Comments on Sur la préservation de l'information, et l'importance que j'y attache

petchema (2024-05-19T19:52:42Z)

Je suis en plein dans ces questionnements, pas _en général_, mais pour les peintures de mon père, décédé en septembre 2021 ; Il a laissé beaucoup d'archives (entre 150 et 200 tableaux, environ autant de carnets de peinture, des rouleaux, etc.) que je me suis mis en tête de numériser, et en plus de prendre beaucoup de temps (qui est une occasion de repenser à lui), comment assurer la pérennité des données que je produis ? Si je passe sous un camion demain, qui saura accéder à l'une des copies qui existent (NAS, disque externe, backup cloud) ?
Quels organismes pourraient être intéressés par cette préservation ?
Est-ce le backup numérique ou les œuvres originales qui vont durer le plus longtemps ?

Apokrif (2023-05-17T10:03:41Z)

@Régis: https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Bateau_de_Th%C3%A9s%C3%A9e

Bubu (2023-05-17T03:56:03Z)

Il y a bien un effort public d'archivage du Web français, qui est dans les missions de la BNF et de l'INA. Des détails sur <URL: https://www.bnf.fr/fr/archives-de-linternet > et <URL: https://netpreserve.org/about-us/members/biblioth%C3%A8que-nationale-de-france-national-library-france/ >

C'est une tâche lourde et complexe, bien sûr, avec d'ailleurs plein de problèmes intéressants de recherche.

Ce qui est très frustrant, c'est que les collections de la BNF et de l'INA ne sont pas mises à disposition publiquement – elles sont consultables par les chercheurs uniquement, sur place (des exports de collection sont possibles au cas par cas). C'est pour des raisons légales (bêtes) : rien n'autorise la reproduction de contenus soumis aux droits d'auteurs (sans parler du fait que bon nombre de ces contenus contiennent des informations personnelles qui elles sont soumises au GDPR).

Beaucoup d'institutions publiques mondiales (bibliothèques nationales ou autre) préservent le Web (et autres médias numériques), ils sont réunis au sein de l'IIPC <URL: https://netpreserve.org/ >. Peu d'entre elles fournissent un service comme celui d'Internet Archive, par crainte de répercussions légales. Mais la bibliothèque nationale islandaise le fait par exemple : <URL: https://vefsafn.is/is/*?url=https%3A%2F%2Fwww.government.is%2F >. D'autres exemples sur <URL: https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Web_archiving_initiatives >.

Régis (2023-05-16T14:57:45Z)

Le remplacement de la Joconde par une copie numérique même la plus parfaite possible constituerait une perte inestimable, mais que faut-il penser de la Cène du même Léonard quasiment détruite par l'humidité et diverses vicissitudes et qu'on a hyper-restaurée il y a une trentaine d'années?

vicnent (2023-05-16T06:49:15Z)

- Je crois qu'on en a déjà discuté mais ce serait intéressant de creuser pour comprendre pourquoi tu tiens à sauvegarder tout ça avec autant de pugnacité. (psy ?)
- de mon coté, je crois que j'aurais adoré faire cela mais je me suis vite rendu compte que globalement, ça aurait été beaucoup de travail pour finalement aucune opportunité ou joie. J'ai déjà essayé par exemple de tracker, jusque presque au niveau tâche individuelle tout ce que je pouvais faire au niveau travail / client / facturation. C'est beaucoup de taff et in finé, il y a un joli et très gros excel, un tableau croisé dynamique etc mais so what ?
- Récemment, j'ai fait un google TakeOut d'à peu près tout sauf des photos (je dois en avoir 250 000…). j'ai reçu des fichiers classé pour Chrome / Recherche / news / etc / et en fait, Google avait absolument tout gardé absolument tout depuis 2012. Donc, là, dans ce fichier, j'ai la liste intégrale de tout ce que j'ai tapé dans Chrome, en recherche ou en consultation etc… (horodaté par ailleurs) depuis un peu plus de 10 ans. Plusieurs centaines de milliers de recherches et de consultations. Bon, ok. So what ?
A la limite, je tiens plus à mes photos.

Comme dit dans un autre commentaire, je crois que l'important finalement, c'est le moment présent, avec tous les concepts connexes : lâcher prise, futilité, unicité etc. En ce sens, rendre les choses éphémères puis évanescentes avec la certitude de la mort un jour est un plus : "hier" ne pèse que peu et demain, on avance vers un inconnu moins modelé, plus projeté, sans le poids ni les contraintes qui pourraient être naturellement présentes si on s'inscrit dans une trajectoire. Reste plus qu'à s'occuper d'aujourd'hui. A chaque jour suffit sa peine comme dit le proverbe. Laisser finalement plus de place au chaos et à l'émerveillement, parce que à chaque fois, tout est nouveau.

snowfox (2023-05-15T08:48:29Z)

Pour avoir travaillé sur le sujet au C2RMF en 2004, je te confirme que la Joconde a bien été numérisée par une caméra multispectrale (13 longueurs d'onde). Quelques infos dans les liens suivants:
https://lumiere-technology.com/imagerie-multispectrale/
https://www.barbaut.com/la-joconde-numerisee/
La définition n'est "que" de 12000*20000 pixels mais les fichiers ne sont pas en accès libre malheureusement…

Népère (2023-05-13T19:16:42Z)

Je sais depuis de nombreuses années que tu aimes la préservation de l'information, Ruxor, et ces idées m'ont moi-même accompagné, nourri ;)

Cette idée est un peu l'avatar scientifique/scientiste/abstrait/froid/systématique de l'idée fougueuse, vivace d'amour de la vie et du foisonnement. Si on est un matheux ou informaticien qui a besoin de rigidité, de trucs intrinsèques, bien définis — bref, si on est un scientifique à la grincheuse rigueur mais qui cherche à exprimer son exaltation pour la vie —, eh bien alors une manière d'exalter la vie dans un langage de grincheux, c'est de substituer à vie un concept plus "systématique" : celui d'information.

Je dis tout cela 1) avec affection pour les grincheux et 2) sans prétendre que tout défenseur de l'information rentre dans mon narratif (je dis seulement qu'il en existe au moins un, à certains égards, à savoir certaines parties de moi-même).

Je partage surtout les "oui mais…" puisque je n'ai pas ici à détailler le oui (tu l'as fait dans le post auquel je réponds).

Vincent Bernat (2023-05-13T19:16:02Z)

Personnellement, j'utilise de temps en temps linkchecker et un peu de scripting pour remplacer les liens cassés par des liens vers archive.org. Cela commence à devenir compliqué avec la bataille contre les bots. Les liens vers GitHub et certains sites hébergés derrière Cloudflare ne sont pas faciles à vérifier.

Népère (2023-05-13T19:08:18Z)

Dans ma pratique, c'est lorsqu'il y a un aspect "compulsif" au fait de consigner certaines informations que je sais que je franchis une ligne. Et ce d'autant plus si je ne les regarde jamais jamais derrière. Ou encore quand, reregardant des mails d'une tranche de vie passée, j'ai l'impression de faire quelque chose de malsain, comme ressasser quelque chose qui n'est plus et que j'aurais dû laisser filer, s'évanouir, disparaître du champ des pensées, pour accueillir les choses à jour (ne pas se perdre, s'enfermer dans la contemplation d'un passé figé et qui risque de sentir le renfermé).

Ce n'est pas un argument pour dire "il faut détruire l'information". C'est un témoignage personnel rendant compte de l'existence, chez moi, d'une frontière entre un domaine où l'information est bénéfique et un autre où se crisper dessus est plus délétère qu'autre chose. D'ailleurs, même dans le cas de "relire d'anciens mails", ce n'est que rarement que j'ai un sentiment de malaise ; la plupart des fois où j'en relis (ce qui déjà est relativement rare), ça se passe très bien :)

Népère (2023-05-13T18:58:49Z)

Concernant la thématique générale de la conservation (qu'il s'agisse d'informations ou d'objets), la question se pose de l'espace de stockage, du coût d'entretien cumulé au fil du temps, de s'assurer que les choses seront faciles à trouver lorsqu'on les cherchera, etc. La question de la conservation de X doit prendre en compte ce coût (qui peut être de nature assez différente pour un objet et pour une information).

J'ai une inclination naturelle à la conservation mais je me rends compte que, pour un certain nombre de choses, ça revient plus à conserver un poids qu'à conserver quelque chose de positif. Un peu dans la veine du "la corbeille est importante sur un ordi" ou de la nécessité thermodynamique de sortir les poubelles de son appartement régulièrement. Aussi, j'ai l'impression qu'il est bénéfique parfois, chez moi, de lutter contre cette tendance de conservation. Ca rejoint un peu certains discours "moment présent > se crisper sur le passé et l'avenir". Voire avec l'idée que, quand on possède des choses, celles-ci nous possèdent en retour (on a une "charge mentale" de s'en occuper, ou a minima la stocker, si on ne veut pas qu'elle se dégrade, se fasse voler, etc). Ou tout simplement le syndrome de Diogène.

Après, peut-être que si je savais mieux ranger, la question se poserait en des termes différents…

Cette question me semble liée à celles de la crispation et, surtout, du contrôle. En ce sens, l'analogue de "laisser mourir une information" pourrait être "déléguer" (ou "faire confiance").

Essaime (2023-05-13T18:55:51Z)

La préservation de l'information est effectivement quelque chose de particulièrement naturel pour un certain nombre de personnes (pas mal de geeks par exemple), sans que ce soit forcément le cas pour tout le monde.

Il y a un côté "lutte contre le second principe de la thermo".

Après, j'ai l'impression que la lutte contre la mort est généralement vaine, si on prend cette lutte au sens "abolition de la mort". Ce que j'entends par là, c'est que, pour les exemples que j'ai en tête, si on vise l'immortalité (même en un certain sens "reformulé"), alors d'une part la motivation contient une forme de vanité et d'autre part, l'objectif n'est pas atteignable d'une manière éternellement pérenne.

Par contre, si on ne prend pas cette lutte au sens "abolir la mort" mais "plus déployer la vie" (plus longtemps, plus de foisonnements, de recoupements, de rebonds, de démultiplication), alors ça sonne à la fois sain dans les motivations et tenables dans la pratique.

En bref, chérir la vie est fécond alors que chercher à enterrer la mort ne sent pas si bon que ça.

Koko90 (2023-05-13T15:54:12Z)

Pour les photos des bébés, je suis étonné justement de leur intérêt. Je regardais celles des autres parents comme étant inutiles jusqu'à avoir mes propres enfants.
Je me prends déjà à regarder avec un grand plaisir des photos de mon fils ainé bébé, alors qu'il a tout juste 5 ans et de me dire "mais oui, là il savait pas encore marcher" ou "ah, j'avais oublié qu'il aimait lui aussi ce jouet".
Je regrette déjà de ne pas avoir pris certaines photos (par exemple j'ai très peu de photos de mes enfant avec leur arrière grand père, qui est maintenant décédé).
Un de mes collègues a un Excel où il a noté des tas de choses sur son fils (genre premier pas, premier "ba ba", première phrase), et ça me semblait superflu, mais j'ai déjà oublié 90% de ce genre d'information ça sur mes bébés et ça me manque un peu.
Et même si enfant j'avais un appareil photo et que mon père était assez généreux sur la pellicule (c'était pourtant cher), je manque de photos de mon enfance (il y a des pans entier de mes souvenirs de jeunesse qui ne sont pas illustrés).
Bref, c'est agréable de se plonger dans des souvenirs surtout sur les périodes joyeuses de la vie. Et je pense que quand j'aurais 80 ans je me dirais probablement que j'ai pas pris assez de photos de mes bébés.

egan (2023-05-12T22:05:05Z)

>>>Google pourrait décider un jour de fermer l'accès à Gmail

C'est bizarre de citer ainsi Google alors qu'ils ont mis en place le Data Libération Front qui est génial pour récupérer facilement une archive de tous ses mails (et aussi pleins d'autres choses).

L'article Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Google_Data_Liberation_Front

La page Takeout qui permet de télécharger les données depuis depuis les diverses applications Google : https://takeout.google.com/

zEgg (2023-05-12T21:00:43Z)

Je suis d'accord que c'est généralement un cauchemar pour récupérer les données des réseaux sociaux, mais contre toute attente Gmail/Google est un mauvais exemple. Le service s'appelle Google Takeout. Il est très bon et mérite d'être mentionné. Ça génère des (parfois (très) gros) fichiers texte donc diffables, grepables, perlables, etc. : <URL: https://takeout.google.com >

Vanitas (2023-05-12T19:56:04Z)

Une grande-tante de ma famille est morte en début d’année dernière. Comme pas mal de vieux, elle était atteinte du syndrome de Diogène : elle collationnait tout, absolument tout, de la guirlande de Noël hors d’âge à l’emballage de jambon vide. Des cartons, des babioles, des planches. Sept frigos, quinze cafetières, trois cents talons de chèque. Une pièce de belle taille rendue complètement inaccessible, remplie du sol au plafond, littéralement, comme on se représente les premiers ordinateurs. Toute sa vie était là, dans ces objets patiemment accumulés, parfois triés méthodiquement. Une existence entière à voir devant soi. Autrement dit, un beau paquet de merde ! Tout ça a été bazardé en quatre week-end direction la déchèterie. Sans regret aucun. Et avec quelques jurons. De tout ce fatras, nous n’avons conservé qu’une dizaine de photos, une commode et un guéridon. L’existence matérielle d’une vieille dame réduite à dix photos, une commode et un guéridon… Ça ne fait pas beaucoup. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Ce qu’a acheté ma grande-tante le 12 juillet 1996 au Lidl ne m’intéresse pas des masses.

Nous n’avons à l’endroit des générations futures que les obligations que nous voulons bien nous créer. En veux-je aux Gaulois de ne nous avoir rien transmis par écrit ? aux hommes du Moyen Âge d’avoir pillé les ruines romaines pour construire leurs maisons ? aux Alliés d’avoir bombardé la cathédrale de Strasbourg ? Bien sûr que non. Et qui serais-je pour leur en vouloir, pour considérer que ces gens, mes ancêtres, avaient un devoir de transmission envers moi, leur lointain rejeton ? Ils ont vécu sans avoir pensé à moi, en ne songeant qu’à leurs intérêts, aux circonstance de leur époque – et je n’en suis pas mort, si j’ose dire.

Et c’est très bien qu’il en fût ainsi. Poussière, nous sommes poussière et à la poussière nous retournerons. La vie ne mérite d’être vécue que parce qu’elle n’est pas éternelle. Memento mori. Donnez-moi l’immortalité demain ou, pire, la fin du vieillissement, et que fais-je ? Je dors ! Je glande, je vis en patachon. Je ne vis plus.

Heureusement la mort est là. Je vis aujourd’hui car je sais que demain je n’existerai plus. Je conserve bien quelques objets pour réveiller certains souvenirs qui me sont infiniment précieux, qui sont précieux moi seul, mais ces souvenirs ne sont là que pour me rappeler qu’il me faut m’en créer d’autres, comme une vanité soumise à ma conscience. On ne vit pas sur des souvenirs, on vivote. Et c’est pour cela que les vieux collationnent – parce qu’ils ne peuvent plus créer de (beaux) souvenirs.

tTh (2023-05-12T19:36:06Z)

> et de toute façon je n'ai pas l'énergie de revisiter régulièrement tout mon blog à la recherche des liens cassés.)

Il m'arrive d'utiliser ce truc bien pratique pour gérer ce genre de corvée : <URL https://www.htmlhelp.com/tools/valet/ >

Apokrif (2023-05-12T18:33:54Z)

"je n'ai pas l'énergie de revisiter régulièrement tout mon blog à la recherche des liens cassés"

Scriptable partiellement (quand le bon message d'erreur est renvoyé) ?

"jeunes parents qui prennent des quantités invraisemblables de photos de leur bébé (qu'ils ne regarderont évidemment jamais ensuite"

Idem que pour la Joconde: ça sert si l'original disparaît.


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