Comments on ENS Lyon → merci d'avoir joué

Stranger (2006-05-20T11:32:29Z)

Dionysos : peut-être. Mes remarques étaient surtout dirigées vers les moyens possibles de mieux supporter la pression des candidatures, et, peut-être, de se mettre en condition de retrouver une fécondité mathématique (l'un ou l'autre article), de quoi donner à Ruxor le coup de pouce mental. Pour avoir été au fond du trou de la dépression, et avoir été cassé en deux nerveusement à diverses occasions, j'ai pu vérifier que tout cela joue énormément sur ce qu'on est capable de produire par ailleurs : j'essayais d'écrire un roman, par exemple, c'est devenu, pendant quelques mois, un lamentable fatras de plaintes et d'échappées lyriques, qui avançait poussivement, se contorsionnait, rampait sans fin en s'enroulant sur lui-même jusqu'à ne plus ressembler à rien. Et académiquement, j'ai vu combien ma maitrise, rédigée à un moment où je tenais la barre, vaut mieux que mon DEA, arraché sans foi aucune à la dépression.

Emulation (2006-05-20T10:54:43Z)

Tu peux lire ici la biographie de Paul Montel :

<URL: http://www-history.mcs.st-andrews.ac.uk/~history/Biographies/Montel.html >

Pas de quoi désespérer donc, il a l'air d'avoir copié sa biographie sur la tienne un siècle auparavant !

Dionysos (2006-05-20T10:54:13Z)

Stranger : ben non, je ne suis pas du tout d'accord. Ce qui me frappe, c'est que les remèdes préconnisés s'articulent davantage autour de la vie personnelle et en principe privée (le blog nuance fortement)que sur ce qui relève de la recherche proprement dite. Les lecteurs habituels du blog peuvent trouver judicieuses tes remarques mais il me semble que leur portée pour le recrutement d'un chercheur devraient être infiniment moindres que les compétences manifestées lors de concours généralistes en mathématiques. Ce n'est pas parce que la peopolisation de la politique et peut-être des esprits sévit que le recrutement académique devrait suivre la vague. Ceci dit je n'ai pas voulu suggéré que c 'est le seul rang à bac + 2 ou a l'agreg qui devrait être pris en compte et bien évidemment la qualité du travail de thèse et des recherches est décisive. Mais je reviens à mon idée : puisque que des domaines hétérogènes sont absurdes à classer entre eux et puisque les réseaux ne sont pas la garantie du mérite intellectuel, c'est bien à des concours anonymes juste avant la thèse qu'il revient de participer à hierarchiser des candidats dans des proportions plus importantes que celles qui me paraissent avoir joué dans le cas de Ruxor.

Stranger (2006-05-19T22:25:59Z)

Dionysos : décider du recrutement des chercheurs sur des concours à bac + 2 ou + 4, qui n'ont rien à voir en plus, serait quand même un beau délire. Mais c'est vrai que Ruxor se trouve étrangement floué ; je serais assez d'accord avec Vincent sur le fait que sans doute, ce sont beaucoup de raisons imperceptibles, pas même pour les intéressés eux-mêmes, manque d'assurance, stress, poignée de main molle, tremblement, qui empêchent le déclic de se faire. Pour acquérir cette confiance, il n'y a pas de recette. C'est un tout : cesser de se heurter à un mur en amour, se forcer à prendre d'avantage le large, quitter le cercle étouffant de la rue d'Ulm, et au delà, si je ne connaissais ton opinion à ce sujet, j'irais presque jusqu'à dire, faire une psychanalyse pour démonter à la source les causes du mal-être (ou une partie de ces causes). Bon, même en retirant la dernière option, en tenant de ce que la première dépend d'un hasard qui finira bien par se produire, mais qu'on ne contrôle pas, reste celles du milieu ; casser la prison des jours, s'obliger à voyager, se mettre dans des circonstances qui interdisent ou limitent au maximum toute procrastination… et se tenir à l'écart des ordinateurs, merde, aller lire ou écrire dans des cafés plutôt que végéter dans les tréfonds de la salle S !

Dionysos (2006-05-19T20:51:35Z)

Bonjour,
ça faisait longtemps que je n'avais pas écrit bien que j'ai régulièrement surfé sur ton blog. Je suis déçu et même quelque peu écœuré de ton échec de cette année. Pour autant, je ne crois pas que ta situation soit des plus critiques; après tout tu es tout de même agrégé et tu peux enseigner quand tu veux au lycée avec un traitement correct. Ce n'est pas des plus excitants, surtout quand on ambitionne de participer à la recherche, mais c'est tout de même un parachute dont beaucoup de gens (qui n'ont certes, et c'est là tout le problème,ni tes compétences ni ton parcours) n'osent même pas rêver.
Ce qui est révoltant est que le parfait cursus honorum débouche sur une fin de non-recevoir au moment crucial. Et dans la mesure où il est absurde de classer entre des domaines de recherche hétérogènes, je crois que c'est la place à des concours de recrutement généralistes comme les ens ou l'agreg qui devrait primer, ce qui a été manifestement sous-évalué dans ton cas. D'autant plus que tu fais preuve d'un appétit d'omnivore intellectuel en parfaite symbiose avec l'esprit d'universalisme qui est censé s'incarner dans la fac. Cela dit, tu as manqué de peu un bon poste à Paris et tu as des chances très sérieuses pour l'avenir si tu persistes. Si le malheur des autres est susceptible d'alléger le tien (c'est minable, mais ça arrive non ?) songe à tous ceux qui au terme de leur thèse, notamment en sciences humaines, n'ont aucune chance d'être non seulement auditionnés mais même d'avoir un poste en lycée. Et puis je me souviens que dans un de tes anciens posts, tu avais envoyé valedinguer la "carrière" de chercheur en proclamant que ta véritable vocation tenait davantage à l'écriture. Statistiquement, tu es déterminé à persister dans la recherche universitaire. Humainement, tu as sans doute des virtualités plus larges.Bonne chance et bon rebond !

Geo (2006-05-19T20:32:56Z)

Effectivement, le cas de David semble décourageant. Mais il faut relativiser. La recherche ne se limite pas aux mathématiciens. Etre normalien et bien classé à l'agreg est peut-être une condition nécessaire en maths, mais pas du tout dans les autres matières.

Quant à partir à l'étranger, c'est à double tranchant. C'est censé être bien sur un CV (et encore… c'est quelque chose de difficile à quantifier. Pleins de gens trouvent un poste après simplement un ATER). Mais ça pose beaucoup d'autres problèmes.

Moi par exemple, je suis aux USA, et je ne suis pas sûr de pouvoir passer un mois en France à faire des séminaires et des auditions. Lorsqu'on est financé par un labo étranger, ça peut-être difficile de justifier de passer deux mois à faire autre chose. En pratique, j'ai beaucoup de liberté (plus que les deux semaines officielles de vacances bien sur), mais pas comme si j'étais en France.

On insiste toujours sur le fait que le réseau de connaissance est très important. Mais en étant au bout du monde, c'est beaucoup plus difficile de se faire voir.

Finalement, effectivement on est beaucoup mieux payé. Pas tant parce que la recherche est plus valorisé, mais parce que les salaires sont plus élevés à l'étranger de toutes façon (on reste des globalement des pauvres, surtout dans un pays ou l'argent est le critère de réussite numéro 1. Pas de quoi épater les nanas - ou les mecs). L'inconvénient de gagner plus, c'est que ça dissuade de rentrer pour un ATER. Je gagne par exemple 4000 euros net d'impot (a relativiser enormement cependant) pour un post-doc. Si je rentre en France pour un ATER (que je ne suis même pas sûr d'avoir), je vais gagner à peine plus de 1000 euros, avec beaucoup d'heures d'enseignement.

En tous cas, je trouve que c'est vraiment un très bonne expérience de partir à l'étranger.

Concernant l'influence du directeur de thèse, c'est quelque chose de pas forcément lié au prestige. Il y a des mecs reconnus scientifiquement, mais qui sont très intègres et n'essayent pas forcément d'aider leurs étudiants. Il y en a d'autres qui sont complètement nuls, que personne ne connaît mais qui par contre ont de l'influence au niveau des commissions.

Thomas (2006-05-19T16:42:36Z)

En tout cas si même David, avec son parcours (récompensé au concours général, rentré à Ulm dans les premiers, etc.), n'arrive pas à trouver sa place dans le monde de la recherche, ça montre à quel point il est difficile de réussir dans ce domaine.
Et ce n'est vraiment pas encourageant pour les jeunes qui envisagent de faire chercheur plus tard …

Salut (2006-05-19T16:38:16Z)

A Geo : je suis d'accord qu'il est en moyenne plus dur d'obtenir un poste a Harvard qu'a Caen, mais ceci, je pense, ne s'applique pas a David.

David est extremement fort, son CV en temoigne, il a une liste de publications/preprints tout a fait decente pour un mathematicien pur ace stade de sa carriere, et une solide experience d'enseignement. Qu'il n'ait pas eu de poste, et qu'il ait ete si peu souvent classe, temoigne a mon avis non de la difficulte generale du marche du travail en mathematiques en France, mais d'un dysfonctionnement du systeme de recrutement. Ailleurs, je pense que le systeme disfonctionne moins, ou en tout cas d'une maniere differente qui desaventagerait moins des gens au profil de David. Pour etre concret, je suis sur qu'avec un bon soutien de Colliot, David aurait de bonnes chances d'obtenir soit un post-doc, soit une "junior position", i.e. un poste d'assistant professor a Princeton, ou travaille Kollar, l'un des forts de son domaine.
Il y serait dans de tres bonne condition pour faire de la recherche, avec des gens forts, et gagnerait deux ou trois fois plus qu'en etant maitre de conf.

Apres, il est tout a fait possible que David n'ait pas du tout envie de "s'exiler".
Beaucoup de gens s'ennuient a Princeton, et d'ailleurs
n'aime pas les Etats-Unis et/ou le Canada. Ceci s'applique-t-il a lui ?
Mais je suis sur qu'il pourrait en tout cas trouver un poste la-bas et cela me semble la meilleure solution pour faire de la recherche (meme quand on a deja un poste en France) .

imothep (2006-05-19T15:39:10Z)

Mon commentaire ne va pas apporter grand chose mais bon…
Je veux tout de même te dire Ruxor que tu es brillantissime. C'est vrai , je ne te connais pas du tout si ce n'est à travers ton blog, mais tout sur ton site laisse transparaître un tel esprit, et je me dis qu'il faut que je te rencontre un jour.
Tout ça pour dire que je ne comprends comment des chercheurs peuvent refuser tes compétences qui vont bien au delà du pur cadre mathématique à mon avis.
Alors je me pose la question: ne crois tu pas que des gens à l'influence certaine pourraient lire ton blog, lieu de tes états d'âmes,ce qui jouerait en ta défaveur?

alsatian (2006-05-19T12:40:43Z)

Obtenir un poste permanent dans une bonne fac américaine est effectivement très difficile, mais pour un emploi de post-doc, c'est déjà plus jouable avec un bon dossier. Pas donné, mais jouable.

Et au retour, c'est toujours ça de plus dans ton C.V.

geo (2006-05-19T06:45:14Z)

Ce n'est pas si facile de trouver un poste à l'étranger. Il y a déjà pas mal d'étrangers qui viennent chez nous parce qu'ils n'y pas de postes chez eux.

Et il faut être réaliste. C'est plus difficile d'obtenir un poste au MIT qu'à l'université de Caen. La concurrence est mondiale pour travailler là-bas.

On parle souvent de fuite des cerveaux, les étudiants les plus brillants qui quittent la France qui ne leur offre pas de postes ou de moyens suffisants. Personnellement, je n'en vois pas beaucoup qui quittent la France, à part pour faire un post-doc, censé augmenter leurs chances d'obtenir un poste de chercheur chez nous.

Salut (2006-05-19T04:16:14Z)

Bon, moi je crois que c'est une chance de ne pas avoir eu de poste de maitre de conferences. C'est pas un metier
pour un chercheur, ca… Pleins d'enseignement, beaucoup de problemes materiels et administratifs (sauf peut-etre
a l'ENS Lyon), pas beaucoup d'argent (c'est peut-etre secondaire, mais l'argent c'est du temps - du temps pour la recherche)

Par ailleurs, tu le sais deja mais peut-etre pas tous tes lecteurs : que tu n'aies pas ete pris n'a rien a voir avec le nombre ni la qualite de tes publications.
Ce sont d'autres facteurs, comme l'influence de ton directeur de these (celle de Colliot est, de notoriete publique, faible malgre sa renomee et il a toujours eu un mal incroyable a bien "placer" ses eleves,
comparativement a leur niveau) ou l'image (d'"original") que tu as dans le milieu mathematique, formee sur de longues annees et tres difficile a changer, qui jouent,
en l'occurrence contre toi.

Pourquoi ne partirais-tu pas a l'etranger quelques temps ?
Aux Etats-Unis, au Canada, ou plus pres, en Angleterre
(tous pays dont tu maitrises les langues, et parfois possede la nationalite, sauf erreur)
il y a plein d'universites excellentes et je suis sur que l'une d'elles t'offrirait un poste ou tu serais dans de bien meilleures conditions pour faire des maths.
Pourquoi ne pas essayer Harvard, le MIT, Princeton (et l'I.A.S), Berkeley, Yale, les universites de Londres, de New York, de Montreal, de Vancouver, Cambridge et Oxford
plutot que Lyon ou Caen ?

geo (2006-05-19T02:12:21Z)

Je comprends ta déception puisque je suis dans le même situation.

Malheureusement pour toi, il y a des tas de candidats qui sont très fort. Et comme on le sait, il y a beaucoup d'aléatoire et d'injustice dans les recrutements de chercheurs et de mdc.

Maintenant, il faut savoir ce que tu veux, et que tu te donnes les moyens de le faire, ce qui implique peut-être des sacrifices. Au hasard, travailler plus (même si tu penses que les chercheurs ne doivent pas avoir de pression, que tu n'as jamais eu besoin de te forcer pour réussir les concours etc…), collaborer plus, être plus ouvert dans tes choix. Cela dit, ta stratégie n'est pas forcément mauvaise. Tu peux toujours attendre le dernier moment avant d'accepter n'importe quel boulot de mdc.

Et en passant, je trouve que tu restes encore assez chanceux de ton malheur. Tu n'as pas tous les ans à postuler pour un autre post-doc à l'étranger ou ATER pourri sans être sûr de pouvoir l'obtenir. Et tu peux rester à l'endroit que tu aimes bien en attendant.

Bon, en pratique, je ne me fais pas d'inquiétude pour toi. Tu postuleras à plus d'endroits l'an prochain et tu obtiendras quelque chose, au pire, un poste dans une petite fac de province.

foo (2006-05-19T00:41:36Z)

Va donc te trouver un poste de prof à l'étranger. Tant pis si le pays qui a financé tes études n'en profite pas.

Ruxor (2006-05-18T23:41:46Z)

Pour ce qui est du nombre de candidatures que j'ai fait, je précise que j'ai envoyé des dossiers pour huit postes. (Ensuite, je ne vais pas essayer de discuter pour savoir si c'est raisonnable ou beaucoup trop peu.)

alsatian (2006-05-18T23:25:15Z)

Bon, 'y a plus qu'à espérer que Caro prendra Caen (plutôt qu'Orsay), puis que Brunault prendra Orsay (plutôt que l'ÉNS Lyon) et Brumley Nancy (itou), puis Charollois l'ÉNS Lyon (plutôt que Paris VI), et c'est dans le sac.

Blague à part, j'en remets une couche sur celles de Bohort et de Rrose : vise plus large. Parce que là - excuse la franchise - tu as vraiment fait la fine bouche.

On peut aussi se demander si ton blog ne te déssert pas. Les membres des commissions doivent bien avoir la curiosité de chercher les noms des candidats sur Google (si, si, je t'assure : ils en ont entendu parler !). Et de se demander s'ils ont vraiment envie d'avoir pour collègue un type qui n'arrête pas de se lamenter en public, fut-ce virtuellement.

Rrose (2006-05-18T21:41:29Z)

Bon courage David. Je suis passée par là moi aussi (sans aucun succès et aujourd'hui je suis en lycée, sans enthousiasme aucun) et j'ai pas mal de potes concernés
(dont certains qui ont postulé 3 ou 4 ans de suite, je te laisse imaginer le stress et le découragement croissants…
Surtout quand en plus on n'est même pas sûr d'avoir un post-doc ou un poste d'ATER l'année qui suit).

Plutôt que les discours volontaristes de Vicnent qui auraient un peu tendance à me faire sourire (bon, ça doit être une question de personnalité, il y a des gens que la pression motive et d'autres que ça empêche d'avoir l'esprit assez tranquille pour bosser, et le système défavorise ces derniers) j'aurais peut-être tendance à te conseiller comme Bohort de viser plus large géographiquement… Et parfois tout ça tient à pas grand-chose, le fonctionnement des CS est tellement compliqué.

Anonymous Coward (2006-05-18T21:32:07Z)

Devient professeur de prepa. Pour la recherche telle qu'elle se pratique aujourd'hui dans nos universites, il ne suffit pas d'avoir envie, ni meme d'etre doue - que l'on soit d'accord avec cet etat des choses ou pas est une autre question.

Vicnent (2006-05-18T19:19:49Z)

Houlala ça m'énerve. Désolé David, mais là, franchement, j'ai clairement du mal à tolérer.

Quand tu dis « mais je ne suis vraiment pas sûr d'avoir la force de supporter une fois de plus les nuits blanches, les crises de nerfs et les crises de larmes, l'attente tétanisée des résultats sur [URL], l'angoisse qui me rend malade au point que je finis aux urgences (ndlr : c'était une gastro ou pas ?), et autres lots qui accompagnent ces candidatures. J'ai l'impression /* bla bla creux se voulant de l'humour parce qu’en fait, y’a rien d’autre à dire qui pourrait justifier ces pseudopathologies */ »

Franchement, David, va falloir arrêter de nous la jouer enfant gaté pourri qui veut dormir avec la lumière dans le couloir. Je ne sais pas si tu te rends compte, à la lecture de ton CV, de tes quelques (bonnes) explications, de la chance que tu as d'en être là. (j’oublie pas le travail fourni, hein…). Tu es visiblement quelqu'un de (très très) très doué, Dr en maths de la prestigieuse ENS Paris, avec un directeur de thèse coté, 4ième à l'agreg, etc etc. T'es du genre hyper passionné par ce que tu fais, y'a pas photo. T'es bilingue Fr-En, ta culture dans pas mal de domaine a (probablement) de quoi foutre des complexes d'infériorité à 90% des français (je te rassure, je connais qq, un ENS Ulm maths aussi, mais qui lui, questions culture, CV, responsabilité, vie et expérience fout des compl. d'inf à 100% de la population, et tranquille en plus…). Fonctionnaire de surcroît. (On peut dire ce qu’on veut, l’emploi à vie, c’est quand même nerveusement reposant…)

Et voila le tableau. Une petite pleurnicheuse qui met dans la balance, d’un coté, une carrière probablement brillante où son métier n’est finalement que sa passion (Oulala, ça doit être galère, ça…), et de l’autre coté, le fait qu’il puisse être quelque peu indisposé, une semaine ou deux. Y’a quand même un ratio de 1 à 1000 dans le temps. Il va peut être falloir avoir le sens de la mesure mon garçon.

Tu sais David, ce que je crois qu’il te manque, c’est un peu de maturité (si si, la vie réelle, ça existe), et puis surtout, un peu de niaque et donc de confiance en toi. Tu sais, ces trucs qui font cet état d’esprit de vainqueur absolu, que rien ne peut arrêter, une mentalité de fonceur, une volonté d’arriver à ne rien craindre, ni rien ni personne, une motivation absolue, le sentiment simplement de choisir et de vivre pour soi exactement ce que l’on veut. Le truc qui fait que, quand tu te retrouves face à quelqu’un qui peut en 10 minutes, changer le cours de ta vie, au moment de la rencontre, de la découvrir, et bien de ne lui montrer que ça, de rayonner complétement. Ça passe par un regard intense, à tout bouffer, une putain de poignée de main, un bonjour qui assure (tu sais dire bonjour au moins ?), une attitude. Voila. Ça impose ta présence, et tu deviens, avec eux, décideurs du choix final. Parce que finalement, à ce moment là, ce n’est plus toi qui passe l’audition, c’est eux. (je comprendrai que tu ne comprennes pas cette dernière phrase) Jamais, depuis que je te «blog-»connais, je n’ai eu le sentiment que t’avais envie de frapper du poing sur la table sur la table. D’imposer ton putain de choix, d'imposer ta putain d'envie. D’être, de vivre, au lieu de subir et d'être cette personne qui regarde le temps passer en se disant que les aiguilles bougent.

Là, j’ai l’impression d’un mec timide, qui regarde par terre, sans trop sourire, la tête dans les épaules, et puis qui, à la fin des débats, léverait le doigt doucement en disant tout bas « donc, je rappelle, hein, euh, s’il y a une place pour moi, merci, et puis promis, j’emmerderai personne… et je m'appelle DM.»

Ok, je force un peu le trait, mais franchement, tes capacités, ton niveau actuel, et nous sortir que « non, j’ai pas le courage d’avoir mal au ventre », ben non, j’accepte pas. C’est un putain de gachis. Parce que même si tu es méritant (les autres aussi accessoirement), le mérite, dans la vie réelle, ben ça paie plus. Ça se saurait sinon. Le monde est sauvage. Je ne te sens pas vouloir te battre.

« mais l'exercice — me faire connaître en 10′ alors que j'aurais eu tellement de choses à faire comprendre — est tellement absurde que c'est profondément déprimant. » : et bien, voila ! tu es parti faire un exercice de style absurde qui te déprime !!!! t’appelles ça être un gagnant ? A un moment, plutôt que de faire (pardon : subir) cet exercice, t’es tu demandé quelle stratégie réaliser pour te l’approprier cet exercice ? L'as tu fait en étant absolument et intérieurement convaincu que c'était la meilleure forme finalement, ces putains de 10'. Ou tu l'as démarré en te disant « Bon allez, il _faut_ le faire…» ?

Le 28 avril, tu nous indiques arrêter pour un mois. Tu tiens trois jours. Tu nous dis ne plus vouloir en parler et tu nous gratifies de 5 billets en moins de 3 semaines sur le sujet!!

Pour le CNRS, tu nous déclarais qu’il n’y avait pas de quoi être déshonoré !! Mais c’est fou, ça. La question n’est pas là ! Tu disais toi-même : «dossier […] donc […] le jury en est donc réduit à l'absurdité de savoir s'il vaut mieux avoir démontré le théorème foo ou le théorème bar, […] » Depuis quand un concours absurde pourrait-il être déshonorant ?

Peut être ta vie, ton caractère, ton état d’esprit sont ils vraiment à l’image de « gratis pro amore arithmeticæ ». Faudrait juste savoir, que dans la vie réelle, les choses sont tout autres. Et que dans la vie réelle, il faut être armé. Ou alors, effectivement, ne passe plus de concours « oral », et ne travaille surtout pas dans le privé : tu t’y ferait probablement arracher la tête. Et reste dans ta bulle. Mais arrête de pleurnicher parce t’as peur d’avoir à te donner les moyens d’en sortir. « Dans la vie, on n’a en général que ce que l’on mérite » je ne le crois pas ! je dirais plutôt, parce que c’est bien plus fort : « Dans la vie, on n’a que ce que l’on a été chercher ».

Monsieur Népomucène (2006-05-18T18:30:49Z)

Courage, bonhomme, tu vas t'en tirer, et tu y verras plus clair dans quelques jours.

Nick (2006-05-18T18:08:18Z)

Une fois passée une épreuve le pouvoir de résilience te fera oublier sa difficulté. Vis pour celui que tu seras dans un an et un mois et un poste. Il te le revaudra bien.

Ruxor (2006-05-18T17:53:09Z)

Actuellement mon statut c'est d'être agrégé, en poste à l'ENS jusqu'à l'été 2007 (j'ai le droit de demander une reconduction ensuite pour encore trois ans, mais je ne sais pas du tout si je l'obtiendrais). C'est un statut d'enseignant chercheur, avec une charge d'enseignement identique à MdC (à l'ENS, en pratique, on fait moins que les 192h annuelles de la charge).

Question nombre de publis, avec un article paru, un article accepté, un article paru en collaboration (avec mon patron), un article dans les annales d'une conf et un article soumis, pour un candidat en maths pures, je ne suis pas nettement en-dessous du lot (en comparaison, le classé 1er à l'ENS Lyon, là, par exemple, il a un article d'exposition paru et deux vrais articles soumis). Je pense même être tout à fait dans la norme. La durée entre mon DEA et ma soutenance thèse est certes importante (j'avais commencé une thèse avec quelqu'un, qui n'a pas abouti), et évidemment ça joue contre moi. Difficile de dire si c'est rédhibitoire ou pas.

De toute façon, le problème n'est pas tellement là. L'an prochain j'ai peut-être des chances (à quel point sont-elles élevées, je n'en sais rien), mais je ne suis vraiment pas sûr d'avoir la force de supporter une fois de plus les nuits blanches, les crises de nerfs et les crises de larmes, l'attente tétanisée des résultats sur <URL: http://postes.smai.emath.fr/ >, l'angoisse qui me rend malade au point que je finis aux urgences, et autres lots qui accompagnent ces candidatures. J'ai l'impression d'avoir vieilli de trente ans en un mois, là, si on rajoute encore trente ans l'an prochain ça va finir par faire vraiment vieux.

Stranger (2006-05-18T17:33:47Z)

D'un autre côté, Douady a aussi soutenu sa thèse tard, et je crois que Lafforgue est resté longtemps sans publier. Bon, ensuite ils ont révolutionné leur domaine, ceci expliquant cela.
Mais ta culture, ta transversalité, ton souci des fondements n'est-il pas une force que tu peux faire valoir ? Que des "concurrents" soient a priori plus efficaces sur une thématique de recherche très spécialisée invalide-t-il cette très large compétence que tu as, et qui est peut-être justement ce qui t'empêche d'avancer précisément dans les standards de la recherche actuelle ?

Vicnent (2006-05-18T17:16:56Z)

Concrétement, là, tu vis de quoi ? tu peux légalement le faire jusque quand ?
À lire ta page pro, tu es préparateur (ie chargé de la préparation), pour l'ENS, des candidats à l'agreg de math. Ton statut de fonctionnaire précisément, c'est quoi ? Y'a un truc qui m'échappe ?

Dans tes candidatures MdC (c'est la première année n'est ce pas ?), le fait de n'avoir "que" 4 publi depuis la fin de ton DEA (1998) et d'avoir soutenu ta thèse 7 ans après ton DEA n'est-il pas un p*t**n d'handicap ? Y'a une raison, au fait, à cette longueur ? même si la première année fut pour un magistère (mais qu'est-ce que c'est que cette bête ??) T'as pas eu de problème avec les inscriptions ?

Bohort (2006-05-18T17:13:06Z)

Il me semble que tu réagis de manière un peu impulsive.

On sait bien que pour obtenir un poste, il faut un savant
dosage de :

- niveau scientifique (parcours antérieur et publis)
- réseau d'influence (directeur de thèse et autres,
se faire connaître d'un maximum de gens, donc voyager)
- chance (désistement de personnes classées avant,
thématique de recherche à la mode, nombre de postes
ouverts dans ta spécialité une année donnée).
- Nombre de candidatures

Je ne te connais pas assez bien pour pouvoir vraiment
jauger de ton positionnement dans chacune de ces rubriques,
mais disons, pour les reprendre dans l'ordre, que :

- parcours antérieur jusqu'à la thèse excellent, nombre
de publis peut-être un peu insuffisant, mobilité faible.
- Directeur de thèse a priori connu (et influent ?) ; pour ce qui est de ton réseau, j'ai l'impression que tu ne l'as pas vraiment développé (par principe ?)
- Chance : les désistements ne s'annoncent sans doute pas très favorables ; ta thématique n'est sans doute pas
la plus à la mode, mais tout de même plutôt attractive.
- Nombre de candidatures : je crois quand même que c'est là
que tu te restreins le plus, pour des raisons qui t'appartiennent et que tu as déjà évoquées.
Disons que si tu avais candidaté dans tous les endroits
dont le profil était vaguement algèbre, géométrie arithmétique ou théorie des nombres (et moins prisés que Paris), tu augmentais considérablement tes chances.

Bilan : recommencer l'année prochaine, en ouvrant éventuellement tes choix géographiques, ou alors
bifurquer et demander un poste en prépa. Vu ton cv en la matière, l'inspection générale sera ravie de te donner un poste, et tu arriveras rapidement, si ce n'est tout de suite, à Paris, avec un salaire décent ce qui ne gâte rien.
Évidemment, ce travail ne te paraîtra sans doute pas passionnant mais tu pourras, après une ou deux années d'adaptation, te dégager un peu de temps pour faire les maths qui te plaisent, sans pression.


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