From madore@news.ens.fr Path: eleves!not-for-mail From: madore@news.ens.fr (GroTeXdieck) Newsgroups: ens.forum.sciences.maths Subject: Re: Groupe fondamental Date: 25 Oct 1998 23:01:31 GMT Lines: 72 Sender: madore@clipper.ens.fr Message-ID: <710akb$7j8$1@clipper.ens.fr> References: <70vl50$hcg$1@clipper.ens.fr> <7105g7$37o$1@clipper.ens.fr> NNTP-Posting-Host: clipper.ens.fr Mime-Version: 1.0 Content-Type: text/plain; charset=ISO-8859-1 Content-Transfer-Encoding: 8bit X-Trace: clipper.ens.fr 909356491 7784 129.199.129.1 (25 Oct 1998 23:01:31 GMT) X-Complaints-To: forum@clipper.ens.fr NNTP-Posting-Date: 25 Oct 1998 23:01:31 GMT X-Newsreader: Flrn (0.3.0 - 10/98) X-Rant: yes Xref: eleves ens.forum.sciences.maths:121 Le problème de la géométrie algébrique, c'est qu'il y a une quantité ahurissante de formalisme à ingurgiter avant de pouvoir faire la moindre petite assertion. Et effectivement personne ne s'est jamais donné la peine d'écrire nulle part la moindre petite indication sur le contenu géométrique des notions définies. Il m'a fallu plus d'un an pour comprendre que grosso modo ``lisse'' ça veut dire ``submersif'' et ``net'' ça veut dire ``immersif'' (à ce sujet, je cherche toujours un équivalent de ``plat'' en géométrie différentielle - sachant qu'un morphisme plat est ouvert, qu'un morphisme plat et net est étale, donc moralement un isomorphisme local, qui pourra suggérer un analogue sympathique). Les pages de la section A du mân ne sont pas là uniquement pour me foutre de la g* du monde, et je pense assez sérieusement écrire un truc comme ``la géométrie algébrique pour les nuls'' un jour (si je cesse d'en être un moi-même), pour essayer peut-être d'éviter d'être aussi ridicules que moi et Fabrice l'avons été l'autre jour en discutant un moment des résultats pointus de descente des faisceaux cohérents pour la minute suivante ne pas être capable de calculer la fibre en un point du faisceau structural de Z (censément l'objet le plus trivial de la géométrie algébrique). Je crois que tu es injuste envers l'algèbre. Lorsque les affirmations de la géométrie algébrique sont réduites au cas affine, et deviennent donc des questions d'algèbre commutative, ça les rend tout de même plus agréables à manipuler. Et surtout, quand on les pose dans forum, puisqu'il est surtout question de modules et d'anneaux plutôt que de faisceaux quasi-cohérents et de schémas, il y a plus de gens susceptibles de répondre, donc c'est mieux. Ce qui est surtout lourd, c'est le formalisme qui (tente) de faire le lien entre l'algèbre et la géométrie. Ma question concernait spécifiquement ce formalisme. En termes géométriques, je demande comment une représentation d'image finie et de rang r du groupe fondamental d'un [machin géométrique] détermine sur le [machin] un fibré vectoriel. Mais je veux aussi savoir comment ça se formalise dans le langage certes abscons de la topologie étale. Si je connaissais une formulation purement algébrique, je la poserais bien aussi. En tout état de cause, donnée une représentation du groupe de Galois d'un corps (faute de mieux), on doit pouvoir en déduire quelque chose d'intéressant par cette construction. C'est quand même un élément de beauté indéniable de la géoalg que de faire le lien entre deux phénomènes aussi disparates que sont le groupe fondamental d'une variété et le groupe de Galois d'un corps - une longue marche à travers la théorie de Galois, et qui doit bien mener, disons, vers les hauts plateaux du massif central. ``When in Grothendieckland, (try to) do as Grothendieck does.'' Enfin, mon problème c'est surtout que dans une semaine je soutiens un DEA, et que dans un mois je vais faire un exposé, le tout sur un sujet auquel je ne comprends pas grand chose devant des gens qui en connaîtront tous entre mille et un omega cube fois plus que moi, et qui poseront des questions qu'en entendant je resterai soit bouche bée d'incompréhension, ce qui sera embarassant, soit je ferai une réponse à laquelle je ne comprendrai rien mais grâce aux qualités maïeutiques de laquelle la solution germera dans l'esprit de l'interrogateur où s'y trouvait déjà la graine, et ce sera encore plus embarrassant finalement. Déjà que je ne comprends pas pourquoi les programmes que j'écris marchent, je sens que je ne vais bientôt pas comprendre non plus les démonstrations que j'écrirai (ce qui, en vertu de l'isomorphisme de Curry-Howard, revient fondamentalement au même). La question essentielle, c'est à quel moment commence-t-on à entrevoir une lueur de compréhension en géométrie algébrique. Mais peut-être que ça n'est jamais le cas et que les gens très fort de nos jours n'ont jamais été des étudiants paumés, qu'ils ont simplement été amenés sur Terre par des extra-terrestres désireux de troubler les humains et d'obtenir un fromage de chèvre de meilleure qualité (resp. plus d'informations sur la ``pattern theory''). Ahem, je me suis peut-être un peu écarté du sujet.