Comments on Au sujet de la manie d'évaluer la recherche

L (2020-04-09T21:51:49Z)

Pour ma part, en considérant le pan de la recherche mathématique dans lequel j'évolue (les probabilités), la recherche est hautement collaborative. Et les grands noms-locomotives qui donnent la cadence et apportent un renouveau incessant, ils collaborent très souvent, et de façon fructueuse, avec des mathématiciens de moindre renom.

Il y a des chercheurs exceptionnels qui ont besoin d'être entourés et dans un dialogue permanent avec d'autres pour pouvoir épanouir pleinement leur pensée.

Mon expérience directe donne aussi clairement l'impression que l'espace des qualités que peut avoir un chercheur est de très grande dimension. Cela est vrai à la fois des qualités et des expertises (comme maîtriser telle ou telle technique mathématique).

Voici quelques exemples de ce que j'appelle des qualités : savoir poser les bonnes questions, poser les bonnes définitions, trouver des arguments, épurer des arguments, mettre en lien des domaines, mettre en lien des personnes, etc.

Sans compter que quand on a passé X années à se gorger de mathématiques, on n'est plus un simple recueil de connaissances, un fichier Excel où de plus en plus d'items sont cochés : on développe un style tout à fait personnel. Quand bien même quelqu'un connaîtrait tout mieux que nous, cette personne pourrait néanmoins bénéficier de notre existence via la personnalité de notre style.

Tout ça pour dire qu'on se retrouve avec un écosystème où, de l'avis de bon nombre de puissants (et de modestes), tout le monde a sa place et son rôle.

Mon message est relativement compatible avec l'hypothèse Ortega version Ortega lui-même (cf. la page wikipédia). Je ne me prononce pas à ce sujet, mais il n'y a pas incompatibilité entre ce que j'écris et cette hypothèse. Alors que le ton de mon message précédent était dans une veine assez différente…

Disons que là, j'aborde la question "Comment les différents chercheurs contribuent-ils au progrès ?" alors que dans mon message précédent, je traitais de la question de savoir si on a envie de se poser cette question…

L (2020-04-09T21:21:00Z)

La page wikipédia sur l'hypothèse Ortega est rédigée dans un champ lexical bien particulier, celui qui contient "progrès" mais aussi "médiocre" et "génie". Du point de vue non de l'intellect mais de l'affect, ce champ lexical n'a pas ma faveur spontanée. Il y a aussi bien dans "médiocre" que dans "génie" un côté "concours de quéquette".

Quant au progrès, si je trouve très sain qu'il soit considéré comme un des aspects de la recherche scientifique, j'ignore si je suis à l'aise avec l'idée que ce soit l'unique prisme sous lequel l'aborder, cette recherche scientifique.

La recherche, c'est aussi faire vivre des idées dans des têtes plutôt que dans des livres, pour les permettre de rebondir contre d'autres idées, ce qu'elles ne peuvent pas quand elles sont hors de nos têtes. Cela permet à ces idées de servir au plus grand nombre. Il y a un côté partage humain. Et de même qu'on peut trouver de la valeur à monter un sommet qui ne l'a jamais été jusqu'alors, la randonnée facile entre amis a également sa valeur.

Pareil en poésie : les poèmes homériques ou baudelairiens étoffent le patrimoine global. Ce n'est peut-être pas le cas d'un poème d'amour écrit par un individu quelconque, mais il aura quand même embelli certains instants pour certaines personnes. Faire de la recherche, c'est aussi une façon de passer avec les mathématiques et des collègues des moments vrais, de partager une intensité, un contact.

Cela m'évoque des pensées de Russell rapportées ici par Bouveresse :
https://agone.org/revueagone/agone44/enligne/4/index.html
https://www.youtube.com/watch?v=pvLQhMzW7hM

« L’amour de la connaissance auquel est dû le développement de la science est lui-même, constate Russell, le produit d’une double impulsion. Nous pouvons chercher la connaissance d’un objet parce que nous aimons l’objet ou parce que nous souhaitons avoir du pouvoir sur lui. La première impulsion conduit au genre de connaissance qui est contemplatif, la deuxième au genre qui est pratique. Dans l’évolution de la science, l’impulsion qui vise le pouvoir l’a emporté de plus en plus sur l’impulsion qui cherche l’amour. L’impulsion qui vise le pouvoir est incarnée dans l’industrialisme et dans la technique gouvernementale. Elle est incarnée également dans les philosophies connues sous les noms de pragmatisme et d’instrumentalisme. Chacune de ces philosophies soutient, au sens large, que nos croyances concernant un objet quelconque sont vraies dans la mesure où elles nous rendent capables de le manipuler de façon avantageuse pour nous-mêmes. C’est ce que l’on peut appeler une conception gouvernementale de la vérité. »

En amour, il n'y a pas d'impératif de progrès. On peut aller se balader dans le même bois quotidiennement toute une vie durant par amour de ce bois. Le progrès est compatible avec l'amour, il ne s'oppose pas à lui, mais il n'y est pas nécessaire, il n'est pas requis par lui.

La question peut changer de forme dès lors que la recherche scientifique n'est plus exercée comme activité de loisir mais comme une activité financée par le contribuable. Dans ce cadre, le progrès est vraisemblablement plus recherché, mais est-il l'unique chose visée ?

Je pense que là où la science peut avoir un impact sur le citoyen, c'est d'une part en le rendant plus capable, technologiquement ou intellectuellement, mais aussi en nourrissant sa vision du monde. La beauté et la clarté ont de la valeur.

La diffusion des idées scientifiques auprès du plus grand nombre est en effet officiellement une mission des chercheurs et enseignants-chercheurs. Et je trouve que c'est très bien ainsi.

Bref : je préfère la métaphore avec l'arbre et ses fruits au vocable de la page wikipédia de l'hypothèse Ortéga. :-)

Remarque (2020-02-14T00:33:26Z)

@Thomas Il y a un ou deux points que j'aimerais signaler en réponse à Thomas. Ni dans le but de rejeter en bloc tout ce qu'il dit ni d'approuver tout en bloc, juste des remarques ^^

La première, c'est que si on s'en tient à ce qui est écrit dans son message (en cherchant ni à le contredire, ni à lui faire dire ce qui n'y est pas écrit), la conclusion est en effet : pourquoi procéder différemment en musique et en mathématique ? La réponse pourrait, à ce stade de la discussion, être que la bonne chose à faire serait de généraliser ce qui a actuellement cours dans la recherche académique et l'appliquer au monde de la musique. La question de si cela est réalisable/souhaitable se pose, bien sûr, je dis seulement qu'elle n'est pas adressée à l'intérieur de ce message (ce qui n'est pas un souci : à nouveau, mon but n'est pas de mettre Thomas en défaut, seulement de faire une remarque). Tout ça pour dire que, en soi, l'égalité de traitement entre musique et mathématiques n'implique pas que les mathématiques devraient s'aligner dans leur traitement sur celui actuel de la musique.

L'autre remarque, c'est le "indépendamment du succès de leurs œuvres". Pourrais-tu préciser quel parallèle tu fais entre "succès" côté artistique et son analogue côté scientifique ? S'agit-il d'un succès qui doit s'opérer auprès du grand public ? Du secteur économique ? Ou bien s'agit-il de "c'est lorsque j'ai du succès que j'obtiens un salaire" ? Je pose la question car mon interprétation spontanée de ce passage n'était pas cohérente. En effet, lors des recrutements sur les postes permanents, justement les dossiers sont comparés sur les théorèmes frappants qui ont été obtenus, ceux qui ont intéressé des personnes reconnues, qui ont été publiés dans de grands journaux, etc. En ce sens, il me semble naturellement qu'au moment du recrutement, le succès de l’œuvre est un critère qui est déjà fermement appliqué. Après, oui, si le succès cesse après obtention du job, on garde le job. Avec un bémol néanmoins : pas de perspectives d'avancée de carrière, de financements pour les confs, pour s'entourer de thésards/postdocs, etc. Et dans le cas des sciences expérimentales, potentiellement pas assez de sous pour pouvoir faire ses expériences. Mais bon, garder son job avec un bémol, c'est déjà pas mal ! (la phrase précédente EST à prendre au premier degré)

Enfin, j'ai une question : dans quelles circonstances ont généralement été produits les plus grands chefs d'oeuvre de la musique et de la littérature ? Ce n'est pas une question rhétorique ni pour "make a point". Je demande parce que je ne sais pas bien et que j'ai l'impression que cette information pourrait nourrir la discussion à certains égards. D'ailleurs, d'un point de vue historique, je ne suis pas certain d'avoir une vision claire d'à quel point les grands mathématiciens des siècles derniers avaient un poste académique qui leur était inconditionnellement attribué, ou bien avec une exigence de résultats, ou encore des sources de financement extrascientifiques…

Thomas (2020-01-10T14:43:45Z)

[Je vais exagérer mon regard critique, car j'ai l'impression que les lecteurs du blog de David sont biaisés]

Imaginons un monde où les gens qui pratiquent un art — prenons la musique ou la peinture — sont rémunérés pour cela, par exemple
après avoir passé des concours et avoir été sélectionnés par leurs pairs, mais indépendamment du succès de leurs oeuvres.

Ces gens pourraient dire que c'est légitime, par exemple car nombre d'artistes n'ont été reconnus qu'après leur mort.

Aujourd'hui, il me semble que le monde de l'art ne fonctionne pas comme cela, et est même profondément inégalitaire :
* Soit ta production trouve une demande et tu peux en vivre
* Soit tu gagnes ta vie en dehors de la production artistique : enseignement, production industrielle, baby-sitting sur ton temps libre, etc.

En quelque sorte, c'est la dure loi du marché et les gens sont obligés de s'y adapter.
(Notons que j'ai cité l'art, discipline """noble""" — quoi que cela signifie — mais si je remplace par footballeur ça fonctionne aussi)

Si je remplace la musique ou la peinture par les mathématiques, la physique ou la biologie du vivant, quelles raisons supplémentaires justifient que le système soit différent ?

N'est-ce pas car dans l'imaginaire collectif, cette injection de fonds est un investissement dans le futur qui sera peut-être un jour remboursé par des avancées concrètes (vaccins, IRM, four micro-ondes, <strike>bombe nucléaire</strike>…) ?

Si oui, comment justifier le financement de la recherche dans certaines disciplines dont certains mesurent parfois la noblesse à la déconnexion qu'elles ont des applications concrètes ?
Certains pourraient dire que des applications (non voulues initalement) des mathématiques pures existent en cryptographie, oui, mais là se pose encore une question.
Qui sait aujourd'hui exploiter au mieux ces applications pour en tirer profit financièrement et "rembourser" l'investissement ?
N'est-ce pas plus le monde capitaliste américain à travers Apple ou Google par exemple ?

Quel système pour prendre en compte tous ces paramètres de bout en bout ?
Ou sinon, on prône un système où les notions d'investissement et de loi du marché n'existent pas, mais j'en reviens à mon autre question : pourquoi plus dans la recherche académique que dans la production artistique ou dans la carrière sportive ?

Anne Onyme (2020-01-02T20:13:16Z)

Il y a dans Le Figaro de ce matin un article qui va dans le sens de l'expérience de Muir :

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/la-classe-ideale-ne-doit-pas-etre-trop-elitiste-20200102

Je n'ai pas lu l'article, qui est payant (je ne suis quand même pas abonné(e) au Figaro), mais le sous-titre est assez clair :

"Les résultats des meilleurs élèves baissent lorsqu’ils ne côtoient que des camarades excellents, selon une étude."

L'étude en question semble être celle-ci (en accès libre) :
http://www.jms-insee.fr/2018/S07_3_ACTE_BOUTCHENIK_JMS2018.pdf

Je n'ai pas le temps de la lire non plus, et ça a l'air d'ailleurs assez technique. Cependant le résumé en français résume ce que le sous-titre du Figaro a probablement trop condensé :

"Nous montrons qu’une proportion élevée de bons élèves dans la classe est surtout profitable aux plus faibles, et peut même être défavorable pour les autres pairs de niveau élevé. A l’inverse, une proportion élevée d’élèves de faible niveau pénalise surtout les autres élèves fragiles, et moins les bons élèves. Ces conclusions restent valables quel que soit le sexe de l’élève considéré."

Anakin (2019-12-27T13:52:01Z)

En ce qui concerne le catch-22 d'Antoine Petit, je pense que la seule réponse efficace serait une lettre ouverte écrite par un certain nombre de prix Nobel/médailles Fields (ou de médailles du CNRS, tiens :-)) s'opposant fermement à cette vue. La réponse de la masse ou du chercheur lambda, en effet, renforce celui à qui elle s'oppose. Ça me fait penser à la notion d'antifragilité de Nassim Taleb.

Par contre, j'ignore à quel point une telle lettre est susceptible de voir le jour. J'entends par là que le haut du gratin est peut-être (!) moins farouchement opposé à cette vision…

Après, la seule façon de savoir, c'est de leur demander !

JML (2019-12-26T00:53:58Z)

J'ai appris des choses en lisant ton billet, merci !

Une critique : j'ai trouvé faible le passage sur les effets de mode et le machine learning, parce qu'il y a d'excellentes raisons de former de nombreux chercheurs au machine learning. "Mode" évoque l'idée que ça repose sur du vent et que l'intérêt pour le domaine est susceptible de retomber de manière brutale, ce qui n'est certainement pas le cas du machine learning. Bref tu dis qu'il y a un problème mais tu n'expliques pas où il est.

J'ai quitté le monde de la recherche notamment parce que chaque fois que, jeune thésard idéaliste, j'évoquais un problème du monde de la recherche ou de l'enseignement et de ce qu'on pourrait essayer pour y remédier, on me répondait (quand on me répondait) que je devais publier de la bonne recherche, passer prof avec une notoriété minimale, et que là je pourrais entraîner du monde et faire des choses. J'en ai tiré l'impression que le chercheur est avant tout quelqu'un qui veut se plonger dans sa recherche et ignorer tout le reste, et que sauf à atteindre un rayonnement planétaire irréaliste je n'arriverais jamais à faire bouger une quelconque masse critique pour, par exemple, résoudre le problème des publis financées par les fonds publics mais inaccessibles au public (et aux chercheurs) car payantes.
Donc là tu publies sur ton blog un truc bourré d'infos intéressantes. Combiné avec d'autres infos, en présentant bien certains explications, en ajoutant aussi des propositions (que la première chose à faire est d'évaluer le fonctionnement global de la recherche, qui doit en premier lieu être capable de séparer les résultats fiables des papiers douteux, en second lieu présenter les résultats les plus intéressants de manière claire et librement accessible, et en troisième lieu s'assurer que wikipedia présente des affirmations justes quand elles sont scientifiques) ça pourrait faire un excellent papier, à diffuser aux journalistes et au grand public, sous-tendant un mouvement de masse des chercheurs du monde entier pour remettre les choses dans l'ordre avec le soutien du public.
Ça pourrait.
Mais il ne va rien se passer.
C'est comme ça.

Joyeux Noël :D

xavier (2019-12-20T16:29:34Z)

Anne Onyme : Pour le flicage il faudrait oser taper dans les emplois fictive des gens qui édictent et/ou appliquent ces directives idiotes. Il faut donc un peu de volonté politique de chagement et et resister aux hurlements que ça provoquera. C'est faisable. Tuer les petits chefs a toujours été un problem délicat. De plus, les verifications font travailler des gens. C'est du chomage en moins diront certains.

Pour l'évaluation, si pas sur les papiers, sur quoi? Un petit oral devant une commission tous les N ans? Et on va y parler de quoi si ce n'est de papiers? La commission n'aura pas les moyens de juger la qualité des travaux en directe. Elle se reposera sur…sur le peer review…donc on fait quoi?? Si on évalue pas, on ne peut pas avoir des carrières différentes.

Pseudo (2019-12-20T03:11:59Z)

Mais finalement, mon message précédent ne fait que détailler un point que tu avais abordé dans un passage que je n'avais pas encore lu : "le parcours pour arriver à un poste permanent de chercheur est tellement difficile et décourageant pour un salaire finalement bien ingrat qu'il est essentiellement impossible d'y arriver sans une certaine forme de vocation pour le sujet dans lequel on se propose de travailler".

Pseudo (2019-12-20T03:01:38Z)

Un autre argument assez définitif sur le côté "motivé" des chercheurs, au-delà de l'aspect "ils pourraient avoir beaucoup plus d'argent autrement", c'est le fait d'enchaîner des postdocs pour avoir 15% de chances d'avoir un poste permanent à la fin…

Ça érode terriblement ce petit jeu, c'est psychologiquement DÉVASTATEUR, ça broie des vocations, vraiment. Pour expliquer la situation aux personnes qui ne sont pas du milieu, on en est à un stade où dans 99% des cas, quand on prend un thésard en maths pures, on se dit qu'on l'envoie vraisemblablement au casse-pipe s'il veut faire de la recherche plus tard (en France du moins, mais la situation est assez globalement médiocre dans le monde ; ce qui n'est pas une fatalité, puisqu'elle était bien meilleure en France ne serait-ce qu'il y a 20 ans). Avoir un doctorant qui arrive en disant "je veux enseigner après ma thèse", ça devient un soulagement. Je n'ai absolument JAMAIS trouvé que cette issue devait être considérée comme une forme d'échec de la thèse, mais c'est quand même bizarre d'être inquiet à l'idée qu'un doctorant ait l'envie de continuer dans la recherche !

Peut-être même qu'on ne recrute que les personnes déraisonnablement motivées, parce que ça peut paraître bizarre d'endurer ça quand d'autres trajectoires de vie plus aisées se proposent sans peine.

Finalement, cette procédure étant si violente, il se peut tout à fait que la personne ainsi sélectionnée ait une flamme vacillante une fois en poste, essoufflée par la sélection même.

Mark Gable (1961) (2019-12-20T02:43:36Z)

“I have earned a very large sum of money,” said Mr.Gable,turning tome,“with very little work. And now I’m thinking of setting up a trust fund. I want to do something that will really contribute to the happiness of mankind; but it’s very difficult to know what to do with money…”

“Would you intend to do anything for the advancement of science?” I asked.

“No,” Mark Gable said. “I believe scientific progress is too fast as it is.”

“I share your feeling about this point,” I said with the fervor of conviction, “but why not do something about the retardation of scientific progress?”

“That I would very much like to do,” Mark Gable said, “but how do I go about it?”

“Well,” I said, “I think that shouldn’t be very difficult. As a matter of fact, I think it would be quite easy. You could set up a foundation, with an annual endowment of thirty million dollars. Research workers in need of funds could apply for grants, if they could make out a convincing case. Have ten committees, each composed of twelve scientists, appointed to pass on these applications.Take the most active scientists out of the laboratory and make them members of these committees. And the very best men in the field should be appointed as chairmen at salaries of fifty thousand dollars each. Also have about twenty prizes of one hundred thousand dollars each for the best scientific papers of the year. This is just about all you would have to do. Your lawyers could easily prepare a charter for the foundation….”

“I think you had better explain to Mr. Gable why this foundation would in fact retard the progress of sciences,said a bespectacled young man sitting at the far end of the table, whose name I didn’t get at the time of introduction.

“It should be obvious,” I said. “First of all, the best scientists would be removed from their laboratories and kept busy on committees passing on applications for funds. Secondly, the scientific workers in need of funds would concentrate on problems which were considered promising and were pretty certain tolead to publishable results. For a few years there might be a great increase in scientific output; but by going after the obvious, pretty soon science would dry out. Science would becomes something like a parlor game. Some things would be considered interesting, others not. There would be fashions. Those who followed fashion would get grants. Those who wouldn’t would not, and pretty soon they would learn to follow the fashion, too.” (127-129).

Anne Onyme (2019-12-18T17:32:17Z)

@ Xavier

Si, on évalue, mais pas en se basant sur des trucs idiots comme le nombre de publications. Voir par exemple ce tweet:
"I’ve been on a number of search committees. I don’t remember anybody looking at anybody’s papers. Number and IF [impact factor] of pubs are what counts." [Terry McGlynn (realscientists) (21 October 2015, 4:12 p.m. Tweet)].

Et surtout, on baisse le niveau de flicage permanent auquel nous sommes tous, peu ou prou, soumis, ce qui donne franchement l'impression qu'en plus d'être des chercheurs, nous sommes tous des truands. Et pas des petits truands, car la recherche, dans certains domaines, est onéreuse.

Par flicage je fais référence à ces pertes de temps ridicules qui ne font jamais avancer le schmiblick. Je me permets de citer un exemple personnel: au Mexique, il y a quelques mois de cela, l'administration décida un beau matin que pour pouvoir assister à un congrès à l'étranger, nous devions obtenir l'autorisation par écrit, avec signature autographe… du président de la République! La directrice du Conacyt (l'équivalent du CNRS) a du se fendre d'un communiqué général, précisant que la directive ne s'appliquait qu'aux très hauts gradés (sauf elle, bien entendu), genre Recteur d'université publique, etc., mais pas aux profs ni aux doctorants.

Bellon (2019-12-18T17:19:18Z)

Je trouve totalement injurieux de dire que si tous les chercheurs ne sont pas financés, c'est parce qu'ils ne sont pas bons: si l'on regarde les taux de réussites aux divers concours de recrutement, il y a peu de professions aussi sélectionnée, et en plus, cette sélection ne se fait pas sur des critères scolaires, mais déjà sur un dossier scientifique qui montre la capacité à exercer le métier de la recherche. Il serait plus justifié de! dire que la moitié des inspecteurs des finances devraient être mis au placard!

En plus, une grande partie du besoin de financement ne correspond pas à du matériel, mais aux salaires des collaborateurs pour lesquels on préférerait de loin des emplois stables. Le résultat est que ceux qui peuvent continuer la recherche ne sont pas les meilleurs, mais ceux dont le profil convient à ceux qui, cette année-là, ont obtenu un financement. C'est vraiment mettre la charrue avant les boeufs que de décider d'un projet avant de choisir ceux qui le mettront en oeuvre.

La multiplication des instances d'évaluation est une pression insupportable sur le temps des chercheurs, et vise à classer des personnes et des projets qui sont au sens strict incomparable. Il y a un petit nombre d'excellents, un bon nombre de simplement bons, mais qui dans le contexte actuel ne seront jamais recrutés|financés et une très grand majorité de très bons, entre lesquels on décide sur de très mauvais critères, surtout que les évaluateurs n'ont pas le temps de faire correctement leur travail.

Personnelement, j'ai trouvé que le meilleur soutient à ma productivité est d'être rassuré sur la valeur de ce que je fais: d'autres ont peut-être ont besoin d'être ramené les pieds sur terre, mais je crois qu'en moyenne, les encouragements sont beaucoup plus efficaces que les critiques. Et même si l'on essaie de relativiser, se faire refuser le financement que l'on demande, ce qui est le cas dans la majorité des cas, c'est recevoir le message, ce que vous voulez faire n'a aucun intérêt, ce qui est profondément démoralisant.

A une conférence, je me suis retrouvé avec deux émérites qui étaient d'accord pour dire: maintenant que je n'ai plus à jouer le jeu de ces évaluations, je suis bien plus efficace.

Cigaes (2019-12-18T14:19:19Z)

@xavier : Avant de se demander comment on fait pour l'avancement et l'évaluation, il convient de se demander « pourquoi ? » : pourquoi les gens en poste depuis longtemps doivent-ils avoir de meilleures conditions ?

La réponse traditionnelle, c'est la motivation par la récompense. Mais force est de constater que ça marche assez peu, en général et tout particulièrement dans le monde de la recherche.

Quant aux postes de PR, au dessus des autres, je me dis qu'il serait peut-être préférable qu'il soit perçu comme une corvée plutôt qu'un achèvement.

xavier (2019-12-18T09:57:38Z)

Bob : certes mais alors? On évalue pas? jamais? on donne le même avancement à tout le monde jusqu'à la retraite? C'est une façon de faire. Dans ce cas, le status de prof ne devrait plus exister par exemple…ou alors il devrait être obtenu automatiquement après N ans.

Geo (2019-12-17T08:53:27Z)

Je suis globalement d'accord avec ce qu'écrit David.

Mais, il y a quelques arguments qu'on entend sur ces sujets qui me semblent un peu de mauvaise foi

1. "c'est impossible d'évaluer la recherche"
2. Tel chercheur n'a rien fait pendant des années, avant de sortir une théorie révolutionnaire

Dans un laboratoire, tout le monde sait qu'il y a des gens qui font peu ou pas de recherche, et ils ne sortiront pas de résultats révolutionnaires. Je ne pense pas qu'il faille les pénaliser, mais est-ce anormal qu'ils n'aient pas la même carrière que des gens clairement plus brillants ? je ne sais pas quelle forme ça devrait prendre, mais peut-etre qu'il y a un juste milieu entre un système "macronien" focalisé sur les champions, et un système totalement égalitaire.

Anne Onyme (2019-12-16T07:24:32Z)

@Luc

Si on se limite aux maths, il y a au moins deux cas relativement récents (et célèbres) de chercheurs qui ne publiaient plus (ou très très peu) et qui très tôt dans leur carrière se sont opposés aux systèmes d'évaluation et d'honneurs attachés au rang (une attitude que je qualifie d'anti-Matthieu, en référence à la structure normative des sciences établie par R. Merton). Or, et c'est d'ailleurs pour cela qu'ils sont célèbres, on peut difficilement nier que leur apport dans leurs domaines respectifs fut insignifiant. Il s'agit de :

1- Alexander Grothendieck, qui dans une lettre du 09/07/1988 à Axel écrit "Fertility is measured by offspring, not by honors". (source : http://matematicas.unex.es/~navarro/res/prizes.pdf)

2- Grigori Perelman, qui a dans plusieurs interviews déclaré que si sa démonstration de la conjecture de géométrisation était correcte, il n'y avait pas lieu de la publier formellement, et qu'il n'avait besoin d'aucune autre forme de reconnaissance que celle de savoir que sa démonstration était correcte (source : The New Yorker, 28/08/2008).

Dans le premier cas, on peut toujours argumenter qu'en 1988, Grothendieck était déjà entré dans une spirale paranoïaque, hypothèse que je ne retiens pas, car il n'a vraiment commencé à dérailler que 10 ans plus tard. Dans le second cas, il n'y a aucun doute : Perelman n'est pas fou du tout.

Il y a aussi ce minable de Peter Higgs, qui n'a même pas été foutu de pondre 10 papiers en 50 ans…

Maintenant, l'argument consistant à dire "ah ouais, mais ça ce sont des grands noms, moi je parle des chercheurs normaux, et en particulier de ceux qui n'en foutent pas une…" ne colle pas à la réalité. C'est un peu comme aux échecs : bien sûr, Carlsen et Nakamura sont des monstres, et ils battent à plate couture l'humanité entière, même en jouant avec les noirs et à l'aveugle. Mais s'il n'y avait que deux joueurs d'échecs dans le monde, personne (à part eux) ne saurait que les échecs existent, et ils seraient champions du monde d'une discipline inconnue. C'est ce qui fait la beauté du jeu. On peut y prendre beaucoup de plaisir à des niveaux très différents.

Ce qui m'inquiète beaucoup plus que les 0.1% de chercheurs fainéants qui profitent de leur statut de fonctionnaire (en France tout du moins, parce que dans d'autres pays, c'est pratiquement impossible de rester dans ce secteur sans bosser), c'est la part croissante de chercheurs qui trichent de manière éhontée. Je suis, pour fixer les idées, en Science des matériaux, et au doigt mouillé, je crois qu'on est passé de 1% de tricheurs en 2000 à 10% aujourd'hui. C'est énorme, et j'insiste sur le fait qu'il s'agit de publier en trichant sur les données expérimentales, en inventant de toutes pièces des chiffres, des spectres, des stats. Le truc est tellement grave, qu'il a contaminé les étudiants. Sur la dernière thèse où je faisais partie du jury, je n'ai pas pris de pincettes, tant c'était visible. D'ailleurs, le gars qui était à côté de moi a dit à voix basse "ah, oui tiens, c'est le même bruit de fond dans les RMN"… Bon, il ne s'est rien passé de grave : l'étudiant a sa maîtrise, il a disparu du jour au lendemain alors qu'il allait s'inscrire au doctorat, et ses parents refusent de nous dire où il est. On voulait juste récupérer les spectres originaux, mais bon, tant pis.

Bob (2019-12-15T18:38:48Z)

Je suis chercheur en physique théorique, et je suis d'accord avec à peu près tout ce que tu dis dans le billet. Je ressens la pression de publier beaucoup et de citer les collègues, et il est évident que cela influe sur la façon d'écrire.

Une pratique qui devient assez courante est d'écrire des articles en deux parties. On a donc deux publications pour le prix d'une, deux fois plus de citations, etc.

Autre touriste (2019-12-15T10:34:30Z)

@Luc : Oui, on peut toujours accuser ceux qui s'opposent à un classement d'être mauvais à ce classement et de vouloir tricher. On a plusieurs moyens d'éviter ça :

On peut évaluer la véracité et la validité de l'argument en lui-même.

On peut sélectionner des chercheurs qu'on considère bons (soit à son propre avis, soit selon le classement en question) et dont on ne connaît pas l'avis, et leur demander leur avis. Là je ne peux pas déterminer quel échantillon sera le plus pertinent pour toi.

On peut regarder les chercheurs suffisamment vieux pour ne pas souffrir personnellement du durcissement. Par exemple, Asimov est devenu riche et célèbre comme écrivain et n'avait plus spécialement intérêt à avoir des gros budgets de recherche avec peu de contrôle : il s'y est opposé purement par principe.

Luc (2019-12-14T20:59:51Z)

Il est aveuglant de clarté que vos pontifications grandiloquentes proviennent de vos propres lacunes: vous ne faites pas de recherche, n'en avez fait que peu et de qualité disons poliment: moyenne, et n'en ferez probablement plus.
Quoi d'étonnant alors que, sous couvert de nobles et grandioses principes généraux, vous soyez aussi opposé à toute évaluation de la recherche, dans un billet dont le ressort essentiel est l'invective?

ooten (2019-12-14T13:04:18Z)

Toute cette vision productiviste et individualiste mise en œuvre dans beaucoup d’institutions publiques et privées me dégoûte profondément. Et pour moi elle découle directement de l’idéologie actuellement dominante en Europe et en France portée par les partis politiques modérés de gauche et de droite et même bien au delà si je regarde mieux du côté de la droite et quand j’entends dire MACRON qu’il est et de droite et de gauche ou ni de droite ni de gauche enfin je sais plus comment il a formulé ça, en tout cas ça sentait bien l’arnaque comme le fameux en même temps et c’est bien confirmé aujourd’hui, on a bien une politique de droite : réduction du déficit et de la dette des états, désengagement des états dans les activités non régaliennes comme les privatisations des entreprises publiques avec une mondialisation même s’il y a des soubresauts ici ou là comme le Brexit par exemple et Trump aux USA 🇺🇸. Sans compter que cette idéologie ne s’est toujours pas occupée sérieusement de l’instabilité du système financier, de la fraude, de l’évasion et de l’optimisation fiscale des plus riches et qui fait qu’à la fin il faut être encore plus productif et individualiste, beurk 🤮 🤮🤮 Et bon là je ne parlerai pas ici des qualités humaines et techniques même ou professionnelles de certains de nos dirigeants qui ont le talent d’aggraver des situations déjà très mal engagées par leur management et mise en œuvre de leurs politiques catastrophiques.
En espérant de ne pas avoir été trop hors sujet.

jonas (2019-12-13T22:40:01Z)

> du pommier, et de l'absurdité de l'idée de couper les racines qui ne produisent pas de fruits parce qu'on n'est intéressé que par les branches, qui produisent des fruits.

I find this simile humorous because gardeners usually remove the roots of apple trees and graft roots from a different tree.

Camille (2019-12-13T20:45:30Z)

@Xavier

Si l'évaluation se limitait à l'arbitrage (évidemment nécessaire) sur de gros projets, le volume de projets (à mettre au point et à évaluer) serait considérablement plus faible, l'évaluation pourrait donc se faire sérieusement (en lisant les articles !) et la pression sur les chercheurs seraient suffisamment faible pour qu'ils puissent travailler sereinement. Je ne développe pas davantage car il me semble que c'est vraiment hors-sujet ici.

f3et (2019-12-13T14:04:22Z)

Suivant ce raisonnement, je me demande si le reproche principal que je faisais à la Cour des Comptes, à savoir qu'elle n'a qu'un rôle d'observatoire, n'en ferais pas le moins mauvais système possible de jugement des politiques budgétaires …

Xavier (2019-12-13T12:32:32Z)

Camille : oui justement, sur quoi les baser ?

Geo (2019-12-13T09:40:01Z)

J'étais un (enseignant-)chercheur "non publiant". Notamment à cause de la charge d'enseignement, et un certain nombre d'autres raisons. Et c'était vraiment difficile à vivre. Un sentiment de culpabilité permanent, l'impression d'être vu comme un tire au flanc (que je n'étais pas), plus aucune possibilité d'évolution (le moindre truc nécessite un dossier une évaluation), pas de reconnaissance des tâches d'enseignement etc… je rasais un peu les murs dans le labo. J'ai finalement quitté cet univers pour faire autre chose.

Camille (2019-12-13T09:34:34Z)

Enseignant-chercheur en mathématiques, je suis entièrement d'accord avec tout ce que tu dis. Merci.

@xavier : David le précise dans son billet, pour les équipements lourds, on ne peut pas en donner à tout le monde et il faut bien sûr prendre des décisions.

xavier (2019-12-12T20:04:17Z)

Oui mais pour les labos qui ont besoin de matériel ayant un coup non négligeable, on fait comment? On finance comment? au nombre de chercheurs dans le labo? Si on donne x/N à chaque labo, il est probable qu'aucun ou presque n'aura assez pour faire avancer sa recherche.
L'honneur de l'esprit humain certes mais quand c'est de la science qui nécessite autre chose que du café, on répartit les sous (en quantité finie) comment?


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