Comments on Il faut inventer un code correcteur résistant aux journalistes

Fred le marin (2016-06-10T16:47:07Z)

Le bout du monde de la compréhension collective.

Déjà qu'en école d'ingénieur, le socle commun ne montre pas beaucoup plus loin que les équations intégrales à noyau de Fredholm (né… en 1866).
Alors vulgariser la soi-disant fusion froide, cette vieille blague dans "Science & Vie" !
Quant à la physique quantique (et les ordinateurs qui viendront avec), il faut se plonger dans des calculs barbares avec le moins d'images mentales représentatives.
Car ces images sont presque toujours fausses, mais pourtant si chères aux journalistes et à leurs lecteurs sauvages (et pressés).
Alors non : seuls les grands maîtres savent patiemment attirer le profane en terre aride et hostile, car il faut parfois "sauter dans le vide" (si tant est que l'on daigne y passer quelque temps)
Du temps, qu'est-ce en peu de mots ?
Un mystère que le "lambda" ne cherche pas (ou plus) à éclaircir : la vérité la meilleure tombera des grands pontes de la Science et l'on (= les "lambdas") s'en gavera très grossièrement.
Mal su, mal compris, mal digéré et via les médias tout-numériques par dessus le marché.
Je dis : vive le XIXème siècle d'avant les crises !

Laurent (2016-06-10T13:45:44Z)

En ce qui concerne la difficulté du journalisme scientifique, outre les compétences du chercheur à populariser des résultats qui sortent tout juste du néant abysmal de l'ignorance (ce qui veut aussi dire qu'il est rare de disposer d'une explication simplifiée non entachée de zones d'ombres elle-même appelant d'autres questions non résolues, voire d'une analogie fulgurante et efficace ni d'une symbolique culturellement partagée qui ne contredise justement pas ces résultats), et celles du journaliste qui découvre lui aussi certainement des questions, voire un domaine, qui n'existaient même pas en rêve quand il faisait encore ses études s'il y abordait ne serait-ce que de la science déjà elle-même fort vulgarisée, il n'en demeure pas moins que l'obstacle majeur reste bel et bien la capacité d'intégration et de digestion par les profanes. (Je sais, ça devrait être interdit d'écrire des phrases comme ça, mais j'ai le droit parce que je suis scientifique et non pas littéraire, et je n'ai aucune compétence ni en vulgarisation ni en narration structurelle pratique).

J'y vois deux obstacles majeurs fort difficiles à surmonter.

Le premier, c'est l'inertie des connaissances générales (i.e., la culture --et je me limiterai à la biologie qui est mon domaine de prédilection): en primaire on y apprend la biologie des Lumières, au collège celle du 19ème siècle, au lycée celle du 20ème siècle, en licence (càd à l'université) on comble toutes les lacunes précédentes liées à la nécessaire simplification et on commence à y entrevoir des connaissances d'il y a plusieurs décennies, en première année de master on comble les lacunes dans des domaines spécialisés et on commence à accéder aux connaissances "récentes" (d'il y a une ou deux décades) ainsi qu'à une version simplifiée des travaux actuels. Quand on arrive en dernière année de master, on doit faire le travail d'apprendre par soi même les travaux récents sur les thématiques qui nous intéressent, parce qu'il est très improbable qu'il existe quiconque qui puisse enseigner cela correctement de toute façon.

En gros pour faire de la vulgarisation (en biologie), il faut s'imaginer résumer les dernières avancées à notre collègue du passé qui sort tout droit du début du vingtième. Sauf que le collègue du passé serait ravi et passionné de rattraper le temps perdu alors qu'il n'y a rien de gagné en terme de volonté de connaitre les détails pour n'importe qui qui n'a justement pas fait le choix de continuer jusque là, et c'est tout à fait normal et légitime d'avoir fait ce choix personnel. (de même que le choix de continuer est également tout aussi normal et légitime).

La deuxième énorme difficulté, et c'est là qu'une amélioration est possible en terme de talent de vulgarisateur, c'est que les profanes demandent à être informés sur le mode très général de la "big picture" si chère aux collègues américains, tandis que le chercheur a vocation à déterrer les détails et le diable qui s'y cache. La vue d'ensemble se comprend d'autant mieux qu'on a un savoir encyclopédique (càd généraliste déjà, en fait) sur une somme de détails, mais la demande est explicitement de faire passer le message en se passant de ces détails encombrants. A mon avis, c'est là, la gageure (ou le challenge, c'est pareil).

Typiquement, certains profanes sans grande sagesse se permettent de critiquer violemment les choix de sujets de recherche quand leurs compatriotes en arrivent à se poser aussi la question de leur intérêt en reconnaissant ne pas être les mieux placés pour comprendre ces choix. Mais ces sujets sont presque toujours perçus comme incompréhensiblement triviaux et inutiles. Parce que les profanes veulent voire Rome construite en un jour sans accorder d'importance aux minuties de l'organisation du Circus Maximus qui n'a presque rien d'une école de clown contrairement à l'idée reçue.

cargo du mystère (2016-06-10T09:46:24Z)

Les liens que tu affiches sont hilarants. En particulier Exhibit A et le show de John Oliver: j'étais plié de rire en voyant son Todd Talk. Merci pour ces moments de pur bonheur.

Richard Wakefield (2016-06-09T17:25:40Z)

@ troll professionnel : en effet, et j'en suis très heureux. Si on croit les chiffres de 2001 que Jancovici reporte sur la page dont j'ai donné en premier le lien, et qu'on les compare aux actuels (<URL: http://www.acpm.fr/Chiffres/Diffusion/La-Presse-Payante/Presse-Quotidienne-Nationale >), ça fait très mal : la diffusion du Monde, par exemple, aurait quasiment été divisée par 10 en 15 ans. Le problème, c'est que ceux qui persistent à les lire et à y accorder du crédit sont les dirigeants et "élites" de tout poil — à commencer par les politiques, y compris ceux en exercice —, pour lesquels, selon ce que j'ai pu entendre, les journaux constituent la source principale d'"information" tous domaines confondus, à l'exception sans doute des affaires-sérieuses-d'hommes-respectables comme l'économie ou la diplomatie pour lesquelles ils disposent de nombre de conseillers "experts". Pour le reste… Comme disait Kraus en 1915 (je paraphrase), les guerres ont lieu quand les diplomates disent des mensonges aux journalistes, et les croient quand ils les voient imprimés. Bon, je suis complètement sorti du sujet qui était le traitement journalistique de la science, j'arrête là.

frankie (2016-06-09T17:11:06Z)

Depuis que j'ai lu que la supersymétrie avait été mise en évidence par des scientifiques chinois qui plantaient des carottes ou des choses dans ce genre, l'article étant accrédité par celui des journalistes de La Recherche qui me semblait le plus talentueux, je ne m'étonne plus de grand chose en la matière…
Je lis encore "Pour la Science", le reste me passant trop par-dessous la tête.
Quant à dire que l'inculture scientifique chez les littéraires est plus ou moins développée qu'antan, je ne m'y risquerais pas.
Les termes scientifiques pullulent dans la littérature, mais pour ne jamais désigner ce pour quoi ils ont été consacrés. Ca doit faire snob… ou in…

troll professionnel (2016-06-09T14:20:24Z)

le problème se résout tout seul : plus personne ne les lit

Héhéhé (2016-06-09T13:28:23Z)

Oui c'est bien connu que la culture (au sens large que ce soit littéraire, artistique, historique, scientifique, etc.) n'est pas du tout la priorité des écoles de journalisme.

Par exemple voir cette phrase édifiante de François Ruffin qui parle du CJFP (Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes) : "moi ce qui m'a surpris d'emblée, c'est l'absence de bibliothèque" (à partir de 1min39 sur https://www.youtube.com/watch?v=rJoMvuX1fKE).

Hagen (2016-06-09T13:26:31Z)

http://www.phdcomics.com/comics/archive.php?comicid=1174

Dyonisos (2016-06-09T09:08:12Z)

Et la formation "littéraire" de la plupart (tous ?) des journalistes est catastrophique, y compris d'un point de vue littéraire. Je ne crois pas que ça ait beaucoup changé depuis une dizaine d'années où la grosse école en vue était le cfj, lui-même plus ou moins prolongement de bien des étudiants de sciences pipeau. Il y a des élèves de très bon niveau dans cette dernière école mais c'est sans rapport avec la formation bidon qu'ils reçoivent à base de fiches expéditives sur des livres qu'on ne lis pas etc… C'est ce que Bourdieu appelait "une école de pouvoir" par opposition aux écoles de savoir. Un réseau en gros. Ce qu'on y apprend à part tisser des liens, je suis sceptique…

Dyonisos (2016-06-09T09:03:32Z)

Autre élément à prendre en compte : ce n'est pas la seule amputation des compétences scientifiques a minima dans la formation sociologique usuelle des journalistes qui est en cause, mais aussi la logique de l'audimat.
Je potassais pas mal sciences et vie dans mon adolescence jusqu'au jour où j'ai réalisé que c'était tout de même bizarre : quasi chaque semaine, on avait en une une annonce tonitruante du genre "le mystère de la vie enfin découvert.", 'l'origine de l'univers enfin dévoilée", "les secrets du temps enfin mis à nu"….Money, money quand tu tiens la plume des journalistes pour qu'ils puissent avoir décemment de quoi manger…

régis (2016-06-09T08:07:25Z)

Le temps journalistique n'est pas le temps de la science. Le journaliste doit rendre son papier dans les temps pour que le canard soit imprimé et se perpétue tant bien que mal. D'où des approximations, et puis l'alibi est vite trouvé: il faut passer la rampe.
Cela n'empêche pas le journaliste de se considérer comme investi d'une haute mission: dessiller les yeux des citoyens, illuminer l'humanité tout entière. Avec un projet aussi global que grandiose, on ne se culpabilise guère de bousculer les détails…
Enfin le journaliste n'est pas le créateur de l'événement - même si la médiatisation le transfigure. A la différence du scientifique qui présente une contribution originale, et même s'il se pose comme journaliste d'investigation, il se borne à rapporter des actes et des paroles qui sont le fait d'autrui, et auquel il peut être infidèle sans se trahir lui-même.

Richard Wakefield (2016-06-08T22:31:56Z)

Vaste problème…
Quelques réflexions à ce sujet sur ces pages du site de Jean-Marc Jancovici :
<URL: http://www.manicore.com/documentation/serre/journalistes.html >
et : <URL: http://www.manicore.com/documentation/articles/relecture.html >
En gros, 10% des journalistes ont une formation supérieure scientifique ; parmi ceux-là, on peut imaginer qu'une bonne partie travaillera dans des magazines spécialisés (vulgarisation, informatique, etc.). Par ailleurs, j'ai entendu dire qu'il n'y aurait en général qu'un ou deux journalistes scientifiques dans la plupart des grands quotidiens régionaux et nationaux, et qu'ils sont fort mal considérés par leurs collègues (les places de journaliste politique et, mieux encore, d'éditorialiste, étant les plus convoitées et respectées).


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