From madore@clipper.ens.fr Thu Nov 23 00:58:37 2000
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Subject: Re: Precession des equinoxes (was: Re: objets a identifier)
Supersedes: <8vhmjd$24t$1@clipper.ens.fr>
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Date: Wed, 22 Nov 2000 23:58:37 +0000 (UTC)
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(Ceux qui n'ont pas lu le début du thread peuvent passer à la suite où
j'explique rapidement la trigonométrie sphérique.)

Damien Masse in litteris <8vh6lr$m7r$1@clipper.ens.fr> scripsit:
> GroTeXdieck, dans le message (loisirs.astro:21), a écrit :
>> Dans deux ou trois siècles, Polaris sera à sa proximité
>> maximale du pôle nord, puis il va s'en rééloigner.
> 
> Tiens, je pensais que la proximité maximale était plus
> proche de nous que ça. Genre moins d'un siècle. J'ai du me planter.

Hum...  En fait j'ai dit ça assez au hasard...  Et c'est moi qui me
suis planté.  D'ailleurs, on peut très bien faire le calcul :

Soit A = le pôle nord actuel, B = le pôle nord écliptique, et C =
l'étoile Polaris.

On connaît la distance AB : c'est 23°27'9''.  Par ailleurs, Polaris a
(actuellement) pour déclinaison 89°15'51'' et pour ascension droite
2h31min48.7s.  Par conséquent, la distance AC vaut 44'9'', et l'angle
BAC vaut 127°57'11''.  Par trigonométrie sphérique (voir plus bas), on
peut alors calculer la distance BC, qui vaut 23°54'42''.  Et de
nouveau par trigonométrique sphérique, on calcule l'angle ABC, qui
vaut 1°25'54''.  Ceci signifie qu'une rotation de 1°25'54'' du pôle
nord autour du pôle nord écliptique l'amènera en ligne avec Polaris
(ce qui est évidemment le point le plus proche).  Cette « proximité »
sera de 27'34'' (contre les 44'9'' actuelles).

Avec la vitesse que j'ai donné pour la précession des équinoxes (un
tour en 25772 années), ça fait 102 ans et demi.  Donc effectivement
c'est toi qui avais raison.

On peut encore faire le calcul pour Vega : alors AC vaut 51°12'59'',
BAC vaut 9°14'5'' donc BC=28°15'16''.  Et alors ABC=164°40'39''.  Il
faut donc compter 11800 ans environ pour que le pôle nord arrive au
plus près de Vega (en ignorant tout mouvement de Vega lui-même).  La
distance en sera alors de 4°48'7''.

>> Exercice stupide : l'étoile alpha du Centaure (à présent située à une
>> déclinaison de -60°50' et une ascension droite de 14h39.6min)
>> était-elle visible à Athènes il y a 2500 ans ?
>> [snip]
> 
> Argh, et il le fait, en plus.
> Bravo, j'ai jamais réussi, personnellement, à faire des calculs
> de ce genre sur une sphère sans 2 heures de recherches avec un crayon
> et un papier et une migraine ensuite. J'ai toujours eu un mal de chien
> à me repérer dans la trigonométrie sphérique...

En fait, ce n'est pas si dur.  Le secret, c'est de ne pas faire de
dessin :-)

Je trouve même que la trigonométrie sphérique est plus simple et plus
élégante que la trigonométrie plane.  Certes, on n'a pas la formule
magique « somme des trois angles égale 180° ».  Mais sinon, c'est très
joli.

Si ABC est un triangle sphérique, soient a=BC, b=CA et c=AB les
longueurs de ses trois côtés (quand je dis « longueur » le parle bien
sûr de la longueur *à la surface*, mesurée comme un angle au centre de
la sphère ; sur la voûte céleste il ne viendrait à personne l'idée de
prendre une autre sorte de longueur !), et alpha=BAC, beta=CBA et
gamma=ACB les trois angles.  On a alors la formule

	  cos(a) = cos(b)*cos(c) + sin(b)*sin(c)*cos(alpha)
	   cos(b) = cos(c)*cos(a) + sin(c)*sin(a)*cos(beta)
	  cos(c) = cos(a)*cos(b) + sin(a)*sin(b)*cos(alpha)

(« formule des côtés ») qui remplace le théorème de Pythagore
généralisé : pour s'en souvenir (de la première, les autres s'en
déduisant par permutation cyclique des variables), ce n'est pas très
dur, il suffit de se rappeler que (i) lorsque alpha=0 on a a=c-b (ou
b-c) et on doit retrouver la formule
cos(c-b)=cos(b)*cos(c)+sin(b)*sin(c), (ii) lorsque alpha=pi, au
contraire, on a a=b+c et on doit retrouver la formule donnant
cos(b+c), et (iii) lorsque alpha=pi/2, pour a,b,c petits, en faisant
un développement limité à l'ordre 2 on doit trouver a²=b²+c² (et de
façon tout à fait générale on peut retenir cos(a)=cos(b)*cos(c) pour
un triangle sphérique ABC rectangle en A : penser au triangle
rectangle en ses trois angles, pour lequel a=b=c=90°).

Cette formule permet de calculer la longueur d'un côté connaissant la
longueur des deux autres et un angle quelconque (on appliquera la
formule se rapportant à l'angle qui est connu), ou inversement de
calculer un angle connaissant les longueurs des trois côtés.

Si on connaît deux angles et un côté, il faut appliquer une autre
formule, la « formule des angles ».  Il s'agit en fait de dualiser le
triangle en le remplaçant par le triangle A'B'C' où A', B' et C' sont
les pôles des côtés BC, CA et AB respectivement (le choix des signes
et des orientations est laissé au lecteur ;-) : on voit alors que
B'C'=180°-alpha, C'A'=180°-beta et A'B'=180°-gamma ; et de même,
B'A'C'=180°-a, C'B'A'=180°-b et A'C'B'=180°-c.  Bref, en appliquant la
formule précédente au triangle A'B'C', on obtient la formule qui s'en
déduit en remplaçant les angles-sommets par les supplémentaires des
angles-côtés correspondants et vice-versa, c'est-à-dire
cos(180°-alpha) = cos(180°-beta)*cos(180°-gamma) +
sin(180°-beta)*sin(180°-gamma)*cos(180°-a).  Donc :

  cos(alpha) = - cos(beta)*cos(gamma) + sin(beta)*sin(gamma)*cos(a)
  cos(beta) = - cos(gamma)*cos(alpha) + sin(gamma)*sin(alpha)*cos(b)
  cos(gamma) = - cos(alpha)*cos(beta) + sin(alpha)*sin(beta)*cos(c)

Donc cette fois on appliquera la formule relative au côté qu'on
connaît, si on en connaît un, et elle permettra de trouver l'angle
manquant.  Notons que si on connaît les trois angles, cette formule
permet encore de trouver les trois côtés.

Ces formules doivent pouvoir servir dans tous les cas.  Cependant, il
y en a une autre qui est parfois utile, si on connaît deux côtés et
l'angle opposé à l'un d'entre eux : c'est

	sin(a):sin(b):sin(c) = sin(alpha):sin(beta):sin(gamma)

(comprendre : les sinus des côtés sont dans les mêmes proportions que
les sinus des angles opposés à ces côtés).

L'application la plus commune de la trigonométrie sphérique, c'est le
calcul de la distance entre deux points donnés par leur latitude et
leur longitude sur une sphère.  Pour cela, si l1 et l2 sont les deux
latitudes, L1 et L2 les longitudes, on considère le triangle sphérique
dont un sommet (A) est le pôle nord, et les deux autres (B et C) les
deux points considérés.  Alors la formule cos(a) = cos(b)*cos(c) +
sin(b)*sin(c)*cos(alpha) donne

	cos(d) = sin(l1)*sin(l2) + cos(l1)*cos(l2)*cos(L1-L2)

avec d la distance recherchée.

Dans mes applications astronomiques ci-dessus, je n'ai fait
qu'appliquer la formule des côtés, d'abord avec deux côtés et l'angle
entre les deux pour trouver le troisième côté, puis connaissant les
longueurs des trois côtés pour trouver l'angle manquant.

Je termine en démontrant cette fameuse formule des côtés que j'ai
énoncé péremptoirement.  Le plus simple que j'aie trouvé est
d'introduire une base (i,j,k) de l'espace dans lequel est plongé la
sphère : i est précisément OA (où O est le centre de la sphère), j est
le vecteur unitaire normal à i et situé dans le plan OAB, et k est le
produit vectoriel de i et j.  Dans ces conditions,

				OA = i
		       OB = cos(c)*i + sin(c)*j
      OC = cos(b)*i + sin(b)*cos(alpha)*j + sin(b)*sin(alpha)*k

par conséquent, OB·OC = cos(b)*cos(c) + sin(b)*sin(c)*cos(alpha).
Mais par ailleurs, OB·OC = cos(a) et on a fini.

