From madore@clipper.ens.fr Thu Nov  7 22:01:22 2002
Article: 2080 of ens.forum.sciences.physique
Path: eleves!not-for-mail
From: madore@clipper.ens.fr (Gro-Tsen)
Newsgroups: ens.forum.sciences.physique
Subject: types de neutrinos (was: Re: Modele Standard)
Date: Thu, 7 Nov 2002 21:01:22 +0000 (UTC)
Organization: Forum.
Lines: 93
Sender: madore@clipper.ens.fr
Message-ID: <aqekb2$lj7$1@clipper.ens.fr>
References: <aqasea$o91$1@clipper.ens.fr> <aqc77f$ptk$1@clipper.ens.fr> <aqcajg$40i$4@clipper.ens.fr> <aqdk3o$o58$1@clipper.ens.fr> <aqefa7$7cj$1@clipper.ens.fr> <aqeh7d$gb1$1@clipper.ens.fr>
NNTP-Posting-Host: clipper.ens.fr
X-Trace: clipper.ens.fr 1036702882 22119 129.199.129.1 (7 Nov 2002 21:01:22 GMT)
X-Complaints-To: forum@clipper.ens.fr
NNTP-Posting-Date: Thu, 7 Nov 2002 21:01:22 +0000 (UTC)
X-Newsreader: Flrn (0.5.0pre0 - 10/00)
X-Start-Date: 07 Nov 2002 20:16:53 GMT
Xref: eleves ens.forum.sciences.physique:2080

Bon, voici comment je comprends la chose.  Supposons qu'on ait trois
(types de) particules, corge, grault et flarp.  Qu'est-ce que ça veut
dire au juste, avoir trois saveurs de particules ?  Que quelque part
il y a un vecteur d'état qui vit dans un espace à trois dimensions
(ou, ce qui revient au même, trois vecteurs d'état, un pour chaque
saveur - sauf que bien entendu un état à deux particules a *a priori*
neuf dimensions dans lesquelles vivre, un état à trois particules 27
et ainsi de suite).  En théorie quantique, on peut tout combiner
linéairement : définir les particules c'est choisir une base
(orthonormée, si possible) de l'espace à trois dimensions dont il est
question - parce qu'*a priori*, si j'ai trois saveurs de particules,
corge, grault et flarp, je peux aussi dire que (corge+grault)/sqrt(2),
(corge-grault+2·flarp)/sqrt(6) et (corge-grault-flarp)/sqrt(3) forment
trois saveurs de particules.  Il faut trouver une façon de faire un
choix.

Or voici une première façon naturelle : si les trois saveurs n'ont pas
la même masse, c'est-à-dire si l'opérateur de masse (qui est un
observable, donc une matrice hermitienne) - agissant sur l'espace à
trois dimensions dont nous parlons - a trois valeurs propres
_distinctes_, alors il a trois vecteurs propres uniquement définis, et
on peut définir corge, grault et flarp comme ces trois vecteurs
propres (unitaires) : ceci fournit une base (orthonormée) comme
souhaitée, et il y a naturellement un sens à parler de corge, grault
et flarp et de la masse de chacune.  L'avantage de parler des vecteurs
propres de masse c'est que ce sont des champs qui se propagent bien -
ils ne couplent pas les uns avec les autres au niveau le plus bas,
donc ils se comportent vraiment comme des particules.  Si les
particules n'ont pas des masses différentes - par exemple si elles
sont toutes nulles - alors on n'a pas un moyen de choisir
canoniquement une base d'après l'opérateur de masse, et il faut se
tourner vers d'autres nombres quantiques.  C'est le cas, par exemple,
pour les huit gluons, qui sont en correspondance avec l'algèbre de Lie
de su(3), de dimension 8, et on n'a pas de choix canonique des huit
matrices en formant une base (même si un choix relativement
conventionnel a émergé une fois choisie une base de l'espace des
couleurs à trois dimensions, pour lequel, pour le coup, on n'a
vraiment aucun choix naturel).

Un choix peut être déterminé en fonction d'un autre.  Par exemple,
pour les quarks de charge négative (down, strange, bottom), on a un
choix de base qui est déterminé par celui pris pour les quarks de
charge positive (up, charm, top), parce que les interactions
(électro)faibles agissent sur l'espace à six dimension des six saveurs
de quarks par une forme hermitienne qui détermine, donc, une
application linéaire de l'espace à trois dimensions des quarks chargés
positivement vers l'espace orthogonal (également à trois dimensions)
des quarks chargés négativement (j'espère ne pas dire trop de
conneries).  Bref, on commence par couper l'espace des quarks en deux
par les deux valeurs propres (-1/3 et +2/3) que prend dessus
l'opérateur de charge électrique, ensuite on utilise l'opérateur de
masse pour choisir une base sur les quarks positivement chargés, et
l'action des interactions faibles en détermine une sur les quarks
négativement chargés : par malheur ce n'est pas la même base que celle
déterminée par l'opérateur de masse sur cette partie-là.  Il y a entre
les deux bases une matrice de passage (unitaire, donc) appelée matrice
de Cabibbo-Kobayashi-Maskawa, qui n'est pas l'identité (même si elle
n'en est pas loin - en particulier, le mélange entre bottom/top et les
autres saveurs est très faible).

La surprise, donc, serait que la même chose se produit pour les
neutrinos.  Ici, on a trois leptons : l'électron, le muon, et le tau,
qui sont des vecteurs propres de masse ; et, pensant que les neutrinos
étaient de masse nulle, on a défini la base des neutrinos d'après les
interactions faibles, c'est-à-dire qu'on a appelé neutrino de
l'électron, neutrino du muon et neutrino du tau les particules qui
couplent avec l'électron, le muon et le tau respectivement dans les
interactions faibles.  Tant que ces trois neutrinos n'ont pas de masse
(ou ont la même masse), ça se passe très bien.  Mais s'ils ont une
masse, les trois particules ainsi définies ne sont pas des
« particules » dans un sens sympathique parce qu'elles ne sont pas des
vecteurs propres de masse - donc lorsqu'elles se propagent elles
oscillent entre ces différents états.  On aurait donc découvert que
c'est le cas, et que des neutrinos électroniques, a priori seuls
produits par le soleil, se transformeraient en neutrinos muoniques ou
tauiques.  Enfin, le « se transformeraient en » est d'un emploi
douteux, puisque justement ce ne sont pas des bonnes particules.
C'est-à-dire qu'il y a trois particules, nu1, nu2 et nu3, de masse
différente (et en particulier non toutes nulles...), où peut-être nu1
couple plus fortement avec l'électron mais quand même avec le muon et
le tau, nu2 plus fortement avec le muon mais quand meme un peu avec
l'électron et le tau, et mu3 plus fortement avec le tau mais quand
même avec l'électron et le muon ; et le soleil produit certes des
neutrinos électroniques mais ceux-ci sont une combinaison linéaire de
nu1, nu2 et nu3, qui arrivent à des vitesses différentes donc se
déphasent les uns par rapport à l'autre et produisent donc des
combinaisons différentes que les neutrinos électroniques à l'arrivée
sur Terre.

Enfin, en tout cas, c'est là ma reconstitution à moi des explications
complètement fumées et incompréhensibles qu'on a pu me donner sur le
sujet.  J'espère que c'est moins incompréhensible que ce que j'ai
entendu. :-) (Et j'espère ne pas avoir dit de trop grosse connerie.)

