est rigolo. Deuxièmement, parce que, en matière de langue, et singulièrement d’écrit, les normes ne sont pas juste faites pour emmerder locuteurs et scripteurs, brider leur créativité ou froisser leurs délicates subjectivités, mais pour servir les lecteurs, en leur permettant de se concentrer sur l’essentiel : le fond. Les écarts par rapport à des usages typographiques sédimentarisés en habitudes de lecture constituent autant d’entraves à une lecture rapide et efficace. Assurément, le lecteur occasionnel s’en trouvera moins indisposé que le gros lecteur, voire pas du tout. Néanmoins, nul lecteur ne souffrira de l’application scrupuleuse de normes, tantôt arbitraires, tantôt parfaitement motivées, alors qu’une partie du lectorat sera indisposée par les écarts en la matière. Et comme on écrit généralement en vue d’être lu par autrui…

De tels écarts peuvent certes avoir leur place dans la création poétique ou artistique, où la typographie n’a pas à se contenter d’être ce verre de cristal dont parlait Beatrice Warde (« The Crystal Goblet »), mais il devient difficile de les justifier pour les textes où la typographie est censée se faire oublier, au service d’un acte de lecture neutre et direct — dans pas loin de cent pour cent des cas, donc.

Malgré tout, vous avez raison de souligner que la typographie n’a pas à être figée, que d’ailleurs elle ne l’est pas, que son histoire est faite d’évolutions, à commencer par l’apparition et l’évolution des guillemets dans l’édition francophone. Personnellement, je ne suis pas rétif par principe aux innovations en la matière, et j’en ai même adopté une significative, s’agissant de la composition des acronymes (distinction entre sigle et acronyme reposant sur l’opposition grandes capitales/petites capitales).

Mais, avant d’en venir aux hostilités, je vois que vous utilisez TeX. Une raison particulière ? Pourquoi pas LuaTeX ? Vous vous casseriez bien moins la tête, notamment en matière de caractères actifs.

Bon… l’apostrophe droite.

Je partage votre diagnostic. Je critiquerai votre remède. Au moins n’avez-vous pas la prétention de l’imposer, ce qui vous distingue de bien des gens estimant avoir trouvé une solution plus ou moins ingénieuse à un problème donné, que celui-ci soit réel ou non.

Si l’expérience de la beauté est, je crois, universelle, ce que l’on considère comme beau ou laid varie à l’évidence selon les cultures, les époques et les individus. Un jugement esthétique n’est pas pour autant totalement subjectif ; on peut l’élaborer sur la base de critères communs comme la cohérence, la construction ou des rapports géométriques.

Même si votre article témoigne d’une indéniable réflexion et de connaissances bien supérieures à la moyenne dans le domaine (y compris dans le camp des prescriptivistes), j’espère que vous ne m’en voudrez pas de nourrir quelques doutes sur vos goûts en matière de typographie, au vu de la mise en forme de votre blogue, qui témoigne d’une totale absence d’égards pour le lecteur, au point qu’il m’a fallu sortir votre article en PDF afin de le lire — pour la première fois de ma vie (j’y reviendrai en post-scriptum).

Au-delà de l’appréhension que peut susciter la nouveauté, l’apostrophe dactylographique est plus ou moins réussie esthétiquement, selon les polices. Elle est souvent objectivement moche. Vous le relevez vous-même : son dessin est fréquemment négligé par les créateurs de caractères… quand le glyphe n’a pas carrément été dessiné a posteriori, dans le cas très fréquent des polices créées avant l’ère informatique. Incohérences en matière d’axe, de graisse, de style… font que le glyphe jure au milieu des autres. Certes, ce n’est pas toujours le cas, notamment dans les polices de conception récente. Mais, que vous le vouliez ou non, l’apostrophe dactylographique reste un caractère mal-aimé. Circularité du rejet de l’apostrophe droite, si vous voulez, il n’en demeure pas moins que le typographe soucieux d’esthétique qui voudrait suivre votre exemple (même si vous ne le lui demandez pas) voit son choix limité en matière de polices.

Votre ‘can’t’ corrigé en ‘can't’ n’en est pas moins très bien trouvé. Et votre préférence pour l’apostrophe droite a le mérite de répondre à un problème réel, la confusion entre apostrophe et guillemets fermants en virgule.

Une fois n’est pas coutume, le français a su apporter une solution esthétique et cohérente là où la typographie anglaise n’a pas brillé par son intelligence : les guillemets en chevrons, doubles et simples. Si en France les guillemets furent d’abord en virgule, il est probable que ce soit la fréquence de l’apostrophe dans notre langue qui ait fini par imposer des guillemets s’éloignant des formes virgulées. Bien que sensiblement moindre, la fréquence de l’apostrophe en anglais aurait dû orienter les typographes anglo-saxons vers d’autres solutions que les déplorables guillemets en virgule. Sans doute ne fallait-il pas copier les Froggies, j’imagine…

Ce qui m’étonne, c’est que vous connaissez les différents guillemets et que pourtant vous n’évoquez pas un usage courant en Suisse. Comparons…

À la suisse : « L’‹ homme › est un animal », me dit-elle.
À l’Allia ou à la Litera : « L’“homme” est un animal », me dit-elle (où comment faire la preuve qu’une bonne réputation en matière de typographie, en France, peut être usurpée).
(Et juste pour rigoler : "L''homme' est un animal", me dit-elle.)

Il n’y a pas photo, je pense. Et l’usage suisse montre que le problème que vous pointez s’était déjà vu proposer une solution, à mon sens bien plus satisfaisante que la vôtre, dans la mesure où elle concilie tradition, fonctionnalité et esthétique (dans la majorité des polices).

Bien sûr, les choses se corsent au-delà de deux niveaux de citation… Le passage aux guillemets en virgule finira tôt ou tard par donner lieu au problème de départ. Mais je pense que vous admettrez que le besoin de trois, voire de quatre paires de guillemets enchâssés est rare. La solution suisse, à laquelle je recours moi-même quand les éditeurs l’acceptent, répond à l’écrasante majorité des besoins.

Innover, pourquoi pas ? Encore faut-il qu’une autre solution n’ait pas été proposée ou que la nouvelle paraisse supérieure à la précédente, ce qui à mon avis n’est pas le cas — même si j’ai bien compris que vous décriviez votre usage personnel, pas une recommandation et encore moins une prescription.

En tout cas, je ne regrette pas de vous avoir lu. Car c’est votre article qui m’aura donné l’idée suivante : pourquoi ne pas utiliser le glyphe « ' » comme guillemets ouvrants/fermants de troisième niveau ?

Cordialement,

Thomas Savary

P.-S. — Pourquoi un blogue aussi affreux ?
1. Pas de police de labeur définie, sinon la famille (à empattements). Le résultat dépendra donc de la configuration du navigateur, à laquelle la plupart des gens ne touchent pas, plus souvent par ignorance que par paresse. Ce sera la police par défaut, généralement pas terrible.
2. Des lignes interminables. Au-delà de 70 caractères par ligne, le confort de lecture décline, pour vite s’effondrer.
3. Je pensais régler le problème en réduisant la largeur de la fenêtre. Sachez que cela ne fonctionne pas dans Brave (en tout cas chez moi) : le conteneur du texte conserve ses dimensions, et les lignes se trouvent dès lors simplement coupées quand on réduit les dimensions de la fenêtre. Pas de problème, toutefois, avec Konqueror, Firefox, Falkon ou même Chromium (je m’attendais pour ce dernier à ce que le rendu soit le même que dans Brave, mais non). Brave état mon navigateur par défaut, j’ai dû sortir l’article dans un PDF au format A5 pour pouvoir vous lire dans de meilleures conditions.
4. Quoi qu’il en soit, je pense que vous auriez dû définir une max-width en em pour le conteneur du texte. Je sais que certains ne sont pas dérangés par le fait de lire des lignes de 200 caractères, mais personne à ma connaissance ne s’est jamais plaint de devoir lire des lignes de 55 à 70 caractères.

Damien (2026-09-07T12:17:24Z)

Pour la partie Python, c'est sans doute à nuancer : https://discuss.python.org/t/are-new-python-devs-forgetting-the-zen-of-python-there-should-be-one-and-preferably-only-one-obvious-way-to-do-it/105130

(peut-être que la "guerre" Perl/Python des années 2000 a accentué cette impression de rigidité qui n'était pas forcément si stricte que ça)

Ruxor (2026-09-07T09:26:43Z)

@Typhon: Je ne vois pas l'incohérence à penser que la typographie française (ou plutôt : le français typographié) est une langue, que la linguistique devrait étudier, mais n'est pas le français. Mais bon, ce n'est pas vraiment la classification qui m'intéresse : ce qui m'intéresse est qu'on étudie la typographie avec les mêmes méthodes que la linguistique. Or les précis de typographie qui n'ont pas une approche prescriptive, ils ne sont pas faciles à trouver !

@Héhéhé: OK, peut-être que c'est juste un signe que je suis vieux, et que plus personne ne dit ça (sauf un certain JPS qui va avoir 100 ans dans une semaine, mais lui on va lui accorder ce privilège spécial). Mais peu importe que la réaction ne soit plus d'actualité : le fait est que des gens ont tendance à réagir comme ça face à l'innovation, donc c'est un point de comparaison intéressant (et d'autant plus pertinent si on voit maintenant clairement qu'il était ridicule).

@Informatheux: Ah mais c'est vrai que je comptais écrire un paragraphe ou deux sur l'écriture manuscrite, et que j'ai complètement oublié. Mes apostrophes manuscrites sont un peu n'importe comment. En revanche, quand j'écris à la main des guillemets en virgule (simples ou doubles), j'exagère pas mal la forme comme des petits ‘6’ et ‘9’ (sauf que je remplis la boucle du ‘6’ ou du ‘9’), justement pour bien les différencier des apostrophes et des primes. Il me semble que c'est comme ça qu'on m'avait dit de faire à l'école au Canada, d'ailleurs.

Pour la phrase que tu cites du Zen du Python, je pense qu'elle est explicitement écrite pour s'opposer à la devise de Perl (je veux dire, que c'est une référence à elle, et dans ce sens-là : Python qui répond à Perl). C'est d'ailleurs ce qui me déplaît le plus avec Python, au fond : c'est un langage à la mentalité profondément prescriptiviste, alors qu'on sent que Perl a été conçu par quelqu'un qui avait une formation de linguiste.

Informatheux (2026-09-06T22:01:20Z)

Je trouve surprenant qu'il y ait autant de défenseurs des guillemets courbes. Mes guillemets anglais à l'écrit sont en fait plutôt des doubles primes (resp. doubles primes inversées) : ils sont droits et penchés. Alors que mes apostrophes sont comme des virgules, courbes (enfin, quand je m'applique, en vrai elles sont un peu de toutes les formes). Je suspecte que c'est a cause du français, où l'apostrophe vient (quasi-)systématiquement en fin de mot, si j'écrivais plus d'anglais, peut-être que je la mettrais droite dans "don't".

Apparté : Je trouve marrant que la devise de Perl, "There's More Than One Way To Do It", s'oppose un peu à cette phrase du Zen of Python : "There should be one-- and preferably only one --obvious way to do it.".

Héhéhé (2026-09-06T21:48:32Z)

Tu en croises encore des grincheux pour le blackboard bold ? Quand je faisais mes études à Orsay il y a eu quinzaine d'années, c'était déjà ultra-minoritaire et c'était surtout des vieux qui ont dû partir à retraite depuis… Ca fait des années que j'ai pas entendu quelqu'un râler là-dessus !

Typhon (2026-09-06T19:39:39Z)

>**j'aurais tendance à dire que l'étude descriptive de la typographie et de son histoire a autant sa place dans la linguistique que l'évolution des phonèmes indo-européens**

Non, ce sont deux domaines d'études bien séparés qui n'ont pas tant de choses à s'apporter, je ne vois pas l'intérêt de prétendre que l'un subsume l'autre.

En particulier je ne vois pas l'intérêt de le prétendre quand on dit ensuite ceci :

**je rejette l'idée qu'une langue impose un style particulier de guillemets (ou des conventions typographiques), et à plus forte raison que ça fasse partie des règles grammaticales de cette langue**

Mets toi d'accord avec toi-même ! Si la typographie ne fait pas partie des règles grammaticales d'une langue, ce qui est vrai et évident, l'étude de la typographie n'a pas à être considéré comme un sous domaine de la linguistique.

(Ce seraient plutôt deux sous-domaines de la sémiologie au sens large, à la rigueur)


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