From madore@news.ens.fr
Path: eleves!not-for-mail
From: madore@news.ens.fr (GroTeXdieck)
Newsgroups: ens.forum.informatique.libre
Subject: Re: Charte
Date: 28 Apr 1999 18:12:04 GMT
Lines: 93
Sender: madore@fregate.ens.fr
Message-ID: <7g7j1k$3g$1@clipper.ens.fr>
References: <7g7chf$kl8$1@clipper.ens.fr> <7g7dfu$m87$1@clipper.ens.fr> <7g7doq$mh4$1@clipper.ens.fr> <7g7fvn$q0r$1@clipper.ens.fr>
NNTP-Posting-Host: fregate.ens.fr
Mime-Version: 1.0
Content-Type: text/plain; charset=ISO-8859-1
Content-Transfer-Encoding: 8bit
X-Trace: clipper.ens.fr 925323124 112 129.199.129.12 (28 Apr 1999 18:12:04 GMT)
X-Complaints-To: forum@clipper.ens.fr
NNTP-Posting-Date: 28 Apr 1999 18:12:04 GMT
X-Newsreader: Flrn (0.4pre1 - 03/99)
Xref: eleves ens.forum.informatique.libre:5

Il faut faire un petit tour du côté de l'histoire d'Unix.  Unix a été
créé au début des années 70, aux Bell Labs d'AT&T (maintenant Lucent),
et la première version « publique », Unix V6, est sortie vers 1977.

En 1978, deux étudiants de l'Université de Californie à Berkeley, Bill
Joy et Chuck Haley, ont commencé à distribuer leur propre version
d'Unix, appelée BSD (Berkeley Software Distribution), qui comportait de
nombreuses améliorations par rapport à la version Bell Labs : noms de
fichiers longs, lien symboliques, contrôle de tâches, support pour les
terminaux, et, avec BSD4.2 en 1983, support de TCP/IP, fraîchement
sorti de l'imagination fertile de Postel et Cerf et publié dans les
RFC.

En 1983, AT&T a rétorqué en créant Système V, sa version commerciale
(lire : evil) d'Unix, et a déclaré que BSD était incompatible (donc pas
bien).  Sun Microsystems a choisi de suivre la voie BSD et d'utiliser
ce dernier comme base pour sa version d'Unix, SunOS, tandis que les
autres vendeurs d'Unixes propriétaires ont préféré se baser sur
System V.  En 1988, AT&T et Sun ont signé un accord et créé SVR4
(System V, Release 4), combinant les features de System V et de BSD4.3.
Les autres vendeurs d'Unixes propriétaires (Digital, IBM...) ont
rétorqué en fondant l'Open Software Foundation (OSF) et en mettant au
point leur version d'Unix, OSF/1.  Parallèlement, les distributions BSD
ont continué avec BSD 4.3 Tahoe en 1989 et BSD 4.3 Reno en 1991.

Enfin, avec BSD 4.4, la Distribution Finale de BSD, en 1992, tout le
code propriétaire d'AT&T avait été expurgé de BSD, qui devenait donc un
système d'exploitation libre, sous licence BSD (i.e. ce sont les
« Regents of the University of California » qui détiennent le
copyright, et le code peut être librement distribué, modifié,
réutilisé, avec comme seule obligation de mentionner dans toute réclame
« Ce produit contient du code développé par l'Université de Californie,
Berkeley, et ses contributeurs ».

En fait, BSD 4.4, en tant que tel, ne devait pas être très utilisable. 
C'était plutôt une base pour de nouveaux développements.  C'est de là
que sort parti, d'une part, FreeBSD, et de l'autre NetBSD, qui a
ensuite donné à son tour naissance à OpenBSD.  Pour les détails il vaut
mieux demander à Max ou à Bip.

Pour revenir à Unix, on peut dire que les guerres d'Unix avec Unix sont
à peu près mortes quand en 1993 AT&T a vendu le trademark « Unix » à
Novell, qui l'a donné au consortium X/Open, devenu plus tard le
Consortium X, qui à son tour l'a cédé (en disparaissant) au Groupe
Open (TOG, The Open Group).  Ces organisations ont essayé de
standardiser Unix, avec l'aide d'autres organisations comme POSIX,
l'IEEE ou l'ISO.  Finalement, en 1998, TOG a défini Unix98, une suite
de spécifications à suivre pour un système pour mériter le nom
d'« Unix ».

Donc, au départ, Unix = le système développé par Thompson et Ritchie
aux Bell Labs d'AT&T, et à l'arrivée, Unix = n'importe quel système
vérifiant les spécifications Unix98.

Parallèlement à toute cette histoire d'Unix, il y a RMS, qui, en 1983
(il venait de quitter le MIT, je crois), a décidé de développer son
propre OS, complètement libre, et autant que possible compatible avec
Unix (disons, avec les différentes versions d'Unix existant alors).  En
effet, BSD n'était pas encore complètement libre à l'époque.  Il a
préféré partir à zéro, avec le compilateur.  Au système il a donné le
nom de « GNU » pour « Gnu's Not Unix », parce que ce n'était vraiment
*pas* Unix mais un système à part, aussi compatible que possible (alors
que BSD *est* un Unix).

L'idée de RMS a vraiment toujours été de faire un OS, pas juste un tas
de programmes épars (dire « les utilitaires GNU » est pour lui une
insulte).  Au début des années 1990, l'essentiel du système était
écrit, sauf le noyau.  Le noyau devant servir à GNU était le projet
Hurd, une horde de démons tournant au-dessus du Micronoyau Mach (libre
et développé à l'Université Carnegie Mellon).  Certaines composantes du
système avaient été importées d'ailleurs (X Windows, développé par le
Consortium X, TeX, distribué librement par Donald Knuth, perl par Larry
Wall, etc), d'autres avaient été écrites par la Free Software
Foundation, fondée par RMS pour développer GNU, (comme gcc, emacs...). 
Mais le noyau manquait cruellement.

En 1991, Linus Torvalds est parti de Minix (un mini-unix plus ou moins
libre écrit par Andrew Tannenbaum pour les étudiants) pour développer
un nouveau noyau, rapidement baptisé Linux.  En combinant Linux avec ce
qui existait du système GNU, plus quelques trucs écrits ad hoc, on
obtenait un système d'exploitation complet, que RMS tient à ce qu'on
appelle GNU/Linux alors faisons-lui plaisir.

Voilà pour l'histoire (bien sûr, il y a certainement des points que
j'ai ratés, mais en gros ça doit être ça).

Bref, de nos jours, si on veut un Unix libre, on a le choix
essentiellement entre les trois BSD ou bien GNU/Linux.  Quant à
GNU/Hurd (le *vrai* GNU), il est encore au stade de développement, mais
ça a nettement avancé depuis un an et grâce à la glibc on vise à
obtenir une compatibilité binaire entre GNU/Linux et GNU/Hurd.

Bon, les mérites relatifs, aprèsle dîner...

