Comments on Sur l'argument je ne suis pas raciste

Robert (2015-11-08T10:16:30Z)

Hier soir, j'ai utilisé les mots "race noire et race blanche" sans m'en rendre compte pour parler de physiologie et génétique différentes entre les hommes avec des origines européennes et africaines.

Je ne me suis rendu compte que ce matin (ayant un peu picolé hier soir) que j'ai utilisé ce mot qui a des grosses grosses connotations racistes et surtout en ce moment.

Du coup ce matin, je me réveille et je me dis "je suis un gros raciste" ou alors : "je suis juste un mec qui avait un peu picolé et qui n'a pas fait attention à ses mots" ?

Je trouve que c'est très dur d'oublier ce mot et ne plus l'utiliser car il est très présent dans les médias et on en parle trop souvent j'ai l'impression.

Je pense que plus de 80% des gens qui utilisent le mot de race blanche, noire ou jaune pour parler des origines ethniques des populations ne sont pas racistes ou alors malgré eux. C'est juste qu'ils ne font pas vraiment attention à ce qu'ils disent et aux mots qu'ils utilisent.

Ça me saoule de passer pour un raciste que je ne suis pas mais en même temps c'est totalement de ma faute et la prochaine fois je ferais gaffe aux mots que j'utilise.
Seulement voilà moi j'ai une réflexion là-dessus alors que 80% de gens qui utilisent ce mot en ont juste rien à branler de choquer les mentalités et se disent tout simplement : "mouah c'est bon c'est comme les chiens mais je ne suis pas raciste bordel !" Et le pire c'est qu'ils le pensent vraiment !

Quentin (2014-11-05T08:47:10Z)

@phi
Ce n'est pas le continuum qui est en cause, c'est l'arbitraire de toute subdivision en groupe (d'ailleurs il y a toujours eu de multiples taxonomies).

Il y a un large consensus en biologie pour dire que cette notion est non pertinente parce-que tout choix de subdivision est arbitraire. L'intérêt réel d'un usage en médecine est contreversé.

Reste les aspects sociaux.

Ton usage de "détermine" prête à confusion : il laisse penser qu'il y a un rapport de causalité entre des caractéristiques morphologiques ou génétiques et le statut social par exemple, ce qui est précisément une thèse raciste (fausse).

Si archétype morphologique il y a, ce sont des archétypes sociaux et si ces archétypes sont corrélés au statut social ou autre, ce n'est pas en vertu d'une détermination génétique mais un accident de l'histoire des relations entre groupes humains.

Quand on est "selectif" ou "xénophobe" ou "égoïste" en s'appuyant sur des archétypes sociaux avec la croyance implicite qu'il y a derrière une détermination génétique (et donc qu'on peut ramener un individu à son groupe de manière univoque) on est raciste.

Après qu'il existe des usages politiques de ces archétypes sociaux, bien sûr. Qu'ils soient des usages efficaces et souhaitables ça reste à démontrer.

phi (2014-11-04T17:08:00Z)

D'abord, le mot 'race' en anglais a un sens un peu différent d'en français. La science ne se réduit pas aux écrits bien pensants de Jay Gould, Morin et autres. L'argument du continuum est inepte: pratiquement tout est continuum, dans les sciences du vivant et ce n'est pas parce qu'il y a un continuum de gris entre le blanc et le noir que les couleurs n'existent pas. En l'occurrence, l'uniformisation génétique est très loin d'avoir effacé les clusters génétiques issus des migrations et les "races" (ou types ou …) sont utilisées en médecine pour les maladies et les médicaments au même titre que les antécédents familiaux.

Le "racisme" recouvre des thèses plus ou moins fortes, par exemple, sur un plan purement épistémique:
- il existe de grands archétypes génétiques pertinents pour l'étude de l'homme sur certains plans
- on peut classifier les humains en catégories raciales qui vont déterminer l'individu de façon significative par rapport aux variations individuelles
- on peut catégoriser les humains en races qui déterminent les individus
et sur le plan politique/moral:
- les archétypes génétiques sont pris en compte dans la politique d'immigration afin de conserver certaines caractéristiques moyennes de la population
- les races déterminent les comportements et les communautarismes, ce qui est souhaitable (racisme positif) / doit être évité
- la race détermine le statut social de l'individu

La réponse "je ne suis pas raciste" peut se comprendre, pour dire, par exemple, qu'on est plutôt en fait
- sélectif ("j'm pas ce type car il est P, et de "race" X mais ça ne compense pas)
- xénophobe
- égoïste ("j'm pas les ex-immigrés pauvres qui touchent des allocs")

On ne dit pas "je ne suis pas stupide" comme on dit "je ne suis pas raciste" car le racisme est parfois revendiqué et peut relever d'un choix politique: il a existé un Ku Klux Klan mais non un Crétin Club, sauf ironie. Et d'ailleurs, On dit bel et bien "je ne suis pas stupide (quand même!)" mais c sur un autre registre.

N (2014-11-03T08:58:22Z)

Je ne suis pas überfan de deux arguments de Name :

PREMIER
> et de toute façon tu es bien trop intelligent et cultivé pour laisser
> ces éventuelles pensées te mener à des *actes*
> (ce qui est à mes yeux l'essentiel)

C'est justement parce qu'on est intelligent (et/ou à un haut poste de décision, ou d'influence, ou même juste parce qu'on est dans un maillage d'amitiés avec d'autres gens intelligents influents) qu'il faut justement affûter ses propres capacités d'analyse de soi et de ses comportements. On va pas compter sur la mère Michu pour se passionner pour l'auto-analyse.

De mon point de vue, l'un des facteurs qui contribue le plus est justement l'école (et son pendant, l'échec scolaire) qui nous apprend à nous normaliser, et à ne pas cultiver notre originalité… et donc à ne pas supporter en nous-mêmes, puis en d'autres, une trace de différence.

***

Je crois aussi que le racisme ordinaire («les bougnouls y nous bouff' nos alloc'») est une grille de lecture du monde proposée par des gens qui veulent faire oublier la lutte des classes pour se concentrer sur un ennemi précaire, j'ai nommé «les autres». Il y a donc aussi le racisme comme arme politique populiste.

***

SECOND
> [le] fait, probablement fortement biologiquement déterminé hélas,
> d'avoir une préférence a priori pour ce et ceux qui nous ressemblent

Source ?
Je pense qu'au contraire (comme dans le cas de l'enfant sauvage), les êtres vivants qui ont un cerveau assez développé s'adaptent incroyablement vite aux circonstances dans lesquelles ils ont été élevés, et il n'y a pas de raison d'avoir peur des Noirs (ou des Violets) si on a été élevé dans des circonstances où personne n'a peur des Noirs (ou des Bleus). Bref : un enfant blanc élevé par des Noirs aura-t-il peur des Noirs toute sa vie ? Vraiment ?

Decebal (2014-11-03T08:17:49Z)

Je suis complètement d'accord.

Dans le même ordre d'idée, je l'ai remarqué avec mes enfants ; il y a une grosse différence lorsque un parent leur dit :

- Tu es un menteur.

ou bien

- Tu as dit un mensonge.

Dans le premier cas l'enfant est jugé, catalogué , dans le second c'est l'acte qui est condamné et non l'enfant. La seconde formulation va amener plus efficacement l'enfant à réfléchir sur la portée de son acte.

Et bien sûr tout ceci est aussi valable pour des adultes.

Quentin (2014-10-30T13:31:39Z)

@frankie
Il existerait donc une notion objective de race faible, mais trop subtile ou complexe pour être accessible à l'individu lambda qui devrait donc s'abstenir de parler de race ?
Je pense que c'est exactement l'inverse : il existe une notion de race forte, tout a fait accessible à l'individu lambda, mais qui n'a pas de fondement biologique objectif parce qu'elle est avant tout sociale.

Le principal aspect qui me fait dire ça ce n'est pas seulement l'absence de véritables catégorie biologique qui serait en continuité avec le sens commun (ce qui n'a rien à voir avec un mixage récent des populations : il n'y en a jamais eu, le pool génétique humain forme un paysage continu à peine affaibli par les barriëres naturelles comme l'Himalaya ou le Sahara, et malgré ces barriëres les populations n'ont jamais été totalement isolées les unes des autres). C'est surtout qu'on sait que le sens commun est foncièrement inconsistant à ce sujet (certains metis sont noirs aux US, blancs en Afrique) et donc qu'il n'y aura jamais de catégorie biologique en continuité avec le sens commun à propos de la notion de race, pas même en un sens faible.
Ce n'est pas vraiment un point de méthode a mon sens mais un constat scientifique.

Ceci n'exclut pas qu'il existe dans certains contextes une notion de race fondée socialement qui permettre de reconnaître des groupes d'individus (par exemple issus de l'immigration africaine ou asiatique dans un pays européen). L'erreur c'est de croire qu'elle a un fondement biologique : elle s'appuie certes sur des différences biologiques rendues visibles par le phénomène de l'immigration, mais la catégorisation des individus en elle même a un fondement éminemment social. Elle est donc très contextuelle et subjective. Typiquement on ne parle pas de "latino" comme d'une race en France, mais aux états unis, si.

Il faut savoir aussi que concernant les animaux la notion de race n'a pas plus de fondement biologique : elle a principalement un usage pragmatique dans le cadre de l'élevage, c'est à dire quand il s'agit d'isoler artificiellement des lignées génétiques.

frankie (2014-10-29T20:10:57Z)

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Quentin d'un point de vue méthodologique.
Vouloir faire rentrer chaque individu dans une catégorie pure est un non-sens. On y arrive à peu-près avec les animaux, mais à l'intérieur du genre humain, ça ne marche pas : les humains sont interféconds et la question est résolue.
Sauf que si on regarde plus en détail dans le règne animal, on s'aperçoit que des races croisées existent, et que la question est diablement complexe.
Il faut à mon sens adopter une solution "faible" en acceptant que le mot race recouvre la notion de groupe humain dont les archétypes partagent certaines caractéristiques génétiques, en observant que ces dernières sont d'une importance très secondaire dans notre patrimoine génétique commun. Et en sachant qu'un tas d'individus sur Terre ne font définitivement pas (plus ?) partie de ces catégories que je qualifie de "faibles", je me répète.
Pour dire les choses brutalement, l'individu lambda devrait s'abstenir de "manipuler" des concepts qui le dépassent complètement. Mais c'est une autre histoire…

Quentin (2014-10-29T17:47:19Z)

@Pensées en vrac
La science c'est le doute, etc… Ok, enfin la science a montré que le géocentrisme est faux et il n'est pas vraiment question de revenir la dessus.
Pour les races, c'est pareil :
- des études montrent que la perception de la race est contextuelle (un même individu peut être perçu comme appartenant à des races différentes suivant qu'il se trouve en Italie du sud ou en Suède par exemple)
- la variabilité génétique est trop importante pour délimiter de véritables groupes humains objectifs (il y a un continuum génétique entre le japonais, le sud-africain, le finlandais…).

Autrement dit la race humaine est une catégorie sociale subjective, et on sait qu'elle ne sera jamais une catégorie scientifique, contrairement à ce que prétend la doctrine raciste. Les choses sont plutôt claires à ce sujet.

frankie (2014-10-29T17:44:00Z)

Difficile de nier l'existence des races alors que dès la petite école on apprend que l'homme est le fruit d'une longue évolution avec des stades intermédiaires. La capacité crânienne, entre autres, est un critère scientifique de distinction entre races successives (parler d'espèces différentes est un abus de langage). Il est clair qu'on n'abattra pas le chien du voisin sous prétexte qu'il n'est de la même race que le sien…
La question n'est pas là d'ailleurs. Mais d'une part, c'est pratique de s'appuyer dessus pour enfoncer son clou. Et d'autre part, elle n'est tellement pas là que les racistes ont reporté leurs mauvais sentiments sur d'autres valeurs humaines, la religion ou la culture, les us et coutumes (assimilés à de bonnes ou mauvaises habitudes) ou la civilisation… Le langage et l'objet changent mais les mauvaises intentions demeurent. Elles sont les invariants. Simplement, leur phénoménologie évolue.
Notre langage pour la contrer a toujours une longueur de retard ("une guerre de retard", disait-on dans le temps…)… Alors on parle de terreau favorable ou défavorable… D'apports positifs ou négatifs… De la bonne assimilation ou de l'envahissement par des "hétérochtones"… Les termes sont brassés à en perdre leur sens élémentaire. Et la langue de bois est un art à la portée de tout un chacun comme le remarque à juste titre Régis.
Qu'est-ce qui est le plus important : utiliser les bons termes (celui qui s'y essaiera sera taxé de coupeur de cheveux en quatre… essayez donc !) ou entretenir de meilleurs sentiments à l'égard d'autrui quand il le mérite ? Ce n'est pas qu'un problème formel à mon sens…

Ggauvain (2014-10-29T16:16:03Z)

Je suis dialectiquement d'accord avec ton billet. Je veux dire par là qu'à mon avis, tu as raison de critiquer comme tu le fais la théorie que tu réfutes (tu as raison de défendre l'idée d'un racisme comme attribut d'un acte plutôt que comme attribut de la personne), mais qu'à mon avis toujours, il est possible de franchir un pas supplémentaire, et de défendre l'idée d'un racisme comme propriété d'une situation plutôt que comme attribut d'un acte.

Je pense, pour le dire rapidement, qu'il existe des dominations sociales (qu'il y a des catégories dominantes et des catégories dominées : hétéros/homos, hommes/femmes, blanc/noirs…), et que nos appartenances catégorielles (de race*, de genre, de sexualité…) informent profondément nos êtres, nos cerveaux, nos comportements, qu'on le veuille ou non. Nous ne sommes pas des êtres analytiques ; nous sommes des êtres synthétiques, et nous ne pouvons pas laisser de côté, sur commande, telle ou telle part de notre identité.

Si je me retrouve à me disputer avec une femme, en tant qu'homme, je suis pris dans une situation informée par une domination (sexiste) et je ne peux pas y échapper. Quoi que je fasse, je bénéficierai de cette situation, parce que même si la femme et moi-même nous comportons exactement de la même façon, les mots et les actes n'auront pas la même signification objective. Si elle me frappe et que je la frappe, le coup porté par la femme n'a pas les mêmes connotations, ne renvoie pas à la même violence, n'est pas aussi traumatisant pour moi que l'inverse le serait pour elle, etc. Sans aller jusque là, le fait même d'élever la voix ne comporte pas autant de menace si c'est un homme qui le fait face à une femme, ou l'inverse. En général, une situation de conflit entre dominant-e e dominé-e est toujours marquée par la capacité qu'a le dominant (même s'il est gentil, même s'il est de bonne volonté, etc.) d'humilier le/la dominé-e en le/la renvoyant à sa domination (par l'insulte). Si le dominant est gentil, il n'utilisera pas cette arme, mais c'est une arme qu'il possède, dont il ne peut pas se défaire, et qui rend la situation ipso facto asymétrique. Donc il y a "du sexisme", "du racisme", "de la domination" dans la situation elle-même.

Bien sûr, les agents concernés peuvent choisir de se servir ou non de ces "armes". Le fait qu'il y ait "du sexisme" dans la situation n'excuse pas le fait de balancer une injure sexiste, ou de frapper une femme. Chaque niveau d'analyse ne rend pas invalide le niveau inférieur : la conception du racisme-attribut-de-la-situation ne rend pas invalide la conception du racisme-attribut-de-l'acte, pas plus que, comme tu le signales toi-même, la conception du racisme-attribut-de-l'acte ne rend pas invalide la conception du racisme-attribut-de-la-personne (il y a des gens "racistes", parce qu'ils commettent régulièrement des actes racistes). Mais de même qu'une personne non-raciste peut dire ou faire des choses racistes, de même une personne de bonne volonté, dont les actes ne seraient pas consciemment racistes, ne peut parfois guère échapper aux structures de la situation, parce que *quoi qu'il fasse* ses actes auront une connotation qui lui échappent, et que leur confère la structure sociale de domination.

Donc, à mon avis, trois étapes, chacune englobant l'autre et la relativisant, mais ne l'annulant pas :
-le racisme comme attribut des personnes (OK, mais c'est faiblard) ;
-le racisme comme attribut des actes (OK, c'est mieux) ;
-le racisme comme attribut des situations (là c'est carrément puissant, ça rend bien justice à une conception "synthétique" de nos êtres et de nos comportements, et ça permet de penser efficacement les deux étapes précédentes).

*Je précise tout de suite, en réponse aussi à certains commentaires, que je n'ai pas de problème avec le mot "race" si on en fait, comme c'est le cas chez les antiracistes qui l'utilisent, une construction sociale plutôt qu'une réalité biologique.

régis (2014-10-29T12:46:33Z)

Il est devenu difficile d'exprimer de façon simple une idée pas forcément illégitime mais qui peut irriter, en particulier les minorités. Le Français moyen, très moyen, est devenu un vrai pro de la langue de bois et de la manipulation.
Prenons l'assertion suivante: je ne supporte pas les femmes voilées. Elle peut être considérée comme agressive et celui qui l'exprime passe alors pour un persécuteur.
Maintenant, considérons celle-ci: je ne suis pas raciste, mais à force, je ne supporte plus les femmes voilées. Le locuteur opère un jeu précis: d'une part il nie être un persécuteur, et il sous-entend qu'il pourrait passer pour un salaud et par conséquent il est une victime en puissance. Ou, plus vicelard encore, il laisse à penser que, exprimant une idée complexe puisque paradoxale, il est capable de raisonnements élaborés et fait figure d'arbitre, de recours, de sauveur.
Il est souvent intéressant de faire appel à l'analyse transactionnelle et au triangle de Karpman pour expliquer ces jeux.

frankie (2014-10-29T12:24:20Z)

Un peu compliquée comme approche !
Un raciste, c'est celui qui défend des thèses racistes,qui les développe pour leur donner vie, ou qui les met en application de façon criante. Le "ou" n'est pas exclusif.
Un raciste occasionnel, c'est une espèce virtuelle, ça n'existe que le temps qu'un nuage passe et se déforme sous nos yeux.
Par contre, sortir l'expression dans une discussion est une bonne occasion de la plomber, sachant que plus rien de construit n'en sortira… C'est une petite remarque urbaine que chacun aura pu expérimenter, parfois à ses dépens.
Quant à l'affirmation "je ne suis pas raciste", elle signifie que le mot dérange parce qu'il est exact (éventuellement pour éviter un procès…) ou qu'il est inadapté à la situation présente. Ces deux cas de figures sont très différents.
Notons qu'on peut faire parti d'un parti foncièrement raciste et le dénier à tout bout de champ. Cette gymnastique devrait être évitée par toute personne ayant un minimum le sens de la cohérence, a fortiori par tout mathématicien qui se fait de la logique un outil au quotidien.

Pensées en vrac (2014-10-29T12:05:50Z)

Vicnent (2014-10-29T11:28:59+0100)

"Pour moi, il est un fait acquis que la science a montré que la notion de race n'existe pas."

La Science avec un très très grand S alors ?

Comment dirais-je ? L'esprit de la science, avec des minuscules, c'est justement le doute constructif ; on récolte des faits qu'on essaye de construire en théorie. Mais jamais, jamais on ne se paye de mots …
Il est possible - il est même certain - que le mot race est un mot grossier ; c'est un peu comme quand on emploie le mot génie à propos d'un homme qui a telle ou telle dispositions pour l'art ou qu'on parlait d'un héros pour celui qui avait accompli un acte exceptionnel.
Tout ceci se référait à un ordre supra-humain : les races des dieux, les races des hommes, les races des hommes-singes etc.

Mais si l'on fait de la science alors on note les différences et les ressemblances et on essaye de classifier tout cela ! C'est moins sommaire et c'est plus difficile …

On peut rentrer dans l'intimité du sujet après de longues études. Encore quelques siècles et l'humanité n'aura plus de secret pour nous mais pour l'instant motus et bouche cousue ! Méfions-nous des mots et des imprécations qu'ils recèlent …

Vicnent (2014-10-29T10:28:59Z)

j'ai l'impression que sur le coup, tu fais un peu trop de noeuds au cerveau.

Dans le cadre de l'éristique, j'essaie toujours de demander un peu de formalisme et de rigueur, tant dans les mots qu'on utilise (les mots ont un sens) que dans l'articulation des arguments de la démonstration d'un propos ou d'une thèse en général.

Ainsi donc, le racisme c'est cette idéologie qui veut qu'il existe des races et que ces races peuvent être pointées le long d'une échelle dite de supériorité, bien que j'avoue ne pas bien comprendre le concept de "un groupe de personne, qui serait donc une race, est supérieure ou inférieure à une autre".
Est donc raciste une personne qui adhère à cette idéologie. Un argument peut être raciste s'il prend en compte comme prémisse la véracité de cette assertion (il existe des races, ces races sont classables en terme de supériorité).

Pour moi, il est un fait acquis que la science a montré que la notion de race n'existe pas. Donc, le racisme est une théorie invalide et donc par voie de conséquence, toute assertion qui s'appuie sur elle est considérée chez moi comme caduque. (de la même façon que 2+2 ne font pas 5, si quelqu'un s'appuyait sur cette micro thèse pour m'indiquer que nous nous verrions à 17h parce que nous devrions nous voir dans 2h et qu'il est 14h, je ne manquerait pas de lui dire qu'on aurait un problème in fine de synchro.)

Le racisme existe-t-il pour autant ? Oui, évidemment, et des propos comme des personnes le sont, lorsqu'elles déclarent valide la thèse de race et d'échelle.

Parfois on résumera à "cette personne est raciste" une personne qui tient des propos racistes par métonymie. Cela ne me pose en soi pas de problème : on est ou non raciste. On adhère ou non au concept de race et on adhère à l'agrégat par échelle. Ceci est de plus facilité par le caractère strictement binaire de l'appartenance.

Quant au fameux "X mais" comme ton "je ne suis pas raciste, mais ", (dont je ne sais plus si c'est chez Modiano ou dans Games of Throne qu'il est dit que lorsqu'on met un "mais", tout ce qui est placé avant devient invariablement caduque :-) ), il me semble qu'il faut l'interpréter de la façon suivante : je vais indiquer quelque chose, il est possible que cela te paraisse X (ici raciste) mais je te demande de ne pas t'arrêter à cela car cet argument s'il peut apparaitre comme X, il est aussi associé à autre chose (le reste de la démonstration, un contexte donné, …) qui fait qu'il prendra un autre sens.
C'est un argument de prudence (éviter que l'autre switch en se disant "ah mais cela est raciste, le reste, je m'en fous), comme il est aussi une forme d'adhésion à des conventions sociales. "Par exemple, ton spectacle n'était pas mauvais mais …" où il s'agit de qualifier une donnée, avec un argument constructif (une qualification qui sera étayée) tout en relativisant par rapport à d'autres points positifs. En ce sens, on aussi la tournure idiomatique "Dans l'ensemble" : "ton spectacle était dans l'ensemble correct mais …".

Très souvent, quand j'utilise cet argument du "X mais", j'essaie de prévenir que la première impression que va laisser mon assertion sera X mais qu'il faut la relativiser par rapport à un contexte.

si on considère que l'extrême droite est raciste, l'assertion "je ne suis pas raciste mais l'extrême droite pose parfois de bonnes questions" sous entend de façon claire que ces questions ne sont pas associées à l'idée de race. (ce pourrait être l'économie par exemple). Bien évidemment, ce "je ne suis pas raciste mais" pourrait être non nécessaire si nous avions clairement tous les capacités cognitives de développer, parfois longuement et de façon cohérente, structurée et pertinente, une argumentation de qualité, et qu'en face, il y aurait à la fois, le temps de l'écoute, la capacité à modéliser et comprendre l'ensemble de ma démonstration.

A ce propos directement, on parlait tout à l'heure de l'argument "convention sociale" mais pour ce cas des arguments par exemple, le fait de dire "que je n'ai pas toujours des interlocuteurs à la hauteur" ferait de moi quelqu'un d'arrogant (en gros, "qui ne se prend pas pour de la merde"), qui sera souvent indiqué justement par "je ne veux pas passer pour quelqu'un d'arrogant, mais je n'ai pas toujours des interlocuteurs à la hauteur" qui signifie : "ce que tu vas entendre pourrait me faire passer pour arrogant, or je ne le suis pas (ou je ne dois pas le faire transparaitre) et donc, je te demande de t'attacher au fait qui sous entend certainement par exemple que soit je n'ai pas les bons interlocuteurs, soit ils sont mal éduqués ou ont peu de culture (ceci étant étayé par l'argument "qui va suivre", mais qui ne serait pas entendu si la personne, alors qu'elle serait en train de l'entendre serait elle, dans les faits, en train de se dire "mon dieu quelle arrogance").

Vivre en société est une chose difficile, mais cela en fait toute la richesse. :-)

DM (2014-10-29T04:24:07Z)

Ne peut-on pas dire que le raciste est celui qui croit en une sorte de théorie expliquant les comportements des humains à partir de critères raciaux et innés (cas des nazis, par exemple), tandis que l'on peut avoir des comportements racistes sans pour autant qu'ils découlent d'une telle théorie?

Ceci explique les phrases "Je ne suis pas raciste, mais..". La personne qui dit cela n'a pas de théorie expliquant les comportements des gens par des caractéristiques innées et raciales, mais s'apprête à justifier un acte qui, dans les faits, discrimine envers une catégorie de personnes déterminées racialement.

Elias (2014-10-29T01:04:26Z)

D'accord pour dire que "raciste" ou "stupide" sont des propriétés des propos plutôt que des propriétés des personnes et qu'on ne peut pas réclamer une immunité pour ses propos au nom de la pureté de sa personne. Mais ce qui complique les choses c'est qu'il n'est pas évident que l'appréciation du caractère raciste ou stupide d'un propos puisse être faite indépendamment de la connaissance de certaines caractéristiques de la personne qui tient les propos : cela est manifeste par exemple quand il s'agit de déterminer si un propos doit être pris au premier ou au second degré.

Quentin (2014-10-28T23:09:57Z)

Il y a comme un glissement sémantique ici.
Si le racisme est une idéologie (l'idée qu'il existe des races dont certaines sont inférieures) alors on est ou n'est pas raciste dans le sens où on adhère ou non à cette idéologie. On peut ensuite parler d'acte raciste, par extension, pour un acte motivé par une idéologie raciste.
Mais ici la question semble toute différente puisque le sens premier correspondrait aux actes et le sens dérivé à l'état d'esprit.
Je crois que ce glissement sémantique reflète assez la façon dont le terme est aujourd'hui utilisé… Mais alors qu'entend on par "acte raciste" en ce sens s'il n'est pas nécessairement motivé par une idéologie ? S'il s'agit de discréminer quelqu'un sur la base de sa race, on présuppose qu'en effet les races existent (ce qui est faux d'un point de vue biologique)… Ou bien on parle de discrimination sur la base des apparences en général ? Alors oui je veux bien croire que nous faisons tous des actes racistes. Seulement ça n'a plus aucun rapport avec le sens d'origine du mot : on discrimine aussi bien inconsciemment sur les vêtements, marqueurs de classe sociale, que sur la couleur de peau qui est censée (pour les racistes) être un marqueur de race. Et au final les deux sont difficile à distinguer, le même individu pouvant ou non passer pour un étranger suivant ses vêtements.
Enfin voilà, tout ça pour dire que je trouve que ce billet n'a pas beaucoup de sens au final (désolé). Il révèle un glissement sémantique que j'ai pu observer par ailleurs, mais ce glissement est confus ou, pire, présuppose l'idéologie raciste.

Typhon (2014-10-28T21:45:10Z)

Assez d'accord avec le commentaire de Name.

Je me faisais hier soir la réflexion que l'antiracisme est souvent un faux-nez du mépris de classe.
D'une manière générale, l'axiome de base de beaucoup de gens qui entendent lutter contre le racisme, c'est que le racisme, c'est chez les autres, pas chez eux.

Alors, le mot "racisme" devient juste une étiquette dévalorisante, et perd son sens initial.

« Everybody is racist.

And racist people deserve to lose everything they have and be hated by everyone.

This seems like it might present a problem. Unless of course you plan to be the person who gets to decide which racists lose everything and get hated by everyone, and which racists are okay for now as long as they never cross you in any way.

Sorry, there’s that paranoia again. »
<URL: http://slatestarcodex.com/2014/07/07/social-justice-and-words-words-words/ >

La vérité, c'est que les partisans d'un vrai racisme conscient, idéologique, se font plutôt rares, même dans les partis qui leurs ont historiquement servis de refuge.

Reste le racisme de type inconscient, qui peut se manifester chez tout le monde, mais c'est beaucoup plus facile de mobiliser les gens en leur disant de combattre les méchants Racistes™ qu'en leur disant de se demander honnêtement si eux-même ne le sont pas.

Pierre (2014-10-28T20:27:01Z)

Nous devrions nous juger nous-mêmes sur nos actes, et les autres sur leurs intentions seulement. Alors le monde tournerait un peu mieux. Malheureusement nous faisons souvent l'inverse : on se juge soi-même par rapport à l'image qu'on a de soi (d'où le fameux "je ne suis pas raciste mais…") alors que les autres, on les condamne d'emblée sur leurs actes.

Fred le marin (2014-10-28T19:35:14Z)

Circulation d'un fluide invisible - et maléfique - ?

Cette hypothèse (complètement loufoque et effrayante) ferait appel à un aspect du réel que la science ne peut pas encore observer (faute de "détecteur d'âmes" approprié).
Cependant, on a très bien *vu* comment une Nation pouvait basculer (lentement ou non) dans le racisme et l'inhumanité les plus abjects.
"Et le Dragon transmit son pouvoir à la Bête".
Ou bien alors, il n'en est rien du tout (erreur par naïveté/croyance religieuse excessives). Je veux dire :
1) Si nos amis d'outre-Rhin ont échoué face à l'invasion du "fluide" (en eux), comment allons nous réussir à le contrer (n'étant ni inférieurs ni supérieurs à eux, évidemment) ?
Ou bien (s'il n'en est rien du fluide):
2) Alors ils ont bien eu le Destin qu'ils méritaient : i.e. l'échec de leur idéologie ainsi que leur ruine inéluctable et (espérons-le) définitive.
Que croyez vous ? (mis à part la stupidité potentiellement très élevée de mon post)
Et aussi : oui, la haine interne reste un fléau à dominer au mieux (par l'amour [placer ici vos préférences]).

Name (2014-10-28T19:03:21Z)

Je suis assez d'accord avec toi, mais il me semble qu'on ne peut faire l'impasse sur la question de la définition de ces notions ; concernant le "racisme" par exemple, il convient à mon avis de distinguer le racisme "vrai" (défini comme un ensemble de croyances et de pensées et/ou d' attitudes d'hostilité de principe et de rejet envers, disons, un groupe humain précis) du fait, probablement fortement biologiquement déterminé hélas, d'avoir une préférence a priori pour ce et ceux qui nous ressemblent -- et donc une certaine méfiance envers les autres. Racisme intellectualisé d'un côté, contre quasi-réflexe de l'autre, en somme. Le deuxième a notamment comme remède l'éducation, mais le premier… (par ailleurs, que le premier se nourrisse du second et l'exploite me semble évident, mais ça n'empêche la distinction). Dans le deuxième cas, être raciste n'a évidemment pas de sens ; dans le premier, si, et d'ailleurs certains ne se gênent pas pour organiser leur vie en fonction de tels principes (par exemple dans certains milieux identitaires/païens, etc.)

Il me semble évident que ce que tu identifies chez toi comme des pensées racistes ressortit davantage au deuxième cas qu'au premier, et je crains qu'il n'y ait rien à faire contre ça (et de toute façon tu es bien trop intelligent et cultivé pour laisser ces éventuelles pensées te mener à des *actes* (ce qui est à mes yeux l'essentiel)).

Il est fondamental, pour moi, d'opérer clairement ce genre de distinction, au risque sinon de voir dans chaque habitant de ce pays un raciste, homophobe, xénophobe, fasciste, nazi (rayer la mention inutile), et de sombrer dans la folie collective. N'y sommes-nous pas déjà tombés, du reste ?

Je conseille à celles et ceux que ces thématiques (liberté d'expression et judiciarisation des intentions notamment) intéressent de lire le dernier bouquin de Bricmont aux Éditions de l'Herne, ou de regarder quelques unes de ses interviews qui traînent sur Youtube, c'est parfois édifiant sur certaines dérives de nos sociétés modernes.

Héhéhé (2014-10-28T18:17:40Z)

Je pense que le problème est aussi qu'on se fait très vite catalogué comme raciste/facho/etc. dès qu'on s'écarte de façon epsilonesque de la bien-pensance; ce qui provoque donc une réaction de défense a priori à chaque fois que quelqu'un l'ouvre sur le sujet.

Par exemple, essayez en société de dire qu'une immigration très importante pose des problèmes de cohésion sociale dus à la difficulté d'intégration et de la montée communautarisme qui en découle. Cette idée n'est pas raciste, ni xénophobe (bien que discutable), mais pourtant vous allez vous prendre un retour de bâton violent…

Bref vu qu'il est quasiment impossible d'avoir un débat rationnel et apaisé sur le sujet, on voit l'émergence de formules toutes faites (dans un sens comme dans l'autre) pour se protéger.

Je pense que cette incapacité à débattre sereinement de ce genre de questions, notamment par une partie de la gauche qui ne propose rien à part du "caca le racisme, caca le fn", provoque la montée de l’extrémisme en France.

Pensée en vrac (2014-10-28T18:10:24Z)

Ouf ! me voici donc rassuré … ceci dit des pédés sur ce blog y en a beaucoup !

Grasyop (2014-10-28T17:35:22Z)

Contrairement à Ooten, il me semble que notre justice juge les intentions. Un homicide involontaire n’est pas puni de la même peine qu’un homicide volontaire (et ça me semble très bien ainsi).

Grasyop (2014-10-28T15:53:36Z)

Je ne suis pas raciste, j’ai un très bon ami singe.

Geo (2014-10-28T14:05:57Z)

> Ce qui est raciste, c'est une action, un propos, une pensée — pas une personne

Pas sur de te suivre.

Une personne peut être raciste. Elle défend l'idée que certaines races sont intrinsèquement supérieures à d'autre. Et une personne non raciste ne croit pas à cette thèse.

Evidemment, une personne non raciste peut avoir des pensées ou des propos racistes qui vont contre l'idéologie qu'elle s'est fixée (on est tous plein de contradictions). Mais je pense que la difficulté vient surtout du fait qu'on englobe pas mal de choses dans la notion de racisme et que la définition n'est pas toujours la même pour tout le monde.

Par exemple, quelqu'un pourrait dire "je pense qu'il y a trop d'immigrants africains à Paris, mais je ne suis pas raciste". Il défend l'idée que ces deux assertions ne sont pas contradictoires, suivant sa définition du racisme.

Ou encore, "je ne suis pas raciste, mais j'ai à l'oeil ce groupe de jeunes maghrébins qui risquent de quitter mon bar sans payer, parce que par expérience ça risque d'arriver.". (dans ce cas la, c'est de la discrimination - illégale - pas nécessairement du racisme suivant la définition initiale).

ooten (2014-10-28T13:30:16Z)

C'est bien comme cela que fonctionne notre justice : on juge les actes pas les intentions.

Autre touriste (2014-10-28T13:25:22Z)

C'est une idée peu originale mais très bien formulée et soutenue. Bravo.


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