From madore@clipper.ens.fr Tue Feb 25 21:39:12 2003
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From: madore@clipper.ens.fr (Gro-Tsen)
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Subject: Gro-Tsen et l'info (was: Re: vieux ordinateurs)
Followup-To: ens.forum.alt.bavardage.souvenirs
Date: Tue, 25 Feb 2003 20:39:12 +0000 (UTC)
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Cigaes in litteris <b3g89n$b1u$1@clipper.ens.fr> scripsit:
> J'hallucine. Je devrais avoir l'habitude, mais bon : à cinq ans et
> demie tu te faisais consulter par ton père sur l'achat d'un
> ordinateur ?

Ben oui.  Bon, fouillons dans mes souvenirs pour essayer de remettre
les choses en ordre...

Mes parents et moi avons déménagé à Orsay vers '79 ou '80 (non pas là
où nous habitons maintenant, mais à la résidence « Chevreuse », entre
la rue Saint-Laurent et la rue de Paris).

Un jour, je pense que c'était en '81, donc j'avais juste cinq ans, mon
père m'a emmené avec lui à l'IHP (le bâtiment où ont maintenant lieu
les séminaires Bourbaki - sauf qu'à l'époque ça hébergeait divers
labos qui devaient dépendre administrativement de Paris VI, et
notamment celui où mon père bossait depuis sa thèse, à une brève
excursion à Luminy près).  Il devait parler avec quelqu'un donc on m'a
laissé dans la grande salle commune (au 1er étage, donnant sur la rue
Pierre et Marie Curie - mais de toute façon tout l'intérieur a été
complètement transformé maintenant, il n'y a plus rien de ce qu'il y
avait autrefois).  Là, il y avait un PET de Commodore, alors on m'a
dit de faire joujou avec l'ordinateur.  Mon père a parlé pendant très
longtemps, et s'est rendu compte qu'il m'avait complètement oublié :
un peu inquiet, il est venu me retrouver, et moi je n'avais pas vu le
temps passer, j'avais pianoté sur le clavier pendant des heures.  Bon,
pour éviter qu'on me prenne pour un génie précoce, je précise que je
ne savais pas lire (ou peut-être juste quelques lettres), et je ne me
suis sûrement pas mis à programmer : j'ai juste joué à regarder ce que
les touches pouvaient produire comme effet, à déplacer le curseur et à
afficher des choses partout sur l'écran.  Il faut dire que le clavier
du PET avait quelque chose du Space Cadet, il y avait toutes sortes de
choses qu'une même touche pouvait produire, et notamment des petits
dessins (block drawing, je veux dire) sous les touches.

Cette révélation du premier contact avec l'informatique a eu deux
effets notoires : mon père a décidé d'acheter un micro-ordinateur
(pour moi et lui, ma mère n'étant absolument pas intéressée - mais
pour moi il estimait que ce serait un bon achat éducatif), et moi ça
m'a motivé pour apprendre à lire.  On peut presque dire que j'ai
appris l'alphabet sur des tables ASCII, en fait (sauf que le PET
n'utilisait pas le codage ASCII, mais bon, c'est l'idée).  Mon père a
dû passer un bon moment à prospecter et à discuter avec moi pour
savoir ce qu'on allait acheter.  En attendant j'ai dû revenir
plusieurs fois sur le PET de l'IHP pour programmer mes premiers trucs
en BASIC - à peu près du niveau de « 10 PRINT "BONJOUR"\n20 GOTO 10 »
ou des choses de ce style.

Mon père lui-même avait programmé dans sa jeunesse, d'ailleurs.  Il a
même travaillé un été chez Bull quand il venait de s'installer en
France (vers '70, quelque chose comme ça ; à l'époque il habitait rue
d'Arras), et avant cela il avait un peu travaillé autour des
ordinateurs à Toronto, programmé en langage machine et/ou en Fortran
sur un IBM 709 ou quelque chose de ce genre.

Nous avons acheté un New Brain, donc, vers '82 (je précise que toutes
les dates sont un peu approximative, j'essaie de procéder par
recoupement avec les choses que je sais avec certitude mais ce n'est
pas toujours facile), parce que le modèle avec l'écran de une ligne
nous séduisait (l'écran cathodique - vert et noir - a été acheté plus
tard).  Mon père s'est mis en tête de programmer un traitement de
texte, d'ailleurs, plus tard (peut-être à notre retour du Canada) nous
avons acheté une imprimante, mais ça n'a jamais abouti.  Il a aussi
écrit des jeux éducatifs pour moi, par exemple il y en avait un pour
m'apprendre à faire des opérations arithmétiques, j'ai dû pas mal
jouer à ça quand j'étais au CP.  Je me rappelle aussi un jeu de
labyrinthe (on dessinait un labyrinthe par des blocs ou des espaces,
qui pouvait dépasser la taille de l'écran, et ensuite on devait le
résoudre), qui pouvait aussi servir de logiciel de dessin primitif (en
ASCII-art, quoi, avec des block drawings), qui m'a fasciné sans fin.

En même temps, j'ai commencé à apprendre un peu à programmer en
BASIC : plus que les programmes de 2 lignes que je faisais sur le PET,
mais quand même des choses très simples.  Je ne me rappelle plus bien
ce que j'ai pu programmer, en fait.  Ah, si, il y avait un mode
« graphique » et je faisais des programmes qui traçaient des étoiles
et des trucs de ce genre.

Tout cela était assez fastidieux, il fallait sauvegarder et lire les
programmes sur des bandes magnétiques - le New Brain lui-même n'avait
pas de lecteur de bande, on en attachait un par trois prises jack
(micro, haut-parleur, et contrôle), et, bien sûr, trouver
l'emplacement du programme sur la bande n'était guère facile.

De l'été '84 à l'été '85 j'étais au Canada.  C'est là, à l'Université
de Toronto, que mon père a commencé à utiliser TeX, sur les VAX/VMS.
J'ai été un peu intéressé, mais seulement un peu.  J'ai quand même
écrit mon premier fichier TeX à ce moment-là : les noms de divers
copains et copines de ma classe en police \bf que j'ai ensuite
imprimés et découpé pour leur donner (à l'époque, un truc imprimé par
une imprimante _laser_ ça avait vraiment, vraiment de la gueule).
Pendant une partie du temps, nous avons aussi eu chez nous à Toronto
un Radio Shack TRS-80 (avec des disquettes de 7 pouces - je dois
encore les avoir dans un tiroir quelque part), mais il n'est pas resté
longtemps.

Autour de mon séjour au Canada, je ne sais plus si c'était un peu
avant ou un peu après, un de nos voisins à la résidence Chevreuse (en
fait, le mari du médecin qui m'a raconté ce dont je parle dans le
message <b3b329$dds$1@clipper.ens.fr> aka medecine:1046 au sujet de la
grippe) a acheté un Thompson TO7, avec, tenez-vous bien, un écran
COULEUR, et un crayon optique - et peut-être même du son (bref, un
vrai multimédia).  Pour moi ça a été A Brave New World, et j'ai passé
tout mon temps fourré chez lui, à découvrir à toute vitesse comment
exploiter cette merveilleuse machine.

Au retour du Canada, mon père a cessé de travailler à l'IHP - il faut
dire qu'aller tout les jours à Paris ne lui convenait plus trop, et il
a pris un bureau à l'École Polytechnique.  Il m'y a emmené
régulièrement entre fin '85 et mi '87, et c'est là que j'ai découvert
les ordinateurs « modernes » : les PC et les Macintosh.

Les PC - des « clones », comme on disait alors, bien sûr, parce que
les vrais PC d'IBM étaient hors de prix - étaient des Olivetti.  J'ai
appris à toute vitesse à me servir de MS-DOS.  J'ai aussi beaucoup,
mais vraiment beaucoup, joué au jeu King's Quest (le 1er de la série -
le vrai et authentique) ; et un peu à Flight Simulator, aussi (les
toute premières versions).  Et enfin, j'ai commencé à apprendre à
programmer en Turbo Pascal de Borland, à l'époque la version 3 (dont
l'éditeur ne connaissait _que_ les séquences de contrôle ridicules qui
le caractérisent) ; sans doc, bien sûr (ni pour l'éditeur ni pour le
langage, que j'ai appris par imitation), et je ne suis pas allé très
loin (surtout que j'ai été déçu de voir à quel point il était
difficile de faire du graphisme - il y avait le choix entre Turbo
Graphix, qui était horriblement compliqué et inutilisable, et GRAPH.P
dont je n'ai appris l'existence que trop tard).  Pour les Macintosh,
c'était surtout avec MacPaint que je jouais, et aussi à triturer
l'interface graphique dans tous les sens pour voir ce qu'on pouvait
faire avec.  Notons au passage que tant les PC que les Mac étaient en
noir et blanc (enfin, pour les PC c'était plutôt noir et orange, en
fait), du coup, on n'avait pas vraiment progressé depuis le TO7 ; ah,
si, il devait y avoir un ou deux écrans couleurs sur des PC, quand
même.

En '87, mes parents et moi avons déménagé pour aller là où nous sommes
encore (en tout cas j'y suis au moment où j'écris...), à l'autre bout
d'Orsay.  C'est important parce que je me suis beaucoup lié d'amitié
avec le fils aîné de nos nouveaux voisins, Sébastien : ils n'avaient
pas un TO7, mais ils avaient _deux_ PC, dont un dans la chambre de
Sébastien.

Du coup, mon père a reconnu qu'il serait bien de nous acheter un PC
(les Macs étaient trop chers, parce qu'il n'y avait pas de
« clônes »), et je suis devenu vraiment fanatique du PC.  Ce premier
PC, un bon vieux 8088 à 4.77MHz, acheté fin '87 je pense, encombre
toujours, je crois, le sommet de l'armoire de la salle S (depuis que
Bip et moi l'avons ramené d'Orsay pour tenter de mettre Minix dessus -
mais ça a échoué parce que le lecteur de disquettes était naze).  Au
début il n'y avait qu'un lecteur de disquette, pas de disque dur, une
carte CGA et l'écran monochrome qui avait servi au New Brain.

Et ce fut ma véritable plongée dans le PC : des jeux en BASIC (je
crois que c'était GW-BASIC), des vrais jeux piratés (ah, les grandes
discussions sur le choix du copieur de jeux protégés, entre
« copywrite » et « copy00 » et autres), et toutes sortes de programmes
inutiles et débiles.  Je ne compte plus le nombre de jeux idiots que
j'ai écrits où on était représenté par un personnage souriant (le code
\001 du jeu de caractères cp437 cga/PC) se promenant dans un monde de
trèfles et de petits carrés.

À l'été '88 mes parents et moi sommes retournés à Toronto pour un
mois.  Là j'ai beaucoup joué sur les machines (toujours VAX/VMS) de
l'Université ; j'ai aussi vu pour la première fois des Sun sous Unix -
mais je n'y ai pas touché.

Lorsque Turbo Pascal 4.0 est sorti, je me le suis fait offrir comme
cadeau de Noël (je suppose que c'est de Noël '88 qu'il s'agit).  Et je
me suis (re)mis à programmer en Turbo Pascal, ce qui est quand même
plus agréable que le DOS.

Mes souvenirs concernant l'ordre des événements sont particulièrement
obscurs, là.  Lorsque j'ai eu TP-4.0, l'ordinateur avait presque
certainement déjà un disque dur - je sais qu'il y a eu plein d'achats
de disques durs, de diverses tailles, dont certains ont été renvoyés
rapidement car ils ne fonctionnaient pas, mais tout cela s'embrouille
dans ma tête.  On devait aussi avoir la carte EGA et le moniteur
couleur (dont l'achat avait été nécessité, justement, par cette carte
EGA).  Pourtant, je vois mal comment j'aurais pu acheter TP-4.0
longtemps après la sortie de la version 5 (qui date d'août '88 si j'en
crois le Web) - hum.  Bon, de toute façon, j'ai eu les versions 5.0 et
5.5 plus tard (par copie illégale).

Je suis aussi incapable de me rappeler précisément quand a été acheté
le 486DX33 qui est maintenant dans mon sous-sol et tourne sous FreeBSD
sous le nom de sirius : quelque part entre mi-'91 et mi-'94,
probablement début '92, mais je n'ai plus d'événement notable auquel
me référer.  En tout cas, il y a eu d'abord un PS/2 et un 386 au labo
de mon père (à la fac d'Orsay : il avait quitté l'X parce que l'X
n'est pas assez chauffée en hiver) sur lesquels j'ai pas mal joué
(d'ailleurs, le PS/2 a été pendant un temps sous Xenix, l'Unix de
Microsoft), notamment j'ai appris pas mal de choses (grâce à Turbo
Debugger) sur le fonctionnement de ces puces, et j'ai commencé à
programmer en assembleur (grâce à Turbo Assembler).

Et puis (de nouveau, je ne situe plus bien l'ordre chronologique), il
y a eu le début du fabuleux jeux *Legendes* (<URL:
http://www.eleves.ens.fr:8080/home/madore/legendes/sleg2126.tgz >).
En fait, si je me rappelle bien, il a été commencé parce que j'ai
prêté mon 8088 à mon ami Laurent Penet quand j'ai eu mon 486, et qu'il
a voulu programmer en Pascal.  Quelque chose comme ça.  Une bonne
partie de mon temps pendant mes années lycée a été passé, outre à
écrire mes romans, à améliorer *Legendes*.  Hum, j'ai pas mal joué à
Ultima VI (en '91 ?) et à Ultima VII (en '93, je dirais), aussi, et
puis Ultima Underwold ; ah, et il y a eu King's Quest V (je crois que
c'est le V - en tout cas c'est celui où le roi doit retrouver son
château qui a été volé par un méchant magicien) et King's Quest VI
(celui qui se passe sur plein d'îles).  À l'été '94 j'ai eu une
nouvelle imprimante, une HP LaserJet 4ML (là je suis sûr de la date,
parce que la vieille s'est cassée pendant mon année de terminale, et
la nouvelle était un cadeau / défi de mon père à cause de mes
résultats au concours général).

Mes premiers vrais contacts avec Unix ont été assez tardifs.  C'était
essentiellement sur les ordinateurs du labo de mon père.  Vers '93 ou
'94, disons.  Et aussi mes premiers contacts avec le World Wide Web,
dont il n'était pas encore clair qu'il allait dépasser Gopher et les
choses comme ça.  Même quand je suis allé en stage au laboratoire de
Brookhaven (état de New York) à l'été '94, à la fin nous échangions
des adresses mail (moi j'ai donné celle de mon père, qui me
forwardait) mais le Web était encore pas trop répandu, si j'ose dire.

En prépa j'ai fait très peu d'informatique, en fait.  Le club info de
LLG était un endroit quasi-mythique, pourtant (mais c'était plutôt
pour les jeux en réseau...) mais je ne m'y suis pas inscrit.  Donc je
me suis limité aux TD dans le cadre de l'enseignement normal (donnés,
en sup', par mon prof de physique, et en spé' par Faré - et c'est de
sa bouche que j'ai entendu pour la première fois le mot « Linux », fin
'95, en même temps qu'il m'a montré les CD InfoMagic).  Sinon, il y a
eu une brève séance de all-night hacking quand avec Péter j'ai
programmé un truc pour refaire (sujet à diverses contraintes) le
khôlloscope de notre classe de spé parce que les 5/2 en avait fait un
de complètement magouilleux.

En année de conscrit à Ulm, donc à partir de fin septembre '96, je me
suis replongé dans l'info, en découvrant vraiment Unix, en ayant une
vraie adresse mail - et une page Web (d'abord dans du HTML
complètement pourri).  J'ai suivi le cours de Systèmes de Beig, et
j'ai vraiment appris à programmer en C (j'en avais fait un petit peu,
sous Turbo C et Microsoft C, sous DOS, mais vraiment pas grand-chose)
et un peu en Perl (pour le Perl, j'ai été réticent beaucoup plus
longtemps, cependant), et à comprendre les ins and outs d'Unix et à
m'y fasciner.  L'erreur, cependant, a été de me réfugier en salle T
avec Péter au lieu de hanter la salle S où des gens comme apo et Bip
traînaient pas mal.

Je me suis acheté un PPro200 courant '97, qui est maintenant le 4b
(après avoir été pleiades pendant des années) et j'ai installé une
RedHat 4.1 dessus qui venait de sortir.  Ça c'est après une tentative
pour mettre Linux sur le 486, mais comme ce dernier n'avait ni réseau
ni lecteur de CD je devais faire ça par boîtes de disquettes et j'en
ai vite eu marre.

Pour continuer l'histoire, je suis devenu gourou à l'été '98, et
administrateur-en-chef du 4a en janvier '99 (je ne sais toujours pas
ce qui a pris à Dom de me choisir, moi, d'ailleurs).  En mars '99 on a
upgradé le 4a.  Ça m'a « redonné envie » d'acheter du matériel
informatique, et comme il fallait fournir mon appartement parisien, je
me suis acheté un bi-PII450 après ça (aujourd'hui vega), et mon père
s'achetait un PII400 (aujourd'hui orion).  Je ne sais plus bien, au
juste, quand j'ai acheté le PIII600 qui est maintenant pleiades, mais,
bon, à ce stade-là ça n'a plus grand intérêt : l'ordinateur est devenu
un produit tellement banal et consommable que les dates d'achat n'ont
plus tellement d'intérêt (rien de commun avec les premières machines,
qui représentaient un quasi changement de vie).

Voilà voilà.  Merde, je viens de raconter vingt ans d'histoire, là.
C'est déprimant.

