Comments on Munich

Bob Frank (2006-02-14T17:51:30Z)

Munich est indéniablement une oeuvre de très grande qualité cinématographique. Je ne peux que recommander ce film aux adeptes du grand cinéma, aux cinéphiles et autres spéctateurs "has been" des salles obscures. Une mise en scène flamboyante, des acteurs beaux et touchants et une sensation permanente de maîtrise du sujet qui étonne et va réveiller plus d'un cynique.
Car Spielberg y signe son film le plus adulte depuis son premier et unique "Duel". Il délaisse enfin son "jeunisme" et ses dérapages sentimentaux déroutants, pour nous offrir une adaptation poignante et humainement engagée. L'aboutissement du genre "Schindler's List" et "Private Ryan", les maladresses et grossieretés en moins. Il ne se réfugie plus, ne se cache plus, Spielberg a parlé, il s'est surtout enfin écouté, il est devenu un homme, un "Mensch", un être humain.
L'inexactitude des faits, les critiques nées du mode de narration importent peu en fait. Telle la vie de Mozart revisitée par Milos Forman (et Schaefer), Munich puise sa force dans sa propre genèse, comme oeuvre, comme message et comme souffle. Spielberg n'en manque pas ou plus - c'est au choix - il a désincarné la réalité moribonde et "matérielle" de la vendetta israelienne, pour en faire un puissant Jaggernauth, depassant la somme des vies qui la servait. Un modèle du don de soi, de l'estime de la nation et de la raison d'Etat, sans que jamais soit avancée une quelconque suprématie du croyant sur l'étranger.
Politiquement, Spielberg s'est aussi engagé avec une finesse qu'on ne lui connaissait pas. Les ressorts de la vie politique interne israelienne y sont décrits avec distance et maîtrise. De Golda Meir, en "PM" droite, dure et dépassée à Ephraïm, en ancien soldat de la cause, on revisite les sources et motivations de la construction e l'Etat d'Israël. L'antisémitisme de salon, une saveur bien française, est revisitée dans des rapports conflictuels, mélange d'attirance, de défiance et d'incompréhension entre l'informateur et ses "clients". Comment pourrait-il en être autrement? Spielberg visite avec honnêteté le cul-de-sac permanent auquel le judaïsme est confronté; celui de l'amour, du rejet et de la séparation d'avec "l'autre". Souhaité, voulue, même cultivée? Ou bien subie, honnie et mortelle?
Golda Meir en tout cas a choisie à tort ou a raison, et ce sera la loi du Tallion, celle de la dernière chance, celle de ceux que l'on n'écoute plus, celle de ceux qui ont été abandonnés. L'Holocauste a forgé a jamais le destin du peuple élu, celui de ceux qui n'avaient ni le droit à la terre, ni le droit à la croyance, ni le droit à la vie. Chassé, instumentalisé, puis brûlé sur les buchers des Saints Rois d'Occidents qui y voyaient le moyen d'éponger les dettes nées de leurs improbables guerres de croisades, ce peuple se forgera dans son imaginaire un havre, une terre, une existence propre. C'est au nom de ce rêve et de cette exigence que le Mossad ("l'Institution" en Hébreu) trouvera les hommes et les femmes de force et de conviction, prêts à mener les actions nécessaires à l'aboutissement de ce destin.
On ne voit d'ailleurs aujourd'hui qu'un autre peuple dont la complainte et la détermination résonne de manière aussi juste et sincère. Enfermé derrière le mur de la honte, lui aussi est instrumentalisé, lui aussi se bat, lui aussi veut retrouver son olivier.

Spielberg nous le rappelle tout au long de ces 2h45 de film, opérant une brillante percée à travers un monde moderne devenu nouvellement et artificiellement "spirituel". Un film qui restera, je l'espère, la pierre fondatrice d'une belle lignée.

B

n'importe quoi (2006-02-07T00:39:12Z)

Je confirme le pont Bir-Hakem. Il est facilement reconnaissable, avec la tour Eiffel en fond de l'autre cote du fleuve.

Sinon la scene nocture sur un banc pres du fleuve, c'est ou ca? On dirait le bout de l'Ile Seguin, mais je ne suis pas sur. (Cela dit, je ne vois pourquoi il se serait fait chier a tourner une scene comme ca a Paris, alors que n'importe quel coin sombre fait l'affaire…)

Manu (2006-02-06T17:03:33Z)

Oui, Spielberg a bien tourné à Paris, mais pour deux petites scènes seulement, d'après mon ami Google : celle du pont de Bir-Hakeim, et celle où Bana et Amalric sont à la terrasse d'un café (c'est cette dernière dont tu as vu le tournage rue Mouffetard).

Ruxor (2006-02-06T15:19:51Z)

Le fait est que Spielberg a tourné des scènes à Paris — je le sais, je l'ai vu. Je suppose que c'est extrêmement difficile d'avoir les autorisations, donc il n'a pas pu tout faire. En tout cas, je m'y suis laissé prendre (à croire que tout ce qui se passe à Paris était effectivement tourné à Paris, je veux dire). D'ailleurs, je n'ai même pas reconnu la scène tournée rue Mouffetard.

Pour le multilinguisme, c'est quand même comme ça qu'on s'en sort. Enfin, je ne vois pas comment il aurait pu faire mieux : si l'hébreu était effectivement rendu par de l'hébreu, l'essentiel du film aurait été en hébreu, ce qui est quand même un peu rebutant pour le spectateur américain (qui aurait demandé une version anglaise, traduite), et sans doute peu commode pour les acteurs. Donc le principe généralement admis, c'est que les langues les plus communément parlées (parfois une seule, parfois toutes, et, ici, l'hébreu) est rendue par la langue du spectateur (quitte à insérer un petit rappel que c'est quand même censé être telle ou telle langue), et les autres sont sous-titrées. Évidemment, du coup on ne sait pas très bien ce qui se passe quand il y a un mélange entre la langue censé être parlée et la langue vraiment parlée (genre, dans ce film, quand ils sont à Londres, ce n'est pas clair quels propos sont censés être en hébreu et lesquels en anglais) : il faudrait peut-être un petit sous-titre spécial « en anglais dans le texte »…

Manu (2006-02-06T08:24:29Z)

Juste deux petites remarques sur l'"attention vraiment remarquable aux détails" de Spielberg :
- on reconnait bien Budapest dans la majorité des scènes censées se dérouler à Paris (comme celle du téléphone et de la petite fille en rouge)
- pourquoi, dans un film assez multilingue, l'hébreu se résume-t-il à quelques "mazel tov" ? Golda Meir ne parlait-elle qu'anglais avec son état-major ? Une équipe du Mossad, en privé, n'utiliserait pas du tout l'hébreu ?

naïf (2006-02-04T17:28:37Z)

Ta remarque au sujet d'Israel ayant abandonné la peine de mort après Eichman est erronée :
Dans la Constitution Israélienne primitive, la peine de mort était bannie. Aprés le kidnaping d'Eichman et avant son procès et donc sa condannation, le gouvernement israélien a bricolé une loi ad hoc pour pouvoir pendre ledit Eichman.

BR (2006-02-01T10:58:12Z)

Mais c'est un véritable tragédie grecque que tu nous dépeinds : les Dieux (ici: le premier ministre) prennent des décisions que les hommes subissent (ici: les agents secrets…) sans pouvoir rien changer.

La tension dramatique tient dans la dualité entre les états d'âme des mortels, et leur soumission à un ordre qui les dépasse.

Elle est d'autant plus efficace que le metteur en scène ne prend pas partie, en renvoyant le spectateurs à ses propres interrogations.

De ce point de vue, il est possible que l'allusion aux twins towers soit destiné à ajouter encore un peu de trouble et de confusion. Chacun verra un parallèle évident entre les deux attentats. La décision des Dieux suite aux attentats de Munich était elle juste ?

A chacun de se faire son opinion…

Mais que dire des décrets divins suite aux attentats de 2001 ?

Une dernière note, pour ajouter à la perplexité… On peut présenter Golda Meir comme un Dieu inexorable, qui enclenche la répression. Elle incarne la "raison d'état", un Dieu impitoyable et aveugle…

Mais n'est elle pas, elle même, victime des Dieux plutôt que l'incarnation de leur volonté ? Et chaque agent, lui même, présenté dans le film comme mortel tourmenté face aux décrets divins, n'est il pas non plus, malgré ses doutes, l'incarnation d'un Dieu terrible et impitoyable lorsqu'il accomplit sa mission ?

Laurent (2006-01-31T15:22:43Z)

Sur les tours jumelles, ça me rappelle l'excellent "Gangs of New York" de Scorsese dans lequel on voit aussi subrepticement les 2 tours (!) à la fin du film, dans un plan censé montré la brusque accélération de la construction de NY à la suite de la période évoquée dans le film. Décidément ces 2 tours n'en finissent pas de hanter Hollywood…

Ruxor (2006-01-31T14:47:03Z)

Tiens, il y a comme une saveur de méta-théorie-du-complot dans ce que tu dis, Hervé, qui me plaît beaucoup… Je crois que je vais retenir ce mème.

Hervé Seitz (2006-01-31T01:46:13Z)

> Je trouve du reste que le Mossad a un sacré culot de reprocher les inexactitudes historiques

Là, je trouve que tu te scandalises un peu vite … D'après la page web que tu cites, ce sont plutôt des agents à la retraite, que le Mossad lui-même, qui viennent apporter leur grain de sel. Et, tel que j'interprète leurs propos, ils ne reprochent aucune inexactitude, ils apportent juste des précisions ; ils corrigent sans reprocher, quoi.

Vous savez quoi ? Si Spielberg a annoncé qu'il s'inspirait de faits réels (tout en précisant qu'il ne faisait que s'en inspirer, on ne va pas non plus risquer des procès), tout en les déformant sur certains points essentiels, c'était peut-être précisément dans le but de faire réagir les témoins de l'histoire réelle ; comme ça, on parle de son film dans les médias, ça lui fait un coup de pub pour pas grand'chose. Ces documentaires TV qui sortent au Royaume-Uni en même temps que le film, ou les articles de presse qui dégoisent sur le sujet, ça me fait penser à toutes ces andouilles qui ont fait des bouquins "le Da Vinci code expliqué", "toute la vérité sur Léonard de Vinci", … , après que le livre "Da Vinci Code" ait fait fureur dans les supermarchés américains. Finalement, pour faire parler de soi (quand on est scénariste, romancier, chanteur, …), il suffit de choisir un sujet polémique (s'il parle de religion, c'est gagné d'avance), d'en faire une fiction "inspirée des faits réels", et de laisser les gens se disputer dessus dans les médias …

Nick (2006-01-29T20:08:27Z)

Si Israël avait eu des valeurs autres que le cynisme, la prédation et la violence, il n'aurait meme pas existé. Et, du coup, il n'y aurait pas eu de film. Donc, le film se contredit.

Fred le marin (2006-01-29T19:52:22Z)

Disons qu'Israël a toujours le droit d'exister comme état indépendant et idem pour un état palestinien.
C'est même clair comme de l'eau de source.
Les livres sont parfois un refuge précieux et néanmoins la réalité brutale des images nous rattrape inéluctablement.
C'est le "souffle noir" de la matière informationnelle et de la haine…
Je n'irai d'ailleurs pas voir ce film au cinéma.


You can post a comment using the following fields:
Name or nick (mandatory):
Web site URL (optional):
Email address (optional, will not appear):
Identifier phrase (optional, see below):
Attempt to remember the values above?
The comment itself (mandatory):

Optional message for moderator (hidden to others):

Spam protection: please enter below the following signs in reverse order: a03985


Recent comments