Comments on Quelques réflexions décousues sur les « conseils-reproches »

JML (2018-04-23T16:03:41Z)

C'est évident que si tu mangeais plus de carottes tu aurais une meilleure vue donc tu perdrais moins souvent ta montre, et que si tu te dépêtrais de tes problèmes émotionnels tu rangerais ta chambre et tu n'aurais pas mal au ventre !

Constats empiriques :
Mon opinion sur un phénomène dont je n'ai pas une grande expérience est sans valeur.
Il est agréable de se sentir libre de n'avoir aucune opinion.
Je n'avais pas cette liberté quand j'étais plus jeune. Mes contemporains ont rarement cette liberté. La phrase qui précède est une opinion…
Ce qui n'est pas une opinion : (1) faits scientifiquement validés (très peu de phénomènes) (2) témoignages de vécu (anecdotes, susceptibles de s'assembler en un faisceau fondant alors une opinion éclairée) (3) opinions vécues comme hypothèses de travail, c'est-à-dire sans attachement émotionnel (facilement jetables quand de nouveaux faits vont dans une autre direction), à utiliser faute de mieux pour décider quoi faire.
L'intelligence humaine est très fragile. J'ai l'impression que quand mes contemporains ouvrent la bouche, il en sort presque toujours une opinion ; qu'un cerveau humain est un producteur naturel (*) d'opinions qu'il utilise pour faire des emplâtres peu efficaces sur des failles émotionnelles, opinions qu'il tente, pour donner une impression de maîtrise de la vie, vainement d'agencer en une vision cohérente du monde, i.e. en une idéologie, qui sera volontiers synchronisée avec les idéologies d'autres humains, ce qui donne une sorte de virus mental qui fait marcher au pas des groupes d'humains qui se sont laissés déposséder de leur intelligence par la mécanique de leurs cerveaux. On essaye de parler à l'humain mais c'est l'idéologie qui répond. Elle rejette tout ce qui pourrait la mettre en danger. (*) Note : un cerveau se développe dans un bain culturel. Y a-t-il des ingrédients à mettre dans le bain qui pourraient immuniser contre le développement d'idéologies ?
Hypothèse : les humains font dépendre leur sentiment de valeur de considérations externes (je fais ceci DONC j'ai de la valeur) au lieu de simplement constater : j'ai de la valeur ; si je n'ai pas un sentiment de valeur, évident, sans raison aucune, c'est que j'ai une pathologie mentale dont je dois me débarrasser. Mes contemporains sont des malades mentaux qui utilisent notamment des idéologies pour asseoir faussement leur sentiment de valeur. Leur faire constater les failles de leurs idéologies = leur dire qu'ils ne valent rien. Ce qui est vrai en un sens puisqu'ils se sont laissés réduire en pantins de leurs idéologies.
Tout cela est délicieusement paradoxal. J'utilise ton blog pour organiser mes pensées, i.e. pour construire une idéologie, qui dit que les idéologies sont toxiques, sauf si on ne leur attache pas de valeur. Ça n'a de valeur, d'utilité, que si ça n'en a pas ! J'espère que tout le monde suit :)

Tu récoltes des opinions en commentaires. C'est normal, c'est des humains qui écrivent (… j'espère). Un humain peut préférer se brûler le cerveau plutôt que de se risquer sur une démarche rigoureuse de recherche de vérité qui ferait immanquablement s'écrouler les idéologies qu'il porte / qui le portent. Tu as une haute opinion de ton lectorat, d'appeler à plus de rigueur comme on demanderait à une montagne de bouger pour ne plus faire obstacle au passage ;)
Ces opinions sont autant d'hypothèses de travail potentielles pour toi.
Quand certaines opinions te heurtent, c'est que tu es heurtable. Expérimenter ta heurtabilité, c'est l'occasion d'une prise de conscience. Il est peut-être utile que j'explicite. Il est certes légitime que je protège mon corps et mon psychisme des agressions. Mais, est-il normal que mon psychisme soit agressable ? Situation : un humain doté d'un cerveau utilise sa bouche pour prononcer des paroles à un niveau sonore supportable par mes tympans (ou ses doigts pour écrire). Je sais que dans cette situation n'importe quelle idiotie est susceptible d'être proférée, et pourtant ça me blesse ? Hypothèse : ma blessabilité est un symptôme des maladies mentales dont je suis porteur. Constat : certaines paroles qui m'auraient blessé par le passé ne me blessent plus. Quand je suis totalement débarrassé de ma faille antérieure, j'éprouve de la pitié pour le locuteur, qui fait si mauvais usage de la chance qu'il a d'être humain.
Il est impossible de parler aux autres sans risque de les blesser. Pour certains, mieux tu es, plus tu les blesses ! Il est possible de ne pas se laisser entraîner par ses émotions, de ne pas porter de préjugé, d'être curieux des autres, de parler avec précaution, et ainsi diminuer les risques.
Petit jeu : à la prochaine occasion sociale, essayer de repérer les conversations « je fais semblant de demander conseil alors que je tiens à mon problème et je ne veux surtout pas le résoudre » vs. « je conseille la première idiotie qui me passe par la tête au lieu de la fermer » et observer comment ces humains coopèrent ou non pour renforcer mutuellement leur sentiment de valeur.

Concernant tes angoisses, ce qui m'a aidé :
Les angoisses sont le reflet d'un conflit intérieur. (Ça n'avance à rien de concret de dire ça, et pourtant j'ai eu la sensation nette que ça m'aidait quand on me l'a dit.)
Pour se débarrasser de quelque chose de profondément intégré à son fonctionnement, il faut une résolution inébranlable. Non, vraiment, je ne veux plus me complaire dans ma merde ! Alors seulement je peux faire de vraies tentatives X1, X2, X3…, supporter les échecs et continuer à chercher jusqu'à ce qu'enfin X_n amène un vrai changement.
Je ne connais pas de truc magique pour faire apparaître une résolution inébranlable. Sinon que c'est en marchant qu'on marche.
Même quand on est paresseux le destin peut amener de bons coups de pouce. Le problème c'est que c'est plutôt sous la forme de coups de pieds aux fesses pénibles à vivre.
La santé mentale suppose une vigilance sans faille. C'est comme si l'on avait chacun nos pathologies naturelles : ayant pris de la hauteur, à la moindre sortie de route on risque de dévaler la pente bien connue.
Il y a beaucoup de X_i potentiels, dans toutes les directions, mais si on ne sait pas arrêter le cerveau, c'est comme éponger le dégât des eaux sans boucher la fuite.

Je radote probablement. Je ne sais pas s'il y a un moyen simple de consulter les messages que l'on a laissés sur ton blog ?

vicnent (2018-04-23T06:27:05Z)

quand je trouve un argument intéressant, je demande à mon interlocuteur de le développer. Pour le reste, si on est dans le domaine de la Croyance, j'écoute poliment.

Mouton (2018-04-22T11:13:49Z)

Sur un chan IRC, dans mes logs, j'en trouve une occurrence aussi :

févr. 26 23:51:22 <Mouton> J'ai une question de l'ordre du Right-Thing-fullness concernant une BDD.

jonas (2018-04-21T14:41:38Z)

The SMBC strip the day after you posted this <URL: https://www.smbc-comics.com/comic/the-truth-about-parenting > is quite appropriate here. Zach is giving the sort of advise you're talking about to the son.

ooten (2018-04-21T11:24:08Z)

Sur ce qu’on devrait faire ou pas en général ou en particulier envers autrui c’est vraiment prise de tête intégrale parfois, la modération, la tolérance et le bon sens semblent être de bons conseils. Mais ça ne suffit pas toujours, peut-on être tolérant envers ceux qui ne le sont pas envers vous ? La fuite ou l’évitement peut être une réponse mais elle n’est pas toujours possible 🙁

Immae (2018-04-21T09:34:14Z)

Tiens, c’est plutôt rare qu’on ait les mêmes préoccupations, mais pour une fois c’est un sujet auquel j’essaye aussi de faire attention.

La règle que je me force à suivre est que:
- Si on me fait ce genre de remarque que j’estime infondée (ou même fondée mais « zut j’ai quand même envie de me coucher à 2h du matin parce que c’est à 1h que j’ai mon pic de productivité »), je me contente de l’ignorer.
- Et dans l’autre sens, même si ça me démange de faire la remarque, je ne la fais que si la personne me demande ce que j’en pense, ou si le comportement en question a des conséquences sur moi qui me posent problème.

Nick Mandatory (2018-04-20T22:19:49Z)

Billet intéressant, merci.

C'est une question encore plus aigüe pour les profs, qui sont des conseilleurs-reprocheurs professionnels (et les élèves peuvent même être demandeurs de conseils-reproches).

Ce n'est pas la partie du métier que je préfère, mais je pense que si je veux durer dans la profession, il va falloir que je développe une éthique à ce sujet et une pratique qui s'y conforme plus ou moins.

(Si l'hôte de ces lieux ou l'un des membres de son Excellent Lectorat ont des lectures à me conseiller, d'ailleurs… [ou à me reprocher, mais quelle lecture me connaissez-vous, à part ce blog ?])

GHP (2018-04-20T17:02:04Z)

Si c’était un faux malaise pour après écrire une note sur les conseilleurs, ce serait bien joué


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