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Subject: Re: encore les participes
Date: 22 Apr 1999 12:35:16 GMT
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Roger Espel Llima in litteris (lettres.orthographe:245) scripsit :
> xervavi Damien Masse lio lettres.orthographe:
>> 1) tout le monde n'a pas fait de latin. Et même parfois alors qu'ils
>> auraient bien voulu (en tout cas pour moi)
> 
> non seulemnt tout le monde n'a pas fait de latin, mais l'idee comme quoi
> le latin est {indispensable,utile,necessaire} pour bien comprendre la
> grammaire {francaise,anglaise,gasconne,quechua,...} est completement
> grotesque.

Le latin en soi n'est pas nécessaire pour comprendre le français,
peut-être, mais d'un autre côté les romains étaient des gens assez
logiques (en tout cas nettement plus que la plupart des grammairiens
de nos jours...) et la logique qui sous-tend le latin est beaucoup
plus apparente que celle qui sous-tend le français.  Autrement dit, il
est plus difficile de dire des conneries sur le latin que sur le
français parce que la terminaison est apparente en latin et l'est
rarement en français (en l'occurrence, voir si « se » est accusatif ou
datif en français n'est pas très clair alors que ça l'est en latin
(``se'' vs. ``sibi'')).  Donc si tu arrives à percevoir la logique du
français sans aller chercher le latin c'est tant mieux.  Mais c'est
quand même généralement plus facile d'y jeter un coup d'oeil.

> en d'autres mots, on s'en moque completement, de "sibi paenitere".

Bon, alors ce que je dis c'est que dans « se repentir », le « se » est
un datif.  Pas au sens du latin mais au sens du français.  L'accord
des verbes pronominaux est très simple : on accorde avec l'accusatif
placé avant le verbe.  Reste donc à savoir si le « se » est accusatif
ou non.  Si c'est parfaitement évident pour toi que le « se » de « se
repentir » est accusatif, tant mieux.  Mais comme certains
grammairiens, à mon sens, se trompent là-dessus (se trompent en
interdisant le « elle s'est repenti » - le fait d'autoriser « elle
s'est repentie », ça les regarde, et moi je n'ai jamais rien contre le
fait d'autoriser quelque chose qui ne crée pas d'ambiguïté), il me
semble que le plus simple est de voir ce que ça donne en latin.  Mais
pour moi c'était clair que le « se » était datif et je n'ai regardé
mon Gaffiot que pour confirmer que mon intuition était correcte.

> tu ne t'imagines pas l'immense grotesquitude de la grammaire
> traditionnelle, qui fout ensemble des trucs qui ne sont pas du tout
> pareils, et en distingue d'autres qui vont ensemble (exemples a la
> demande).  tu peux en parler a un linguiste, il t'expliquera a quel
> point ce qu'on enseigne aux gosses sur leur langue est plein de
> n'importe-quoi, meme quand c'est "bien enseigne".

Tout à fait d'accord.

> au passage, dans "j'ai entendu jouer les musiciens", comme dans "j'ai
> entendu les musiciens jouer", j'aurais tendance a dire que "les
> musiciens" n'est pas complement de "entendre", mais toute la phrase [les
> musiciens jouer] l'est.

C'est bien ça.  « Les musiciens jouer » est une proposition
infinitive, dont le sujet est à l'accusatif.  L'objet de la
proposition infinitive serait aussi à l'accusatif (« Les musiciens
jouer une sonate de Beethoven »).  La différence, c'est que la
proposition tout entière est considérée comme un neutre singulier si
elle n'a pas de sujet, et sinon est considérée comme étant du genre et
nombre de son sujet.  Donc « les musiciens jouer » est bien l'objet de
« entendre » (pas simplement « les musiciens ») et c'est un masculin
pluriel parce que « les musiciens » en est un.

À mon avis il faut écrire « la sonate que je les ai entendus jouer »
parce qu'encore une fois on accorde avec l'infinitive, placée (plus ou
moins) avant le participe, et que l'infinitive est, pour les besoins
de l'accord, considérée comme du même genre et nombre que son sujet
(« les » donc « les musiciens »).  Si des gens écrivent « la sonate
que je les ai entendu jouer », je ne vais pas me plaindre que c'est
faux (``Be liberal in what you accept and conservative in what you
send''), mais je serais fâché qu'on considérât que « la sonate que je
les ai entendus jouer » est incorrect.

Précision supplémentaire : en fait, le sujet de l'infinitive n'est pas
vraiment à l'accusatif ; il l'est presque toujours, mais c'est
simplement parce que l'infinitive est elle-même presque toujours
objet.  Si l'infinitive est sujet, p.e. lorsqu'on met la phrase au
passif, son sujet passe au nominatif (``Homerus dicitur caecus
fuisse'', « Homère est dit avoir été aveugle », le sujet de « dire »
est toute l'infinitive « Homère avoir été aveugle », et donc
« Homère » se comporte comme un nominatif ; on devrait donc dire « Les
grammairiens sont dits avoir été bornés » même si le sujet n'est pas
« les grammairiens » mais « les grammairiens avoir été bornés »).
Encore une fois, ça fait partie de la logique interne du français,
mais on ne la comprend pas toujours bien parce qu'elle ne se voit pas
aussi bien qu'en latin, qui a la même logique.

Pour résumer : il y a une logique de la langue, très mal expliquée par
les grammaires françaises (mal faites) et nettement mieux par les
grammaires latines (c'est la même logique, et les grammaires peuvent
plus difficilement se gourrer parce que c'est nettement plus
apparent), et il faut essayer d'accorder suivant cette logique.
Cependant, il ne faut jamais corriger quelqu'un dans un accord de ce
type parce que ça n'avance à rien, parce que de toute façon c'est
souvent trop douteux pour qu'on puisse dire que l'usage veut telle ou
telle chose.

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Subject: Re: encore les participes
Date: 22 Apr 1999 21:46:11 GMT
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Roger Espel Llima in litteris (lettres.orthographe:257) scripsit :
> pourquoi cet archarnement a appliquer les categories du latin au
> francais?  en francais les noms ne se declinent pas, point.  ils ont une
> position grammaticale et un rapport semantique avec le reste de la
> phrase, mais ils n'ont rien qui ressemble a un cas.

Si, ils ont des cas.  L'ennui c'est que toutes les déclinaisons sont
tombées, ce qui fait que ces cas ne se voient pas trop (et même ne se
voient pas du tout) mais ils existent quand même.

Évidemment, on peut dire « COD » à la place de « accusatif », mais je
ne vois pas l'intérêt de casser délibérément la compatibilité
ascendante avec le latin quand il n'y a pas de raison à cela.

> (les pronoms ont plusieurs formes, mais ca ne correspond pas non tout a
> fait aux notions de "nominatif" ou "accusatif").

Le problème est qu'il y a une distinction supplémentaire entre forme
tonique et forme atone.  Pour le pronom singulier de la 1ère personne,
par exemple, la forme tonique est « moi », que ça soit au nominatif
(« *moi*, j'aime ça ») ou à l'accusatif (« il m'aime, *moi* »), tandis
que la forme atone a un nominatif (« je ») différent de son accusatif
(« me »).  Au datif, la forme atone est encore « me », tandis que la
forme tonique n'a pas de datif, on utilise la proposition « à » (« à
moi ») pour former un datif prépositionnel.

Mais je pense que la forme « me » dans « il me donne un cadeau » ne
peut se comprendre que si on pense aux pronoms comme des entités qui
se déclinent.

