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Subject: Re: cohomologie
Date: 23 Apr 1999 18:00:45 GMT
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Tu me permettras d'avoir un point de vue plus naïf.

Quand j'étais petit, j'ai lu le Dold sur la topologie algébrique.  Puis
en maîtrise j'ai réappris les mêmes choses.  C'était l'homologie
singulière, bébête, sur les espaces topologiques, définie comme
quotient des cocycles par les cobords.  Parallèlement, j'ai suivi un
cours de géodiff (celui de maîtrise de Labourie) et j'ai appris qu'il y
avait un machin appelé cohomologie de De Rham, sur les variétés
différentiables.  Je me suis douté qu'il devait y avoir un vague
rapport entre l'homologie singulière et la cohomologie de De Rham, mais
personne ne m'a jamais expliqué ça : le cours de géodiff supposait
qu'on était ignorant en topologie algébrique et réciproquement.  Déjà,
ce n'était pas clair.  Certaines personnes prononçaient des mots
mystérieux, comme « dualité de Poincaré » et ça devenait encore plus
mystérieux ; on ne m'a même jamais dit clairement s'il existait une
cohomologie singulière ou une homologie de De Rham, ou ce qui se
passait au juste sur les espaces topologiques qui ne sont pas des
variétés différentiables.

Ensuite, j'ai suivi le cours d'Illusie.  Alors, les choses qui étaient
déjà parfaitement confuses le sont devenues encore beaucoup plus.  On
m'a parlé de cohomologie des faisceaux, on m'a défini ça comme les
foncteurs dérivés du foncteur sections globales.  Et on m'a dit que
c'était la bonne façon de définir une cohomologie (tout d'un coup, les
bords et les cobords avaient disparu ; où ? ; et quels foncteurs est-ce
que les choses que j'avais apprises précédemment dérivent ?).  On m'a
encore dit que la cohomologie des faisceaux était trop compliquée à
calculer, et donc qu'on utilisait un succédané, la cohomologie de Cech.
Celle-ci se définit à nouveau avec des bords et des cobords.  Illusie
nous a dit plein de choses à ce sujet mais en fin de compte je ne
savais pas du tout quel faisceau j'étais censé cohomologiser si je
voulais faire des calculs (au début, pour moi, la cohomologie donnait
des informations sur la forme de l'espace, maintenant elle en donnait
sur la gueule des faisceaux).  Je n'ai jamais su, et je ne sais
toujours pas, si les (co)homologies que j'avais vues avant pouvaient
s'obtenir comme cohomologies de certains faisceaux, et/ou comme
cohomologies de Cech, et pour résumer je n'ai rien compris, mais alors
rien du tout.

Et ce n'est pas tout.  Ensuite est arrivé la cohomologie étale, et
parallèlement il y avait un cours de théorie des nombres où on m'a
parlé de cohomologie galoisienne et de cohomologie des groupes.  Et
j'ai compris de moins en moins.

En plus dans tout ça je mélange ce qui concerne les espaces
topologiques, les variétés différentielles, les schémas...  Par
exemple, quand j'étais petit, pour moi, la cohomologie d'une sphère, ça
devait avoir quelque chose comme un Z en degrés 0 et 2 et 0 en degré 1.
Je serais parfaitement incapable de dire si (et pourquoi) il y a un
faisceau sur Spec Z[X,Y]/(X^2+Y^2-1) (oui, c'est quand même ça une
sphère, enfin, aux dernières nouvelles, c'était encore ça) qui ait une
cohomologie ayant cette allure.

Et puis on me balance des mots compliqués comme « hypercohomologie » ou
« suite spectrale » sans que j'aie la moindre idée de ce que c'est.

Alors, je suis désolé, mais si les motifs sont l'objet universel dans
tout ce bordel-là, ça doit être vraiment immonde, un motif, et je
comprends que Grothendieck soit parti élever les chèvres.

Tous les livres qui étaient censé m'expliquer des choses sont partis
dans d'obscurs détails parfaitement chiants sur les familles
paracompactifiantes et je ne sais quelle autre idiotie encore.  Moi je
n'en ai rien à faire de leurs familles paracompactifiantes, j'aimerais
qu'on m'explique les choses aux ras des paquerettes, mais en étant
quand même synthétique et complet.

Donc, il ne s'agit pas d'un GT qui produise quelque chose de nouveau,
mais simplement d'un GT pour comprendre des choses qu'on sait déjà, et
dont je suis sûr que je ne suis pas le seul à les trouver obscures.

