From madore@clipper.ens.fr Sat Aug 19 18:44:49 2000
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Date: 19 Aug 2000 16:44:49 GMT
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En mécanique céleste, pour paramétrer l'espace des phases, plutôt que
d'utiliser les trois coordonnées (e.g. cartésiennes) de position et
les trois coordonnées de quantité de mouvement d'une planète, on
préfère utiliser six coordonnées un peu plus adaptées au problème
considéré, et dans lesquelles le mouvement d'une planète isolée (le
système à deux corps, quoi) est particulièrement simple à décrire.
Ces coordonnées sont appelées « éléments moyens » ou « éléments
orbitaux » de la planète.  Elles repèrent l'orbite elliptique
oscultatrice de la planète (autour du centre de gravité du système) et
la position de la planète sur cette orbite oscultatrice.  Ce sont :

* Le demi grand axe de l'orbite (noté a).

* L'eccentricité de l'ellipse (notée e).

* L'inclinaison du plan orbital mesurée par rapport au plan écliptique
  (notée iota).

* La longitude du noeud [ascendant], mesurée sur l'écliptique par
  rapport au point vernal (notée Omega).

* L'argument du périhélie, mesurée sur le plan orbital par rapport au
  noeud ascendant (noté omega).  (Parfois on utilise plutôt la
  longitude du périhélie, notée omega tilde ou pi alexandrin (varpi,
  lequel ressemble beaucoup à un omega tilde), définie comme la somme
  de la longitude du noeud et de l'argument du périhélie, ce qui est
  un angle bizarre mesurée en partie sur le plan écliptique et en
  partie sur le plan orbital.)

* L'anomalie moyenne, cf. infra (notée M).  Parfois on utilise plutôt
  la longitude moyenne (notée L), définie comme la somme de l'anomalie
  moyenne et de la longitude du périhélie (donc, finalement, de la
  longitude du noeud, de l'argument du périhélie et de l'anomalie
  moyenne).

Pour définir l'anomalie moyenne, il faut d'abord définir l'anomalie
excentrique (notée E) : celle-ci est l'angle (mesuré depuis le
périhélie) formé au niveau du *centre* de l'orbite (et non du centre
de masse, qui en est un *foyer*) jusqu'à la position de la projection
(perpendiculaire au grand axe) de la planète sur le cercle (situé dans
le plan orbital) qui a pour centre le centre de l'ellipse et pour
rayon son grand axe.  Ouf - c'est un peu pénible à décrire, mais c'est
très facile à comprendre en fait.  J'essaye autrement : notons a le
demi grand axe et b le demi petit axe (b=a*sqrt(1-e^2)), et
considérons un repère orthonormé dans le plan orbital centré sur le
centre de l'orbite et ayant pour direction des abscisses celle du
périhélie.  Le périhélie a pour coordonnées (a,0), l'apohélie, (-a,0)
(évidemment, l'un et l'autre sont à égale distance du centre, mais pas
du foyer !).  Le foyer a pour coordonnées (ae,0).  L'ellipse est image
du cercle de rayon a par une affinité qui multiplie les ordonnées par
b/a.  Alors E est l'argument de la position de cette planète si on
défait cette affinité : autrement dit, l'affinité transforme les
coordonnées de la planète de (a*cos(E),a*sin(E)) à
(a*cos(E),b*sin(E)).  Notons en particulier que la distance de la
planète au foyer (j'ai bien dit : au foyer) égale r=a*(1-e*cos(E)),
comme on le voit facilement.  On a aussi l'anomalie vraie, f, qui est
égale à l'angle formé au foyer entre le périhélie et la planète : on
peut la calculer par cos(f)=(cos(E)-e)/(1-e*cos(E)) et
sin(f)=(b/a)*sin(E)/(1-e*cos(E)).

Bon, eh bien l'anomalie moyenne, c'est encore tout autre chose que
l'anomalie excentrique que je viens de définir.  C'est l'aire du
secteur elliptique centré sur le foyer balayé entre le périhélie et la
position de la planète, et rapportée au fait que l'aire totale de
l'orbite vaut 2*pi.  Un calcul géométrique pas trop compliqué montre
que l'anomalie moyenne M est reliée à l'anomalie excentrique E par
l'équation suivante (dite équation de Kepler) : M=E-e*sin(E), tous ces
angles étant bien entendu mesurés en radians.  (On notera qu'il faut,
pour calculer E - et donc la position de la planète - à partir de M,
résoudre une équation transcendante, ce qui se fait très bien avec la
méthode de Newton en partant de l'approximation E=M.)

Les lois de Kepler nous assurent que pour une orbite simple, le seul
élément moyen qui varie est M.  Plus précisément, la troisième loi de
Kepler (« des surfaces égales sont parcourues en un temps égal »)
affirme que M (ou, de manière équivalente, L) est fonction affine du
temps (modulo 2*pi).

Notons qu'on trouve également des coordonnées déduites des éléments
moyens, notamment k=e*cos(varpi), h=e*sin(varpi),
q=sin(iota/2)*cos(Omega) et p=sin(iota/2)*sin(Omega) pour certaines
études sur la mécanique céleste à long terme du système solaire.

Pour l'utilisation pratique des éléments moyens, on se donne des
approximations de Poisson des six éléments moyens, c'est-à-dire des
sommes de termes polynomiaux et de variations périodiques (voire des
termes mixtes), les termes périodiques les plus importants
correspondant aux attractions mutuelles de Jupiter et Saturne.  Il
s'agit donc d'abord de calculer les six éléments moyens
(éventuellement de déduire omega=varpi-Omega et M=L-varpi), puis de
résoudre l'équation de Kepler pour trouver E, d'en déduire (avec a et
e) les coordonnées de la planète dans le plan orbital, puis par
plusieurs changements de coordonnées successifs, par rapport au plan
écliptique.

Mais l'intérêt des éléments moyens concerne aussi la théorie.  En
effet, il paraît que la structure symplectique de l'espace des phases
(le crochet de Poisson, quoi) ainsi que le Hamiltonien du système sont
faciles à écrire dans ce nouveau système de coordonnées (je n'ai
jamais eu la patience d'essayer d'écrire complètement la
transformation de coordonnées entre les coordonnées « bêtes » et les
six éléments moyens).  Donc, pour perturber un peu une orbite
classique, c'est idéal.

